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gamète fécondé ne peut se poursuivre que dans l'estomac de certains Moustiques, qui, dans le cas du paludisme humain, sont les Anophélines.
Sur des préparations colorées, les microgamètes apparaissent comme de minces filaments bleu clair de 24 à 30 a de longueur en moyenne, avec un noyau rose à la partie moyenne.
Les croissants, formes de gamètes propres à la tierce maligne, sont accolés à un restant d'hématie. Les différences entre les cf et les ç sont les mêmes que chez les gamètes sphériques. Les croissants mâles sont plus courts et plus larges, parfois réniformes; les croissants femelles plus longs et plus étroits. Chez le mâle, le pigment est éparpillé dans le protoplasma bleu clair, et le noyau, réseau lâche de chromatine, occupe la plus grande partie du parasite. Chez le croissant femelle, pigment amassé en un anneau compact autour du noyau petit et condensé, protoplasma bleu foncé. Entre lame et lamelle, les croissants mâles prennent une forme fuselée, puis arrondie, qui émet bientôt les microgamètes. Ceux-ci vont féconder de la façon décrite plus haut les croissants femelles, qui ont subi le même changement de forme.
Il est rare, dans la pratique, de voir se dérouler dans le sang des malades le cycle schématique du développement des parasites, tel que nous venons de l'exposer. Le plus souvent, on rencontre des formes jeunes en même temps que des formes adultes, et révolution typique n'est guère retrouvée à l'état de pureté que dans les cas de première infection, non encore influencés par la quinine.
La coexistence de plusieurs infections et réinfections, la perturbation apportée par l'action de la quinine aboutissent à une multiplicité de modes de dévelopement des Plasmodium correspondant aux formes cliniques suivantes :
Tierce bénigne. — Double tierce : l'examen du sang pratiqué au moment de l'accès montre à la fois de jeunes parasites (un tiers ou un quart d'hématie) et des parasites au milieu de leur croissance (trois quarts ou quatre quarts d'hématie). Il y a double génération de parasites évoluant à vingt-quatre heures d'intervalle.
Quarte. — Double quarte. Triple quarte. Respectivement deux, ou trois générations évoluant à vingt-quatre heures d'intervalle.
Tierce maligne. — La plupart des auteurs attribuent la forme quotidienne du paludisme au parasite de la tierce maligne, soit que celui-ci ait une période d'évolution variable depuis vingt-quatre jusqu'à quarante-huit heures, soit qu'il donne une seconde génération évoluant à vingt-quatre heures d'intervalle avec la première.
Enfin les fièvres irrégulières, si fréquentes, seraient dues aussi au parasite de la tierce maligne. Les schizontes de ce parasite, qui habitent surtout les organes internes, faisant irruption de temps à autres sans règle fixe dans le sang périphérique, où la mise en liberté des mérozoïtes s'accompagne d'accès de fièvre, la courbe de température comporte des périodes inégales (Stephens et Christophers). L'action de la quinine ne doit souvent pas être étrangère à ces modifications de l'évolution des parasites.
Unité ou pluralité des parasites du paludisme ?
La description donnée ci-dessus est conforme à l'opinion actuelle d'un grand nombre d'auteurs, qui croient à l'existence de trois espèces de parasites du paludisme. Toutefois l'unanimité n'est pas acquise sur ce point. Certains auteurs, et à leur tête A. Laveran, n'admettent qu'une seule espèce de parasite. A. Laveran écrivait en 1898 (1) : « Je persiste à croire qu'il n'existe qu'un seul parasite du paludisme.» 11 concède aujourd'hui qu'il en existe trois variétés.
Les principaux arguments de A. Laveran en faveur de l'unité sont (2) :
« Il n'est pas douteux que, dans les fièvres graves des pays chauds, ce sont les petites formes et les croissants qui se rencontrent le plus souvent, tandis que dans les fièvres de nos pays tempérés ce sont les grandes formes amiboïdes qui dominent. Mais, lorsque les malades qui ont contracté la fièvre des régions tropicales reviennent dans nos pays et qu'ils ont des rechutes, on trouve souvent dans leur sang de grandes formes amiboïdes identiques à celles des fièvres d'Europe. Il est fréquent de trouver, chez un même malade, des petites formes, des grandes formes amiboïdes et des corps en croissant.
« La clinique plaide en faveur de l'unité ; les types de fièvre se transforment souvent et, dans la plupart des foyers palustres, les mêmes types se retrouvent, les proportions seules varient. Dans les pays chauds, les types continus ou à courte intermittence dominent ; dans les pays tempérés, ce sont les tierces et les quartes qui s'observent avec le plus de fréquence ; la constance même de ces variations indique que c'est l'influence des climats qui, très probablement, accélère ou ralentit l'évolution du parasite et qui augmente ou diminue sa virulence.
« L'identité des lésions anatomiques : anémie, mélanémie, hyper-
(1) A. Laveran, Traité du paludisme, Masson, lrp édition, 1898, p. 82.
(2) A. Laveran, Prophylaxie du paludisme. Encyclopédie Léauté; et Traité du paludisme, 2e cdit., 1907, p. 142. — Voy. aussi Thiroux, Ann. de Vins t. Pasteur, t. XX, sept, et oct. 1906, p. 766 et p. 869 ; A. Plehn, Arch. fur llyg., t. XLIV, 1904, p. 31.
splénie et l'efficacité de la quinine dans le traitement de toutes les formes viennent également à l'appui de l'unité du paludisme.
« Les différences moi phologiques qui existent d'ordinaire entre les parasites des fièvres tropicales et ceux des fièvres tierces ou quartes me paraissent devoir être rapportées à des variétés d'un même Hématozoaire et non à des espèces distinctes. On peut admettre les variétés suivantes : H. malarias var. parvct, H. malarias var. magna y H. malarias var. quarto nœ (1). »
D'autre part, A. Billet croit à l'existence de deux espèces de parasites, celui de la tierce et celui delà quarte (2). Chaqueespèce présente deux cycles : un cycle primaire, d'invasion récente et d'infection profonde, de durée courte avec formes parasitaires petites, peu ou point pigmentées, gamètes semi-lunaires (cycle fugitif et rarement constaté pour la quarte) : un cycle secondaire, d'invasion ancienne, c'est-à-dire consécutif à de multiples rechutes, avec gros parasites amiboïdes et fortement pigmentés, gamètes arrondis. La tierce primaire de Billet correspond à la tierce maligne, sa tierce secondaire à la tierce bénigne. Le parasite de la quarte se distingue de celui de la tierce par le volume moindre de ses schizontes et de ses gamètes, leur forme quadrilatérale, par ses formes de segmentation à huit mérozoïtes au lieu de seize on vingt, par l'absence de toute granulation intraglobulaire dans [les hématies, qui sont rétractées et ne sont pas décolorées, par le pigment mélanique plus grossier. La forme vermiculaire du parasite de la quarte, moins mobile que celle de la tierce, et ne poussant qu'un seul prolongement, aboutit à un schizonte quadrilatère caractéristique de la quarte. Le cycle primaire débute de juin en ^novembre en Algérie ; le secondaire apparaît en hiver et au printemps.
Enfin Ziemann (3) constate des différences entre le parasite de la tierce maligne grave, qu'il a observé dans l'Afrique occidentale, et celui de la tierce maligne décrit par les Italiens. C'est ainsi qu'au Cameroun les croissants sont plus rares, les gamètes sont plus petits et à contours grossiers (var. africana).
Parthénogenèse desmaerogamètes. — Les gamètes femelles peuvent se diviser par schizogonie, ce qui explique les rechutes tardives des cachectiques. La division du noyau avait été vue par SacharofT, Lewkowicz. Schaudinn (4) suivit tous les phénomènes de la parthénogenèse dans la tierce bénigne ; Pittaluga, Pezopoulo et
(1) Pour H. Vincent, les caractères de la segmentation ne sont pas assez constants pour permettre de distinguer les trois PUismodium du paludisme (C. R. Soc. de biol., t. XLIV, 26 mars 1892, p. 255).
(2) A. Billet, G. R. Soc. de biol, t. LIX, 25 nov. 1905, p. 539; t. LX, 19 mai 1906, p. 891 ; t. LX, p. 1146, et t. LXI, p. 754; Ann. de VInst. Pasteur, t. XVIIr 1903, p. 198; Assoc. franc, pour l'avanc. des sciences, Congrès de Reims, 1907.
(3) Ziemann, Malaria. Handh. d. Tropenkr., t. III, 1906, p. 298.
(4) Schaudinn, Arb. a. d. kaiserl. Gesundh., t. XIX.
Cardamatis (1) refirent la même observation pour la fièvre maligne (quotidienne), et Ziemann (2) croit avoir vu un phénomène analogue dans un cas de quarte chez un nègre du Cameroun.
Phagocytose. — L'organisme humain lu lie contre le Plasmodiwn au moyen de la phagocytose. Les leucocytes qui ont digéré les gros schizontes chargés de pigment sont dits mélanifères. Ils fournissent un bon signe diagnostique. Les macrophages englobent même les croissants [H. Vincent (3)]. Le paludisme est accompagné de mononucléose. Lorsque les grands mononucléaires dépassent la proportion de 20 p. 100, Stephens et Christophers enseignent qu'il faut songer au diagnoslic de paludisme.
Des parasites ingurgités par l'Anophélinc qui pique un malade, seuls les éléments sexués ou gamètes vivront, subiront une évolution qui ne serait pas possible dans un aulre milieu. Toutes les autres formes : jeunes anneaux, schizontes ou mérozoïtes périssent et sont digérées dans l'estomac de l'Insecte.
Les premiers phénomènes de la fécondation sont ceux que Ton peut observer in vitro (Voy. plus haut). Des microgamétocytes hyalins, à pigment fin et peu abondant, s'échappent (4) des filaments grêles ettrès mobiles, les microgamètes (spermatozoïdes), qui vont féconder les macrogamètes, à protoplasma granuleux et à gros pigment. Cette fécondation se fait comme toujours par fusion des substances nucléaires. Le vif mouvement du pigmenta l'intérieur du macrogamète, qui avait accompagné l'entrée du microgamète, s'apaise, et le macrogamète prend aussitôt un autre aspect, assez rare en zoologie, et bien caractérisé par le terme de ookinète (œuf mobile). Jusque-là immobile, l'élément femelle prend, une fois fécondé, une forme allongée, vermiculaire, poussant comme un bourgeon aune de ses extrémités. Le pigment est réuni en un amas. Ce vermicule se recourbe et s'étire et se meut de la sorte.
Au bout de quarante-huit heures après la succion, l'ookinète s'enfonce dans les parois de l'estomac, dans lesquelles il se creuse
(1) Pittaluga, Partenogenesi dei macrogameti di una varietà di Laverania [L. malarise var. mitis) Arch. parasit., t. VII, 1903, p. 389). — N. Pezopoulo et J.-P. Cardamatis, Centralbl. fur Bakl., I. Orig., t. XL, fasc. 3 et 4, 1906, p. 344 et p. 480.
(2) Ziemann, Malaria. Handb. d. Tropenkrank., t. III, p. 288.
(3) H. Vincent, Contribution à l'étude du processus leucocytaire dans la malaria. Ann. de l'Inst. Pas*., t. XI, 1897, p. 891.
(4) L'émission des microgamètes est peut-être provoquée chez les microgamétocytes mûrs par l'abaissement de température subi par le sang à la sortie des vaisseaux. Voy. Claus, Ueber den Einfluss physikalischer Reize auf die Bildung der Geschlechtszellen bei Hamoproteus. Hyg. Hundschau, t. XIII, n° 6, 15 mars 1903, p. 283-288.
282 El). ET ET. SERGENT. — PALUDISME.
une loge; il prend une forme arrondie ou ovale, les tissus de l'Insecte qui l'enveloppent lui forment comme un kyste ; il possède à ce moment à peu près Je volume d'une hématie : 6 à 7 a de diamètre, un aspect hyalin et des grains de pigment, dispersés et souvent animés de vifs mouvements. On lui donne alors le nom de zygote.
A une température convenable, c'est-à-dire entre 24 et 30° G., trois jours après ce stade (cinq jours après la succion), le zygote a beaucoup grossi, il atteint 16 à 18 u. et fait hernie dans le ccelome du Moustique. On voit à son intérieur les signes d'une division en plusieurs masses. Ces masses sont appelées sporoblastes. Quand le zygote a atteint son plus grand développement (36 à 40 [x), au bout de six ou sept jours après la succion, on le voit saillir à la face externe de l'estomac, dans la cavité générale du Moustique. Chaque sporoblaste se divise à ce moment en un grand nombre de fins corps recourbés, filiformes, les sporozoïtes, provenant de la division amitosique des nombreux noyaux du zygote, chaque fragment chromatique étant entouré d'une portion du protoplasma. Le zygote est ainsi presque entièrement rempli de ces sporozoïtes, qui lui donnent un aspect strié caractéristique. Les sporozoïtes sont disposés en rayons sur chaque sporoblaste.
Parfois, dans ces zygotes, on voit de gros corps noirs, à l'aspect de racines déjetées et noueuses, les black spores deR. Ross, qui sont sans doute des formes de dégénérescence.
Quand le zygote a acquis la taille et la figure striée décrites plus haut, l'œuf est mûr (septième jour) ; la paroi kystique se rompt dans les parois musculaires de l'estomac ; les sporozoïtes sont mis en liberté, passent des tissus des parois dans la cavité générale ou ccelome ; on les trouve dans les muscles du thorax, puis finalement réunis dans les glandes salivaires. Il reste, dans les zygotes, une substance résiduaire.
C'est, en général, huit à dix joursaprès la succion que les premiers sporozoïtes sont trouvés dans les glandes salivaires, dans les conditions favorables de température, entre 24 et 30°. C'est à ce moment, par conséquent, que la piqûre de ce Moustique commence à devenir dangereuse.
Les sporozoïtes ont une longueur moyenne de 14 j* (variant entre 10 et 20 ix) sur 1 ou 2 a de largeur. Ils sont d'ordinaire nombreux dans les glandes salivaires; on les reconnaît à leur forme de finsbAtonnets recourbés légèrement, se mouvant assez Aile par flexion, incurvation ou contraction annulaire de leur corps ; une de leurs extrémités est souvent plus poinlue que l'autre. A leur centre, un karyosome se laisse colorer facilement en rouge ; le reste du bâtonnet prend une teinte bleue par le Romanowsky.
La pénétration des sporozoïtes dans les globules rouges n'a pas encore été vue avec des sporozoïtes des glandes salivaires. mais a été
PARASITES DU PALUDISME CHEZ LE MOUSTIQUE, f V— 283
observée deux fois par Schaudinn (loc* cit.) dans des cas de sporozoïtes de kystes rompus dans l'estomac
On trouve souvent dans les glandes salivaires des cristaux qui peuvent simuler les sporozoïtes : leurs formes rigides, géométriques, les réactions colorantes et l'absence de mobilité suffiront à les faire reconnaître. Il en est de même de figures produites souvent par le plissement des membranes qui enveloppent les acini glandulaires et dont les rides ressemblent un peu à des sporozoïtes.
On ne connaît pas de différences notables entre le cycle évolutif des différents Plasmodium du [paludisme dans le corps des Mous^ tiques.
Stephens et Christophers (1) donnent les caractères suivants :
1° Les zygotes de croissants de tierce maligne montrent, à l'état jeune, un amas de pigment ressemblant à des grains de poivre noir;
2° Les zygotes de tierce bénigne montrent du pigment jaunâtre ou doré, en traînées ;
3° Les zygotes de quarte montrent du pigment grossier en amas.
Les zygotes plus anciens (40 à 60 u.) ne peuvent plus être rattachés à telle ou telle espèce de parasites.
D'après Bastianelli et Bignami (2), les différences entre [les cycles des différents Plasmodium sont;:
Entre la tierce bénigne et la tierce maligne :
l°Lesookinètesprovenantd'un gamète en croissant (tierce maligne) sont fuselés ou ovales ; ceux qui proviennent 'des gamètes arrondis de la tierce bénigne sont ronds, et par exception seulement ovales (et encore n'est-il pas sûr quejeette forme ovale ne soit pas due à un artifice de préparation) ;
2° L'ookinète de tierce maligne a un contour plus net et une réfringence plus forte, ce qui permet de le voir au microscope avec de faibles grossissements. Au même stade, l'ookinète de tierce bénigne est plus transparent et nécessite, pour être découvert, l'emploi des forts grossissements (immersion homogène) ;
3° Le pigment est, bien entendu, identique à celui du parasite chez l'Homme ;
4° Les noyaux produits par division successive sont moins nombreux et plus gros dans la tierce bénigne que dans] la maligne, au même stade;
5° Sauf dans les zygotes mûrs, qui ne présentent pas de différences appréciables, les sporozoïtes de la tierce bénigne sont moins entassés et disposés plus régulièrement en rayons autour des amas de substance résiduaire que ceux de la tierce maligne. Dans la tierce bénigne, les reliquats granuleux de la segmentation sont plus abondants que dans la tierce maligne.
(1) Stephkns et Christophers, Étude pratique du paludisme, p. 96.
(2) Marchiafava et Bignami, La infezione malarica, Milan, 1902, p. 96 et sq.
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