G ACHAT, ME. — MALADIES SPECIFIQUES
La partie orientale de l'Afrique ne semble |»;is indemne. Neave a observée Omdurman (Soudan égyptien) un cas provenanl du Bahr-el Gazai; Philips a soigné au Caire trois malades, don! deux Égyptiens et un Turc, provenant de l'Yemen, et Cummins a signalé 1m i I cas contractés dans la vallée du Nil Bleu, et plus spécialemenl dans la région montagneuse qui sépare le Soudan égyptien de l'Abyssinie.
Bassett Smith a rapporté deux cas originaires de l'Afrique australe et Archer un cas originaire de Crète.
Un foyer spécialement intéressant est celui qui semble occuper la Tunisie. Quatre observations ont été publiées, la première par Cathoire, les trois autres par Ch. Nicolle. Elles ont ceci d'intéressant quelles ont porté toutes les quatre sur des enfants et ont présenté les caractères de l'anémie splénique infantile. Pianese avail déjà indiqué, à Naples, dans la rate d'enfants atteints de cette affection, la présence de corps qu'il rapprochait des Leishmania. S'agit-il là de kala-azar proprement dit, ou d'une affection voisine mais distincte? Ch. Nicolle semblerait se ranger plutôt à cette deuxième opinion et distinguer la Leishmania ûonovani, agent du kala-azar, de la Leishmania infantum, organisme pathogène de l'anémie splénique infantile.
Malgré la grande étendue de l'aire de la maladie, il ne faudrait pas admettre néanmoins que toutes les splénomégalics tropicales sont dues au parasite de Leishman-Donovan. A Manille, en effet, Woolley a observé plusieurs cas de splénomégalie fébrile, dans lesquels les recherches microscopiques ont donné des résultats négatifs.
MODE DE PROPAGATION ET CONDITIONS INDIVI- DUELLES. — On ne sait rien encore de bien positif sur le mode de pénétration du parasite dans l'économie.
D'après Bentley, les cas les plus contagieux semblent être les cas dysentériques; on serait donc porté à croire que le parasite est mis en liberté par son issue dans le tube digestif au niveau des ulcérations intestinales fréquentes dans cette affection. Mais il a en vain cherché le parasite en dehors du corps humain, dans l'eau, dans le sang de vertébrés variés, dans le tube digestif et les glandes saliva ires de nombreux diptères.
D'après Patton, sa présence serait constante dans le sang périphérique et d'après les recherches de Rogers et celles de Statham, il semble logique d'admettre que le parasite est inoculé par un animal suceur de sang. En effet, les formes flagellées qui semblent être l'état parfait du parasite ne s'obtiennent qu'en milieu acide, et à la température de 22°, conditions réalisées dans l'estomac des punaises el des moustiques: Rogers a du reste vérifié expérimentalement la production des formes flagellées en mélangeant le sang de la rate au contenu stomacal des punaises.
Patton a observé de très près révolution de /. . Donovani dans
MALADIE DU SOMMEIL. iî- 217
['estomac des punaises (Cimex rotundaius). Il a pu constater la production de formes absolument semblables à celles obtenues par Rogers et Nicolle dans les cultures et attribue aux punaises le rôle prépondérant dans la propagation du kala-azar, qui se présente le plus souvent sous forme d'épidémies de maisons. Un pas important dans la pathogénie de celle affection et plus spécialement de l'anémie splénique infantile tunisienne a été fait par Ch. Nicolle. Cet auteur, avec la collaboration de C. Comte, a pu inoculer au chien le parasite isolé des malades et observer, trois fois sur 1 15 chiens sacrifiés à la fourrière de Tunis, l'existence spontanée de cette maladie. Nicolle et Manceaux ont également obtenu des résultats positifs chez le chat, le lapin, le cobaye. Ces auteurs pensent que les puces servent d'intermédiaire entre ranimai atteint et l'enfant.
Le Leishmania Donovani est également inoculable au singe et donne chez lui parfois des formes légères et abortives (Laveran et Petit).
En somme l'histoire pathogéniquc et par cela même la prophylaxie des lcishmanioses semblent entrer dans une voie nouvelle, le chien étant considéré comme réservoir de virus et les insectes piqueurs (puces ou punaises) comme hôtes intermédiaires. Le rôle des ixodes, si important dans l'étude des piroplasmoses animales, mériterait également d'être étudié avec soin.
MALADIE DU SOMMEIL
SYNONYMIE. — Hypnose, somnose, léthargie des nègres, sleeping-sickness, trypanosomiase humaine, fièvre de Gambie. La maladie du sommeil et la fièvre à trypanosomes ne sont en effet qu'une seule et môme affection; la maladie du sommeil correspondant à la période terminale de la trypanosomiase humaine et la fièvre à trypanosomes à la période de début pouvant passer inaperçue.
AGENT PATHOGÈNE. -- La nature infectieuse de la maladie du sommeil étant hors de doute, les premières recherches microbiologiques sont d'abord arrivées à des résultais contradictoires. Alors que Manson avait apporté le concours de sa grande autorité à l'hypothèse du rôle de la Filaria perstans, hypothèse bientôt ruinée par la non-coïncidence dans la répartition géographique de ce parasite et celle de la maladie du sommeil, plusieurs bactéries ont été rencontrées à l'autopsie et décrites comme les agents de la maladie, tels le pneumocoque de Marchoux, le strepfo-diplocoquc de Bettcncourl, le bacille de Broden, le streptocoque de Castellani. Mais la découverte par ce dernier auteur d'infusoires flagellés dans le liquide céphalorachidien, bientôt suivie des recherches positives de Forde, Dufton, Bruce, etc., a mis maintenant hors de doute le rôle des trypanosomes dans la pathogénie de la maladie du sommeil et a accompli une sorte de révolution dans nos connaissances sur cette allée-
AC1IALME.
MALADIES SPECIFIQUES.
tion, si importante au point de vue de la colonisation africaine. Les trypanosomes sonl des infusoires flagellés de 18 à 20ji de longueur sin- 2 à '.) [j. de largeur, apparaissant comme très mobiles dans les préparations fraîches de sang; cette mobilité rend leur recherche facile lorsqu'ils y existent en grande quantité, ce qui n'est pas le cas dans l'affection (jni nous occupe. Parles méthodes colorantes employées pour les hématozoaires (Romanowsky, (iiemsa, Marino,etc.),on peut leur reconnaître la structure suivante : le corps, en forme de fuseau pinson moins effilé, contient deux masses proto-
Fiç. 123.
A, Trypanosome; B, Trypanoplasma ; C, Herpetomonas ; D, Spirochaela E, Treponema.
plasmiques, Tune, volumineuse, située sensiblement à la partie médiane du corps, représente le noyau ; l'autre, plus petite, occupant le plus souvent la partie postérieure du corps, est regardée comme le centrosome d'où part une membrane plissée bordant le corps protoplasmique de cette membrane et connue sons le nom de membrane ondulante; le bord épaissi de cette membrane se prolonge en avant par une partie libre, qui est le flagelle. Telle est du moins la structure à Tétat adulte; mais certaines espèces passent par un slade où ils ne présentent pas de membrane ondulante.
Les trypanosomes se nourrissent par osmose, cton ne trouve jamais à leur intérieur de vacuoles digeslives ni d'inclusions solides d'aucune sorte.
Ils sont très sensibles (Gœbel) à la concentration saline du milieu dans lequel ils évoluent et ne conservent leur mobilité que dans les solutions isotoniques au sérum sanguin.
Leur culture est des plus délicate. D'après Mac Neal et Nôwy, qui ont réussi les premiers, la présence de l'hémoglobine semble
indispensable
développement; la méthode générale es! la
culture dans l'eau de condensation de gélose nutritive à laqu<
le on a
MALADIE DU SOMMEIL
Fii;-. 124. — Différentes phases de la division de Trypanosoma Brucei du na&ana de droite à gauehe (Laveran).
incorpora, avant son refroidissement total, une quantité considérable de âang défibriné. Certaines espèces non pathogènes, comme le Trypanosoma Lewisi du rat, se développent abondamment par ce procédé, qui donne pour les espèces pathogènes des résultats beaucoup moins bons; il semble qu'il y ait un rapport étroit au point de vue de la valeur nutritive entre le sang d'une espèce animale et le trypanosome parasite de cette espèce.
Le Trypanosoma gambiense (Forde, Dutton, 1902), agent pathogène de la maladie du sommeil, présente les caractères généraux de structure du genre et est difficile, sinon impossible, à caractériser morphologiquement.
La membrane ondulante est étroite et le protoplasma l'accompagne parfois jusqu'à l'extrémité du flagelle, ce qui donne à certains parasites l'apparence de formes sans flagelle libre (Laveran et Mesnil). L'extrémité postérieure est tantôt effilée, tantôt obtuse; il est probable que cette différence est due à la position dans laquelle le parasite a été surpris par le fixateur. Quant aux vacuoles, décrites par Castellani et dont les rapports avec le centrosome pouvaient servir, d'après cet auteur, à différencier le trypanosome de l'Ouganda de celui de Gambie, il semble qu'il ne s'agisse là que d'apparences artificielles dues à un défaut dans la fixation.
Dans le sang, la multiplication se fait par bipartition; le centrosome et le noyau se divisent: le flagellum se dédouble, entraînant ensuite la division du protoplasma. Ces formes en voie de bipartition doivent être distinguées des apparences produites par l'accolement de deux parasites; mais, dans ce cas, les trypanosomes se trouvent en général dans une position croisée, et la présence de flagella aux deux extrémités permet d'éviter cette erreur.
On a cherché dans l'évolution des trypanosomes l'existence d'une phase sexuée. Nous verrons plus loin que Koch a cru l'observer dans le tube digestif des glossines. Salvin-Moore et Breinl, qui ont étudié avec beaucoup de soin le cycle évolutif de Trypanosoma gambiense, signalent, au moment de l'acmé du nombre des parasites dans
Fig. 125. — Transformation du Trypanosome en forme latente et de la forme latente en trypanosome.
aciiai.mi:.
MALADIES SPÉCIFIQUES
le sang, l'apparition de trypanosomes présentant une épaisse bande colorable allant <lu centrosome au aoyau. Ils attribuenl à ce phénomène mit' signification sexuelle el admettent l'existence d'un cycle complel <les trypanosomes dans le corps des mammifères.
Au moment de la chute, on voil apparaître dans le poumon, la moelle des os, la raie, d'autres Cormes où le noyau esl entouré d'un espace clair, qui persiste avec le noyau, alors que le corps du parasite
Fig. 126. — Trypanosoma Lewisi du rat.
1, 2, 2', différentes phases de la division ; 3, multiplication par rosaces ; i, formes jeunes (d'après Lav'eran et Mesnil).
entre en désintégration. Salvin Moore et Breinl regardent cet étal eomrne une forme de résistance du parasite et ont pu le reproduire chez les rats traités par l'atoxyl.
Est-ce sous celte l'orme qu'il se produit une sélection aboutissant à la création de races résistant soil aux composés arsenicaux, soit aux sérums (obtenues par Ehrlich, Browning, Mesnil et BrimartV Cette sorte d'adaptation des parasites serait assez grosse de menaces pour l'avenir des médications à employer contre ces affections. Néanmoins Koch admet qu'en pratique cette sorte d'immunité des trypanosomes ne se reproduit pas d'une manière sensible.
Comme nous l'avons dit, le Trypanosoma gambiense est assez rare dansle sang en général; on ne peut l'y déceler que par la méthode do< centrifugations successives indiquée par Bucci el Nabarro. On peut plus facilement constater sa présence dans le liquide céphalo-rachidien, en centrifugeant une dizaine de centimètres cubes; mai^ la fixation et la coloration sont toujours difficiles dansée milieu. Aussi le procédé de choix pour celle recherche est-il L'inoculation à une espèce sensible et l'étude dans son sang.
Le Trypanosoma gambiense esl en effet inoculable à un assez grand nombre de mammifères.
MALADIE DU SOMMEIL
Fi#. 127. — Tsetsé
au repos, grandeur naturelle.
Chez les singes, la maladie présente un intérêt particulier en ce que les symptômes présentent, avec une évolution plus rapide, une certaine analogie avec ceux de la maladie du sommeil. Les cynocéphales semblent pourtant réfractaires. Thomas et Brcinl ont néanmoins réussi à les infecter et à en retirer un trypanosome à virulence exaltée.
Les macaques meurent en un à trois mois; les Irypanosomes apparaissent dans le saut»- dix à quinze jours après l'inoculation et sont en assez grande abondance pendant les derniers jouis de la maladie. L'évolution de la maladie est rapide chez le ouistiti (douze jours), chez Cebus capucinus (huit jours) et chez certains lémuriens.
Thiroux et d'Anfreville ont recommandé spécialement Temploi comme animal témoin de Cercopilhecus ruber ou pat as, qui est très sensible.
Le chien est assez bon réactif; les Irypanosomes apparaissent dans le sang au bout de dix à quinze jours, et la durée de la maladie est de deux mois environ ; il en est de même du chat.
L'inoculation au rat peut être également utilisée pour déceler le Trypanosoma gambiense. Les rats meurent en trois mois environ. Chez les souris, les résultats sont très aléatoires, ce qui doit faire écarter cet animal dans les recherches. Le cobaye et le lapin présentent une infection à marche lente ; les parasites, nombreux à la période terminale chez le cobaye, sont toujours rares chez le lapin. La marmotte, le hérisson s'infectent facilement, et l'évolution de la maladie est chez eux assez rapide.
Chez les chèvres, les moutons, les bovidés, l'infection, lorsqu'elle est obtenue, se termine ordinairement par guérison. Thomas et Breinl ont néanmoins vu les chèvres sur lesquelles ils ont expérimenté mourir en deux mois. Chez les équidés, la maladie a toujours une marche lente et peut se terminer par la mort ou la guérison.
D'une manière générale, l'inoculation intrapéritonéale semble la voie la plus sûre.
ESPÈCES. — Le Trypanosoma gambiense estime espèce de trypanosome caractérisée plutôt par son adaptation à certains mammifères que par sa morphologie. En tout cas, il semble ne pouvoir être différencié du Trypanosoma ugandense, avec lequel il doit se confondre. Les différences morphologiques invoquées sont illusoires,
Fig. 1 28. — Coupe transversale de la trompe d'une glossine.
Jb, canal au fond duquel s'ouvre la bouche; g, lèvre inférieure ou labium ; h, hypopharynx; l, lèvre supérieure ; p, palpes ; s, conduit salivaire.
ACHALME.
MALADIES SPECIFIQUES.
et, d'autre part, contrairémenl aux observations de Plimmerel conformément à l'opinion do Laveran ef Mesnil el celle de Thomas el Breinl, les effets pathogènes sont les mêmes H les animaux immunisés pour l'un oni acquis en même temps l'immunité contre l'autre. Au point de vue de la virulence, on constate, suivant l'origine, des différences peu marquées. En effet, Laveran a expérimenté avec trois virusprovenant de la Gambie, de L'Ouganda et de l'Oubanghi . Sauf au point de vue de la durée de la maladie chez le rat, les trois trypanosomes se sont comportés vis-à-vis des animaux d'une manière sensiblement parallèle. Il n'y a aucune différence entre les trypanosomes
isolés au cours de la période fébrile (fièvre à trypanosomes) ou de la période terminale (maladie du sommeil).