DEFINITION ET BUT DE LA GÉOLOGIE
faire connaître au public les avantages pratiques qu'il peut tirer de la géologie et la façon dont il doit opérer en conséquence, le chapitre donné ici sera encore plus spécialement consacré aux cas qui peuvent se présenter pour un hygiéniste.
DÉFINITION ET BUT DELA GÉOLOGIE. — PRINCIPES FON- DAMENTAUX. — DISTINCTION DU SOL ET DU SOUS-SOL. — La géologie, dont je n'ai pas à apprécier en ce moment le côté théorique, intéresse surtout l'hygiéniste comme la science par le moyen de laquelle on peut deviner la nature des terrains qui, en un point donné, existent à diverses profondeurs et prévoir la relation souterraine de ces terrains avec ceux qui un peu plus loin apparaissent, « affleurent » à la superficie : par conséquent, imaginer la circulation des eaux qui s'infiltrent, viennent sourdre ou passent souterrainement en ce point.
Les inductions pratiques de la géologie ont pour base des théories scientifiques, dont une expérimentation constante permet d'apprécier la justesse, notamment parla manière dont les prévisions relatives à l'existence de tel terrain, de tel niveau d'eau, se trouvent vérifiées dans les travaux de mine, les tranchées, les tunnels, les puits, les sondages, etc., exécutés en conséquence. Indépendamment des confirmations d'un autre genre, plus délicates à apprécier, que la science géologique peut obtenir par l'accord de nouvelles données expérimentales avec les explications antérieurement adoptées, il existe, pour des théories parfois très subtiles et pouvant au premier abord sembler bien hasardeuses, une démonstration brutale mais frappante dans le fait que l'existence d'un terrain prévu à une profondeur déterminée apparaît à tous les yeux le jour où l'on descend à cette profondeur par un puits. La géologie est, contrairement à l'idée qu'ont pu en faire concevoir autrefois des hypothèses formulées trop vite et à la légère, une science d'observation et d'expérimentation précise, de plus en plus rigoureuse.
Cette science part de cette idée fondamentale que l'apparence actuelle de la terre, que la structure extérieure de ses mers et de ses montagnes, que toute notre géographie, en un mot, est un phénomène éphémère, incessamment soumis à des modifications, non pas seulement à des retouches de détail, mais à des bouleversements complets. La terre a constamment changé de forme au cours de son histoire ; son écorec superficielle (qui, pour nous, la constitue tout entière, puisque nous ignorons absolument ce qui peut exister à quelques kilomètres de profondeur) a subi une évolution. Les mers, les montagnes, les lacs, les continents se sont succédé tour à tour ou alternativement en chaque point et chacune de ces phases a laissé son empreinte caractéristique dans les terrains; en sorte que l'examen de ces terrains permet de reconnaître la succession de telles périodes, variables pour chaque point de la superficie. Pas un point
de la terre, par exemple, <|ui n'ait, à un moment donné el souvent à plusieurs époques diverses, vu passer les Mois de la mer; l'emplacement <le Paris, celui des Alpes ou des Pyrénées ont été maintes l'ois recouverts par des océans : presque pas un point non plus, même
parmi les plaines les mieux caractérisées aujourd'hui, où il ne se soit dressé jadis quelque chaîne montagneuse. Les crêtes alpestres ont surgi là où avaient existé d'abord les mers; puis elles onl été détruites : leur vie a subkle sort commun des individus, des familles, des nations ou des races et, dans une étape nouvelle de l'évolution cosmique, une mer profonde a pu recouvrir de nouveau la place de quelque mont Blanc apparu, puis disparu. Cela veut dire que la géographie a une histoire : il existe ce qu'on appelle une paléogéographie, dont le but scientifique est de reconstituer la figure de la terre à toutes les époques successives, en appuyant la distinction de ces époques sur l'évolution parallèle des êtres vivants. C'est par les résultats déjà acquis de cette reconstitution que nous arrivons à savoir quels ont été, en un point déterminé, les mouvements de la mer et du sol, la profondeur, la salure et la pureté des eaux marines, la nature de leurs dépôts, le sens des courants, les altérations continentales, les apports ignés de la profondeur et, par conséquent, à prévoir les « faciès » des divers terrains superposés, qu'un sondage doit recouper l'un au-dessous de l'autre, comme, sous la Rome moderne, on a retrouvé la Rome des Césars, puis la Rome de Romulus et, en ce moment, la Rome préhistorique.
Cette histoire de la terre, cette longue évolution qui commence au chaos originel, n'est nullement terminée ; elle continue toujours et il est à présumer que la période géologique où nous vivons ne se distingue pas en principe de celles qui l'ont précédée. Les modifications géologiques qui se produisent ainsi constamment sous nos yeux ont une importance toute spéciale, que la géologie théorique a peut-être un peu trop négligée autrefois, mais que la géologie pratique ne saurait, en tout cas, passer sous silence. C'est, en effet, par ces modifications récentes, par des altérations chimiques, par des apports mécaniques, par des interventions organiques, que se produit et se transforme sans cesse, au-dessus du sous-sol représentant des époques géologiques achevées, le sol, qui est le résultat bien défini de l'époque géologique actuelle.
Ce sol, les théoriciens de la géologie, les auteurs des cartes géologiques par exemple, n'ont pas besoin de le figurer; car, plus ou moins épais, il doit, par définition même, exister partout ; partout il se passe, à la surface actuelle de la terre, quelque chose qui correspond à la période géologique contemporaine et, si l'on voulait représenter ces produits sur une carte géologique, c'est-à-dire sur une carte où l'on note en chaque point l'Age des terrains qui forment la superficie, il faudrait les figurer partout avec une épaisseur plus ou moins