MOUSTIQUES
Les Anophélines femelles seules peuvent être infectées par le Plasmodium de l'Homme, les maies ne suçant pas le sang.
Parmi les moyens d'éviter les piqûres des Moustiques, un grand nombre ont toujours été pratiqués, dans le simple but d'échapper au désagrément qu'elles causent ; il est de notion courante qu'il est bon de dormir les fenêtres fermées, de ne pas s'attarder le soir hors des habitations, de ne pas se tenir près des lampes allumées. La lumière n'attire d'ailleurs que les Gulicines et non les Anophélines.
On sait aussi qu'il convient, en pays paludéen, de choisir l'emplacement des habitations sur une hauteur, battue des vents ; que les fenêtres qui donnent sur les marais sont plus dangereuses que les fenêtres opposées ; que le voisinage des arbres, de la brousse est à
craindre : il n'est pas nécessaire d'insister sur la raison, connue aujourd'hui, qui explique ces anciennes observations par le rôle de convoyeur du virus joué par les Moustiques.
Certaines populations émigrent, lorsque la saison dangereuse approche, et vont s'établir dans des régions saines : nomades de Touggourt et d'Ouargla dans le Sahara algérien, Corses de la côte orientale.
Toutes ces pratiques archaïques sont bonnes, on le savait, mais la science moderne en a donné la raison. Elles, sont à adopter le cas échéant.
D'autres moyens de se soustraire aux piqûres peuvent être qualifiés de moyens chimiques : ils utilisent l'effet repoussant de certaines substances sur les Moustiques. Sont dans ce cas l'acide phénique, l'iodoforme, le menthol, des essences diverses (de lavande, de giroflée, d'anis, de térébenthine). Bernegau ^1) conseille de s'enduire le soir la nuque, les mains et les pieds d'eau créolinée à 5 p. 100. A. Celli recommande le savon à la térébenthine, qui en plein air éloigne les Moustiques une ou deux heures. Dans les pays méridionaux, l'ail et l'oignon ont la réputation de faire fuir les Insectes ; il en est de même en Amérique pour Mentha pulegium. Mais il ne faut accorder aucune créance au préjugé très répandu, reproduit par Eaton (2), du pouvoir culicifuge des feuillages d'eucalyptus.
Le procédé le plus employé, dans de nombreux pays, pourchasser les Moustiques, consiste à enfumer les maisons, le soir venu. Cette pratique est encore usitée de façon régulière sous le nom de hibronnée dans le pays vendéen. Elle est aussi la seule défense contre les Moustiques des indigènes de Berbérie, des nègres d'Afrique. Très efficace au moment où la fumée envahit l'habitation, elle n'éloigne les Insectes que pour peu de temps et présente l'inconvénient d'être impraticable dans des demeures bien tenues de civilisés et d'irriter les muqueuses des voies respiratoires et des yeux.
Lorsque de nombreux Anophélines ont envahi une habitation, il est quelquefois utile de les détruire en une seule opération, par l'anhydride sulfureux (3), qui est le gaz le mieux désigné pour cet office. La poudre de pyrèthre, brûlée, endort les Moustiques, que l'on
(1) Bernegau, Zur Bekâmpfung der Mosquitos. Ber. d. deutschen pharm. Gesellsch.. 1900, p. 210.
(2) Eaton, Eucalyptus against mosquitos. Insect Life, V, p. 268.
(3) A. Celli et O. Casagrandi, Atti d. Soc. d. Mal., t. I, 1899, p. 73, et Ann. d'ig. sp., 1899, p. 317. — M. J. Rosenau, Disinfection against Mosquitoes with formaldehyd and sulphur dioxyd. Hygien. lahor. Washington Bail., n° 6, 1901.
peut ensuite balayer, mais elle ne les tue pas. On vend en Italie des cônes de poudre de pyrèthre et de chrysanthème, sous les noms de fidibus, de zanzolina. La fumée de tabac rend parfois service pour éloigner les Moustiques. Enfin rétablissement de courants d'air, grâce à des éventails, des pankas et des ventilateurs, est utile, faute de mieux.
La protection la plus sûre contre les piqûres de Moustiques sera obtenue au moyen de la défense mécanique.
Fig. 163. — Moustiquaire de lit portative.
Défense mécanique.— 1° Défense mécanique personnelle. — Elle comporte l'usage de moustiquaires de lit et celui de voilettes et gants.
A. La moustiquaire de lit doit être en tulle ou en mousseline à mailles assez étroites pour empêcher le passage des Moustiques : le plus grand diamètre des mailles losangiques ou hexagonales ne doit donc pas dépasser lmm,5 à 2 millimètres. Le fil doit être assez gros pour résister aux tractions. Pour être efficace, la moustiquaire doit être très bien entretenue, visitée très souvent et réparée avec soin. Autant que possible, ne pas la dresser une fois pour toutes, mais la monter tous les soirs, soi-même, sans confier à personne cet office. Une bonne moustiquaire doit toujours être distante du dormeur,
pour que celui-ci ne puisse pas être piqué à travers les mailles. Elle doit aussi avoir une monture peu compliquée et solide, permettant, par son mode de fixation, de rentrer les bords de la moustiquaire sous le matelas de tous les côtés, sans aucune solution de continuité. L'idéal
Fig. 164. — Maisonnette de chemin de fer grillagée, en Algérie.
est d'enfermer sous la moustiquaire le dormeur, ses draps et son matelas complètement comme dans un sac.
La monture dont nous nous servons se compose de deux arceaux de métal, semblables, se plaçant l'un au pied, Y autre à la tête du lit ; chaque arceau se démonte en trois parties pour la commodité du transport et est maintenu en place par des prolongements des pieds des montants, coudés horizontalement à angle droit, et qui s'engagent sous le matelas. La pièce de tulle, de 3m,50 sur 5 mètres au moins, est jetée sur ces deux arceaux et bordée tout autour sous le matelas.
ED. ET ET. SERGENT. — PALl'DISM E.
Le manque de ventilai ion, que Ton reproche surtout a priori h la moustiquaire, est un inconvénient bien compensé par la tranquillité du sommeil à l'abri des Moustiques qui bourdonnent dans la chambre.
B. On a conseillé, pour les personnes obligées de sortir aux heures dangereuses de la nuit, l'emploi de voilettes fixées au chapeau et rentrant sous le col, de gants épais, ainsi que le soin de serrer les vêtements aux poignets et aux chevilles.
Ces précautions gênantes sont supportées par les intéressés quand
Fig. 165. — Fenêtre grillagée avec lucarne ménagée pour ouvrir les volets.
une multitude de Moustiques les fait réellement souffrir : ainsi elles sont observées de toute antiquité par les vignerons de la Camargue. Mais les Anophélines ne sont que rarement très importuns pour les personnes éveillées. De plus ils peuvent piquer aussi bien à travers les vêtements de toile qui se portent en été. La mauvaise volonté qu'éveilleraient ces mesures en apparence vexa toires en compenserait les avantages problématiques. Il faudrait beaucoup de discipline et beaucoup de surveillance pour les faire appliquer. Dans la pratique, nous ne croyons pas utile d'en recommander la généralisation, exception faite de cas spéciaux.
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et
PALUDISME
2° Défense mécanique collective. — Elle consiste dans le grillage de toutes les ouvertures des habitations. On se sert à cet effet de toiles métalliques à mailles ne dépassant pas 1 millimètre, lmm,5 ou 2 millimètres d'ouverture suivant les Anophélines auxquels on a affaire. Le fil doit être gros, pour résister aux chocs et aux pressions. Une toile assez bonne est celle que l'on désigne dans la plupart des manufactures sous le n° 12, fil 14, ou fil 12, ou fil P. Le fil de fer galvanisé est celui qui convient le mieux ; le fer étamé s'écaille trop facilement; le fil de cuivre, très cher, ne dure pas dans les régions où les phénomènes électriques sont fréquents.
Cette toile métallique est tendue sur des cadres de bois, qui doivent mesurer au moins 0m,075 sur0m,034. Ces cadres sontimmobilisés dans
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Fig. 167. — Fenêtre grillagée par le modèle à guillotine (modèle conseillé).
l'ouverture des fenêtres au moyen de scellements de plâtre ou mieux de ciment. Une difficulté est soulevée par la nécessité d'ouvrir les volets extérieurs : on ménage à cet effet un guichet ou une lucarne dans la toile métallique. Ce guichet est fermé soit par une petite porte grillagée elle-même, tournant sur charnières et fixée par un loquet, soit par un panneau mobile verticalement dans des rainures, suivant le système à guillotine. On peut aussi, au lieu d'un cadre immobile, employer un cadre mobile à deux battants, sur le modèle des fenêtres ordinaires. D'ordinaire on fixe le grillage entre la fenêtre et le volet. Lorsque celui-ci est intérieur, il est bien entendu inutile de ménager une ouverture dans la toile métallique. Pour les constructions neuves, il convient d'adopter les volets intérieurs, pour éviter d'avoir une lucarne dans le panneau de treillis métallique.
C'est la disposition qui a été adoptée dans les projets d'écoles publiques en Algérie.
Les portes sont défendues par un cadre mobile sur paumelles et fermé automatiquement par un ressort. Le travail de menuiserie doit être soigné, et le battant doit bien s'encastrer dans le dormant. Il y a intérêt à placer sur le bas du portant des cadres-portes grillagés
Le châssis étant baissé
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Fig\ 168. — Détails des fenêtres grillagées à guillotine.
une planchette à glissières munie d'un bourrelet d'étoffe pouvant se déplacer librement de bas en haut, de façon à obturer constamment, dans toutes les positions de la porte, l'espace libre déterminé par l'inégalité du seuil. Le bas des portes, exposé à recevoir des coups de pied, est protégé par des lattes. La fermeture se fait par un loqueteau va-et-vient, qui cède à la moindre pression. Ne pas compliquer cette fermeture d'un loquet ou d'une serrure. Le cadre-porte grillagé doit doubler la porte ordinaire et non la remplacer; en hiver, il est enlevé,
car il est devenu à peu près inutile et souffrirait davantage des intempéries. Il est remisé en lieu sûr jusqu'à la saison fiévreuse suivante.
Les cheminées où l'on ne fait pas de feu sont obturées, à leur partie inférieure, par un châssis léger, avec écharpes aux angles, garni de toile métallique et s'appliquant exactement dans le cadre- Le pourtour du châssis devra être calfeutré soigneusement soit avec du plâtre, soit avec des chiffons, soit même avec du papier. Un panneau plein ou un tablier de tôle peuvent s'opposer à l'entrée des Moustiques ; mais la toile métallique a l'avantage de permettre l'aération. Ce châssis sera enlevé en hiver.
Porte d entrée
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Fig. 169. — Porte grillagée, en élévation et en coupe.
Les cheminées où l'on fait du feu (cuisines) sont beaucoup plus difficiles à défendre. Les grillages placés à leur extrémité supérieure empêchent le tirage et sont vite oblitérés par la suie. On peut donner à ce grillage de l'extrémité supérieure la forme d'un chapeau sphérique, de façon à ce que le vide total des mailles soit égal à la lumière de la cheminée. On peut fermer l'ouverture inférieure des hottes par un panneau grillagé horizontal. Autant que possible, il faut supprimer les fourneaux ordinaires et les hottes pour adopter les fourneaux dits économiques (cuisinières) à tuyaux de tôle. A défaut de cette possibilité, isoler la cuisine du reste de l'appartement par des cadresportes grillagés intérieurs.
Toutes les ouvertures des appartements : lucarnes, trappes d'escalier, seront grillagées sur le même principe et d'une manière définitive.
MOUSTIQUES INFECTÉS. t * -333
Il est préférable de défendre complètement les seules chambres à coucher, si les grillages ne peuvent pas être appliqués à l'habitation entière.
Mais, lorsqu'on le peut, il est préférable de multiplier les barrières : ainsi un tambour grillagé est préférable à la simple porte grillagée
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Planchette
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Fig. 170. — Détails de la partie inférieure d'une porte grillagée ; apposition d'une planchette mobile verticalement, avec bourrelet à son bord inférieur, de façon à obvier aux inconvénients de l'usure des seuils.
doublant la porte ordinaire, car il est permis de supposer que les Moustiques ne franchiront pas coup sur coup les deux portes battues Tune après l'autre à l'entrée du visiteur : ils seront arrêtés au moins quelque temps dans l'enceinte du tambour où un examen superficiel, au passage, suffit à les faire découvrir.
Les vérandas, les terrasses si appréciées dans les pays chauds peuvent être entourées et couvertes à peu de frais par des grillages métalliques : elles restent ainsi, sans danger, aux heures du crépus-
PALUDISME
nilc, le séjour de prédilection, où les travailleurs fatigués aiment à
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Fig. 171. — Grillage de l'ouverture d'une cheminée.
prendre leur repas hors des chambres surchaufféespar une journée de soleil.
Toul est minutie dans l'installation des grillages : pas de planche
Zhâtoka pour chenunèes à h-otte de j?ohiqc<~
Position du châssis grillage ou moment ...
où l'on fait du feu '^~ dans le potager
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Fig. 172. — Grillage d'une cheminée de cuisine.
fendue, pas de nœuds dans le bois, par de serrures à clefs, pas de seuils déjetés : la moindre fente, le moindre trou suffisent à TAno-
phéline affamé pour pénétrer dans la place. Les pertuis que son instinct sanguinaire, exaspéré par le jeûne, lui fait découvrir sont parfois si petits que, gorgé de sang, il ne peut plus les retrouver. C'est même sur ce principe qu'est aménagée la trappe à Moustiques dont se servent Annett etDutton pour capturer des Anophélines. On persuade à un indigène de dormir sous une moustiquaire finement trouée (Mosquito-trap). Le lendemain, on peut recueillir sous la moustiquaire un grand nombre d'Anophélines ayant piqué (1).
La défense mécanique collective, au rebours des voilettes et des gants, offre l'avantage d'apporter aux intéressés non seulement la garantie d'une défense sûre contre le paludisme, fait médiat dont on ne comprend pas toujours de suite la réalité, mais aussi d'ajouter au confort et au bien-être. La suppression des Moustiques si incommodes la nuit, des Mouches si gênantes le jour, est un bienfait immédiat, apprécié de tous et qui fait accepter les grillages quand on les a essayés. Il faut avoir soin de les rendre aussi efficaces que possible en rendant leur fonctionnement automatique, sans rien demander à l'attention nia la bonne volonté des habitants.
On objecte a priori aux grillages leur défaut de diminuer la luminosité et les courants d'air si nécessaires dans la saison chaude. En réalité, les pays fiévreux sont en général des pays de lumière plutôt trop vive ; le reproche d'arrêter l'air serait plus sérieux s'il ne fallait pas tenir compte que d'habitude, pour éloigner les Mouches et les Moustiques, on ferme portes, fenêtres et contrevents, tandis que, les grillages posés, on pourra ouvrir largement toutes les baies.
Il est certain aussi que les vents violents et chauds qui soufflent à travers les grillages sont rafraîchis par leur passage à travers la gaze de fer, sans doute par suite du refroidissement qui accompagne toute décompression brusque des gaz.
En ce qui concerne les Moustiques infectés, la prophylaxie consiste à les empêcher de piquer l'Homme; le plus sûr moyen consiste dans la défense mécanique : 1° protection individuelle par la moustiquaire de lit ; 2° protection collective par les grillages métalliques placés à toutes les ouvertures des habitations.
Il est impossible d'empêcher d'une façon certaine les Moustiques de s'infecter sur les anciens paludéens. Dans les pays où le réservoir de virus est considérable, il convient, en attendant que l'on ait pu le modifier, de recourir à la mesure radicale qui consiste à supprimer les Moustiques pour éviter qu'ils puissent s'infecter et devenir dangereux.
(1) R. Ross, Mosquito-brigades and how to organise them, Londres, 1902, p. 11.
C'est au slade larvaire, qui s'écoule dans l'eau, que les Moustiques sont le plus faciles à atteindre.
Mesures antilarvaires. — Elles se décomposent en grandes mesures antilarvaires, destinées à changer la face d'un pays, à modifier profondément les gîtes à Anophélines, et en petites mesures antilarvaires, qui tiennent en échec simplement la multiplication de ces Moustiques et empêchent de façon transitoire leur pullulation dans le faible rayon où porte leur action.
1° Grandes mesures antilarvaires. — Dessèchements. — Ce sont celles dont, bien avant la théorie anophélienne (die Mosquito- Malaria-Lehre), l'Homme connaissait la vertu souveraine dans Tassai nissement des régions fiévreuses. Les premiers bienfaiteurs de l'humanité ont été les dessécheurs de marais. On sait que le mythe de l'Hydre de Lerne détruite par Hercule symbolise le monstre du paludisme aux cent têtes qui habite les marécages.
La reconnaissance que les traditions vouent à ceux qui nous ont délivrés de ces fléaux a inspiré à Gœthe la fin de son Second Faust, où le poète montre un Faust régénéré, multipliant les grands travaux pour assurer le bonheur du peuple dont il est roi, et couronnant son œuvre par l'entreprise du dessèchement de vastes marais qui désolent le pays.
Les légendes populaires sanctionnent donc l'utilité de la disparition des eaux stagnantes ; nous savons aujourd'hui, déplus, la raison de cette utilité, qui est l'amoindrissement des gîtes à Anophélines.
Au point de vue du paludisme, les eaux superficielles se divisent en cours d'eau, lacs et eaux stagnantes.
Cours d'eau. — Les cours d'eau ne sont pas dangereux à condition d'avoir une certaine vitesse, de n'être pas encombrés par des herbes et d'avoir une certaine profondeur avec des bords abrupts. Nous savons en effet que les larves ne sauraient naître, vivre, ni éclore, dans une eau courante, soumise à l'action des vents et sans abri contre les Poissons.
L'hydraulique antipaludique a du reste les mêmes intérêts que l'hydraulique agricole. Elle réclame, comme elle, la suppression des torrents. A ce titre, le reboisement des montagnes, leur gazonnement, les petits barrages successifs dans tous les ravins du bassin de réception sont utiles. Le déblaiement du goulot et du cône de déjection, accompagné de l'endiguement du torrent, contribue à l'assagir (1).
Puis le cours d'eau arrivé en plaine et ralenti dans son cours doit être assuré du libre écoulement de ses eaux. Les curages débarrassent le lit des vases qui l'encombrent, les faucardements, compléments des premiers, enlèvent la végétation aquatique. Exécutés par des
(1) Lévy Salvador, Hydraulique agricole, Paris, 1896.
machines, ils arrivent à donner des résultats parfaits. Le cours d'eau doit être rectifié, si ses inflexions gênent l'égouttement du terrain en affaiblissant la pente. Ses rives doivent être défendues, par des digues, des épis, des perrés, des revêtements. Une bordure d'arbres empêche la dégradation des berges et les débordements ; mais l'antipaludisme ne trouve pas un avantage au boisement en plaine, comme il en trouve un au boisement en montagne : les forêts des bas-fonds cachent sous leur manteau vert des quantités de gîtes insoupçonnés et fournissent aux Insectes ailés un repaire diurne. Parfois l'eau de la rivière, pénétrant horizontalement à travers ses berges, crée par ces fuites des gîtes tout le long du cours d'eau : le remède consiste en deux canaux creusés sur les deux rives parallèles au lit. Ces canaux soulèveront souvent des difficultés légales, car ils diminueront le débit de la rivière.
Lacs. — Les lacs à eau profonde, poissonneuse, remuée par les vents, aux rives nues et accores, ne contiennent jamais de larves de Moustiques.
Eaux stagnantes. — Les eaux stagnantes possèdent au contraire des caractères opposés. Ce sont les gîtes-types : marais, étangs mares, sources limpides et tranquilles. Il faut transformer ces eaux stagnantes en eaux vives ou les tarir.
Ce double but est rempli par les travaux de drainage du sol. On peut distinguer, avecPerels(l), les travaux d'amélioration de premier ordre, comprenant le creusement des grands canaux, et les travaux d'amélioration de second ordre, consistant en un réseau de fossés et de drains (2).
Ce réseau comprend :
1° Un canal de ceinture, entourant le territoire à assainir, de façon à recueillir les eaux tombées sur les terrains voisins et situées à un niveau supérieur (méthode d'Elkington) ;
2° Des collecteurs secondaires se réunissant en des collecteurs principaux rassemblent les eaux tombées à l'intérieur du canal de ceinture, que leur amènent des réseaux soit de fossés découverts, soit de tranchées couvertes, soit de puits absorbants verticaux, soit de tuyaux en poterie ou drains. Ces fossés ou ces drains doivent être dirigés transversalement à la plus grande pente, dans le sens des courbes de niveau, et avec une légère inclinaison sur ces courbes, tandis que les collecteurs suivent les lignes de pente (travaux de Saint-Venant, Chandora, Risler et Wéry) ;
3° Les eaux ainsi réunies sont conduites par un émissaire naturel ou artificiel à un cours d'eau, un lac ou la mer. Parfois, faute de
(1) Perels, Landwirthschaftliche Wasserbau, Berlin, 1884.
(2) Voy. les excellents livres de Risler et Wéry, Irrigations et drainages, 2e édition, Paris, 1908, et L. Faune, Drainage et assainissement agricole des terres, Paris, 1903.
Traité d'hygiène. XVII. — 22
pente, les eaux ne peuveni être évacuées que par élévation mécanique, au moyen de vis d'Archimède ou vis hollandaise, de roues à palettes ou à aubes, de pompes aspirantes et foulantes à piston plongeur, de pompes centrifuges. Ces machines d'épuisement sont actionnées soit par un moteur animé (homme, animal), soit par le vent, la vapeur, rarement par l'eau.
Dans des castrés rares, l'évacuation des eaux pourra s'effectuer par la méthode hollandaise, c'est-à-dire par des puisards traversant la couche argileuse pour descendre jusqu'au terrain perméable.
Les mares de peu d'étendue peuvent être remplies de terre et comblées ainsi directement.
Lesétangsplusconsidérables peuvent être remblayés indirectement par le colmatage. On fait arriver sur le terrain des eaux troubles, on les y laisse déposer, et on les évacue lorsqu'elles sont éclaircies. On élève ainsi peu à peu le sol au-dessus du niveau des eaux voisines, de manière à ce qu'il finisse par s'égoutter dans leur bassin. Tant que le colmatage n'est pas complet et que les terres déposées ne sont pas livrées à l'agriculture, le territoire gagné, inculte et semé de fondrières, est extrêmement dangereux ; la salubrité n'est assurée que lorsque le laboureur peut y enfoncer sa charrue.
On a utilisé, notamment en Italie, la propriété larvicide de l'eau de mer, en ajoutant cette eau à celle d'étangs fébrigènes situés le long des côtes. Cette méthode ne peut pas être poussée très loin, cardes terrains ainsi salés sont perdus pour l'agriculture.
On peut encore troubler la surface des eaux tranquilles, au moyen de roues de moulins actionnés par le vent, ainsi que l'a expérimenté Howard en Amérique. Ce procédé n'aura toujours qu'une importance secondaire.
Influence de la culture. — Il faut maintenant signaler de grandes mesures antilarvaires qui ne s'accomplissent pas, comme les précédentes, dans un but spécial, mais dont l'importance n'est pasmoindre. L'obscure besogne des travailleurs du sol, en nivelant les terres arables, en les retournant sous le soc, en détruisant les maquis, les brousses et les jungles, détruit les mille repaires imperceptibles des Moustiques, fixe l'eau aux mottes. On sait qu'une terre labourée absorbe et conserve l'humidité mieux qu'une terre en friche. Un sol qui n'a pas été remué depuis longtemps se tasse et se durcit, la pluie glisse et séjourne en flaques à sa surface, mais ne pénètre pas. La charrue qui fouille le sol y favorise l'entrée de l'eau : « Deux binages valent un arrosage, » disent les cultivateurs.
Irrigation. — Les problèmes de l'irrigation et ceux de l'antipaludisme sont connexes ; presque toujours leurs postulats s'accordent. L'irrigation en effet a pour but de suppléer à l'insuffisance des pluies en arrosant un terrain avec une quantité d'eau limitée, de façon à ce que cette eau circule à sa surface d'une manière uniforme sans
s'arrêter nulle part. Toute irrigation doit être suivie d'un assèchement du terrain. Pour mieux assurer cet assèchement, aux rigoles d'irrigation qui amènent l'eau sont opposées les rigoles de colature qui recueillent l'eau pour en débarrasser le terrain après l'arrosage. En établissant des « rotations d'eau » et en variant les intermittences des arrosages suivant la nature du terrain et la nature de la culture, on sauvegarde les intérêts de celle-ci, en même temps que ceux de l'antipaludisme.
Le cultivateur soigneux aura soin que ses canaux n'aient pas de fuite ; il n'aura pas de trop-plein se déversant sur des prairies sursaturées ; il utilisera toute son eau, apaisant la soif de la terre, mais ne la noyant pas : s'il ménage l'eau et ne la perd pas inutilement parce qu'il en sait le prix, il est en même temps, sans le savoir, bon hygiéniste, car presque toujours ce ne sont que les eaux inutiles qui sont dangereuses. L'eau que l'on fait travailler, qui pousse la roue des moulins, court le long des canaux et n'arrose que des terres spongieuses, n'a pas le loisir de dormir et d'abriter la vie délicate des larves.
Les sources qui, par leur nature même, échappent le plus souvent à l'action des travaux de drainage constituent, nous le savons, de redoutables gîtes à Anophélines. Mais, dans toute exploitation agricole bien conduite, elles seront captées, aménagées, utilisées. Les suintements, sources multiples et imperceptibles, seront recherchés pour être soit utilisés grâce à des drainages, soit détruits grâce à des bloquages.
Nous n'oublierons pas cependant que souvent le cultivateur, en amenant l'eau fertilisante dans des pays secs, y a souvent amené le paludisme jusque-là inconnu. En dehors des fautes si communes que l'on commetdans l'irrigation, il faut signaler le danger des barragesréservoirs, qui constituent sur leurs bords de véritables queues d'étangs propices aux larves, et, d'autre part, entretiennent l'humidité des terrains voisins. La transformation de ces étangs en lacs, la défense de leurs berges, une bonne réglementation seront de faibles palliatifs.
Cultures insalubres et cultures salubres. — Les cultures réputées insalubres, comme celles du riz, peuvent être en tout cas réduites au minimum de danger, par la suppression de toute eau inutile, l'accélération de la vitesse des courants.
Les plantations d'arbres comme les Eucalyptus, les Pins, les Filaos (Casuarina equisetifolia), de plantes comme les Hélianthes ou Tournesols ont pour effet non de filtrer l'air chargé de miasmes, comme on le croyait autrefois, mais de dessécher le sol. A ce titre, elles constituentde bonnes mesures antilarvaires.
2° Petites mesures antilarvaires. — Lorsque les grands travaux de l'ingénieur ont faitdisparaitre les marais, colmaté les embouchures marécageuses des fleuves, tout danger n'est pas écarté, et c'est par
un abus de langage que « creuser un canal » a fini par signifier: « assainir un pays. » En effel toute l'eau qui rendait improductives de grandes surfaces se trouve réunie dans des réseaux de canaux de dessèchement ; .41e y nourrit aussi bien des larves d'Anophelmes. Les gites sont devenus moins étendus; d'inaccessibles ds sont devenus "accessibles, voilà le grand avantage. On ne tire part, de cet avantage que par les petites mesures antilarvaires.
Celles-ci forment le complément des grandes mesures: elles consisteront dans le désherbage des canaux, dans leur curage, dans leur
entretien. .
Si le désherbage (destruction complète des herbes) ou le faucar-
Fig. ,73. __ Faucardementetpetrolaged'un canal, gîte
Anophélines, en Algérie.
dément (fauchage des herbes au ras de l'eau, à l'aide du faucard) ne suffisent pas pour rendre la vie impossible aux larves, on pétrole la surface des eaux stagnantes.
Le pétrolage se fait à la dose de 10 à 20 centimètres cubes de pétrole lampant par mètre carré d'eau. Cette dose varie suivant que Feau découverte Vrmet le libre étalement du pétrole ou que de herbes, des débris fiottants l'entravent, que le vent pousse la pellicule huileuse ou non. En principe, une couche minimale es l^M elle recouvre toute la surface de l'eau. Le pétrole agit en obst.uant mécaniquement les trachées des larves de Moustiques qui sont forcée, de venfi- respirer l'air atmosphérique à la surface de 1 eau et sans
MOUSTIQUES INDEMNES. tf-341
doule aussi en modifiant la tension superficielle du liquide de telle façon que les stigmates ne s'ouvrent plus normalement. Le pétrole agit aussi par sa toxicité. Le pétrole le plus favorable est le moins volatil, c'est-à-dire le moins épuré, à condition qu'il s'étale uniformément. Le pétrole est projeté en pluie sur l'eau par simple jet ou au moyen de pompes de jardin, sans caoutchouc, car le caoutchouc est dissous par le pétrole. On brasse l'eau pour assurer un parfait étalement du liquide huileux. Si l'on craint que le pétrole ne soit entraîné par les vents ou les courants, on peut l'arrêter par des barrages flottants constitués par des poutres alignées de façon convenable et maintenues en place par des ancres.
Inpétrolagetue en quelques minutes toutes les larves de la surface traitée : les Poissons et tous les animaux aquatiques n'en souffrent pas, en raison de leur respiration branchiale.
La vie larvaire durant au minimum une quinzaine de jours, dans les pays tempérés, ilsuffitd'un pétrolage répété tous les quinze jours pour exterminer successivement toutes les générations de larves pouvant éclore dans le même gîte. La vie larvaire est plus courte dans les contrées plus chaudes; les pétrolages seront alors plus fréquents. On a intérêt à commencer les pétrolages dès la fin de l'hiver ou le commencement du printemps.
En dehors des canaux et de tous les autres cours d'eau, les petites mesures antilarvaires trouvent leur application pour toutes les collections d'eau que l'on ne peut pas supprimer : bassins d'arrosage, citernes, réservoirs.
Les faucardements suivis des pétrolages paraissent être, à l'heure actuelle, les petites mesures antilarvaires les plus pratiques. Nous signalerons les procédés suivants, dont l'emploi peut être utile dans certains cas.
On a expérimenté, pour la désinfectafion des gîtes à Anophélines, une couleur d'aniline : le larvicide, dont A. Gelli a obtenu en Italie de bons résultats. Ce larvicide agit à la dose minimale de 0,00031 p. 100, et son coût revient, en Italie, à 0 lira 0056 ou 0,0012 par mètre cube d'eau. Il est très difïusible dans l'eau, y résiste longtemps, n'est toxique ni pour les plantes ni pour les autres animaux (1).
Parmi les ennemis des larves, les Poissons, spécialement les Poissons rouges et les Épinoches, peuvent être utilisés. Us sont très friands des larves de Moustiques et les font disparaître des pièces d'eau où on les place : les larves ne peuvent plus végéter que sur les
(l) A. Celli, Manuale delT Igienista, 1904, t. II, p. 268. On trouve dans un mémoire de A. Celli et O. Casagrandi (Per la distruzione délie zanzare. Atti d. Soc. p. çjll Studi d. Mal.,t.\, p. 73, 1899), et dans un mémoire de G. FERMietC. Lumuao (Ibid., t. II, p. 6, 1901), l'étude d'un grand nombre de substances essayées comme larvicides avec un succès inférieur à celui que l'on obtient avec le pétrole.
bords, dont la faible profondeur empêche l'accès aux Poissons, et dans les touffes inextricables des plantes immergées.
B. Galli-Valerio et J. Hochazde Jongh (1) sont parvenus à infecter expérimentalement des larves d'Anophélines par Aspergiilus niger et Aspergiilus glanais, en jetant des spores de ces Champignons dans des bocaux d'élevage; mais ce procédé de destruction des larves ne paraît pas appelé à donner de bons résultats dans les gîtes naturels.
Les petites mesures antilarvaires sont destinées à la sauvegarde immédiate des habitants; elles ne seront pas étendues à une grande distance des maisons : on leur assigne d'ordinaire une limite de 1 kilomètre à lkm,5, qui est celle du vol des Anophélines en général.
Ces mesures sont transitoires ; elles doivent être répétées fréquemment : faucardement chaque fois que la poussée de la végétation en donne l'indication, pétrolage exactement tous les quinze jours dans les pays tempérés et subtropicaux.
Il est difficile, en effet, de songer à modifier d'une façon complète et permanente la faune entomologique d'une contrée, sauf dans une île de faible étendue. Les petites mesures antilarvaires ont pour effet d'empêcher la trop grande pullulation des Moustiques en un lieu déterminé pour un moment donné. Mais, si elles sont abandonnées ou exécutées avec peu de régularité, la multiplication des Moustiques se retrouvant dans ses conditions naturelles reprend son ampleur primitive. Ces petites mesures, si efficaces pour la localité où on les pratique, sont d'autre part éminemment transitoires.
Ces mesures transitoires sont le complément indispensable des grandes mesures antilarvaires; elles donnent le temps au travail de la culture de transformer la surface du sol, à la cure quinique, à l'hygiène générale, à l'alimentation améliorée de guérir le réservoir de virus, cette guérison devant être le gain permanent.
3° Éloignement des gîtes. — Il faut fuir le danger si l'on ne peut pas le conjurer : si les gîtes sont trop considérables pour être modifiés rapidement, ou d'une importance économique telle qu'ils doivent être respectés (barrage-réservoir enrichissant une contrée), la seule solution consiste à quitter la localité, à s'installer à plusieurs kilomètres de distance. Même dans les conditions où de bonnes mesures antilarvaires sont possibles, la prudence exige que l'on établisse son habitation le plus loin possible et le plus haut possible audessus des gîtes à Anophélines.
De telles précautions doivent être la règle absolue pour le campement des explorateurs et des militaires en campagne.
En ce qui concerne les Moustiques indemnes, la prophylaxie consiste à en diminuer le nombre par tout où coïncident la présence d'un réservoir
(1) Centr. fur Bakt., I, t. XXXVIII, fév., 1905, p. 174-177, et Atti d. Soc. p. gli Studi d. Mal, t. VI. 1905.
CAMPAGNES ANTIPALUDIQUES. 1? — 3'i3
de virus abondant et celle d'une importante agglomération de personnes indemnes. Les mesures les plus propres à diminuer le nombre des Anophélines sont les mesures antilarvaires, que ion peut diviser en grandes mesures et en petites mesures. L'effet de ces mesures doit être aidé par V èloignemenl des gîtes {habitation sur un lieu élevé, loin des eaux stagnantes).