CONCLUSIONS
La connaissance de la vie compliquée de générations alternantes du microbe du paludisme a suggéré un grand nombre de méthodes prophylactiques : chacune d'elles est théoriquement suffisante pour rompre un anneau du cycle évolutif du Plasmodium et interrompre son incessant passage de l'Homme au Moustique et du Moustique à l'Homme. Les difficultés que l'on rencontre dans la pratique conseillent l'éclectisme, et il faut, dans chaque cas, combiner ensemble le plus grand nombre possible de ces méthodes. Ainsi il est évident que, si l'on diminue à la fois en un lieu donné le nombre des Anophélines et celui des anciens malades susceptibles d'infecter ces Anophélines, les sujets indemnes courront beaucoup moins de danger que si l'une ou l'autre seulement de ces mesures est appliquée.
Quel est le but final de l'antipaludisme, et quelle est la solution idéale, suppression du réservoir de virus ou extermination des Anophélines?
La destruction de toute une sous-familled'Insectes ne paraît possible que dans des cas très rares : île isolée, comme celle d'Asinara, ou oasis perdue dans les sables. Mais jamais cette désinfestation ne peut être considérée comme définitive : les causes qui ont amené les Anophélines exterminés pourront en ramener d'autres. Nous avons vu à ce sujet le rôle des moyens de transport.
Au contraire, si nous jetons les yeux sur des pays autrefois paludéens, comme une grande partie de l'Europe occidentale, aujourd'hui parfaitement assainie, nous constatons le phénomène de l'anophélisme sans paludisme et la suppression du seul réservoir de virus.
Nous en conclurons que l'idéal n'est pas la disparition des Anophélines de la face de la terre. Nos efforts tendront à tenir en échec leur multiplication dans les localités fiévreuses, à diminuer leurs chances de pullulation excessive autour des groupements humains, pendant que s'effectuera le lent travail de désinfection du sang des paludéens.
Cette désinfection du sang, deux grands procédés peuvent contribuer à l'obtenir : la destruction directe des Plasmodium dans le sang, par la quinine de bonne qualité répandue à bas prix, et les progrès de lhygiène générale, aidés de l'accroissement delà prospérité matérielle, qui exaltent la force de résistance des organismes.
(l)'W-.-G. Gorgas, Reports of the department of heath of the isthmian canal commission. Rapports mensuels de mai 1905 à janvier 1907.
La lutte antipaludique se heurte, par suite de sa variété même, à des difficultés de tous genres :
1° Le paludisme est par excellence la maladie à rechutes; ces rechutes se reproduisent toujours Tannée même de la première infection et presque toujours les années suivantes. Il en résulte qu'un malade est une source d'infection de très longue durée pour les Anophélines; tandis que la fièvre jaune, par exemple, n'est communiquéeau Stegomyia fasciata que pendant les quatre premiers jours de la maladie. Il suffit de protéger un amarillique contre les Moustiques pendant quatre jours, tandis qu'il faudrait enfermer un paludéen pendant des mois et des années. On en est réduit à grillager les indemnes contre le paludisme, tandis qu'on grillage les malades contre la fièvre jaune.
2° Parfois la nature des gîtes à Anophélines en rend la modification presque impossible : marais immenses et improductifs, fleuves envasés aux plages inabordables envahies par une végétation luxuriante, jungle ou forêt vierge.
3° Les principaux obstacles sont le misonéisme et l'apathie des populations fiévreuses. Une propagande incessante, surtout à l'école, l'installation de « champs de démonstration » doivent faire l'éducation des intéressés. Il faut que ces expériences soient faites avec minutie, et toujours bien localisées, pour donner des résultats bien évidents aux yeux de tous. Une généralisation hâtive de méthodes en somme difficiles à appliquer ne peut produire que des effets incomplets et jeter un discrédit injuste sur les principes rationnels de la prophylaxie.