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DISCUSSION DES RÉSULTATS BACTERIOLOGIQUES

Il ne faut pas conclure de ces observations que la numération ne présente aucun intérêt : il est évident que l'existence d'un grand nombre de germes dans une eau recueillie dans de bonnes conditions, l'eau ayant un écoulement continu et toutes les précautions étant prises pour éviter les contaminations extérieures, il est évident, disons-nous, qu'une telle eau devra être considérée comme suspecte et imparfaitement épurée dans son passage à travers le sol. Si des analyses faites à différentes époques indiquent des chiffres très variables de bactéries, on aura là encore un indice de l'irrégularité des régimes et de l'insuffisance de l'épuration.

La numération est aussi fort utile lorsqu'il s'agit de comparer entre elles des eaux voisines, d'une même région. Elle fournit des renseignements indispensables pour la surveillance des appareils filtrants et des divers systèmes d'épuration ou de stérilisation.

Nous n'essaierons pas de fixer le nombre de germes que peuvent contenir les eaux pour être qualifiées pures. Ce nombre est souvent fort petit — quelques unités par centimètre cube — lorsqu'il s'agit de nappes profondes et lorsque les ensemencements ont été faits sur place. Pasteur et Joubert (1) ont dit les premiers qu'on pouvait rencontrer des eaux de source absolument stériles. En tout cas, le fait est excessivement rare ; et si l'on n'a pas récolté soi-même les échantillons, on pourra se défier à bon droit des eaux qui ne contiennent aucun germe et soupçonner que leur stérilisation n'est peut-être pas « naturelle ».

En dehors du nombre des germes, on peut envisager aussi le nombre des espèces. D'une manière générale, les eaux sales contiennent de nombreux germes appartenant à des espèces variées. Le grand nombre des espèces est donc assez souvent un mauvais indice.

Nous avons insisté déjà sur les moyens de reconnaître les divers germes pathogènes que l'on rencontre dans les eaux potables et sur leur signification. Parmi ceux-ci, le plus important de beaucoup est le bacille typhique, que l'on ne trouve généralement pas, même dans les eaux qui ont certainement propagé la fièvre typhoïde. De toute manière, la constatation du bacille typhique dans une eau suffit évidemment pour en faire condamner l'emploi.

Le B. coli, les bactéries putrides et d'autres espèces se rencontrent toujours dans les eaux souillées de matières fécales. Même si l'on admet que ces germes n'ont par eux-mêmes aucune action pathogène, leur présence est digne d'attirer l'attention. Mais il faut se rappeler que ces germes, en particulier le B. coli, sont très répandus dans la nature, notamment sur le sol : le nom de B. coli donné à ce germe rappelle qu'on l'a isolé du contenu

(1) Pasteur et Joubert, G. /?. Acad, des Se, 1878.

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de l'intestin; mais la présence du B. co// n'implique pas nécessairement celle des matières fécales. Aussi est-il bien exagéré de considérer (comme on avait trop tendance à le faire il y a quelques années) qu'une eau est mauvaise par le seul fait qu'elle renferme cette bactérie très vulgaire. Lorsqu'une eau contient quelques B. coli par litre, si les résultats des analyses chimiques et bactériologiques fournissent un ensemble d'indications favorables, il y a lieu de supposer que la présence de cette bactérie est due à une cause banale et facilement remédiable. Si, au contraire, en même temps que l'examen bactériologique décèle le B. coli, l'analyse chimique fournit un ensemble de résultats indiquant une eau suspecte, — par exemple : matière organique abondante et plus fortement attaquée en solution alcaline qu'en solution acide, quantité forte de chlorures, présence de carbonates alcalins ou de sels minéraux incompatibles avec la constitution géologique, quantités notables d'azote organique ou nitreux, d'acide phosphorique, nombre élevé de bactéries d'espèces variées, — il convient d'attacher à ce B. coli une réelle importance et de considérer l'eau qui le recèle comme souillée par des matières fécales et capable à un moment donné de véhiculer des germes pathogènes.

Les considérations sur la signification du colibacille dans l'eau ont été exposées par l'un de nous (Ed. Bonjean) au Congrès d'hygiène de 1903 (1). Récemment des appréciations ont été émises sur ce sujet, notamment par Kaiser (2), Hagemann (3), Vincent (4). Ces auteurs attachent avec juste raison une grande importance au nombre de colibacilles renfermés dans l'eau. Ce germe ne trouve pas dans l'eau ordinaire un milieu très favorable à son développement, il ne peut donc exister en abondance que dans les eaux polluées de matières fécales ; dans ce cas, il est souvent accompagné d'une flore microbienne comprenant d'autres espèces très abondantes dans les matières fécales. D'après ces considérations, Vincent admet qu'une eau assez bonne et même bonne peut renfermer 10 à 50 B. coli par litre; 50 à 100 B. coli par litre indiqueraient une eau douteuse; 1 à 50 B. coli par centimètre cube correspondraient à une eau mauvaise.

D'après Lœffler, on ne peut juger de la valeur d'une eau d'après le nombre ou l'espèce des germes, et il ne serait pas nécessaire de déceler le Bacterium coli ou les bacilles de la putréfaction, car la démonstration de la présence de ces microorganismes ne permet pas, à elle seule, de conclusion suffisante quant à la valeur de l'eau.

(1) Ed. Bonjean, C. R. Congrès d'hygiène de Bruxelles, 1903, p. 105.

(2) Kaiser, Archiv fur Hgg., LU, 1905.

(3) Hagemann, Vierlelj. f. gerichtl. Med. und ô/fentlich. Snnitatswesen, XXIX,

(4) Vincent, Annales de V Institut Pssteur, 1905.

Ce savant est d'avis que la considération du nombre d'espèces Hiermophiles et de B. coli, présentée par différents auteurs, notamment par Petrusky (1), comme un moyen d'apprécier la souillure de l'eau par les matières fécales, demande encore des études expérimentales approfondies.

Toutes ces observations démontrent qu'il faut apporter une grande prudence dans l'interprétation des résultats contingents de l'examen bactériologique des eaux. Ces résultats n'auront de réelle valeur que lorsqu'ils seront appuyés par les données de l'analyse chimique et par les renseignements géologiques et sanitaires.

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