LES DIVERSES EAUX DE BOISSON
Cours d'eau, fleuves, rivières, etc. — Les grandes agglomérations se sont formées de préférence auprès des cours d'eau, pour emprunter commodément à ceux-ci les eaux d'alimentation. Ces eaux sont très souvent distribuées directement sans aucune purification ; souvent même les emplacements des prises d'eau sont défectueux, quelquefois situés en aval de l'agglomération. L'alimentation des cités par l'eau de rivière ou de fleuve dans ces conditions donne des résultats néfastes pour l'hygiène publique. Ces installations trop primitives tendent à devenir de plus en plus rares. Depuis que les théories pastoriennes ont pénétré dans les esprits, depuis que la transmission par l'eau de diverses maladies, notamment de la fièvre typhoïde, a été démontrée par de nombreux exemples, les villes essaient de recourir à des procédés d'alimentation moins défectueux : on recherche les eaux de source, ou de nappes souterraines pures; on n'emploie les eaux de rivière qu'après les avoir purifiées, par exemple par fîltration; actuellement on tend à recourir à la stérilisation.
Les causes de la contamination des cours d'eau sont trop évidentes pour qu'il soit nécessaire de les rappeler. Cette contamination est réduite au minimum dans les régions incultes et désertes, elle augmente avec l'intensité de la culture et la densité des populations sur les territoires traversés. Elle varie suivant les saisons, les périodes de pluie ou de sécheresse.
D'une façon générale, l'analyse montre que les cours d'eau provenant de terrains granitiques ont une minéralisation faible, que ceux coulant sur les terrains calcaires, argilo-sableux contiennent un peu plii< d'éléments minéraux. On trouve dans ces eaux généralement peu ou pas de nitrates, de nitrites et de sels ammoniacaux: beaucoup
(1) Zeitschrift fur Hygiène und Infeclionskrankheiien, 1903, t. XXXIII. Petrusky appelle tliermopliiles les espèces qui cultivent au-dessus de -+- 45°.
d'oxygène dissous, peu de matière organique, celle-ci généralemenl plus oxydable en solution acide qu'en solution alcaline : la matiè|fe organique d'origine végétale étant plus abondante que celle d'origine animale.
Les produits minéraux n'existent dans les eaux de rivière qu'en oroportions assez faibles et les indices chimiques de pollution échappent souvent à l'analyse, tandis que l'examen bactériologique donne ordinairement de mauvais résultats. Le nombre de germes est presque toujours considérable, mais il varie dans de très larges limites suivant les saisons, les périodes de pluie ou de sécheresse, selon les points où sont faits les prélèvements (surface, profondeur, rive ou milieu du lit). Ces germes appartiennent aux espèces les plus variées : on y trouve toujours le colibacille, les bactéries putrides, souvent le B. pyocyaniqué, le B. violaceus, le B. fïuorescens liquéfiant et non liquéfiant, le Micrococcus prodigiosus, les Proteus. divers spirilles, des sarcines, enfin la grande variété des espèces banales, sporulées ou non.
Les eaux résiduaires des diverses industries sont souvent projetées dans les cours d'eau et constituent des causes d'infection graves, les unes par les matières organiques animales ou végétales qu'elles apportent, d'autres par les substances toxiques ou nuisibles qu'elles renferment. Citons, presque au hasard, parmi les industries malsaines à ce point de vue, les fabriques depoudrette et d'engrais, les féculeries, teintureries, tanneries, sucreries, distilleries, papeteries, boyaudenes, abattoirs, équarrissages, industries textiles, fonderies, buanderies, lavoirs, fabriques de soude, lavages des laines, chapellerie, macérations des bois, rouissage, fabriques de draps, lavages des peaux tannées, fabriques de couleurs daniline, etc. Ces contaminations spéciales sont le plus souvent faciles à reconnaître par l'analyse (1).
La projection des eaux résiduaires industrielles dans les cours d'eau ne doit être autorisée que si les eaux ont subi une purification suffisante, soit par l'épandage, soit par l'épuration biologique, soit par un procédé chimique. L'application stricte des règlements offre d'ailleurs pour certaines industries de grandes difficultés. Tel est le cas, par exemple, pour les sucreries qui produisent d'énormes
(1) Comme exemple de modifications particulières apportées par les eaux résiduaires industrielles, à la composition des eaux de rivière, on peut citer la Saale qui reçoit près de Dobis les eaux des mines de Mansfeld, très chargées de chlorure de sodium, et qui, en raison de leur densité, s'accumulent dans les parties basses de la rivière. Après sa jonction avec la Bode, qui a reçu les eaux résiduaires, riches en chlorure de magnésium, provenant des fabriques de chlorure de potassium du district de Strassfurt, la Saale devient elle-même plus riche en sels magnésiens.
Au confluent de la Saale avec l'Elbe, à Barby, le mélange des deux rivières ne s'effectue que très graduellement : la rive gauche de l'Elbe, par laquelle arrive la Saale, reste beaucoup plus impure ; à Magdebourg, l'eau prise sur la rive gauche contient encore deux fois plus de chlore que l'eau de la rive droite [Kaiserliches Gesundheilsamt, XII, p. 287).
volumes d'eaux résiduaires et qui ne trouvent pas toujours aisément les surfaces de terrain nécessaires aux épurations par le sol (1).
L'évacuation dans les rivières des matières de vidange, eaux ménagères, etc., doit être non moins sévèrement prohibée. Tout projet de construction d'égouts doit prévoir les moyens de purifier les eaux reçues par les égouts : ces moyens sont actuellement Tépandage, ou purification par le sol, procédé qui entraine de multiples inconvénients ; l'épuration bactérienne par diverses méthodes, dont plusieurs fonctionnent à l'étranger de manière très satisfaisante et qui commencent seulement à recevoir en France quelques applications timides ; enfin les procédés d'épuration chimique seule ou combinée avec l'épuration biologique (2). — Ces questions seront traitées dans d'autres parties de ce livre.
Actuellement la plupart de nos fleuves et rivières, la Seine notamment, reçoivent encore d'importantes quantités de matières de vidange et d'eaux résiduaires non épurées et deviennent sur des parties plus ou moins longues de leur cours, des foyers d'infection putride, répandant des odeurs nauséabondes. De telles eaux sont tout à fait impropres à la boisson et dangereuses pour la santé publique.
Auto-épuration des cours d'eau. — Cependant, sous l'influence des agents naturels, surtout l'air et la lumière dont l'action est favorisée par le mouvement (3), les cours d'eau ainsi pollués subissent une épuration spontanée plus ou moins intense.
La Seine en aval de Paris a été l'objet de nombreuses études à ce
propos. Voici des chiffres relevés dans les travaux de Durand-Claye
et Miquel qui montrent l'épuration spontanée partielle de la Seine
polluée par les déversements d'eau d'égout au collecteur de Clichy,
Résultats exprimés en milligrammes et par litre.
AZOTE organique.