‹ Traité d'hygièneChapitre 39 sur 191 · EDMOND BONJEAN. — LE SOL. SON RQLE EN HYGIENE · texte numérisé non relu

EDMOND BONJEAN. — LE SOL. SON RQLE EN HYGIENE

Le Ray cite qu'au Tonkin il est de notoriété publique que le paludisme déserte la plaine où foisonnènl les anophèles H sévil surtout au sommel des mamelons où les moustiques sont très rares.

Wyckoff (l) signale aux Indes el sur la côte occidentale d'Afrique des régions jusqu'alors inhabitées el qui sonl inhabitables pour l'homme à cause du paludisme : cet auteur suppose que le sol est imprégné des spores noires de Roos ou que des sporozoaires infectés auraient élé déposés sur le sol par des moustique- morts. En remuant le sol, l'homme mettrait en liberté ces parasites latent-, les aspirerait avec les poussières, les ingérerait avec l'eau et de cette façon la contagion se produirait : enfin Wyckoff admet qu'il »y a d'autres sources d'infection.

Bien que les affections paludéennes ne soient plus envisagées comme une maladie du sol au sens précis du mot, il n'en est pas moins vrai qu'elles dépendent du sol qui, par ses propriétés, permet ou non l'accumulation des eaux et des atmosphères très humides.

C'estpourquoi, parmi les moyens prophylactiques contre la malaria, figure au premier plan l'assainissement du sol dans le but de rendre la vie impossible aux anophèles (2), et c'est ainsi qu'en diverses régions on est arrivé à détruire le paludisme : dans certains cas, les intérêts de l'hygiène se trouvent en conflit avec ceux de l'agriculture et on est obligé d'avoir recours à la puissance d'une loi pour assurer l'assainissement de ces régions.

Les affections paludéennes sont doue, au point de vue de l'hygiène, en rapport avec l'état du sol. Par exemple, dans la Vendée, la modification des terrains produite par les eaux de la mer depuis 1890 ont obturé l'écoulement des eaux douces, et ont créé une surface de 1200 hectares d'eau stagnante au havre de la Gachère : E. Grimaux (3) a relevé depuis dans les agglomérations voisines de cette région 93 p. 100 d'habitants atteints de fièvre paludéenne.

La région de la Dombes dans l'Ain, autrefois couverte d'étangs, était, en 1820, le pays réputé comme l'un des plus malsains de la France : l'insalubrité élait telle qu'on disait « qu'on y nourrissait des poissons avec des hommes ». La population était encore ravagée par la fièvre paludéenne.

Depuis 1863, on a desséché 10462 hectares sur 19 215 hectares d'étangs. Le bienfait s'en est fait sentir à tel point que le paludisme a presque disparu des régions des Dombes. La mortalité s'est abaissée en vingt-cinq ans de 40 à 23 p. 1 000 et la moyenne delà vie est passée de 23 ans 10 mois à 38 ans 6 mois. Malgré cela, le paludisme existe et

(1) Société médicale de New-Jersey, 20 juin 1903.

(2) Ou a préconisé le pétrole à raison de 10 grammes par mètre carré à répandre à la surface des eaux stagnantes pour détruire les larves des moustiques.

(3) Ghimaux, Recueil des travaux du Comité d'hyyiène pub. de France, t. XXII, p. 216.

existera dans les Dombes tant que les étangs, entretenus dans un intérêt agricole douteux ou par de vieux préjugés, n'auront pas été complètement asséchés.

Fièvre jaune. — Ce que nous avons écrit sur le paludisme s'applique à la fièvre jaune (vomito negro), pour la prophylaxie de laquelle l'assainissement du sol, en supprimant les accumulations d'eaux douces et stagnantes, évite la culture des larves du moustique Stegomya fasciata, agent de cette redoutable affection : c'est un des moyens par lesquels les Américains sont parvenus, en l'espace de deux ans, à faire disparaître cette fièvre de la Havane.

Ankylostomasie . — Tandis que l'étude du paludisme tend à quitter le domaine du sol pour gagner celui de l'eau, Y ankylostomasie, en ces derniers temps, tend à quitter le domaine de l'eau pour gagner celui du sol.

On admettait que les larves d'ankylostome provenant <\^s œufs contenus dans les matières fécales, écloses dans la boue, étaient entraînées dans les eaux et introduites avec celles-ci par la bouche dans l'organisme. Loos (1) établit en 1898-1901 que celles-ci pouvaient pénétrer par la peau. Schaudinn (2) a confirmé ces expériences. C'est ainsi que dans la Caroline du Sud, dans les plantations de thé de l'Assam, la contamination se fait par le contact des orteils des pieds avec les terres souillées, produisant les affections connues sous les noms de : pani-ghao (mal d'eau), ground-itch (gale de terre), etc., et bientôt on retrouve les œufs d'ankylostome dans les fèces.

La terre contaminée par les œufs d'ankylostome, notamment dans l'Italie du Nord, dans la basse vallée du Rhin, dans les mines, etc., peut donc provoquer directement par son contact l'ankylostomasie qui sévit dans certaines régions.

D'après Manouvriez (de Valenciennes) (3), les eaux salées de fillration rendent certaines mines de houille réfractaires à l'infection par les larves.

Goitre. — On a signalé que le goitre était en rapport étroit avec la nature de certains sols, surtout des sols dolomitiques, magnésiens, et des terrains d'alluvion, tandis que cette endémie n'existait pas sur les gneiss et les granits.

Ces faits sont tout à fait contestables et cette influence du sol sur le goitre est à peu près abandonnée.

Épidémies diverses. - - Pettenkofer et l'École de Munich ont rassemblé une collection de faits tendant à prouver la participation du sol dans la genèse des épidémies.

(1) Loos, Ueber das Eindrigen der Ankylostomalarven in die menschlichen Haut. Centr. f. Bakt., 1 Abth. Originale, 1901," l. XXIX, p. 733.— Cenlr. f. Bakt. 1903, t. XXXIII, p. 330.

(2) F. Schaudinn, Deutsch. med. Woch., 1904, <S sept., p. 1338.

(3) Bulletin de VAcad, de méd,, 30 mai 1905.

Page 1