‹ Traité d'hygièneChapitre 38 sur 191 · EDMOM) BONJEAN. — LE SOL. SON ROLE EN HYGIENE · texte numérisé non relu

EDMOM) BONJEAN. — LE SOL. SON ROLE EN HYGIENE

D'après les travaux modernes, il esi plus exact de le considérer aujourd'hui comme « maladie des eaux douces stagnantes ».

Pour expliquerl'origine des fièvres telluriques,Morton au xvne siècle, Lancisi (1711), Rasori (1799), Virey (1800) admettaient que la présence

de particules nuisibles, d'animalcules provenant de la décomposition des matières végétales près des marais étaient susceptibles, en pénétrant dans l'organisme, de se multiplier dans le sang et de déterminerla fièvre.

La doctrine de Lancisi et de Rasori devint celle de l'école italienne. En 1846, Bassi attribua à la reproduction des parasites le renouvellement des accès de fièvre. Boudin avec la flouve des marais (C/iara vulgaris) et Salisbury (1866) avec les algues du genre Palmellse crurent trouver l'agent de l'infection. En 1879, Klebs et Tommasi- Crudeli isolèrent du sol, de la boue, de l'air, le Dacillus malavisé auquel ils attribuèrent la production du paludisme.

Ces résultats furent accueillis avec un enthousiasme tel que Laveran eut certaines difficultés à faire reconnaître la remarquable découverte qu'il fit vers 1880 de l'hématozoaire dans le sang des paludiques, en confirmant la présence du pigment noir signalé en 1847 par Henkel et en 1849 par Frerichs et Virchow.

Les travaux de Marchiafava et Celli (1) en 1885, de Golgien 1885 et 1893, ont fixé la nature des éléments : Plasmodium malarias, Plasmodium vivax, Laverania malariœ, qui sont les agents de toutes les fièvres paludiques.

Restait à découvrir le vecteur de ces éléments. Ce fut l'œuvre de Patrick Manson, Ronald Ross, Grassi en 1898,Bignami et Bastianelli qui démontrèrent définitivement le rôle des moustiques (Culex, Anophèles et Aëde). La femelle, qui seule peut piquer, pique un paludique et absorbe en même temps des hématozoaires à différents stades de développement ; dans le tube digestif du moustique, les corps en croissants (gamètes) évoluent et se transforment en corps (sporozoïtes) qui se répandent dans les glandes salivaires du moustique. Celui-ci, venant à piquer un individu sain, lui injecte dans le sang les éléments du paludisme. Les moustiques déposent à la surface de l'eau leurs œufs qui se transforment en larves en quarante-huit heures : elles restent ainsi huit à dix jours, puisant l'air par la partie postérieure fixée à la surface de l'eau, puis se transforment en moustiques. Le cycle des transformations se fait en quarante-cinq à cinquante jours. Les eaux claires sont favorables aux anophèles; les eaux sales, putrides aux culex.

L'eau de mer est un des meilleurs larvicides.

Telle est succinctement, d'après les données actuelles, l'origine de ces fièvres telluriqucs qui sont transmises par les piqûres de certains moustiques infectés : ces moustiques ne peuvent vivre habituelle-

(1) D1' Celli, Prophylaxie de la malaria. Conyrès d'hygiène, 1903, t. Y III. p. 33.

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ment que dans les régions très humides et chaudes, et là, le paludisme règne à l'état endémique.

Si Ton crée artificiellement, pour les besoins de l'agriculture ou pour tout autre besoin, des accumulations d'eaux, on voit apparaître les moustiques et quelquefois le paludisme, si parmi ces moustiques il y a les espèces infectées.

Devant ces considérations, l'origine tellurique des fièvres, admise depuis des siècles jusqu'à ces dernières années, disparait devant la présence de l'eau stagnante dans laquelle la larve de moustique séjourne plusieurs jours.

Dans une étude remarquable sur le mécanisme de l'infection paludique, Gabriel Pouchet (1) signale d'autres influences :

« Les anophèles sont certainement, d'après les découvertes récentes, l'agent le plus fréquent de la transmission du paludisme, mais ils n'en sont certainement pas la cause unique, attendu que les affections paludéennes — que Ton a proposé d'appeler hémosporidioses, par analogie avec les affections désignées sous le nom de coccidioses — sont très fréquemment contractées dans les lieux inhabités, et il est absolument hors de doute que les travaux de terrassements et de défrichements sont capables de donner lieu au moins à une recrudescence d'endémie, sinon môme à une épidémie. Il doit y avoir certainement d'autres modes possibles d'infection. Pour ma part, je serais disposé à admettre l'infection au moyen de l'eau, par le mode signalé par Patrick Manson, sans préjudice de la constitution d'un terrain favorable par la respiration de l'air chargé de ce que nous devons nous contenter encore actuellement de désigner par l'appellation d'effluves. »

Un certain nombre de médecins coloniaux n'admettent pas comme un fait suffisamment démontré que le paludisme se contracte uniquement à la suite de la piqûre d'un anophèle infecté par les hématozoaires d'un paludiqtie. Le Ray (2) fait remarquer que le grand remuement de terre ou de vase dégageant des gaz émanés de matières organiques en putréfaction est le fait primordial des épidémies de malaria qui éclatèrent à Bordeaux en 1805, à l'occasion du curage de la Penque, à Paris en 1811, pour le creusement du canal Saint-Martin et en 1840 pendant la construction des fortifications, enfin à Binh-Dinh (Annam) en 1898 à la suite d'un cyclone. Pour cet auteur, « ce sont des gaz toxiques pour l'organisme humain, qui ont déterminé un véritable empoisonnement des ouvriers occupés aux travaux de terrassement. Si l'on n'avait pas opéré de fouilles dans la terre, il est incontestable que l'épidémie ne se serait pas produite : la maladie a jailli du sol. »

(1) G. Pouchet, Leçons de pharmacodynamic et de mat. méd., 3e s. 1902, p. 312.

(2) Le Ray, Mécanisme de révolution du paludisme. Presse médicale, juillet

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