‹ Traité d'hygièneChapitre 137 sur 191 · EAUX MÉTÉORIQUES · texte numérisé non relu

EAUX MÉTÉORIQUES

De tout temps, l'homme a fait usage, pour la boisson, des eaux de pluie, récoltées sur de larges surfaces de ruissellement, par exemple sur les toits des édifices, et conservées dans des réservoirs ou citernes.

C'est principalement dans les pays d'Orient, où il est souvent impossible de recourir à des nappes souterraines ou à des eaux de rivière, que

(1) Massol, Les eaux d'alimentation de la ville de Genève, 1894. Genève.

EAUX MÉTÉORIQUES. fc-361

les eaux de pluie ont été employées à l'alimentation de grandes villes : riions à cet égard les anciennes citernes de Carthagc, de Jérusalem, de Constantinople, les citernes actuelles d'Aden, etc. L'usage des citernes est encore très répandu en Italie : Drago (1) estime que les citernes alimentent encore en Italie plus de 7 millions d'habitants.

Les anciennes citernes de Venise étaient assez ingénieusement disposées : l'eau de pluie tombant sur une surface pavée et légèrement inclinée était recueillie dans un canal circulaire noyé dans du sable qui remplissait une excavation en forme de tronc de cône, à parois étanches. Elle sortait de ce canal pour traverser le sable et gagner la partie inférieure de la cuvette ; elle pénétrait alors au bas d'un puits central en brique, et s'y emmagasinait. Cette filtration, grossière d'ailleurs, facilitait la conservation de l'eau. Des appareils analogues ont été employés en d'autres pays.

Les eaux météoriques, recueillies un peu après le début de la pluie, c'est-à-dire lorsque l'atmosphère est débarrassée des poussières et impuretés diverses, sont très faiblement minéralisées et pauvres en germes. Voici quelques chiffres relatifs à la teneur en germes des eaux de pluie, déterminés par Miquel en 1884 et 1885 à Montsouris.

Janvier 8.000 par litre d'eau.

Février 1.320 —

Mars 2,920 —

Avril 2.140 —

Mai 2.440 —

Juin 5 . 600 —

Août 8.300 —

Septembre 5.770

Octobre 3.220 —

Novembre 3.250 —

Décembre 4.330 —

La proportion des germes dans l'eau de pluie est plus considérable dans les villes que dans les campagnes.

La grêle et la neige renferment également des microbes. C'est ainsi que Bujwid (2), sur de gros grêlons tombés à Varsovie, a trouvé 21000 bactéries par centimètre cube (1887), Foutin(3), également sur de gros grêlons, en a compté 729, et Abel en 1894 à Greifswald a trouvé de 40 à 300 germes représentés par les espèces ordinaires du sol et de l'eau. Dans la neige, Janowski a déterminé des nombres de bactéries variant de 38 à 463 par centimètre cube.

Dans les régions désertes et privées de toute vie végétale et animale, parexemple surlesglaciers, l'eau condensée à l'état de glace et n'ayant Ira versé qu'une atmosphère très pure renferme cependant des germes. Schmelck (4) en a trouvé deux par centimètre cube dans la neige

(1) Dhago, Lavori di Labor. del Uffizio d'Igiene di Genova, 1903.

(2) Bujwid, Ann. de Vlnstitut Pasteur, t. I, 1887.

(3) Foutin, Centralbl. /'. Bakt., 1890.

(4) Schmelck, Centralbl. f. Bakt., t. IV, 1888.

du glacierde Jostedal à 2000 mètres d'altitude ; 9 à 15 dans l'eau des ruisselets provenant de la fusion sur le glacier même; 1 à 6 dans l'eau du ruisseau à 50 mètres du glacier, et 170 à 200 dans la mémo eau à .") kilomètres : le Bac. fluorescens liquefaciens était l'espèce prépondérante. J. Binot (1) a pu recueillir au sommet du mont Blanc jusqu'à 8 centimètres cubes de neige fraîchement tombée sans y trouver un seul germe, et dans les eaux de glacier de la même région, il existait 3 à 8 germes par centimètre cube, tandis qu'un ruisseau au pied du glacier des Bossons contenait 95 germes et que l'eau de l'Arve à Chamonix peut en renfermer 7550. Dans ces microorganismes de glaciers dominent les levures et les streptothricées : même dans ces régions désertes, il existe une grande variété de germes et J. Binot en a rapporté 300 espèces non spécifiées, nouvelles ou difficiles à déterminer.

Les eaux météoriques recueillies dans de bonnes conditions peuvent donc servir à l'alimentation. Il convient de rejeter les eaux qui tombent au début de l'averse et qui entraînent de trop nombreuses impuretés provenant de l'air et des surfaces de ruissellement : on a imaginé divers appareils automatiques à flotteurs qui ne permettent l'emmagasinement dans les réservoirs qu'après avoir éliminé un volume convenable de l'eau tombée tout d'abord (2).

L'eau de pluie provenant du ruissellement sur les toitures revêtues de plomb, doit être rejetée : des accidents d'intoxication saturnine ont été causés par l'entraînement de la fine couche d'hydrocarbonate de plomb qui se forme à la surface du métal.

L'eau de pluie conservée dans les citernes s'altère assez vite, surtout dans les périodes de chaleur (développement des germes, introduction d'organismes variés, insectes, vers, etc.). Après quelques mois, il se produit des réactions réductrices qui communiquent à l'eau un goût et une odeur infects.

Les eaux de citernes longtemps conservées sont presque toujours contaminées. On y trouve des traces d'oxygène, de fortes quantités de matières organiques, d'azote non nitrifié, un très grand nombre de germes, notamment ceux de la putréfaction (4).

L'état sanitaire des agglomérations alimentées par les eaux de citerne est généralement médiocre.

Rabot (3) a cité une épidémie de fièvre typhoïde survenue dans une maison de Rambouillet alimentée par une citerne étanche : on

(1) J. Btnot, Etude bactériologique du massif du Mont Blanc. C. R. Acad. des sciences, 17 mars 1902.

(2) Ces appareils séparateurs pour les eaux des citernes sont employés notamment dans les maisons éclusières du canal de la Marne à la Saône et à l'île Bréhat.

(3) Rabot, Travaux du conseil d'hygiène de Seinc-et-Oisc, 1903.

(4) Voici par exemple des analyses d'eaux de citernes, citées par Irissou dans une étude sur les eaux d'alimentation de la ville de Cordes (Tarn) (Étude sur les eaux

Page 1