V. — MENINGOCOQUE
DESCRIPTION. — Plus s'avance l'étude bactériologique de la méningite cérébro-spinale, plus s'accentue le rôle du diplocoque indiqué par Marchiafava et Celli en 1884, décrit par Weichselbaum en 1887 sous le nom de Diplocococcus intra-cellularis meningitidis. Alors que Netter signalait sa présence 1*2 fois sur 46 cas, Lenhartz le rencontrait 13 fois sur '24, Erik Faber 28 fois sur 31, Hunter et Nuttal 10 fois sur 10, Elser 109 fois sur 136, Robertson Milne 7 fois sur 7, Schottmuller 43 fois sur 49, Davis 5 fois sur 5. Il est donc bien probable que le méningocoque est l'agent prépondérant, sinon unique, de l'entité morbide connue sous le nom de méningite cérébrale épidémique.
On le rencontre dans le liquide céphalo-rachidien sous forme d'un diplocoque légèrement encapsulé, presque toujours formé de deux éléments se regardant par le hile, enfermé dans les leucocytes, qui peuvent en être littéralement bourrés, rappelant l'aspect microscopique du pus blennorragique.
Dans les cultures sur bouillon, l'aspect varie du Coccus isolé à la chaînette formée parfois d'un grand nombre de grains. Les milieux contenant des liquides organiques (gélose-sang, gélose-ascite, bouillon-sérum) donnent des cultures plus abondantes, où l'on peut constater la présence d'une capsule.
Le méningocoque de Weichselbaum se décolore par la méthode de Gram et celle de Claudius. Ce caractère est d'autant plus important qu'il a été contesté par un certain nombre d'auteurs, qui ont ainsi rapproché à tort le méningocoque du pneumocoque.
L'addition de glucose facilite le développement ; la glycérine
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semble plutôl nuisible. Lepierre ;i isolé des cultures une toxine assez active, qu'il a rapprochée <le La gonotoxine de Christmas.
l)e< cultures sonl d'abord difficiles à obtenir, puis s'adaptenl au milieu H deviennenl plus abondantes; leur vitalité esl toujours assez fragile, sauf après de nombreux passages sur les milieux artificiels.
Le milieu d'élection esl la gélose-ascite sur laquelle la culture esl abondante el caractéristique. La macération de placenta, d'après Kutscher, le sérum de bœuf d'après Buchanan peuvent remplacer le Liquide d'ascite dans celle préparation. D'après Gordon, Bruns et Hohn, il est facile de différencier le méningocoque des au lie- diplocoques ne prenant pas le Gram grâce aux caractéristiques suivantes : absence de culture sur agar ordinaire, culture au-dessus de 25°, fermentation acide de la maltose et de la glucose sans fermentation de la lévulose ou saccharose, agglutination au delà de 1 p. 100 par un sérum spécifique actif à 1 p. 1000, en opérant à 55° (Kutscher).
La virulence est le plus souvent faible. La souris est l'animal de choix et la voie intrapleurale ou intrapéritonéale la plus efficace.
Néanmoins on a pu provoquer une septicémie généralisée chez le jeune lapin par l'inoculation intraveineuse ou même (Busquet) par l'infection intranasale. L'inoculation intranasale a donné des résultats positifs chez le chien et la chèvre. Les passages successifs ont exalté la virulence dans de grandes proportions entre les mains de Lepierre et de Ruppel, qui ont obtenu des races très virulentes pour la souris, le cobaye, le pigeon, etc. Les mêmes auteurs ont pu également provoquer la vaccination et constater les propriétés préventives et curatrices du sérum des animaux vaccinés.
Les expériences de Ruppel ont eu pour effet, entre autres résultats intéressants, de rapprocher encore davantage le méningocoque du gonocoque. Nous avons vu, d'après les caractères morphologiques, combien ces deux microorganismes semblent voisins ; les observations de Ruppel, qui a montré que les animaux vaccinés contre l'un de ces diplocoques l'étaient aussi contre l'autre, a mis en évidence le caractère proche de cette parenté. Zupnik a néanmoins vainement essayé d'inoculer le méningocoque dans l'urètre.
Nous serons bref sur les autres microorganismes rencontrés dans la méningite cérébro-spinale épidémique. Le méningocoque de Jàger ne semble pas avoir une individualité propre bien nette et parait se rapporter au type précédent ou au pneumocoque. Le streptocoque extracellulaire et encapsulé de Bonome serait, d'après Neller el Schottmiiller, une variété atténuée de pneumocoque; néanmoins, d'après Bezançon et Griffon, il se différencierait de ce dernier microorganisme par l'apparence agglutinée qu'il prend sur le sérum humain normal.
Le diplocoque jaune trouvé par Balthazard, le Coccus en tétrade de Claude et Bloch, le Streptoihrix d'Eppinger ne se rapportent proba-
MÉNINGOCOQUE. — SÉROTHÉRAPIE PRÉVENTIVE, f ?— 67
blement qu'à des cas sporadiques et rentrent dans la pathogénie générale des méningites.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — FRÉQUENCE. — On semble, depuis quelque temps, assister à un véritable réveil de la méningite cérébro-spinale épidémique. Elle était en effet si rarement observée qu'elle ne figurait pour ainsi dire plus dans les traités classiques, lorsque Netter, en 1898, attira de nouveau l'attention sur elle. Depuis cette époque, sa fréquence est devenue beaucoup plus considérable. On l'a signalée en France, en Autriche, mais surtout en Allemagne et en Italie. Elle ne semble pas, du reste, localisée à l'Europe, et Robertson Milne a rapporté une épidémie typique observée dans l'Inde et dans laquelle il a pu isoler le méningocoque de WVichselbaum.
CONDITIONS INDIVIDUELLES. —Les épidémies de méningite cérébro-spinale épidémique sont surtout des épidémies de maisons, et la prédisposition des sujets jeunes les localise le plus souvent aux casernes ou aux établissements d'enseignement. De nombreuses recherches ont porté sur le mode de contagion. On a reconnu que le méningocoque était susceptible d'envahir tout l'organisme (Warfield, Follet et Sacquépée, Elser) ; mais, après la séreuse méningée, sa localisation la plus importante est la surface de la pituitaire. On a pu, en effet, constater sa présence dans les fosses nasales des malades atteints de méningite (Strumpell, Weigert, Wolfj et même d'individus sains habitant des foyers épidémiques et présentant des rhinites mucopurulentes. La transmission se ferait donc par cette voie; il est problable que l'infection se fait directement de la pituitaire à la séreuse pie-mérienne.
Albrecht et Ghon, qui ont étudié particulièrement cette question, ont rapproché non sans raison le méningocoque du Micrococcas catarrhalis (Ghon, Pfeiffer et Sederl, Bezançon et Israëlde Jong), hôte fréquent et relativement inoffensif des fosses nasales et des bronches. Ces analogies entre diplocoques se décolorant par le Gram, méningocoque, gonocoque, Micrococcus catarrhalis, peuvent faire supposer qu'il s'agit là d'espèces virulentes fixées, mais dérivant d'un microorganisme banal.
SÉROTHÉRAPIE PRÉVENTIVE. — Nous avons vu plus haut les recherches de Lepierre puis de Ruppel sur les propriétés préventives et curatrices du sérum des animaux vaccinés contre le méningocoque. Le passage du laboratoire à la pratique a donné d'abord des résultats encourageants, mais non concluants, entre les mains de Kolle et Wassermann, Jochmann, Ruppel, Flexner, Schulz, E. Lévy. De fait les effets curatifs du sérum semblent inconstants lorsqu'il est introduit sous la peau. Depuis que à la suite de Jochmann et d'E. Lévy, on a substitué l'injection intraspinale à l'injection souscutanée, on a pu se persuader vite de la haute efficacité du traite-
68 A.CHALME. — MICROBES COMMENSAUX.
iik'hI Wassermann el Leber, I >« >j >i « - 1 . Néanmoins, en raison de la technique un peu difficile de ces injections, <»n o !a guère utilisé la sérothérapie préventive. Il semblerail néanmoins que, dans le> cas d'épidémies sévères, celle-ci sérail appelée à rendre des services.