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L'EAU POTABLE

densenl les forêts : c'est la pluie, eau pure par excellence, car l'évaporation n'a pompé de l'océan que ses éléments gazeux, lui laissant ses atomes minéralogiques trop lourds pour opérer la réascension; eau pure du moins quand elle n'est pas, au voisinage des cités, souillée avant de toucher le sol, au mélange des fumées industrielles ou des autres émanations humaines. Au contact de la terre, trois modalités, selon les cas, sont réservées à cette précipitation atmosphérique (tel esi son nom scientifique) et ces cas sont réglés par la constitution géologique et par la topographie du terrain : si ce dernier est perméable, c'est-à-dire composé d'éléments disjoints qui ne lui laissent que peu ou point d'étanchéité, la pluie pénètre à travers ses moindres solutions de continuité et s'enfonce par infiltration', s'il est imperméable, c'est-à-dire compact au point de refuser l'admission intérieure de toute goutte liquide, la pluie s'écoule à la surface du sol, parle ruissellement qui, de proche en proche, de filet en filet, compose ruisseaux, rivières, fleuves, bref, tout le réseau hydrologique superficiel: dans ce second cas, si la pente est nulle ou faible, l'eau s'arrête, elle devient stagnante (marais), ou elle ruisselle avec tant de lenteur et de peine que, de même que sur les mers, l'évaporation de nouveau en rend une partie à l'atmosphère qui la rejette au réservoir des nuées; en travers des cours d'eau aussi, les dépressions, petites ou énormes, accumulent par places les amas d'eau qu'on nomme des lacs, et dont la surface plus ou moins étendue est le siège d une active évaporation. N'oublions pas qu'il en est de même des végétaux exposés à l'air libre : les organes souterrains des plantes et des arbres puisent dans le sol non seulement les sucs nécessaires à leur nutrition, mais encore une proportion d'eau importante qu'ils dérobent à l'infiltration et qu'ils rendent à l'atmosphère par une véritable transpiration de leurs fibres, feuilles, fleurs, etc.; c'est une autre sorte d'appoint, et qui semble plus considérable qu'on ne l'a cru jusqu'ici (nous aurons occasion d'y revenir), à l'évaporation générale. Toute l'eau que celle-ci et l'infiltration n'ont point absorbée s'écoule à la mer où le cycle se referme, pour se rouvrir sans arrêt dans la perpétuelle transformation et recondensation de l'eau en vapeur cl réciproquement. Quand cette boucle ne se bouclera plus, c'est que la décrépitude du système planétaire aura tué la terre et sa vie.

On ne peut pas fixer d'une façon absolue, disons-le tout de suite, quelle est la pari exacte, en ce qui concerne les précipitations atmosphériques, de ces trois ramifications : infiltration, ruissellement, évaporation (1). Longtemps on les a dites égales, chacune, au tiers de l'eau tombée : ou reconnaît maintenant que rien d'absolu n'existe à ce sujet, et les appréciations théoriques ou empiriques varient, selon les cas el les auteurs, entre un dixième et huit dixièmes pour la part

(1) G.-W. Haftrr, Relation of rain-fall (précipitation) to run-off (ruissellement). II. S. yeoloy. Surveif, water supply paper n° 80, Washington, 1903.

de chacun de ces trois facteurs. Comme l'a si bien résumé Do Lapparenl (1), la saison, la latitude, le climat, l'altitude, la nature géologique du sol, les accidents de son relief,fonl varier les trois termes à r infini. La part de l'évaporation paraît bien prépondérante : clic esl souvent des deux tiers aux quatre cinquièmes, parfois môme totale. Toute détermination en cv genre est question d'espèce cl de localité, (jui ne saurait nous arrêter ici.

Ruissellement. — Le ruissellement ne nous retiendra pas Longlemps non plus, du moins pour le moment, car il nous faudra y revenir, à propos de la possibilité d'employer les cours d'eau cl les lacs comme eau potable. Il nous montre la partie, visible à la surface du sol, du cycle hydraulique général. Ses lois et sa description relèvent de la géographie physique.

Infiltration. — L'infiltration représente notre principal sujet d'étude, plein de nouveautés scientifiques, que l'on ne soupçonnait pas il y a vingt ans !

Eaux souterraines. — La diversité d'allures des pluies infiltrées dans le sol, en deux mois des eaux souterraines, a longuement occupé Daubrée dans ses trois classiques volumes : Les eaux souterraines à l'époque actuelle et à l'époque ancienne, bourrés de faits instructifs et d'observations documentaires, remplis de déductions savantes, dont quelques-unes certes ne se sont pas vérifiées, mais dont la plupart ont été de vraies prophéties : car, en 1887, à l'époque où parut ce magistral ouvrage, son auteur pouvait justement se plaindre « qu'une classification rationnelle de ces mécanismes est très difficile, sinon impossible, surtout si Ton tient compte de l'impuissance où se trouve l'observateur de suivre ces dispositions jusqu'à une grande profondeur » (2).

Les recherches spéléologiques. — Depuis, et justement à partir de 1888, un an après la publication de ces livres, les explorations spéciales auxquelles Emile Rivière a donné le nom, étrange en apparence, mais étymologiquemcnt correct, de spéléologie (science des cavernes) ont en partie corrigé cette impuissance, par l'investigation méthodique de la circulation souterraine, en Europe principalement: assurément on n'a pas su, quant à présent, descendre plus bas que 300 mètres en dessous de la surface du sol, parmi les fissures donl nous allons parler en détail; les scaphandriers n'ont pas encore affronté le mystère des nappes artésiennes ou des sables mouvants: on n'a môme pas réussi à résoudre matériellement la grande énigme de la fontaine de Vaupluse. Mais on a vogué en bateau démontable sur des courants souterrains absolument inconnus, on a requis laide du téléphone pour descendre dans de nombreux gouffres verticaux, dont les plus creux restent encore vierges cl qui sont des bouches

(1) De Lapparent, Traite de géologie, 4e édition, p. 158.

(2) Daubrée, Les cau\ souterraines, t. I, p. 67 et 129.

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