ALTERATIONS DU SOUS-SOL PAR LES EAUX
déduire des observations précédentes est que, sur un sol qui par luimême pourrait être très perméable, sur un calcaire fissuré, sur un schiste à feuillets disjoints, sur un granité plein de ces cassures que Ton appelle des diaclases, ou même réduit en arène sableuse, il peut exister un dépôt argileux sans cesse accru, séparant ces fissures profondes de la superficie et en détruisant l'effet. Sur un plateau calcaire oùleseauxs'engoun'reraientetdisparaîlraientprofondément^nmince manteau argileux peut retenir l'humidité, déterminer des accumulations d'eau stagnante, permettre à la végétation de se développer. Crevez intentionnellement ou par accident ce lit d'argile, vous transformez tout le régime : les eaux sont absorbées et se perdent. Par contre, le progrès continu de l'altération superficielle peut, en accroissant ce dépôt d'argile, obstruer d'anciennes fissures, colmater des chenaux d'écoulement, amener une stagnation des eaux.
Autres altérations ; silicofïxation, dolomitisation. Réactions plus profondes. — La mise en mouvement d'un peu de silice dans les eaux amène également des silicifications, qui ont pour effet de durcir superficiellement des terrains meubles. Le même phénomène, qui rend le sol argileux, y modifie la proportion des autres éléments chimiques en raison inverse de leur solubilité. C'est ainsi que l'on voit s'accroître superficiellement la proportion de la magnésie par rapport à la chaux, de la potasse par rapport à la soude, du manganèse par rapport au fer et de ce dernier, à l'état de peroxyde, par rapport à la chaux ou aux alcalis. Par exemple, les calcaires deviennent dolomitiques et les argiles se chargent de grains noirs d'oxyde de manganèse.
A ce mode d'altération qui, sans être limité à la superficie, ne descend jamais bien bas, s'ajoute, dans une zone un peu plus profonde, une réaction connexe de la première, qui amène, elle aussi, certaines conséquences pratiques.
Parmi les sels dissous à la surface, un certain nombre descendent, entraînés parles eaux jusqu'à une zone plus profonde où ils se reprécipitent. Ainsi la « décalcification » superficielle peut être accompagnée d'une surcalcification profonde. Il arrive également que la silice et l'oxyde de fer se précipitent à la base d'un terrain meuble, en le durcissant. Le phénomène est connu dans les sables des Landes où il entraîne la formation d'une croûte dure et impénétrable aux eaux, d'un mâchefer ou alins qui provoque superficiellement l'accumulation des eaux dans des marécages. Connaître la cause de tels accidents, c'est voir aussitôt le moyen d'y remédier, en allant défoncer cette croûte durcie et rendant aux eaux de surface leur libre accès vers la profondeur.
Certaines des réactions que je viens de citer peuvent descendre très profondément et bien au delà de la zone superficielle qui nous intéresse en ce moment, surtout dans les régions à relief topo-
graphique très accidenté. Klles sont toutes limitées à la base par une surface aquifère que Ton appelle le niveau hydrostatique et dont le rôle est prépondérant dans l'alimentât ion en eau des maisons par des puits, dans L'usage de ce (pie Daubrée a appelé la nappe phréatique.
Pelle est la part prise par les altérations dans la constitution du sol superficiel et dans son intervention en hygiène. Mais nous avons dit en commençant que ce sol renfermait, en outre, (\(^ produits d'apports mécaniques, sur lesquels nous n'avons à faire aucune observation spéciale, et des restes organisés, dont il nous reste, au contraire, à parler.
Restes organisés dans le sol. Humus. Nitrates. — Les débris des végétaux qui tombent à terre forment (comme on le verra plus en détails, dans une autre partie de cet ouvrage) de Y humus ou terreau et se mélangent avec les produits les plus meubles du sol, en partie apportés par les vents, pour constituer la partie tout à fait supérieure de ce sol, celle sur laquelle portent principalement les cultures, la terre végétale, qui, lorsqu'on s'y enfonce, a généralement une tendance à devenir plus argileuse et plus compacte dans la zone de décalcification, avant d'arriver, par l'intermédiaire de la zone surcalcifiée, au sous-sol inaltéré. Dans cette terre végétale sont également apportées, sous la forme de fumiers, d'autres matières organiques. Toutes les eaux qui pénètrent dans la terre ou ruissellent à sa surface se trouvent d'abord en contact, dans cette zone, avec les divers restes organiques de composition azotée, et ce contact a pour effet d'y introduire des éléments de contamination que nous devons envisager.
Quand on analyse la terre végétale, on trouve, d'après Durand Claye, par 1000 kilogrammes d'humus, 5 à 10 kilogrammes d'azote, environ 0,1 d'azote ammoniacal et 0,15 d'azote nitrique, auxquels s'ajoute environ 1 p. 100 d'une substance jaunâtre, soluble, capable d'attaquer les calcaires et assez improprement appelée Yacide humique. Il y a donc, dans l'humus, un commencement de nitrification, qui ne fait que s'accentuer peu à peu sous l'influence des nitromonades et dont la conséquence est l'introduction de l'azote dans les eaux, sous la forme de nitrates. Cette présence de nitrates dissous est la conséquence forcée delà nitrification, opérée par les microorganismes sur les matières organisées delà terre végétale. Constatée dans une eau, elle es! inversement la preuve que cette eau a rencontré des matières organiques; quand la proportion de nitrates devient élevée dans une eau, on peut être assuré qu'il s'y est infiltré des purins et cette teneur en nitrates a, par suite, été signalée comme un moyen particulièrement sûr de reconnaître les eaux susceptibles d'être contaminées : car, en même temps que les nitrates, ont pu s'introduire dans ces eaux des germes infectieux ayant la même origine organisée.
On a, par exemple, proposé de faire, à intervalles périodiques, l'analyse de certaines sources importantes pour reconnaître les varia-