PENETRATION DANS LE SOL
des eaux qui déposent leurs produits en suspension et transforment leurs matières organiques en présence de l'eau et de la lumière, a néanmoins ses défauts suffisamment connus. L'absorption en profondeur élimine immédiatement les eaux nuisibles, mais ce peut être au détriment de voisins plus ou moins éloignés, qui retrouvent clans leurs sources ces mêmes eaux insuffisamment purifiées. En outre, si le terrain se prête à une telle absorption, comme cela arrive pour les calcaires très fissurés, il boit, avec les eaux nuisibles, toutes les eaux pluviales et il en résulte une sécheresse, une aridité, qui ont des défauts d'un autre genre. Chaque cas a donc ses inconvénients. L'eau, qui est le grand élément de vie à la surface, est aussi, et par ce fait même, le principal agent de contamination. On ne saurait apporter trop d'attention à cette question des eaux, et c'est pourquoi il faut examiner avec quelques détails l'influence respective des divers terrains géologiques et des divers modes de superposition ou de contact de ces terrains sur leur circulation.
Pénétration des eaux dans le sol. Constitution du sol. — Les eaux, qui tombent du ciel ou qui affluent par les ruisseaux ou les rivières, se partagent en proportions variables entre les trois modes d'évacuation signalés plus haut. Et, quand il s'agit d'apprécier la part de l'évaporation, le régime des vents, la chaleur solaire, le développement de la végétation, etc., entrent en ligne de compte; de même, pour l'écoulement superficiel, la pente du terrain, la largeur des issues interviennent ; mais, par le fait de la pesanteur, feau, à moins d'être entraînée sur une pente très rapide, ou d'être aussitôt évaporée par un soleil intense, tend à s'enfoncer, d'abord dans le soussol, puis dans le sol, toutes les fois qu'elle trouve de ce côté un accès, c'est-à-dire toutes les fois que le terrain n'est pas par lui-même imperméable ou déjà rempli d'eau.
Dans une telle descente, l'eau rencontre d'abord ce que nous avons appelé le so/, c'est-à-dire la zone altérée dont la partie tout à fait superficielle est la terre végétale ou la terre franche des agriculteurs, avant d'arriver au sous-sol géologique. Aussi avons-nous insisté précédemment sur le rôle essentiel de cette couche supérieure, récemment constituée sous sa forme actuelle et à l'état de transformation constante. C'est également cette couche supérieure sur laquelle le travail humain peut avoir une action directe et, bien que certains travaux plus coûteux, plus compliqués, puissent faciliter la circulation, la disparition, l'épuration des eaux jusque dans le sous-sol géologique, la plupart des mesures qui ontpour but d'améliorer l'hygiène, de rendre une contrée plus salubre, portent seulement sur le sol immédiat.
Ce sol comporte, comme nous l'avons vu, une part d'éléments empruntés à l'altération chimique du sous-sol, avec quelques produits d'apport mécanique, des restes organisés, et des débris d'indus-
trie humaine. Nous allons examiner successivement le rôle de ces divers éléments.
Phénomènes d'altération qui interviennent dans la formation du sol. Tendance à devenir plus argileux. —
En ce qui concerne les produits d'altération, une remarque importante à faire est que, tout en étant solidaire du sous-sol, le sol a toujours une tendance à devenir plus argileux que lui. D'une façon générale, les éléments chimiques y deviennent d'autant plus abondants qu'ils sont moins solubles dans l'eau pure, dans l'eau chargée d'oxygène et d'acide carbonique, ou même dans l'eau minéralisée par les quelques sels que l'on trouve à peu près partout dans les cours d'eau et dont je dirai, dans un chapitre suivant, l'origine habituelle : chlorures, sulfates et nitrates. Les éléments chimiques des roches cristallines et des terrains sont fort peu nombreux, si on laisse de côté ceux qui se présentent à l'état de simples traces; c'est la silice, falumine, les oxydes de fer et de manganèse, la chaux, la magnésie, les alcalis. Dans les roches cristallines, ces éléments ont été d'ordinaire associés, combinés par la fusion sous la forme de silicates; dans les sédiments, ils ont déjà subi une première séparation, puisque le plus souvent, avant de se sédimenter, ils ont commencé par être soumis à une dissolution. Quand l'altération superficielle agit sur un terrain quelconque, elle a pour premier effet de rompre les combinaisons silicatées, en leur substituant des combinaisons plus ou moins durables ou précaires avec d'autres acides, tels que l'acide carbonique en excès, les acides sulfurique, chlorhydrique ou nitrique. Les sulfates, chlorures ou nitrates passent ensuite dans les eaux courantes et vont finalement aboutir pour la plus grande part à la mer, où la proportion de ces sels doit par suite avoir une tendance constante à s'accroître ; les carbonates sont, au contraire, presque totalement décomposés et leurs bases reprécipitées par dégagement d'acide carbonique en excès.
Il arrive ainsi que, dans les produits altérés dont est formé le sol superficiel, la quantité desilice et d'alumine se trouve toujours accrue, tandis que celle des bases alcalines oualcalino-terreuses est diminuée. Le résultat normal de l'altération est de rendre tous les terrains argileux. Cela se produit sous une forme particulièrement marquée, par les poches d'argile rouge dont il a déjà été question à la surface des plateaux calcaires, et par les limons des cavernes qui sont une autre forme du même phénomène, puis, avec moins d'intensité, par les terres grasses et collantes qui souvent deviennent des terres noires en se chargeant de matières organiques sur tous les calcaires, par les décompositions argileuses des schistes et des ardoises, ou même, quoiqu'à un degré bien moindre, par la production de kaolin dans les arènes granitiques*
KITet pratique de la nature argileuse du sol sur la pénétration des eaux. — La première conséquence pratique à