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DONNÉES D'OBSERVATION

Aux trois formes cliniques principales du paludisme : quotidienne, tierce, quarte, correspondent trois parasites qui appartiennent ù trois races d'une même espèce d'après les uns, à trois espèces di liérentes d'après les autres. Nous reviendrons plus loin sur cette question de l'unité ou de la pluralité des espèces du Plasmodium du paludisme. Nous prendrons pour type de la description le parasite de la forme la plus commune, de la tierce bénigne, et nous caractériserons les autres par leurs différences avec ce premier type.

11 est nécessaire, pour comprendre la description du parasite paludéen, de posséder une connaissance succincte de la technique employée pour l'étude des parasites du sang et que nous allons résumer brièvement.

L'étude delà structure fine du Plasmodium du paludisme ne fit de réels progrès qu'après la découverte par Romanowsky de la réaction qui porte son nom (1). 11 constata que le mélange de deux solutions saturées dans l'eau de bleu de méthylène (basique) et d'éosine (acide) donne lieu à un précipité qui contient une matière colorante ayant une action élective sur la chromatine. Les préparations colorées par la méthode de Romanowsky montrent les karyosomes des Protozoaires colorés en rouge, leur protoplasma en bleu, ou en mauve clair ou rose de différentes nuances; les noyaux des Métazoaires en violet carminé, leur protoplasma en couleurs différentes formant toute une gamme, du bleu à l'orange par le vert et le mauve. Cette richesse de tons permet la différenciation des plus petits détails de structure.

Ziemann (2) perfectionna en 1898 la méthode. Nocht (3) montra que la réaction est due à la formation, dans les vieilles solutions de bleu de méthylène, d'une substance rouge, le Roth aus Methylenblau, qui est celle qui colore la chromatine et qui est mise en liberté par le fait du mélange du bleu et de Téosine. Cette substance se trouve en abondance dans le bleu polychrome de Unna et aussi dans les solutions de bleu alcalinisées et chauffées. Ruge (4) contribua à l'étude de la question. Puis Giemsa réussit à préparer le Metkylenazur, contenant à la fois la substance rouge et la substance bleue et ne précipitant pas avec Téosine. Reuter (5), Leishmann (6) et

(1) Romanowsky, Zur Frage der Parasitologie und Thérapie der Malaria, 1891.

(2) Ziemann, Ueber Malaria und andere Blutparasiten, 1898.

(3) Nocht, Centr. fur Bakt., I, t. XXV, 1899.

(4) Ruge, Zeilschr. fur Hyg. u. Infekl., t. XXXIII, 1900.

(5) Reutbr, Centr. f. BakL, I, t. XXX, 1901.

(6) Leishmann, Brit. med. Joum., 1901, p. 635.

Wright (1), Giemsa, Marino (2) reprennent le précipité par l'alcool raéthylique avec quelques variantes de procédés, et cette solution permet une coloration plus facile et plus propre.

I. Si Ton examine le sang d'un malade de fièvre en plein accès, au stade de chaleur ou au stade de sueur, on voit, à l'état frais, certaines hématies présenter de petites taches d'un blanc grisâtre, aux contours effacés. Ces taches se confondraient avec la substance même de l'hématie, si elles ne montraient pas des mouvements amiboïdes, faciles à observer si l'on maintient la lame de sang à une température convenable.

Les mômes préparations, colorées, montrent, dans certaines

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- Fièvre tierce. Rapports entre l'évolution du parasite et la tempéture du malade.

hématies, de petits anneaux bleus dont le diamètre mesure un quart ou un quinzième de celui de l'hématie (2 jx, 5). Le centre de l'anneau est clair; une moitié de l'anneau est plus épaisse, en forme de fin croissant de lune; l'autre moitié, filiforme, est marquée vers son milieu d'un gros point rouge. Le jeune parasite est appliqué comme une calotte à la surface de l'hématie; l'anneau bleu est du protoplasma, plus abondant dans le demi-cercle opposé au point rouge ; celui-ci est le noyau ou karyosome.

L'espace clair du centre est une vacuole nutritive (Schaudinn). L'aspect du parasite de bague à chaton est remplacé assez souvent par une forme ressemblant à certains bracelets ouverts : l'anneau paraît brisé en un point qui est justement le karyosome, lequel est

(1) Wright, Journ. of met. resenrçh., t. VII, n° 1, janv. 1902.

(2) Marino, Ann. Inst. Pasteur, t. XVIII, 25 déc. 1904, p. 761-766, 1 pi.

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partagé en deux parties, dont chacune coiffe une extrémité de Tare decercle produit (1).

II. Vingt-quatre heures après l'accès, a l'état frais, les parasites apparaissent grossis, et surtout ils ont élaboré à leur intérieur du pigment mélanique, résidu de la digestion de l'hémoglobine de l'hématie. Ce pigment paraît agité de mouvements, par suite des mouvements du parasite, qui pousse des pseudopodes à l'intérieur de sa cellule hôte.

Sur lames colorées, ce sang montre que les Plasmodium ont atteint 6 à 8 u. à Tintérieurdes hématies ; que leur forme, fixée subitement par les réactifs histologiques, n'est plus celle d'un anneau régulier, mais celle d'un gros anneau, déformé par l'accroissement considérable de (la partie épaissie, bleue, du protoplasma qui étale des prolongements de tous côtés dans l'hématie, et a refoulé la vacuole nutritive. Il a plutôt l'aspect d'une tache bleue, irrégulière, parsemée de grains de pigment noir. Le karyosome rouge est généralement un peu excentrique. L'hématie serait complètement remplie par son parasite si elle ne s'était pas, elle aussi, fortement hypertrophiée, en perdant sa réaction colorante, qui d'orangée estdevenue jaune pâle, par perte d'hémoglobine. Elle atteint jusqu'à une fois et demie et deux fois sa grosseur normale.

III. Au bout de trente-six heures, les Plasmodium, qui remplissent presque entièrement les hématies, dont on ne voit plus qu'un mince anneau de bordure, ont perdu la forme annulaire. Ce sont des taches irrégulières, dont les mouvements amiboïdes se sont beaucoup ralentis. Le pigment est beaucoup plus abondant ; son augmentation est en proportion de la croissance|du parasite.

IV. A la quarante-huitième A la quarante-huitième heure, heure environ, la plupart des Plas- on voit, à côté des schizontes à modium ne présentent plus de mou- pigment immobile, de gros Plasvements amiboïdes : le pigment modium dont le pigment est resté s'est accumulé en amas ou en très agité et répandu dans tout stries. Plus trace de l'hématie le protoplasma. Ce sont les gahôte. La forme du parasite est mètes, ou éléments sexués. Aux arrondie ou ovalaire, le proto- stades antérieurs, les futurs

(1) Ces formes à noyau double correspondent sans doute à un stade de division des jeunes parasites. Metchnikoff émit l'hypothèse qu'un parasite tout jeune, encore dépourvu de pigment, peut se diviser en un certain nombre de petits segments (note reproduite par A. Laveran dans une communication au Congrès de Budapest en 1894). Voir aussi, à ce sujet, Silberstein, Centr. fur Bakt., I Orig., t. XXXVI, n<> 2, 28 juin 1903. — Thiroux, Ann. Inst. Pasteur, sept. 1906, p. 772 et, 776. — C.-F. Craig, qui a observé les mêmes formes de bi- ou tri-partition desjeunes formes du Plasmodium, pense qu'il s'agit d'une conjugaison intraglobulaire des jeunes formes annulaires hyalines non encore pigmentées (Observations upon malaria : latent infection in natives of Philippine Islands. Intracorpuscular conjugation. Philippine Journal of Science, t. I, juin 1906, p. 523-531).

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plasma d'un bleu tendre, le noyau rouge, vacuolaire et de forme irrégulière. Le Plasmodium à ce stade est unschizonte, ou élément asexué, se reproduisant parthénogénétiquement, par simple division. On voit bientôt, à l'état frais, des taches claires se dessiner à la surface du parasite ; elles correspondent, sur les préparations colorées, à une segmentation du noyau qui se divise en nombreux petits éléments (15 à 25). Le protoplasma se condense autour de ces fragments de chromatine, se segmente après que le noyau s'est divisé lui-même, et l'on voit 15 à 25 petits éléments, appelés mérozoïtes, composés chacun d'un fragment de chromatine rouge entouré de protoplasma bleu, groupés autour de Pâmas central de pigmentetoffrantl'aspect d'une rosace ou marguerite. Se séparant les uns des autres, ces petits éléments ne sont que rarement retrouvés sur les lames. Leur petitesse les fait confondre avec des hématoblastes. Le pigment est englobé par des phagocytes.

La segmentation, aboutissant de cette évolution asexuée (schizogonie), correspond au début de l'accès de fièvre (stade de frisson).

Les mérozoïtes ne restent pas longtemps à l'état libre: ils s'accolent aux hématies, enfoncent des pseudopodes dans leur intérieur jusqu'à ce que peu à peu tout le corps soit devenu endoglo-

gamètes étaient difficilement discernables des futurs schizontes.

Cependant Ruge (1) distingue les jeunes gamètes des jeunes schizontes en ce que la chromatine de ceux-ci est située latéralement, tandis que chez ceux-là elle est située au centre de l'aire vacuolaire. De plus, d'après Maurer, le karyosome ne ferait pas saillie sur l'anneau chez les jeunes gamètes comme chez les schizontes.

L'anneau serait aussi plus régulier et d'une épaisseur uniforme chez les jeunes gamètes. D'après Ziemann (2), les gamètes sont plus grands, moins mobiles, plus pigmentés queles schizontes et n'ont pas de vacuoles nutritives.

Maurer indique aussi des particularités de colorations propres aux gamètes de tierce maligne.

Parmi les gamètes de la quarante-huitième heure, complètement développés, on distingue aisément deux variétés : les uns ont, à l'état frais, un protoplasma hyalin, du pigment grossier, jaune brun ; ils sont de la grandeur d'une hématie normale : 8 à 9 p. Colorés, ils montrent un protoplasma très pâle, bleu, vert, gris ou rose grisâtre, un gros noyau central à chromatine pelotonnée, de structure lâche, coloré en rouge, de forme ovalaire ou réniforme. Ce sont les gamètes mâles, ou microgamétocytes.

Les autres ont, à l'état frais, un protoplasma finement granuleux,

(1) P. Ruge, Malariaparasiten. Handbuch d. patholog. Mikroorçf., t. I, et premier supplément. D'après Rugc, les gamètes mettent le même temps que les schizontes pour se développer (Fragen und Problème d. modernen Malariaforschung. Zentralbl. fur Bakt., I Abt., t. XXXII, p. 776).

(2) II. Ziemann, Malaria. Handbuch d. Tropenkrankh., t. III, 1906.

PALUDISME

biliaire (1). Parfois plusieurs mérozoïtes parasitent une môme hémalie. Ce processus d'infection correspond au stade de chaleur.

Puis les jeunes Plasmodium recommencent le même cycle.

Il convient de signaler la forme hémogrégarinienne incurvée que revêtent passagèrement les jeunes Plasmodium au début de leur développement intracellulaire.

Cette forme, étudiée surtout par Billet (2), rappelle peut-être le type ancestral des Hémosporidies de l'Homme.

le pigment noir, en grains dispersés. Ces éléments sont toujours plus gros qu'unehématie normale :

9 à 15;j.. Colorés, ils montrent un protoplasma bleu profond, un noyau plus petit que chez le mâle et excentrique, placé à la périphérie du protoplasma et souvent entouré d'une vacuole. Ce sont les gamètes femelles ou macrogamètes.

Si Ton observe attentivement une préparation de sang frais entre lame et lamelle, renfermant des gamètes, on voit, après un temps qui dure de quelques minutes à une demi-heure, l'intérieur de quelques microgamétocytes, c'està-dire de gamètes à protoplasma clair, s'animer d'un vif mouvement qui secoue les grains de pigment avec violence : après quelques minutes, ce mouvement s'apaise habituellement, et l'on voit surgir du microgamétocyte de 4 à 8 longs et minces filaments, les microgamètes, deux à trois fois plus longs que le diamètre d'une hématie. Ces microgamètes, éléments fécondateurs, se meuvent avec rapidité dans le plasma par brusques ondulations de leur corps : ils fouettent les hématies, traversent le champ du microscope et enfin pénètrent à l'intérieur des macrogamètes les plus voisins (gamètes à protoplasma granuleux). La fécondation est opérée, mais elle ne donne aucun résultat in vitro.

L'évolution ultérieure du macro-

(1) C. Christy, Brit. med. Journ., 19 sept. 1903, p. 645.

(2) A. Billet, C. R. Acad. des sciences, 10 juin 1901, et G. R. Soc. de biol., t. LX, 19 mai 1906, p. 891, et t. LX, p. 1146. Voy. aussi Ed. Sergent et Ktm-nne Sergent, Ann. Insl. Pasieur, t. XIX, mars 1905.

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