‹ Traité d'hygièneChapitre 136 sur 191 · MO · texte numérisé non relu

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au Mans; Ylluveaume et la Durance à Marseille: le Furens à Saint- Etienne; el le ruisseau de las Cariais à Perpignan.

A l'étranger, des observations multiples ont démontré le rôle joué par l'eau dans les épidémies de choléra : à Londres, par la Tamise (1832, 1849, 1853, 186G); à Exeter, par YExe (1832, 1.849); à Hull, par la rivière d'Hull (1849); à Newcastle et à Gateshead (1853) par l'eau de la Jf/ne; à Ismaïlia, Port-Saïd, Suez, par le canal d'eau douce (1883); à Gènes (1884) par l'eau d'un ruisseau: à Messine (1887) par l'eau d'un canal; à l'asile d'aliénés de Nielleben près de Halle (1892) par la Saule; et à Hambourg (1892) par Y Elbe (1) : en Russie par le Dniepr et la Volga (1904); en Allemagne, par la Vistule et les voies navigables (1905).

Pour la fièvre typhoïde : à Vienne (1855) par le Danube: à Lausen (Suisse) (1882) parle ruisseau du Fiirlerthal; à Zurich (1884) par la Limmat , insuffisamment filtrée; à Berlin (1889) par la Sprée: dans les agglomérations de la vallée de la Tees (1890-91) par la Tees ; à Plymoutli, Pennsylvanie (1884-1885) par l'eau d'un ruisseau; à Apolda, àWeimar, Ober et Niederwissingen (1898) par l'eau de Y Jim ; et un grand nombre d'autres épidémies que nous ne pouvons citer.

La plupart des villes alimentées par les cours d'eau ont donc un état sanitaire défectueux et sont exposées aux grandes épidémies de fièvre typhoïde et de choléra.

Cependant, il est possible de recourir à l'usage des eaux de rivière, qui offrent beaucoup d'avantages, en raison de leur minéralisation généralement bonne, de leur volume abondant, de la facilité et de l'économie qu'on trouve à les distribuer. Il convient, pour que de telles eaux soient utilisées, d'éviter les déversements d'eaux d'égout et d'eaux résiduaires (2), de choisir les emplacements des prises d'eau en des points où les chances de pollution soient réduites à un minimum, et enfin d'appliquer des procédés de purification efficaces, fîllration sur sable, galeries filtrantes, ou mieux, des procédés de stérilition(ozone,ferrochlore,elc.) : nous donnons plus loin (p. 415 et suiv.) des indications sur les plus importants de ces procédés. Beaucoup de villes privées d'eaux de source ou d'eaux souterraines, constamment dures et abondantes, recourentainsi aux eauxde rivière, et il est à croire, que, grâce aux perfectionnements des méthodes d'épuration, l'usage de ces eaux ira en se développant de plus en plus. — Leur inconvénient principal est de subir des variations considérables de température, et de devenir trop froides en hiver et trop chaudes en élé :

(1) Ces deux dernières épidémies sont particulièrement intéressantes : étudiées par Koch, elles démontrent dans le premier cas l'insuffisance de la filtration et dans le second l'efficacité de la filtration.

(2) Règlement sanitaire applicable aux villes, bourgs ou agglomérations A. Applications de l'article l'1' de la loi du 5 février 1902 relative à la protection de la s;mté publique ; article 15 : « Il est interdit de déverser directement ou indirectement dans les cours d'eau aucune matière excrémcntitielle. »

inconvénient auquel on peut remédier dans une certaine mesure par des dispositions judicieuses des conduites et réservoirs.

Galeries filtrantes. — La perméabilité des terrains, et leurs qualités épuratives naturelles sont souvent utilisées pour améliorer la qualité des eaux de rivière. Ce sont surtout les sables et graviers qui se prêtent bien à ces opérations. Un grand nombre de villes sont ainsi alimentées par des eaux de rivière recueillies dans des galeries filtrantes ou puits creusés à un certaine distance des rives (Vichy, Angers, Toulouse, etc.).

On obtient ainsi des eaux très notablement améliorées. Dans les puits et galeries filtrantes de cette sorte, l'eau recueillie est tantôt seulement Peau du cours d'eau filtrée à travers le sol, tantôt un mélange de celle-ci avec des eaux souterraines indépendantes du cours d'eau : aussi l'analyse minérale montre-t-elle très souvent de grandes différences entre l'eau d'une rivière et celle puisée dans une galerie filtrante établie sur la rive.

Ces ouvrages doivent être attentivement surveillés et installés dans des conditions telles qu'ils ne puissent être souillés par les eaux brutes du cours d'eau, notamment en temps de crue.

Lacs, étangs. — Les eaux des lacs et étangs, au point de vue de l'alimentation, soulèvent des observations analogues à celles qui ont été faites au sujet des fleuves et rivières. Ce sont des eaux superficielles recevant presque toujours les eaux de ruissellement des terres cultivées et trop souvent aussi les résidus des agglomérations situées sur leurs bords. Ces eaux sont généralement séduisantes par leurs propriétés organoleptiques, notamment leur transparence et leur couleur, et par leur minéralisation moyenne ou faible qui les rend propres aux usages domestiques.

Certaines villes en France utilisent ou cherchent à utiliser l'eau de différents lacs pour leur alimentation; nous citerons entre autres : Belley (lac d'Armaillé), Chambéry (lac du Bourget, lac d'Aiguebelette) ; Saint-Julien-Chapteuil (lac du Fraysse); mais c'est surtout à l'étranger, notamment en Suisse et aux États-Unis, que ces eaux sont utilisées.

D'une façon générale, la qualité de l'eau des lacs varie suivant le point où est fait le prélèvement : sur les bords, il est facile de concevoir qu'elle peut être très facilement contaminée, tandis qu'au milieu et à une certaine profondeur, elle est souvent assez pure.

Diverses causes peuvent entraîner des pollutions accidentelles graves : par exemple, les travaux mettant en suspension les boues des bords ou du fond. C'est à la suite de travaux pour l'adduction d'eaux dégoût et de dragages du quai des Eaux Vives — et aussi à cause du mauvais emplacement de la prise d'eau alimentaire, que la ville d ; Genève eut à subir une épidémie grave de fièvre typhoïde en 1 88 i ; épidémie qui cessait après latin des travaux pour reprendre

lorsque les vagues soulevées parles vents mettaient de nouveau les vases du fond en suspension. La ville de Genève supprima les prises d'eau du port et les transporta en plein lac (1893) à 2 kilomètres en amont des égoutset à 7 mètres de profondeur. D'après Massol, «on peut affirmer aujourd'hui (1894) que la fièvre typhoïde a disparu de Genève. On en signale bien quelques cas égrenés, mais l'enquête étiologique démontre toujours qu'ils sont d'origine rurale ou suburbaine ».

Massol (1) a fait une remarquable étude sur les eaux du lac de Genève dans laquelle il envisage tous les facteurs qui peuvent influencer le régime des lacs : les débits, les courants, la transparence, qui varie avec les saisons, l'eau étant plus claire en hiver qu'en été; la température, variant suivant la profondeur, constante à 300 mètres de profondeur (4°, 6 à 5°, 4) et se rapprochant du point où l'eau atteint son maximum de densité (4°,0), variable dans les couches intermédiaires de 10 à 150 mètres, très variable (22° à 5°) en surface.

Les recherches de Massol l'ont conduite reconnaître quele Léman, étant sans courant appréciable, constitue un immense bassin de décantation où les germes en suspension tendent à gagner le fond en vertu de leur pesanteur; leur nombre diminue dans les périodes calmes ; la pluie et les vents altèrent la pureté des eaux. Les agents les plus actifs de l'épuration des eaux sont la décantation et surtout la lumière: leur action est maxima en été, où l'eau atteint quelquefois une pureté absolue. — L'eau du lac renferme peu de matière organique. Parmi les espèces bactériennes de cette eau, il faut citer plusieurs komma-bacillus, et, dans les vases du fond, le vibrion septique et le bacille du tétanos.

La bonne qualité de l'eau du lac de Genève signalée par Massol est peut-être exceptionnelle, et souvent les lacs et étangs, envahis par divers végétaux et organismes microscopiques, ont des eaux chargées de matières organiques.

Sauf des cas particuliers, les eaux de lacs sont susceptibles d'être plus ou moins contaminées par des eaux superficielles souillées par des produits résiduaires d'origine animale provenant des agglomérations et des terres cultivées. Il y a donc lieu de faire d'expresses réserves sur leur emploi dans l'alimentation publique, à moins qu'on ne leur fasse subir une stérilisation ou une épuration efficace.

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