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III. — DÉFENSE MÉCANIQUE

Depuis la plus haute antiquité, les grillages aux ouvertures des habitations ont été employés pour empêcher l'entrée des Insectes piqueurs : feneslrœ reliculatœ ne quod animal maleficum inlroire queat (Varron, R. /?., III, 7). Mais ce n'est que depuis les découvertes récentes que cette précaution a pris sa signification dans la prophylaxie du paludisme.

De sa découverte du cycle exogène du Plasmodium de l'Homme dans le corps des Moustiques, R. Ross avait conclu, dès le début, à l'utilité de la protection contre les piqûres. Tous ses efforts pour convaincre les pouvoirs publics restèrent vains (1), et il ne put se mettre à l'œuvre, en 1901, que grâce à des dons privés.

Avant cette époque, des essais de protection mécanique avaient été pratiqués en Italie. En 1899, A. Celli fit une première expérience sur les lignes Prenestina-Cervara et Magliane Ponte-Galera (2). Après lui, Grassi (3), C. Fermi et Tonsini (4) firent des tentatives du même genre, spécialement sur les lignes de chemins de fer. Depuis lors, la protection mécanique est en grande faveur en Italie, où elle a été utilisée en un grand nombre de localités. Les comptes rendus de cette défense sont contenus en détail dans les Atti délia Socielâ per gli Sludi délia Malaria, dont un volume paraît chaque année depuis 1900. A l'heure actuelle, la défense mécanique, complétée par la quininisation préventive, constitue, pour A. Celli et ses collaborateurs, la base de la protection des agents de chemins de fer. Sur plus de 12 000 personnes protégées en 1904, 8,7 p. 100 eurent des rechutes et 2 p. 100 présentèrent des cas de première invasion. Depuis lors, en Italie, la défense mécanique se perfectionne surles lignes de chemins de fer.

L'inconvénient que l'on reconnaît aux grillages est leur prix de revient : cette méthode prophylactique sera toujours une méthode de luxe. En dehors de la partie aisée de la population, on considère que l'État, les administrations publiques, les grandes compagnies peuvent organiser cette protection mécanique. C'est ce qui se fait en Italie; c'est ce que fait le gouvernement général en Algérie.

Il est aussi nécessaire, pour qu'elle porte tous ses fruits, que son

(1) R. Ross, The extirpation of the mosquito. Brit. med. Journ., t. VI, 1899, p. 314.

(2) I primi experimenti di protezione del personate ferroriario délia malaria. Supplem. del Policlinico, 24 fév. 1900, p. 526.

(3) Grassi, Erster summarischer Bericht liber die Versuche zur Verhûtung der Malaria, angestellt in der Gegend von Paestum. Centr. fur BakL, t. XXVIII, sept. 1900, p. 535. — Studi di uno Zoologo sulla Malaria, 1901, t. X, p. 246. Brève relazione dell'esperimento fatto sui lerrovieri nella Piana di Capaccio in provincia di Salerno nel 1900.

(4) G. Fermi et Tonsini, Alti d. Soc. p. gli Stndi d. Mal., t. II, p. 3J5.

exécution soit assurée soit par une discipline sévère, soit par une bonne volonté intelligente des intéressés. Faute de soin, les meilleurs grillages ne ><>nl d'aucune utilité.

Le médecin militaire Mariotti Bianchi (1) a publié à ce sujet des résultats fort médiocres, qu'il obtint en 1901 chez deux compagnies d'artillerie dans les environs de Grosseto. Malgré l'exemple donné par les officiers, les rondes, les punitions, les soldats ne montrèrent aucun soin pour les grillages qu'on avait posés ; on les avait d'ailleurs munis de voilettes et de gants fort gênants, qui les indisposèrent contre les nouvelles consignes et dont ils se débarrassaient le plus qu'ils pouvaient. Les seuls bons résultats furent obtenus avec la quininisation préventive.

A côté de ces effets de la mauvaise volonté, il est instructif de placer l'exemple célèbre de l'expérience de Sambon et Low, qui, envoyés par le Colonial Office (2) sur l'indication de P. Manson, en une localité très malsaine de la côte d'Ostie, y passèrent toute la saison dangereuse : juillet, août, septembre, avec un ami italien et ses trois serviteurs, sans contracter les fièvres. Leur seule précaution fut de dormir dans une habitation dûment grillagée et calfeutrée et de n'en sortir qu'entre le lever et le coucher du soleil. Us ne prirent pas de quinine, ne stérilisèrent ni leur nourriture ni leur boisson, parcoururent les broussailles et les marais, remuèrent la terre. Dans le voisinage, les habitants payèrent au paludisme le tribut annuel.

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