E.-A. MARTEL. — L'EAU
TUDE NYDKOUHilOl'l
Le II septembre 1900, les puissants ruisseaux <jui sortentdu pied du Causse Méjeanà Saint-Chély-du-Tarn (Lozère . dans la gorge du Tarn, déversaient une eau absolument jaune el limoneuse, à la suite des exceptionnels orages du '2 septembre précédent; le même fait s'étant produit à Vaucluse en janvier 1895, il en résulte que plusieurs centaines <le mètres d'épaisseur de plateau calcaire ne suffisent pas à purifier toujours les infiltrations salies.
Dans la Dordogne, un grand nombre de soi-disant sources ne sonl que des réapparitions d'absorptions partielles, de captures, opérées en amont, comme les Jiouillidous-des- Fonts sur la Côte, à la Chapelle-
Fig. 21. — Aiguigeois absorbant près Remouchamps (Belgique)
Faucher, ou même d'une vallée à l'autre, comme au Gour-Saint- Vincent. Par les crevasses du calcaire, les contaminations d'amont sont copieusement véhiculées vers ces résurgences (fig. 21 et 22).
En Charente, j'ai relevé (octobre 1901) trois faits déplorables :
1° Un cimetière tout neuf vient d'être établi à 400 mètres au nord de la magnifique sortie de la Touvre, en plein calcaire jurassique.
2° A Ghef-Boutonne (Deux-Sèvres) également, deux cimetières ont été evecs, postérieurement à 1850, à quelques hectomètres en amont et i\ quelques mètres au-dessus du niveau de la résurgence de la Boutonne, <pii draine souterrainement tout un plateau de jurassique callovien et bathonien.
3° A Ruffec, la source (?) du Lien ramène au jour les eaux de la Péruse, perdue ;'i 5 kilomètres au nord-ouest; ses eaux, comme à Sauve, passent sous le plateau callovien-bathonien, épais de "20 mètres
seulement, qui porte la ville; il est vrai, d'après une obligeante communication de M. <i. Chauvet, que le Lien n'est plus utilisé que par le chemin de fer.
A Niort (Deux-Sèvres), la grande source du jardin des plantes est captée el élevée dans toute la ville; elle sort d'une falaise jurassique, haule de 30 mètres seulement, sur laquelle, immédiatement au-dessus de la fontaine, es! construit l'immense quartier de cavalerie Duguesclin. Dans quelles conditions le sous-sol est-il protégé contre les infiltrations diverses de celle caserne?
Dans la Marne, la source (?) <le Vertus, qui jaillit du pied de la
Fig. 2<
Bramabiau (Gard), cascade souterraine, type de fissure non filtrante.
l'alaise crétacée, est, depuis des siècles, captée sous le chevet même de l'église, en contre-bas d'une partie de la ville.
A Soulaines (Aube), une puissante résurgence se trouble, après toutes les pluies, en aval de grandes cultures el du petit gouffre de la h osse- Co rmo n l.
En 1898, une expérience de coloration a démontré que l'Œil du Néez (Hautes-Pyrénées) n'est pas une source, mais une dérivation souterraine du gave d'Ossau : aussi la ville de Pau qui s y alimente étudie-t-elle les moyens d'améliorer ces eaux.
Je pourrais allonger cette nomenclature, qui se passe de commentaires, et qui montre suffisamment ce qu'il reste à faire en France pour diminuer la fréquence et les ravages «les épidémies causées par
les eaux. Le danger des résurgences esl d'autant plus grand que leur contamination n'est pas permanente : or il esl établi ma in tenant que l'infection microbienne est d'autant plus dangereuse pour l'eau que celle-ci esl plus pure! Miquel a montré qu'une eau 1res souillée esl en quelque sorte vaccinée, et que si on la chauffe ;'i 100*, elle redevient capable de multiplier les microbes : c'esl nu des inconvénients de l'eau bouillie !
Quant à l'étranger, la liste ne serait pas moins longue, el je cite seulement la fameuse el équivoque résurgence dé Paderborn en Westphalie.
Modification nécessaire de la définition des sources : émergences. — La conclusion que nous avons à tirer de toul ceci. c'est qu'il est nécessaire de modifier colle ancienne définition des sources : « l'écoulement d'une eau <pii sorl de terre »>, parce que «'elle définition ne tient pas compte de l'origine réelle el géologique de l'eau, ni par conséquent de sa relation avec l'hygiène publique; elle ne considère que l'effet de Ja pesanteur et le jeu des dispositions topographiques ; et c'est ainsi que Daubrée(l) encore, après Belgrand '1 . a traité de sources les sommes de la Marne qui ne sont que <\r^ résurgences; et cela parce qu'il croyait à la porosité, c'est-à-dire au liltrage de la craie et qu'il subissait aussi l'influence de Belgrand disant : « ces sources sont bien en effet l'origine, le sommet de chaque ruisseau ».
Non, l'origine des sources est dans les infiltrations (pluies ou ruissellements) qui pénètrent plus ou moins salies dans les crevasses de la craie fissurée,
Division des émergences en sources et résurgences. — Les progrès de la science forcent sinon à changer, du moins à préciser le sens des mots et il faut dire maintenant que l'écoulement d'une eau qui sort de terre est une émergence, et que les émergences se subdivisent en sources (vraies sources), sortant des terrains à perméabilité d'interstices et caractérisées par leur pureté bactériologique, la constance de leur température, les petites variations de leur débit, la modicité de ceux-ci, etc. — el les résurgentes fausses sources», sortant des terrains à perméabilité de fissures et caractérisées par leurs impuretés bactériologiques (permanentes ou temporaires), Y inconstance de leur température, les grandes variations d<' leur débit, leur volume souvent considérable. Ainsi le mol source perd forcément de sa généralité : il ne doit plus cire qu'une catégorie la meilleure | d'émergences.
E. Fournier a proposé de nommer exsurgences les émergences sortant de terrains à tissures si rapprochées que l'eau peut y cire considérée, selon lui, comme une nappe discontinue : dan-- une ecv-
(]) Daubrse, Eaux souterraines, I. I, p. 190. \2) Bbixhland, La Seine, p. 176.
laine mesure, en effet, ce vocable peul correspondre à un état de choses intermédiaire et à certains cas spéciaux, par exemple la craie fendillée ou conglomérée de Gosselet; mais outre que cette définilion a l'inconvénient de Caire reparaître l'antinomie de termes que j'ai proscrite plus haut, elle ne semble pas répondre, quant à présent, à une différenciation hygiénique réelle avec les résurgences; on ignore encore à quel degré de finesse, d'étroitesse, une fissure de roche, par elle-même compacte, doit être descendue pour devenir filtrante
Fig. 23. — Résurgence pénétrable (Sassenagc).
comme les interstices arénacés ; si donc le mol exsurgence peul paraître commode occasionnellement, ne l'employons (pie comme une subdivision des résurgences, ou émergences hygiéniquemenl suspectes (fig. 23).
La résultante immédiate, depuis longtemps connue, mais expliquée seulement par tout ce qui précède, de la différence d'origine entre les sources et les résurgences, c'est que les premières, imprégnant toute une zone de terrains, sont très nombreuses, rapprochées, faibles et (pie leur sortie, leur point d'élection est avant tout déterminé par les dépressions topographiques ou tectoniques; tandis que les résurgences ne provenant que d'un réseau espacé de cassures, cl formanl si souvent l'issue de grosses rivières souterraines, sonl moins nombreuses, espacées, puissantes, cl subordonnées au caprice (]cs fentes. Un excellenl type de sources se présente dans les montagnes, au
en terrains fissurés, des c'est quand les cassures
Mse/7ie/tfj
pied des éboulis (clapiers, minières, etc. ) où elles se filtrent sous des épaisseurs considérables de cailloux el menus graviers, par exemple celle de la Sainte-Baume au clapier de porphyre du cap Roux dans l'Estérel, celle de l'Ailefroide descendant des hauts petits glaciers du inouï Pelvoux dans l'Oisans, mais totalement purifiée dans l'épaisseur d'un éboulis de plusieurs centaines de mètres de haut (avec le concours probable de la teneur en fer des roches .
Résurgences filtrées. - Exceptionnellement il peut exister, même émergences qui soient de vraies sources; petites, se trouvent colmatées (fig. 24) par des alluvîons, des graviers entraînés du dehors, voire des argiles de décalcification ou autres remplissages épurateurs :
alors chaque fissure est pourvue de son filtre : le cas s'esl présenté dans la Corel de Haye | Meurthe-et- Moselle), au contact des calcaires bajociens fissurés et des marnes supraliasiqueSj et a été mis à profit avec le plus habile discernement par le Dr Imbeaux, réminent hygiéniste, pour l'alimentation de la ville de Nancy (1). Un autre a été reconnu par Munier-Chalmas (1903), pour une nouvelle émergence de la craie dont il a proclamé la bonne qualité pour le Havre (entre Honfleur et Tancarville; source de Boui-Cérès), parce qu'il y a là une craie sénonienne sans cassures importantes, recouverte de 10 à 12 mètres d'argile à silex éliminant tout risque d'infiltrations contaminées. E. Fournier a relevé quelques cas du même genre dans le Jura. Mais ces exceptions sont, en somme, rares et résultent de la combinaison fortuite des deux types sources et résurgences: c'est là. semble-t-il, que le terme exsurgence trouverait sa meilleure application, comme expression réellement transi tionnelle.
Classification des émergences. — Quant à la classification dediverses formes d'émergences, elle peut être infiniment variée : Janet a proposé de ne distinguer que deux classes de sources, celles (Y affleurement et celles de thalweg '2 .
(1; Imbeaux, Congrès des sociétés savantes, 1901 (on comptait alors obtenir ainsi 5 000 mètres cubes par jour).
(2) Janet, C. Ii. Ac. Se, 23 juillet 1900.
Vssc//i£j?/$
Diaclases colmatées de la caverne de Vypustek (Moravie).
Basée sur la considération topographique seule, cette classification c>l insuffisante. Pour ma pari, j'ai subdivisé les sources (1) en :
[° Ouvertes et fermées, selon qu'on peut y pénétrer ou non, avec les formes intermédiaires, constituées par les aveuglées que bouchent des obstructions accidentelles et les trop-pleins qui ne fonctionnent qu'en crue:
"2° De recoupement sur un liane de coteau, ou de fond dans le bas des vallées ou des plaines, avec les variantes des sous-fluviales, des sous-lacustres, des sous-marines (2), le tout résultant des formes topographiques du terrain;
3° Tombantes ou remontantes (ascendantes), selon les Cormes tectoniques concomitantes :
i° Calmes, bouillonnantes, jaillissantes, selon le degré de la mise en charge, ou pression hydrostatique souterraine;
5° Froides, tempérées, thermales, au gré de la profondeur el de la géothermique :
6° Pérennes (coulant toute l'année; subdivisées en constantes el variables) ou intermittentes régulières et périodiques ; et temporaires <»u accidentelles, en général des trop-pleins) si l'on considère le régime :
7" Douces ou minérales (celles-cf thermales ou chaudes, tempérées et même froides), selon leur composition chimique; les minérales comprennent les incrustantes chaudes (à silice, geysers, Hammàm- Meskoutine, ou à zéolithes, Plombières), ou froides [à tufs et travertins : Sâint-Allyre et Clermont-Ferrand ; Salles-la-Source ; Tivoli; Lunnaret Trafarni, en Portugal, etc.).
Une terminologie définitive est impossible, la plupart des émergences présentant les plus variées combinaisons de deux ou plusieurs i\(^ caractères ci-dessus.
Ou voil en tout cas qu'il n'est pas suffisant de tenir compte uniquement d'un seul d'entre eux, et qu'on ne saurait maintenir la classification suivante de Belgrand, basée sur la nature des terrains (3) :
1° Sources des terrains imperméables très petites): 2° sources des terrains entièrement perméables: 3° niveaux d'eau au contact des terrains perméables el imperméables; 4° sources artésiennes. Les termes de cette subdivision ne correspondent plus aux notions hydrologiques actuelles.
Hein» a d'ailleurs déclaré depuis longtemps qu'il peut y avoir plusieurs types de sources, mais qu'il n'y en a pas deux exactement pareils.
Zurcher a récemment signalé la disposition spéciale des sources
(1) Yoy., pour plus de détails, Mahtei., Les Abîme?, p. 549.
(2) Littoral de Provence et de Ligurie, côte de Dalmatie, lit du Tage à Lisbonne (arsenal et gare du Sud), Yucatan, etc.
'3) Belgrand, La Seine, p. 111.
qu'il nomme pseudo-artésiennes, quand un terrain imperméable recouvre des terrains fissurés l . Ces sources sonl remontantes el aveuglées.
Le traité spécial du professeur II.-.). Haas 2 montre très curieusement ce que l'on pensait cl disait des sources il y a dix ans. Depuis, on a singulièrement modifié ce <|u"il faut croire.
lui définitive, retenons seulement la subdivision fondamentale :
,', ( Sources, filtrées par les nappes d'interstices.
lMiK'r"'cnccs iii
i Résurgences, contaminables dans les fissures.
5° RÉGIME DES EAUX SOUTERRAINES. — Variations saisonnières. — Par régime des ean\ souterraines, il faut entendre leurs variations de volume : elles sonl révélées par les oscillations <lu niveau dans les puits cl par les différences de débit des émergences; on peut les qualifier de saisonnières, parce qu'elles sonl influencées avant tout par le jeu des précipitations atmosphériques. Il est hors de discussion maintenant que le volume des eaux souterraines augmente après les pluies d'hiver ou d'orages, après la foule des neiges, etc.. cl qu'il, est fonction directe de l'infiltration. Assurément bien des causes locales et particulières retardent très souvent le retentissement direct de celle-ci sur le régime souterrain : les énumérer nous entraînerait beaucoup trop loin: disons seulement que si certaines nappes ou émergences gonflent immédiatement après les pluies, tandis (pie d'autres ne subissent celle véritable hypertrophie qu'après un délai parfois 1res long', il n'y a là qu'une divergence accidentelle et spéciale de modalité, n'infirmant en aucune manière la loi générale de la corrélation entre les maxima pluviaux et les accroissements d'eaux souterraines.
Seulement ces accroissements se manifestent de deux laçons différentes, selon qu'il s'agit (et ici encore nous retrouvons à la foila cause el l'utilité de la distinction) de nappes d'interstices, ou de I uvaux de fissures. Pour les premières, la surélévation du niveau général, le gonflement de la nappe, est modéré, parce qu'il s'étend au loin, en largeur, en Ions sens, parmi les vides de la formation arénacée ou détritique; aussi les puits (\v^ nappes phréatiques ontils, en général, des oscillations assez peu importantes. Dans la -cconde catégorie d'eaux souterraines, au contraire, leur augmenta- I ion s'effectue avant tout dans le sens vertical, parce (pie les canaux. la plupart du temps resserrés, où se réalise leur circulation, sonl très limités par les parements étanches des blocs compacts qui les séparent : bien vite ces canaux sont remplis el transformés en conduites forcées; c'est alors surtout que s'établissent ces multiples anastomoses dont le détail est si infiniment varié.
1 Bull, des services de ht carie géologique, n° 85, 1903, p. i*<i. (2) Prof. II. -,T. Haas, Quellcnkunde. Leipzig, L895.
Pression hydrostatique, mise en charge. — C'est alors aussi <liic par pression hydrostatique, l'eau s'élève, en proportion de la /ms<? c/j charge générale du terrain fissuré, dans les crevasses verticales, diaçlases, cheminées, abîmes, etc., <jui, en sécheresse, sonl des points d "appel el d'absorption des eaux extérieures, et, en saison mouillée, deviennent autant de réceptacles temporaires de la surabondance liquide (fig. "25). Matériellement, on a pu constater cette ascension de l'eau souterraine dans les fentes verticales des terrains : dans le Karst notamment, on a vu aussi cette gigantesque application du vase communicant élever l'eau jusqu'à loo mètres au-dessus du fond d'étiage de certains gouffres
entrée c/..
urce *pre, .',■- yr>nr
ig. 25. — Coupe du Boundoulaou [Aveyron à L'étiage, montrant le dispositif du fonctionnement des trop-pleins après mise en charge.
(Trebic, Kacna .lama, Fovea Martel) : — elle a atteint 81 mètres dans la galerie de la mer de Fuveau.
La perle de la Foiba de Pisino (Istrie) esl ainsi un immense entonnoir, qui, tantôl comme un lil de ruisseau à sec permet d'accéderàun lac souterrain, et tantôt se trouve transformé en réceptacle (débordant eu amont)où la profondeur de l'eau momentanément accumulée peut atteindre "o mètres de profondeur totale. C'est parce que le lac souterrain a pour exutoire normal un trou de fond très ('droit, un de ces siphons mentionnés, et donl la faible section limite le débit souterrain à une très petite quantité, que se manifeste parfois cette tranche d'eau de plus de 1 atmosphères. Alors la Foiba reçoit plus d'eau du dehors qu'elle ne peut en conduire sous terre. Je renvoie, pour plus de détails sur ce phénomène topique et particulièrement instructif, à ce <pie 'feu ai dit ailleurs. Dans la Charente également, j'ai trouvé, en avril 1892, 12 mètres d'eau et, en août 1900, sécheresse complète au fond (\\\ gouffre de la Fosse-Mobile, une des composantes, encore presque toutes inconnues, de la célèbre Touvre. Celleci, d'ailleurs, montre des différences de niveau qui atteignent
an mètre entre l'étiage el les forts débits. A Vaucluse, celle différence atteint plus de '20 mètres entre les extrêmes connus.
Tout cela est la conséquence directe <le la quantité d'eau plus ou moins grande mise en charge dans les conduites nourricières, plutôt d'ordre vertical, des résurgences,, cl c'est ainsi que celles-ci passent par ces extrêmes différences de débit donl on a si longtemps cherché l'explication : elle résulte tout simplement du rôle de régulateurs imparfaits, de vannes fixes ou incomplètes, joué par les siphons cl autres obstacles qu'ont révélés les parcours effectués le long des rivières souterraines (fig. 25).
Crues souterraines. — Celles-ci, d'ailleurs, onl montré partout à leurs explorateurs de véritables crues souterraines, spectacles aussi grandioses que terrifiants, qui (disons-le entre parenthèses) ont donné la clef du mode de formation, d'agrandissement, de destruction même (par érosion et corrosion) des canaux aquiducteurs. Le phénomène n'est d'ailleurs que temporaire, l'écoulement par les résurgences ramenant peu à peu vers l'étiage. Les anastomoses produites par les crues souterraines ont pour conséquence de remplir d'eau les galeries supérieures, qui ne fonctionnent que dans ces moments-là (et qui, en général, sont des anciens lits, peu à peu délaissés par l'approfondissement progressif du réseau hydraulique interne): alors ces galeries se vident par des orifices toujours plus haut placés que celui de l'émergence d'étiage, trop-pleins dont sont pourvues la plupart (\cs cavernes à eaux et qui donnent la clef des émergences intermittentes temporaires, jusqu'à ces dernières années inexpliquées (Tindoul de la Vayssîère, Aveyron; Guiers-Vif, Isère; Ingleborough, Angleterre, etc.). Les sources intermittentes, régulières ou périodiques, n'ont pas pu encore être pénétrées : mais l'explication classique qu'on en donne, trop connue pour être reproduite, paraît juste et basée ('gaiement sur une disposition de double siphon, où celui de la sortie est de plus grand débit que celui de l'arrivée.
A Mouthiers, dans la vallée de la Loue, les cavernes de Baume- Archée et des Faux-Monnayeurs et la source du Pontet sont encore d'éloquents témoins du déplacement des eaux souterraines en profondeur. Le système hydraulique des Faux-Monnayeurs-Pontet est spécialement intéressant : 1m grotte a deux ouvertures, superposées à 40 mètres l'une au-dessus de l'autre, el correspondant chacune à une galerie qui descend dans l'intérieur de la montagne: à 130 mètres de distance des orifices, les deux galeries se rejoignent, el un couloir unique continue à descendre (avec «les parties siphonnantes) jusqu'à un bassin d'eau impénétrable à voûte mouillante) à 380 mètres de l'entrée, 35 mètres plus bas qu'elle et 40 mètres plus haut que la source du Pontet; celle-ci est 1<» troisième el actuel déversoir (^u\- la rive droite de la Loue) des eaux souterraines, qui ont successivement jailli, d'abord par l'orifice supérieur, puis par l'inférieur de
la grotte des Faux-Monnayeurs et "enfin par le Pontet, effectuant une descente totale de 75 mètres; de nos jours, c'est seulement sur ïo mètres de hauteur que les eaux internes son! accumulées dans les fissures du calcaire, faisant fonctions de réservoirs entre la résurgence du Pontet et le bassin terminal de la grotte; ce dernier voit parfois son niveau s'élever, après les grandes pluies et les chutes de neige. avec tendance, qui d'ailleurs n'aboutit plus jamais complètement, à envahir la caverne des Faux-Monnayeurs. La disposition est analogue, en somme, à celle de la grotte du Sergent dans l'Hérault, près Sainl- Guilhem-du-Désert, et de beaucoup d'autres du même genre.
Rareté des conduites libres. — Lorsque, par exception, il n'y a point d'obstacle sur le cours d'une rivière souterraine, entre sa perle el sa résurgence [Bramabiau, Mas-d'Azil, Douboca (Serbie), Nam- Hin-Boune (Indo-Chine), etc.!, la transmission de la crue est, cela va sans dire, immédiate d'un bout à l'autre de la conduite libre ainsi réalisée.
A Han-sur-Lesse (Belgique), au contraire, toute une série de voûtes mouillantes, blocs immergés formant siphons (qu'on n'a pas pu encore tourner et qui laissent inconnue une partie de la grotte. probablement plus vaste que les 5 kilomètres déjà explorés) retardent la transmission des crues, au point qu'il n'y a pas une très grande différence entre la durée du passage de la Lesse sous terre en temps de eiue et à l'étiage (en moyenne vingt-quatre heures, ainsi que la prouvé la fluorescéine .
Remise en mouvement des bactéries. — On comprend que ces crues souterraines produisent un double effet sur le transport des microbes et pollutions: quand elles cessent et quand les eaux baissent, il se produit des laisses dans les concavités ou les portions latérales des hautes sections du réseau souterrain: la décantation peut isoler ainsi en bassins distincts des paquets ou magmas de bactéries et autres contaminations.
La crue suivante atteindra de nouveau ces laisses el les délaiera, en entraînant leurs résidus qui se trouveront remis en mouvement et remplacés par d'autres. Ceci tend à rendre perpétuel et non pas seulement temporaire, c'est-à-dire subordonné à la contamination accidentelle d'une seule crue parmi plusieurs, le risque de pollution des résurgences (E. Fournier).
Points alternativement absorbants et émissifs. Lac de Zirknitz. — In cas qui, théoriquement, devrait être considéré comme spécial, mais que la nature a réalisé fréquemment et développé sur des proportions colossales dans le Karst autrichien, est celui où la pente modérée, le faible pendage du substratum imperméable n'assure aux eaux souterraines qu'une vitesse d'écoulement réduite : c'est ainsi (pie bien souvent on voit des points d'absorption, même de larges orifices de cavernes, se transformer subitement en émer-
gences. Ce sont des gouffres alternatifs, tantôt engloutisseurs, tantôt émissifs.
Le fameux lac intermittent de Zirknitz (Carniole) en est le plus bel exemple : et c'est seulement il \ a quelques années que Turrettini et Pùticken ont découvert et expliqué le très simple mystère. Quand, après une sécheresse, la pluie commence, I < >i 1 1 le réseau des conduites souterraines existant sous le lac et dans ses environs et dont on a pu explorer une partie) est vide: il recueille donc aisément les premières infiltrations locales; mais, comme le sol est peu incliné, et comme, d'autre part, les rétrécissements siphonnants existent Là ainsi qu'à Pisino, les conduites ne tardent pas à être bourrées à refus; il y sl pléthore d'eaux souterraines: les cavernes d'aval sont trop étroites ou trop peu en pente pour assurer l'écoulement; et comme les crevasses d'amont amènent toujours de l'eau arrivant de régions plus élevées, le vase communicant s'établit parmi les points. ci-devant absorbants, du fond du lac : l'eau en jaillit, ils deviennent émissifs et le lac se remplit, plus ou moins haut, plus ou moins longtemps, pour ne se vider que lorsque la capacité de l'échappement souterrain d'aval l'emportera sur le volume de l'apport souterrain d'amont.
L'émissaire principal de la région de Zirknitz esl le grand bras de la caverne de Kleinhausel (parcouru, sans qu'on ait pu parvenir au fond, sur 4 kilomètres d'étendue); on a constaté que ce bras coule à pleins Ilots et au maximum lorsque le niveau du lac de Zirknitz est très élevé, et qu'au contraire le torrent souterrain est à sec quand le lac se trouve vide depuis longtemps. L-n mécanisme du même genre a produit un phénomène analogue en Portugal à la résurgence de l'Alviella et du bassin fermé de Minde et Mira, qui est tantôt absorbant en sécheresse, tantôt transformé en lac après les pluies .
De même les eaux souterraines de Mammoth-Cave s'écoulent vers la Green-River et en sont les affluents en temps d'étiage ; au contraire, elles en recueillent par absorption dans les berges extérieures) les crues : et c'est ainsi qu'on voit, dans la grotte, à i'Écho- River, au Styx-River, le sens de l'eau changer complètement, de la saison sèche à la saison humide l l i.A l'infininous pourrions multiplier ces sortes d'exemples crues de la rivière souterraine de Padirac; remplissage et dessèchement alternatifs (\(^ chavées de Belgique, Jura, etc. .
Tous nous conduiraient aux mêmes conclusions. Sans exception, il n'\ a pas un seul (\<^ phénomènes, même les plus extraordinaires, de l'hydrologie des terrains fissurés (absorptions, résurgences, intermittences, trop-pleins qui ne s'explique le plus aisément et le plus naturellement du monde à la lumière vraie des conduites souterraines dis-
(1) Yoy. Le Couppeï de la Forest, Spelunca, n° 35, novembre 1903.
tincles (anastomosées ou non) à exiravasion surtout verticale : il n'est, au contraire, pas un seul de ces phénomènes qui soit compréhensible, si Ton s'en tient à la fausse et ancienne notion des nappes à extension surtout latérale.
C'est parce que les oscillations des puits de la craie en Champagne atteignent jusqu'à 10 mètres qu'il y a donc lieu de les considérer comme alimentés par des fissures et non par des nappes. En conséquence, ils peuvent être sujets à des contaminations.
De même, les sources à débit très variable sont, a priori, suspectes, parce qu'elles subissent trop rapidement les à-coups des apports extérieurs (pluies ou ruissellements), et que l'amplitude de leurs écarts témoigne d'un séjour souterrain trop court pour y avoir pu subir une notable épuration.
Sources sous-marines, etc. — Si l'on prétendait que le processus du vase communicant ou siphonnement, malgré la quantité d'exemples réellement vus dans la récente pratique de la spéléologie, n'est qu'une collection de faits spéciaux et non pas une loi hydrologique certaine, il suffirait de rappeler, pour réduire à néant toute objection, ces innombrables émergences sous-fluviales, sous-lacustres, sous-marines, connues dans le lit des rivières, le creux des lacs, le fond des mers : et pour celui-ci non pas seulement au long des côtes (Provence, Dalmatie, Caucase, Mexique, etc.), mais encore dans les gouffres abyssaux des océans, où, depuis peu, on a si extraordinairement constaté des ruptures de câbles transatlantiques dues à des émergences violentes de puissants fleuves souterrains. Enfin le mystérieux phénomène d'Argostoli (qui reste inexpliqué, en somme, mais n'est pas unique, comme on le croit d'ordinaire) ne nous montre-t-il pas la mer elle-même s'engouffrant sans arrêt dans les fissures du rivage de l'île Céphalonie, pour ne reparaître assurément que par quelque résurgence sous-marine ou quelque source thermale, jusqu'à présent non identifiée?
Résumons-nous dans la classification suivante des eaux souterraines, qui embrasse tout ce qui vient d'être dit :
I. Nappes d'interstices (en terrains arénacés ou détritiques).
A. Phréatiques (les plus rapprochées du sol, celles qui alimentent les puits ordinaires).
B. Profondes.
1° Statiques (en terrains horizontaux ou subhorizontaux pour les puits
profonds1).
2° Dynamiques ou captives.
a. Fluentes (sables mouvants).