IV. — PNEUMOCOQUE
DESCRIPTION. — Le pneumocoque, isolé par Pasteur, décrit par Talamon comme l'agent pathogène de la pneumonie, étudié
ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
ensuite par Frànkel, se présente le plus souvent sous forme d'un Coccus ovoïde, immobile, dont une des extrémités est arrondie et l'autre effilée. On a comparé sa forme à celle d'un grain d'orge, d'un fer de lance, d'une flamme de bougie. Ces Cocci sont rarement isolés-, le plus souvent, ils se trouvent réunis par deux et se présentent sous
Fig. 21. — Exsudât pneumonique.
Les capsules sont colorées (d'après Netter).
Fig. 22. — Diplocoques des crachats de pneumonie (obj. j- immers, homog. oc. 4, Verick).
l'aspect d'un diplocoque en huit de chiffres, les extrémités effilées des
deux éléments venant au contact l'une de l'autre. Moins fréquemment,
les extrémités arrondies sont centrales et les pointes périphériques.
La forme diplococcique est loin d'être constante, même dans les
crachats ou les exsudats : mais, dans le pus ou les cultures, les éléments sont réunis en plus grand nombre, présentant à s'y méprendre l'aspect des chaînettes de streptocoques.
Néanmoins il s'en différencie l'existence d'une capsule
par
plus ou moins apparente, formant autour des Cocci comme un halo clair. Le mot de capsule n'est peut-être pas absolument bien choisi pour caractériser cette formation. Il n'y a en effet aucun vide entre elle et le grain, et il s'agit plutôt d'une atmosphère spéciale, visqueuse, présentant vis-à-vis des matières colorantes des réactions un peu différentes de celles du corps microbien proprement dit. La meilleure méthode en effet pour la mettre en évidence est de colorer la préparation par la méthode de Gram ou de Claudius. Le Coccus reste coloré, et la substance capsulaire se décolore ; on peut alors la teinter par l'éosine et obtenir ainsi une double coloration très nette.
Fig. 23. — Pus de méningite suppurée compliquant une pneumonie double avec
Pneumocoques (Verick, obj. rs immers, homog. oc. 1).
PNEUMOCOQUE. — CULTURES. f *— 55
Celte formation n'existe nettement qu'autour des pneumocoques, provenant de l'organisme ou cultivés sur des milieux organiques (sang, sérum, gélatine) (Gordon); elle fait défaut dans les cultures sur agar ou bouillon.
CULTURES. — Le pneumocoque ne se développe qu'à une température assez élevée, aussi ne peut-on obtenir de cultures qu'à î'étuve (30 à 42°). L'optimum de la température est de 37°. Sur bouillon alcalin, on obtient un trouble léger avec un dépôt pulvérulent. Si l'on ajoute au bouillon soit du sang, soit de la glycose (8 p. 100, Turro : 2 p. 100, Hiss), soit d'autres sucres, on obtient une culture plus abondante. L'adjonction de carbonate de chaux (craie, marbre) permet de prolonger la vitalité des microbes, soit en neutralisant l'acidité, soit par suite d'une action favorisante des composés calciques (Bolduan).
Le lait est coagulé assez rapidement.
Sur gélose ordinaire, on obtient, au bout de vingt-quatre heures, de fines colonies transparentes, difficiles à distinguer, que l'on a comparées à des gouttes de rosée et qui sont assez caractéristiques. Buerger recommande l'emploi d'agar-sérum, ou mieux d'agar-sérum glucose à 2,5 p. 100. Sur ce milieu, la forme des colonies du pneumocoque est, d'après cet auteur, absolument caractéristique. Soit à la lumière réfléchie, soit à la lumière transmise, le centre apparaît comme transparent et est entouré d'un anneau laiteux (ring type). Les colonies sont en effet formées d'une partie centrale déprimée, entourée de bords surélevés, alors que les colonies de streptocoques avec lesquelles on pourrait les confondre sont toujours régulièrement convexes.
Les milieux organiques sont ceux qui conviennent le mieux au pneumocoque. Mosny a le premier attiré l'attention sur l'abondance du développement que l'on obtient sur le sérum de lapin. D'après Bezançon et Griffon, ce milieu est d'autant plus favorable que l'animal ayant fourni le sérum était plus jeune. Le développement est alors extrêmement rapide et devance celui des autres bactéries avec lesquelles ce sérum pourrait être mélangé. Cette propriété, jointe à l'existence de la capsule dans ce milieu, permet de le considérer comme le meilleur, soit pour le diagnostic, soit pour l'isolement du pneumocoque. A défaut de sérum de lapin jeune, on peut utiliser le sérum d'un autre animal jeune, en le choisissant autant que possible parmi les espèces sensibles au pneumocoque.
Le sang de lapin (Gilbert et Fournier), de chien (Bezançon et Griffon), défibriné ou rendu incoagulable, est également extrêmement utile dans la culture du pneumocoque, non que ce microbe s'y développe très abondamment, mais parce qu'il y conserve pendant très longtemps sa vitalité et ses propriétés virulentes. Le mélange de sérum de sang et de liquide ascitique donne les mêmes résultats, qui sont obtenus d'une manière encore plus facile par l'emploi de la gélose au
50 ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
sang(Bezançon cl Griffon), qui a permis à ces auteurs de conserver pendant près d'un an sans repiquage le microbe si fragile qu'est le pneumocoque.
Dans ces derniers temps, on a beaucoup loué, principalement en Amérique, le milieu de Wss, qui se prépare de la manière sui- \ ante : on mélange une partie de sérum de bœuf avec 2 à 3 parties d'eau distillée; on ajoute 1 p. 100 de solution de tournesol à 5 p. 100. On chautTe quelques instants à 100°, puis on complète avec 1 p. 100 d'inuline ou d'un autre hydrate de carbone. On tyndallise ensuite
Fig. 24. — Pneumocoques clans le pus d'une péritonite suppurée (1 000/1).
pendant trois jours. Buerger conseille d'y ajouter -2 p. 100 de peptone.
Ce milieu ne m'a pas semblé préférable aux précédents. Il a néanmoins l'avantage d'être d'une préparation facile et de donner, par sa coagulation ou sa non-coagulation, des indications assez précises sur la fermentation des hydrates de carbone qui y sont mélangés.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES. -- Le pneumocoque est assez sensible à la température, qui devient dysgénésique au-dessus de 42°. Un séjour d'une heure à 50° suffit à le tuer. Il est détruit instantanément par un chauffage à 57°.
En revanche, s'il ne se développe pas au-dessous de 24 à 28°, il résiste assez bien à la congélation (quarante-huit heures, Biondi, Mosn\ .
Il conserve longtemps sa virulence à l'état sec, dans les produits albumineux, la terre, les poussières. Ce l'ait contraste avec la fragilité de ses cultures sur les milieux usuels. Ces derniers sont d'autant
PNEUMOCOQUE — PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES. t*— 57
plus nuisibles à sa conservation qu'ils sont plus favorables à sa prolifération.
Le pneumocoque est un microbe aérobie; mais il est anaérobie facultatif. L'oxygène de l'air semble même, d'après Pasteur, exercer une influence défavorable : aussi vaut-il mieux conserver les pneumocoques dans des pipettes, des tubes scellés ou des tubes de collodion. Bolognesi a même décrit chez le lapin une race très pathogène et complètement anaérobie. Mais la cause la plus active de destruction semble, plus nettement encore que pour le streptocoque, consister en l'acidification progressive des milieux (acide formique, d'après Wùrtz et Mosny) due à la fermentation des hydrates de carbone. Iliss et ses collaborateurs ont porté tout particulièrement leur attention sur l'étude des matières fermentescibles sous l'influence du pneumocoque. Ils ont constaté son action constante sur la glucose, la lactose, la saccharose ; inconstante sur la mannite et l'inuline. Pour Hiss, le pneumocoque produit toujours la fermentation de l'inuline, ce qui différencierait l'espèce du streptocoque, qui n'agirait au contraire jamais sur elle. Se basant sur cette loi, Hiss rattache au pneumocoque le microorganisme décrit par Schottmuller sous le nom de Streptococcus mucosus capsulaius,et qui serait une variété de pneumocoque à grains ronds.
Une autre réaction, d'ordre chimique, permettrait de différencier nettement les pneumocoques et les streptocoques. C'est leur action sur l'hémoglobine, mise en évidence par l'emploi de plaques à la gélose-sang. Sur ce milieu vu par transparence, les colonies streptococciques apparaissent comme entourées d'un halo clair et incolore (Hiss, Boxer), alors qu'autour des colonies du pneumocoque le milieu reste habituellement opaque, tout en prenant dune manière constante une coloration variant du jaunâtre au verdâtre (Schottmuller, Hiss, Boxer).
Enfin sur un milieu agar-sérum glucose, le pneumocoque ne produirait aucun trouble alors que dans les cultures strcptococciques on observerait un précipité. Néanmoins l'expérience n'a pas confirmé l'absolutisme de ces réactions, et Buerger et Ryltenberg, élèves de Hiss, ont dû reconnaître après Berry que la capsule était encore le meilleur moyen de différenciation et que les autres caractères pouvaient induire en erreur.
Le caractère spécifique le plus facilement et le plus rapidement constatable semble être néanmoins la dissolution du pneumocoque dans la bile, signalée par Neufeld. M. Nicolle et Adilbey, puis R. Lévy ont vu que cette propriété était absolument caractéristique et suffisait non seulement à différencier le pneumocoque des autres Cocci, mais encore à en débarrasser aisément les cultures où il se trouve mélangé à d'autres germes.
Les fonctions diastasiques du pneumocoque ont été peu étudiées.
58 ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
11 ne sécrète ni amylase, ni trypsine, ni sucrase, la fermentation de la saccharose semblant se faire directement.
TOXINES PNE UMOCOCCIQ UES. — Les recherches d'Emmerich . Mosny, Issaeff, Bezançon et Grillon n'ont pas réussi à mettre en évidence la présence, dans les produits de culture, d'une toxine pneumococcique bien active. Les procédés employés ont été tantôt la filtra tion de cultures sur milieu artificiel ou sur sérum, tantôt la préparation d'extraits du sang ou des organes d'animaux infectés avec le pneumocoque. Les produits ainsi obtenus se sont toujours montrés relati-
Fig. 25. — Pneumocoques dans le sang d'une souris inoculée avec des crachats
de pneumonie (ÎOOO/J).
vement peu actifs comme toxiques, mais doués de propriétés vaccinantes.
Il en est de même du corps des microorganismes tués par la chaleur (52°) (Bezançon et Griffon), ou traités par une solution aqueuse de krystal violet (Sergent). Macfayden semble seul avoir obtenu quelques résultats, en broyant des cultures sur gélose et en les traitant par la potasse au 1/1 000.
Les résultats les plus intéressants dans cet ordre de faits ont été obtenus par Gilbert et Carnot, qui ont employé la dialyse. Le pneumocoque est ensemencé dans des tubes de verre perforé, dont les parois sont enduites d'une mince couche de collodion. La vitalité et la virulence du pneumocoque se conservent indéfiniment sur ce milieu. Dans le dialyseur, on recueille un liquide privé de microbes, qui se concentre dans le vide et agit comme une toxine assez active sur
PNEUMOCOQUE. — VIRULENCE. 19—59
le système musculaire. Injecté dans le poumon, il détermine des lésions d'hépatisation et d'autres réactions pneumoniques.
SÉRODIAGNOSTIC. -- Les propriétés agglutinantes du sérum des malades ou des animaux vaccinés ont été mises en évidence par Bezançon et Griffon. Elles se manifestent d'une manière un peu spéciale en ce sens que Ton n'obtient pas l'agglutination des pneumocoques déjà développés, mais bien celle des Cocci en voie de développement : ces derniers prennent alors une apparence zoogléique assez particulière, qui peut être constatée à l1œil nu ou aumicroscope. De même, et plus encore que pour le streptocoque, cette agglutination ne saurait en aucune manière être invoquée comme caractère spécifique permettant d'établir des divisions plus ou moins artificielles dans l'espèce pneumocoque et encore moins, bien entendu, pour la démembrer en plusieurs espèces. En regard de la fixité des caractères morphologiques ou culturaux, plus grande peut-être que celle du streptocoque, on constate en effet une variation extrême du pouvoir agglutinant vis-à-vis de tel ou tel échantillon de pneumocoque, variation qui démontre la contingence du caractère résultant de ragglutinabilité, insuffisant à notre avis pour déterminer même une race.
Cette individualité du pneumocoque se retrouve également dans les réactions vaccinantes, et Bezançon et Griffon ont montré qu'un animal vacciné contre un pneumocoque peut ne pas l'être contre un autre provenant d'une source différente.
VIRULENCE. — INOCULATION AUX ANIMAUX. — La virulence du pneumocoque est très irrégulière suivant la provenance de l'échantillon. La chaleur, le contact de l'air, le vieillissement des cultures, etc., déterminent un affaiblissement des propriétés pathogènes qui peuvent être récupérées par le passage sur les animaux ou l'association avec d'autres microorganismes.
L'animal de choix est la souris, qui est tellement sensible et se laisse si facilement envahir par le pneumocoque qu'elle constitue pour ainsi dire un milieu d'isolement pour celui-ci. L'inoculation à la base de la queue d'une faible quantité d'une culture ou d'un exsudât contenant du pneumocoque détermine la mort en douze à vingt-quatre heures. On constate à peine un peu d'œdème local, aucune localisation, si ce n'est une hypertrophie constante de la rate. Le microbe se trouve à l'état de pureté dans le sang, les viscères, la moelle osseuse.
Le lapin occupe le second rang comme animal d'expérimentation. Il est d'autant plus sensible qu'il est plus jeune. Si le pneumocoque est très virulent, la mort survient en vingt-quatre heures à trois jours avec des symptômes de septicémie hémorragique. A l'autopsie, on trouve le sang dissous et la rate hypertrophiée. Si le pneumocoque est moins virulent, la mort est plus lente, et les lésions ont une ten-
60 ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
dancc à évoluer sous la forme Qbrineuse ou suppurée. On peut noter des arthrites, des pleurésies, des péritonites, etc., d'une durée plus ou moins longue. Les lésions pneumoniques sont assez difficiles à provoquer en raison même de la sensibilité des animaux. Néanmoins, on peut reproduire la pneumonie typique, en inoculant dans la trachée des lapins incomplètement vaccinés (Bezançon).
Le rat est moins sensible que le lapin et réagit par une forte lésion locale sous forme de volumineux œdème séro-fibrineux. Les pneumocoques sont peu abondants dans le sang.
Le mouton est encore moins sensible. La lésion locale est considérable et consiste en une infiltration œdémateuse très prononcée.
Fig. 26.— Pneumocoques en chaînettes d'une culture clans le bouillon (1 000 1 .
Gamaleia a constaté que l'inoculation intra trachéale était négative dans les conditions habituelles, mais provoquait une pneumonie lobaire mortelle lorsqu'elle était précédée d'une injection de solution de tartre stibié, produisant une lésion des cellules pulmonaires.
Le chien présente une résistance voisine de celle du mouton. Néanmoins Tchistovitch a réussi à provoquer des pneumonies lobaires chez cet animal au moyen d'inoculations intrapulmonaires ou même intratrachéales.
Le cobaye est à peu près réfractaire ; on peut néanmoins le tuer par l'inoculation dune forte dose dans la cavité péritonéale.
Les oiseaux et les animaux à sang froid sont incomplètement îvfractaires.
Il est intéressant de comparer ces lésions expérimentales à celles
PNEUMOCOQUE. — ROLE PATHOGENE. 1*— 61
provoquées par le streptocoque. On trouve la même antinomie entre la réceptivité de l'animal et l'importance relative de la lésion locale, qui disparait lorsque le rapport entre la virulence et la réceptivité devient plus considérable.
HABITAT. — En raison de ses exigences au point de vue de la température, le pneumocoque ne semble pas se reproduire beaucoup en dehors de l'organisme des animaux. Néammoins nous avons vu plus haut sa résistance relative à la dessiccation, ce qui explique qu'il puisse conserver plus ou moins longtemps sa vitalité et sa virulence dans le milieu extérieur et avoir été ainsi retrouvé dans les poussières, la terre et principalement (Buerger) à la surface d'objets ayant été en contact avec des sujets porteurs de pneumocoques (assiettes, verres à boire, mouchoirs, etc.).
Le pneumocoque est surtout fréquent dans la salive. C'est un commensal habituel de la bouche de l'homme, se transmettant avec facilité par le contact. Aussi est-il un des microbes principalement incriminés dans la campagne hygiénique entreprise en Amérique contre le baiser. Au sujet de sa fréquence, les auteurs l'ont trouvé d'autant plus grande qu'ils ont employé des procédés de recherches plus minutieux, et, de même qu'en utilisant les milieux gélatines à l'étuve on peut, dans presque tous les cas, déceler la présence du streptocoque dans la cavité bucco-pharyngienne, on arrive aux mêmes conclusions, en employant avec Bezançon et Griffon le sérum de lapin jeune. On avait admis que la virulence du pneumocoque dans la bouche était surtout considérable pendant l'état de maladie et réduite au minimum chez l'homme sain ou le convalescent. Les recherches de Park et Williams sont venues corroborer cette opinion, tout en lui enlevant ce qu'elle avait de trop absolu. On trouve en effet assez fréquemment des germes très virulents dans la bouche des sujets sains, et il semble, d'après Longcope et Fox, que la virulence et la fréquence du pneumocoque sont plus grandes durant les mois d'hiver.
Frost, Divine et Reineking ont provoqué une septicémie chez le lapin par l'inoculation de salive de sujets sains dans 18 cas sur 50, soit 36 p. 100.
ROLE PATHOGÈNE. — Le pneumocoque est un microbe beaucoup plus spécialisé en pathologie humaine que le streptocoque et le staphylocoque, et la pneumonie lobaire est pour ainsi dire la lésion spécifique qu'il est susceptible de provoquer.
Dans l'étiologie de cette affection, comme dans celle des autres maladies infectieuses, nous avons à considérer le microbe et le terrain.
Du côté du pneumocoque, nous venons de voir que sa virulence est variable, mais que les passages à travers l'organisme ont pour résultat d'exagérer cette virulence. On comprendra donc facilement
62 ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
qu'elle puisse atteindre, dans certaines conditions, un degré tel qu'il se crée une race susceptible de provoquer la maladie, môme chez des sujets dont le poumon et l'état général seraient en état normal de défense et en mesure de résistera l'introduction d'un germe moins virulent. La notion de contagion apparaît donc comme incontestable, et on a pu observer de véritables épidémies de pneumonie franche. Dans d'autres cas, l'augmentation de virulence a pour cause une association microbienne qui peut agir comme un agent pathogène unique et donner lieu par contagion à des pneumonies lobaires absolument caractéristiques anatomiquement et présentant le plus souvent une gravité toute spéciale due à leur origine même. Ceux qui ont vécu dans les hôpitaux les temps de l'épidémie d'influenza de 1889 ne peuvent avoir oublié la fréquence et la sévérité des complications pneumoniques observées durant cette période. Il y a donc un danger imminent provenant de la création Fi8\ 27.— Pneumocoques dans la d'un peumocoque virulent ou d'une salive (d'après Biondi). association virulente, et de leur
diffusion possible par les crachats.
Il en est de même des broncho-pneumonies pneumococciques sur le caractère épidémique et contagieux desquelles Mosny a le premier attiré l'attention.
Contagion par l'air. — Si nous avons vu, en effet, que de la lésion érysipélateuse le streptocoque s'extériorise rarement à l'état virulent, il en est autrement du pneumocoque qui conserve dans les crachats sa vitalité et sa virulence. La question a été étudiée de très près parWood.Cet auteur a vu que, dans les crachats humides conservés à l'obscurité, le pneumocoque demeure vivant pendant environ onze jours à la température ordinaire et trente-cinq jours à 0°. L'influence de la lumière diffuse réduit la survie à cinq jours. Dans les crachats secs, la mort du pneumocoque se fait attendre trentecinq jours dans l'obscurité, trente jours à la lumière diffuse. La lumière solaire les stérilise en une heure. Il faut, dans cette appréciation, tenir fortement comple de la dimension des particules desséchées. La vitalité se réduit en effet à quatre heures environ dans les crachats secs pulvérisés. Il en est de même dans les crachats humides pulvérisés que la lumière stérilise rapidement (une heure pour la lumièrediffuse,unedemi-heure pour la lumière solaire). Ce dernierpoint présente un intérêt spécial au point de vue de la contagion possible par les « gouttelettes de Fliïgge ». De cette étude consciencieuse, il résulte que Ton doit apporter un soin tout spécial à la désinfection
PNEUMOCOQUE. — ROLE PATHOGENE. I 7—63
des crachats et des autres objets contaminés par les pneumoniques, surtout si l'affection tend à prendre une forme épidémique.
Causes prédisposantes. — Certaines races humaines semblent particulièrement sensibles au pneumocoque. Dans la race nègre, en dehors des fréquentes pneumonies qui la déciment, le pneumocoque peut, d'après Marchoux, provoquer une sorte de méningite épidémique dont les séquelles peuvent être facilement confondues avec la maladie du sommeil.
Du côté du terrain, nous retrouvons là toutes les notions pathogéniques habituelles, parmi lesquelles quelques-unes méritent une mention particulière.
Il est assez remarquable que, contrairement aux données expérimentales, la pneumonie lobaire n'est pas fréquente dans l'enfance. Le jeune âge semble prédisposé aux manifestations extrapulmonaires de l'infection pneumococcique, mais il n'y a rien de comparable, au point de vue de la fréquence de l'infection pneumococcique, avec la prédisposition considérable que nous avons signalée plus haut chez les jeunes animaux.
Nous savons que la protection, nous dirions volontiers la police pulmonaire, est assurée par certaines cellules dites cellules à poussières, dont la fonction est d'englober et de rendre inoffensifs les corps microscopiques vivants ou non, ayant pu pénétrer jusqu'au voisinage de l'alvéole pulmonaire.
Toutes les causes pouvant exercerune influence néfaste sur le phagocytisme pulmonaire par lésion de ces cellules auront pour résultat de créer une prédisposition locale à la pneumonie.
Au premier rang, il faut placer le traumatisme le plus souvent avec hémorragie intrapulmonaire, qui joue un rôle incontestable dans la pathogénie de la pneumonie. Kokawa a démontré expérimentalement que, dans l'inoculation intra trachéale, l'échec provient souvent de l'intégrité des parois du canal aérien, tandis qu'une simple piqûre d'aiguille suffirait pour localiser l'infection pneumococcique soit sur la plèvre, soit sur le poumon.
Le traumatisme chimique a également un efï'et que l'expérience de Gamaleïa rapportée plus haut a bien mis en valeur. Aussi l'absorption de vapeurs irritantes, de gaz surchauffés, peut agir comme facteur étiologique. Le rôle de l'innervation est aussi des plus importants, et il est de notion pour ainsi dire banale que les lésions de l'appareil nerveux central ou du pneumogastrique créent au pneumocoque une prédisposition locale.
De ces causes, il est bon de rapprocher le rôle du froid et celui de l'air confiné. Avant l'ère bactériologique, la notion de froid dominait l'étiologie de la pneumonie, et son action est, dans bien des cas, incontestable. Mais elle peut s'exercer de différentes manières, tantôt sur le microbe, puisque nous avons vu la plus grande virulence pendant
64 ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
l'hiver des pneumocoques isolés de la bouche de sujets sains, tantôt sur la résistance Locale par l'clfet de l'air froid sur les phagocytes pulmonaires, tantôt et probablement surtout par sou action sur l'étal généra] et le fléchissement du phagocytisme de l'organisme entier qu'il détermine. Quant au rôle de l'air confiné, il est encore plus complexe: car les notions de contagion, d'intoxication, d'asphyxie y participent et se combinent diversement suivant les cas.
Toutes les causes affaiblissant la résistance générale prédisposent à la pneumonie et constituent un facteur de gravité. Le surmenage, l'alcoolisme, les maladies chroniques cardiaques, mais surtout hépatiques et rénales, doivent être placés au premier rang.
On doit en rapprocher les pneumonies lobaires apparaissant au cours ou dans la convalescence d'autres maladies infectieuses. Dans ce cas, la notion étiologique peut encore être complexe, puisque nous venons de voir que dans certains cas (grippe, fièvre typhoïde), il peut y avoir symbiose entre les deux microbes.
Dans d'autres ordres de faits, le retentissement de l'infection sur le phagocytisme pulmonaire agit en créant surtout la prédisposition qui ainsi, de générale, devient locale. Il est à noter que le plus souvent le poumon infecté par le pneumocoque dans ces dernières conditions ne réagit pas par la production d'une pneumonie lobaire typique. La lésion, au lieu d'avoir son siège dans l'alvéole, se localise surtout au point où se produit la jonction entre la bronchiole et l'infundibulum pulmonaire. Ce n'est plus la pneumonie, mais la broncho-pneumonie, que nous avons déjà signalée comme pouvant être produite par d'autres microorganismes.
La lésion pneumococcique se banalise pour ainsi dire, et le pneumocoque devient un agent infectieux fibrinogène et pyogène, dont l'action est alors comparable aux autres microbes du même ordre. On peut ainsi le rencontrer dans des lésions bronchitiques banales : bronchites pseudo-membraneuses, bronchites purulentes, dans des coryzas avec ou sans sinusites, dans des angines simples ou pseudo-membraneuses, des otites moyennes, des parotidites,etc, qu'il peut produire en irradiant hors de son quartier général, la cavité bucco-pharyngée.
Une fois installé dans l'organisme, il peut provoquer dans toutes les séreuses des exsudats fîbrineux ou purulents dont l'évolution clinique peut parfois déceler l'origine pneumococcique. Telle est la pleurésie à pneumocoque, dont la forme suppurée est considérée comme la plus facilement curable des pleurésies purulentes ; la péritonite à pneumocoque, fréquente surtout chez l'enfant ; la méningite pneumococcique, qui constitue la localisation la plus redoutable, plus rarement enfin la péricardite, dont Netter a rapporté un cas pour ainsi dire congénital.
Les manifestations purulentes du pneumocoque ont été signalées également comme pouvant se localiser sur les séreuses articulaires,
MENINGOCOQUE. — DESCRIPTION. 1*— 65
sur le système osseux sous forme d'ostéomyélite ou de périoslite, sur le corps thyroïde, etc. Le microbe peut également se propager aux voies biliaires et déterminer de rangiocholite suppurée ou de véritables abcès du foie. Enfin sa présence dans le sang peut être le point de départ d'endocardite à forme clinique et anatomique un peu spéciale, de phlébite des sinus ou des veines iliaques, de lésions sanguines vasculaires pouvant se traduire par du purpura. Gaussade a étudié les localisations relativement rares du pneumocoque sur le rein et son rôle dans la pathogénie de certaines néphrites.
On le voit par cette énumération, un peu toujours la même, tous les microbes commensaux de virulence variable se ressemblent de loin par la multiplicité possible de leurs localisations, mais se différencient néanmoins parleur élection sur telle ou telle partie de l'organisme, où ils produisent pour ainsi dire une lésion plus caractéristique : érysipèle pour le streptocoque, ostéomyélite pour le staphylocoque, pneumonie pour le pneumocoque.