‹ Traité d'hygièneChapitre 159 sur 191 · EAU · texte numérisé non relu

EAU

D'autres appareils dits « ozoneurs rotatifs à amorceurs ou interrupteurs d'effluves » ont élé imaginés par Otto. Nous renverrons le lecteur à la description qu'il en a donnée (1).

Le système Otto (appareils à diélectriques) est en cours d'application pour le traitement des eaux de la ville de Nice, à l'usine de Bon-Voyage. Dans la partie <Je l'installation aujourd'hui terminée, on emploie le courant triphasé à 10000 volts et 25 périodes, que Ton transforme à 200 volts et 500 périodes.

Les résultats observés jusqu'ici par la Commission chargée de l'élude de ces appareils, dans des expériences où l'on atteignait le débit de 100 mètres cubes d'eau à l'heure, paraissent démontrer qu'une quantité d'ozone inférieure à 1 gramme par mètre cube d'eau est suffisante pour une stérilisation efficace et que les émulseurs effectuent à eux seuls presque tout le travail de destruction des germes (2).

Electro-stérilisateur domestique Otto. — Dans cet appareil, l'air ozone produit dans un diélectrique ingénieusement disposé est aspiré par l'eau traversant une trompe ou émulseur. L'appareil est branché sur les conduites électriques urbaines, et le robinet d'eau sert de commutateur. L'eau ozonée peut être recueillie directement à la sortie du ro-

EAU i \ STERILISEE:

Fig. 73. —Appareil Otto — Robinet porte-émulseur de l'appareil électro-stérilisateur domestique.

binet (fig. 73) ou après avoir traversé une colonne de Gay-Lussac garnie de gros galets ou de grosses billes de verre. L'électro-stérilisateur Otto construit par la « Compagnie pour la fabrication des compteurs et matériel d'usine à gaz » est établi pour débiter 200 à 250 litres d'eau à l'heure dans les conditions ordinaires de pression : la dépense serait de 50 à 60 watts. On fabrique différents types d'appareils suivant le courant dont on dispose. Pour le courant

(1) Otto, Mémoires de la, Société des ingénieurs civils, février 1900.

('-') Rapport sur l'application du procédé Otto à la stérilisation par Tozone des eaux d'alimentation de la ville de Nice, par Barret, Beunat et Pilât™, Nice, 1905. Voy. aussi Pilattk, Revue scient, t. V, p. 37, 1906; Ogier et Ronjean, liée, des trav. du Comité consult. d'hyy., 190G.

alternatif l'appareil ordinaire fonctionne avec 100 à 125 volts et 40 fréquences et au-dessus; pour le courant continu il faut y adjoindre un « inverseur » de courant.

Procédé de la Société Sanudor. Système De Frise. — Le système De Frise dérive des procédés Tindal, et réalise plusieurs perfectionnements intéressants.

Des appareils ont été installés, à l'usine des eaux de la Ville de Paris, à Saint-Maur. Ce sont, disons-le tout d'abord, de véritables appareils industriels, qui peuvent traiter par heure jusqu'à 150 et

Fig. 74. — Appareil De Frise. — Schémad de l'installation.

200 mètres cubes : à raison de 100 litres par jour et par habitant, une semblable installation permettrait d'alimenter une ville de 40 000 à 50000 âmes. Nous avons pu étudier avec détails cette installation, en 1904 (1).

L'eau traitée est tantôt l'eau de Marne brute, tantôt Peau de Marne filtrée sur les filtres à sable de la Ville de Paris.

Les appareils (fig. 74) comprennent essentiellement :

Une dynamo, qui fournit un courant monophasé de 100 volts ;

Deuxdessiccateurs de forme rectangulaire dans lesquels l'air à ozoniser perd son humidité en passant sur des grilles recouvertes de chlorure de calcium;

Deux compresseurs d'air (dont un servant de réserve), verticaux, à double action ;

Des ozoneurs ;

Des stérilisateurs.

Ozoneurs. — L'appareil producteur d'ozone (fig. 75) est une sorte d'auge horizontale, demi-cylindrique, en laiton; elle est munie d'une enveloppe où circule un courant d'eau qui empêche l'échauffe-

(1) Ogier et Bonjean, Rec. des travaux du Com. cons. d'hygiène publique, 1904.

STERILISATION PAR L'OZONE.

ment; l'auge est reliée à la terre et constitue Tune des électrodes. Les secondes électrodes ont la forme de demi-disques en lame de laiton de 52 millimètres de diamètre ; leur circonférence est dentelée. Ces demi-disques sont placés verticalement, à des intervalles réguliers, dans l'auge demi-cylindrique ; leur rayon est plus petit que celui de l'auge, de telle sorte qu'il reste un espace de 6 centimètres entre un point quelconque de leur circonférence et la surface intérieure"de

P 1 IMKSfcUIIII IIIIIIWI

TfeSfalT^ ""

■ aP^^'J- < .

Fig. 75. — Appareil De Frise. — Ozoneur.

l'auge. Une glace horizontale ferme le demi-cylindre que constituent l'auge et les demi-disques. C'est dans cet espace que circulera l'air à ozoniser.

Chacun des demi-disques reçoit le courant par l'intermédiaire d'une résistance qui est formée d'un tube contenant un liquide de hauteur variable; il y a un tube de ce genre pour chaque électrode demi-circulaire. Ces résistances font office de régulateurs et ont pour effet d'éviter la formation de courts circuits sous forme d'arcs ou d'étincelles.

On peut faire varier le nombre des électrodes demi-circulaires : dans certaines de nos expériences, ce nombre a atteint 900. On a également mis en service des ozoneurs de même nature que les précédents, mais de plus grandes dimensions (diamètre des demi-disques, 290 millimètres).

Les ozoneurs sont installés dans une chambre obscure ; les appareils étant en marche, il est facile de voir que tout l'espace entre les demi-disques et les auges est rempli d'effluves violettes (fîg. 76).

C'est dans cet espace que circule Pair qui doit être ozone. Pendant son passage, il subit un échauffement assez considérable, que l'on modère par le courant d'eau circulant autour des auges; de plus, on a installé entre les éléments de chaque série d'auges des réfrigérants spéciaux qui permettent d'éviter une élévation de température trop considérable. (Dans nos expériences, l'air sortait des ozoneurs à des températures variant entre 24 et 30°. D'après Rideal, la température la plus favorable pour la production de l'ozone est -f-24°.

L'eau et l'air ozone, aspirés par des injecteurs (genre Giffard), où ils subissent déjà un contact intime, passent sous pression dans les

Fig. 76. - Appareil De Frise. — Photographie de l'effluve dans l'ozoneur.

stérilisateurs. Ceux-ci sont des cylindres verticaux en fonte émaillée à l'intérieur. L'eau et l'ozone y pénètrent par le bas et sortent par le haut. La hauteur totale de la colonne est de 8 mètres pour chaque stérilisateur. A l'installation de Saint-Maur, ces appareils sont au nombre de trois. Les cylindres sont divisés en sections de 50 centimètres de hauteur par des cloisons horizontales en celluloïd, où sont percés de très nombreux trous de 0mm,7 de diamètre; c'est pendant leur passage à travers ces petits orifices que l'air ozone et l'eau se trouvent en contact intime : la pression maintenue dans l'appareil facilite l'action de l'ozone sur l'eau. Des regards en verre permettent d'observer si le barbotage s'effectue régulièrement.

A la sortie des stérilisateurs, l'eau ozonée est dirigée dans un petit bassin à trois compartiments, muni d'un déversoir à nappe libre, et où l'on peut mesurer le débit.

Des dispositions spéciales permettent de récupérer l'air encore ozone qui sort du stérilisateur et de le renvoyer aux ozoneurs.

A ces appareils est annexé un filtre à grand débit, qui est fermé et fonctionne sous une pression équivalente à celle d'une colonne d'eau de 2 à 3 mètres. La matière filtrante est du silex concassé. Il y a en réalité trois filtres superposés : l'eau qui arrive par le haut tombe sur le premier étage de silex : l'excès se déverse par un tube central

sur la deuxième couche, puis sur la troisième. Des dispositions faciles à imaginer permettent d'opérer le nettoyage des filtres par renversement du courant d'eau. — Cet appareil, dont le débit est très rapide, est plutôt un dégrossisseur qu'un véritable filtre : son utilité est cependant réelle.

Nous avons fait sur ces appareils diverses expériences dont on tire les conclusions suivantes (1).

(1) Voici le résumé succinct de trois de ces expériences :

Eau de Marne filtrée sur les filtres à sable de la Ville de Paris.

Eléments en fonction : 450; mesures électriques : volts = 76; ampères =63; volts au secondaire = 38 000.

Volume d'eau traitée par heure = 30 mètres cubes.

Volume d'air ozone mis en contact avec l'eau = 41mc,55.

Poids d'ozone par mètre cube d'air = l&r,6.

Volume d'air ozone par mètre cube d'eau = lmc,383.

Poids d'ozone par mètre cube d'eau = 2Sr,216 .

Résultats. — Avant traitement par l'ozone, cette eau renferme 800 germes par centimètre cube; après l'ozone, il y a 2 germes par centimètre cube à la sortie du stérilisateur; 4 germes par centimètre cube au bassin desortie (B. mesentericus, B. suhlilis; levures; Mucor mucedo).

Absence de B. coli et de bactéries putrides dans 130 centimètres cubes d'eau.

Variations chimiques insignifiantes.

Eau de Marne filtrée dans le filtre rapide attenant aux appareils ozoneurs .

Éléments en fonction: 450; mesures électriques 75 volts; 63 ampères; environ 38 000 volts au secondaire.

Volume d'eau traitée = 20 mètres cubes à l'heure.

Volume d'air ozone mis en contact avec l'eau = 41mc,55 à l'heure.

Poids d'ozone par mètre cube d'air = 0£r,98.

Volume d'air ozone par mètre cube d'eau = 2mc,077.

Poids d'ozone par mètre cube d'eau = 2Sr,035.

Résultats. — Avant traitement, il y 2 682 germes par centimètre cube dans l'eau de Marne brute ; 250 dans la même eau filtrée sur le filtre rapide, dont le B. coli et les bactéries putrides sur 1 centimètre cube.

Après traitement, il reste 3 germes par centimètre cube (B. subtilis, B. mesentericus ruber). Absence de B. coli et de bactéries putrides sur 100 centimètres cubes.

Variations chimiques insignifiantes.

Eau de Marne filtrée par les filtres a sable de la Ville de Paris.

Éléments en fonction : 430 + 17 plus grands.

Mesures électriques = 75 volts; 81 ampères.

Volume d'eau traitée par heure = 50 mètres cubes, puis 90 à 105 mètres cubes.

Volume d'air ozone par heure = 41mc,55.

Poids d'ozone par mètre cube d'air = lsr,43.

Volume d'air ozone par mètre cube d'eau = 831 litres.

Poids d'ozone par mètre cube d'eau = l&r,188.

Page 1