‹ Traité d'hygièneChapitre 2 sur 191 · L. DE LAUNAY · texte numérisé non relu

L. DE LAUNAY

Professeur ù l'École des Mines.

L'hygiène de l'habitation et celle de la cité sont à bien des égards influencées par la constitution géologique du sol. Cette action se traduit surtout par la façon dont le sol se comporte en présence des eaux superficielles, c'est-à-dire par la manière dont ces eaux y pénètrent et y circulent, ou, restant au-dessus de lui, demeurent stagnantes ou s'écoulent, puis par l'épuration ou, au contraire, la contamination que peut entraîner pour elles ce circuit souterrain. On devrait donc examiner ici le sol en ce qui concerne son humidité ou sa sécheresse, la stagnation des eaux avec le paludisme qu'elle provoque, ou leur cours torrentiel avec les ravinements connexes, l'évacuation des liquides insalubres, la filtration et la désinfection des eaux profondes destinées à reparaître en sources, le régime et la disposition réciproque de ces sources, qui déterminent comme corollaire le mode de distribution des maisons dans la campagne, les causes de contamination souterraine par des rencontres que la géologie peut faire prévoir, etc. C'est une étude que l'on trouvera plus loin détaillée dans le chapitre spécial consacré aux eaux, niais qui nécessite au préalable certaines notions de géologie.

D'autre part, la composition géologique du sol influe immédiatement sur la nature, l'abondance et la qualité des végétaux produits,

ainsi que sur la façon dont celle végétation peut être modifiée : qu'il s'agisse de cultures h introduire, <le forêts à planter, d'herbages à développer, etc., el c'est encore un côté de la question qui peul être à considérer, soit directement pour l'hygiène humaine, soit, indirectement, pour celle des animaux dont l'homme se nourrit.

Puis la géologie nous renseigne sur l'origine, le mode d'émergence et les propriétés des sources thermales, dont elle nous donne le moyen d'accroître le débit, d'élever la température, d'éviter la contamination superficielle.

Enfin, accidentellement, certaines substances minérales contenues dans le sol peuvent, dans des circonstances spéciales, produire des sels nuisibles, des gaz délétères comme l'acide carbonique ou l'acide sulfhydrique, des composés d'arsenic, de plomb, de cuivre, etc., qu'on est exposé à rencontrer dans les eaux.

D'une façon générale, l'exploitation de toutes les substances minérales entraîne d'ailleurs, pour le mineur qui les extrait de terre, une hygiène particulière, dans laquelle certains côtés, dont il sera question plus tard, sont indépendants du minéral à extraire, mais dont d'autres aussi sont particuliers à la nature de celui-ci.

Sans qu'il y ait besoin d'insister, on voit donc la nécessité pour l'hygiéniste de posséder quelques connaissances géologiques, et cette nécessité apparaît tout spécialement quand il s'agit d'apprécier la qualité d'une eau potable. On est loin, en effet, des temps où une eau de source semblait nécessairement devoir être saine, parce qu'elle était claire, froide et agréable au goût. On se rend même compte de plus en plus qu'une seule analyse bactériologique et chimique ne suffit pas pour apprécier une source, car elle ne fait connaître que l'état de la source au moment où la prise d'essai a élé opérée et n'indique pas ce que cette source pourra devenir, quelques semaines ou quelques mois plus tard, quand un cas de fièvre typhoïde se sera produit sur un de ses points d'infiltration : points d'infiltration dont il faut demander la position à la géologie. Ce besoin d'une étude géologique relative aux eaux potables, qui a passé maintenant dans la pratique légale, force l'hygiéniste à pouvoir tout au moins comprendre les termes géologiques élémentaires et le mode de raisonnement dont le géologue n'aura pu manquer de se servir. Il faut donc, de toute nécessité, — quoique la chose pût paraître un horsd'œuvre, si les connaissances géologiques étaient plus vulgarisées, ou si les traités de géologie ordinaires étaient plus accessibles aux non-initiés, — commencer ici par quelques indications de pratique gé< (logique. Ces notions seront extraites en principe d'un ouvrage antérieur, auquel je demanderai la permission de renvoyer pour les détails (1). Mais, quoique l'objet de ce petit livre soit précisément de

(1) L. Dii Launay, Géologie pratique, Paris, Armand Colin, 1901.

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