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SURVEILLANCE MEDICALE

La surveillance médicale de toute la région où peuvent se produire des infiltrations contaminées peut permettre au moins de les prévoir, sinon de les empêcher ; cette surveillance (dont l'initiative est due, sur un rapport de Duclaux, du 23 novembre 1900, à la commission municipale des eaux de Paris) consiste à faire connaître, dès qu'ils se produisent, tous les cas de maladies transmissibles, à prendre

(1) Voy. Malmejac, L'eau dan^ l'alimentation, Paris, 1902.

(2) Voy. E. Maréchal, Le régime bactériologique des sources vauclusiennes du Doubs. Soc. d'hist. nalurelledu Doubs, Besançon, janvier 1903. — Maréchal, Les eaux d'alimentation du Doubs, Besançon, in-8°, 91 p. et pi. — Prescot et Winslow, Eléments of water bacteriology. Institut de technologie du Massachussets, 1904.

(3) Tout récemment les sources de Lille et les eaux souterraines de Berlin ont été affectées par le développement excessif de l'algue dite Crenothryx polyspora, qui se développe en présence du fer. Berlin dut recourir aux procédés de déferrification. A Brooklyn, un trouble malodorant a été causé par une autre algue, ÏAsterionella formosa.

(i) Imbeaux, Sur un moyen de détruire les algues, etc., dans les eaux potables, etc. Rapport du 4 juillet 1904 à M. le ministre des travaux publics, d'après une brochure du département de l'agriculture des États-Unis. — Gasser, Analyse biologique des eaux potables. Encyclopédie Léauté.

les mesures voulues pour la destruction des selles, la désinfection du linge des malades, etc. ; au besoin, à faire mettre les résurgences captées en décharge si Ton redoute leur pollution temporaire.

On estime que pour l'Avre la durée de la transmission des germes à Paris par l'aqueduc est de cinquante heures. Mais cette mesure est bien insuffisante, il faut l'avouer. Empêchera-t-elle, en cas de grandes manœuvres autour de Sens ou de Verneuil, par exemple, des soldats infectés à leur insu de germes typhiques, de souiller des champs qui, lavés par les pluies, laisseront les funestes bacilles s'introduire sous terre vers les conduites aquifères naturelles? Le cas s'est déjà présenté.

Plus efficaces seraient les procédés de purification artificielle de l'eau, dontl'application ne peut pas être encore considérée comme une panacée universelle. D'autant plus que, par un phénomène bizarre de microbiologie, les eaux semblent d'autant plus aisées à purifier qu'elles sont plus malpropres; l'eau de la Seine, par exemple, se filtrant mieux artificiellement que celle de l'Avre. Les eaux de sources sont presque « impossibles à filtrer (1) ». Il est curieux de remarquer, comme l'a fait Bechmann (2), que Belgrand, en présentant son plan si ingénieux d'alimentation de Paris en eau de sources (?), fit repousser la solution du filtrage des eaux de Seine, malgré les bons résultats réalisés à Dunkerque, Tourcoing, à Londres et malgré les recherches convaincantes d'Aristide Dumont. Et voici que, maintenant, les anciennes sources devenant suspectes, on évolue de nouveau vers le filtrage !

Malgré la quantité de ceux déjà découverts et mis en pratique avec des succès divers (particulièrement à la suite du concours ouvert sur ce point par la ville de Paris le 24 juillet 1894), il y a lieu de réaliser encore des progrès parmi les systèmes connus de purification artificielle (3) qui peuvent, dès maintenant, être classés en deux catégories principales :

La stérilisation, d'ordre chimique ;

Vépuration ou filtrage, d'ordre physique (mécanique).

Ce sujet sera développé ailleurs et c'est pour ordre seulement que je citerai, parmi les modes de stérilisation, l'emploi de Y ozone (systèmes Tindal, Pascal, Marmier et Abraham à Emmerin, près Lille ; de Frise, à Saint-Maur, près Paris: Vossmaer, à Schiedam, près Rotterdam; Otto, à RomoranUn et Nice, etc.); du peroxyde de chlore ou ferrochlore (procédés Howatson à Lectourc, Gers; àOstendc), du polarité

(1) Michel Lévy, Cons. dliyg. publ. de U Seine, 15 avril 190-i.

(2) Bfchmann, Revue d'hygiène, t. XXIII, n° i, 1901.

(3j Yoy. F. Makhoutin, Surveillance des sources et filtration des eaux. Revue d'hygiène, janvier 190 i.

I)r Barthé, à Reading, Angleterre] : de l'eau oxygénée à l'état naissant (1) et de diverses substances minérales (baryte, soude, permanganate de chaux ou de potasse-, manganèse, baryum, etc.). Leur grand écueil est la difficulté d'éliminer les réactifs nuisibles àl'organisme humain. Une mention spéciale est due aux curieuses recherches de Dienert, qui a étudié avec succès Faction destructrice du zinc (blende et calamine) et du magnésium sur le bacille d'Eberth, qui y meurt en quarante-huit heures, mais dans certaines conditions : malheureusement la dolomie (carbonate double de chaux et de magnésie), si répandue dans les terrains triasiques, jurassiques, crétacés, n'a aucune action sur ce microbe (2).

PouvYépuration (3), il faut nommer les procédés des fil très à sable (A) : bassins de décantation préalable par simple gravité (Londres, Berlin, Hambourg) ; purification préalable par le fer (système des revolvers Anderson, à oxyde de fer (5) : Anvers, Choisy-le-Roi, Nogent et Neuilly-sur-Marne, Londres): dégrossisseur Puech-Chabal avec préfiltre (Ivry, Suresnes, Annonay, Nantes, Zurich, Vienne) ; filtres non immergés de Miquel (6), pareils au filtrage naturel dans les sables et qui paraissent pleins d'avenir.

Quant aux alluvions, elles ne filtrent pas l'eau.

La ville de Goteborg (Suède) a créé de toutes pièces une véritable nappe phréatique artificielle, en élevant et en déversant l'eau de la Got-Elf sur une couche de sable, qui la filtre complètement (7). M. Janet avait proposé de même d'élever et filtrer l'Oise par le moyen des sables de Fontainebleau, des plateaux de Montmorency.

Les divers modes de filtrage au sable employés à Londres depuis 1830 et très généralisés en Angleterre, Allemagne, Hollande, aux Etats-Unis, ont le double et grave inconvénient de donner des eaux (de rivières) insuffisamment fraîches en été, et d'être d'un maniement très délicat, d'une surveillance très difficile.

Quant à la fraîcheur, il a été établi, notamment par le corps médical militaire, qu'elle est une condition hygiénique absolument indispensable.

Par les grandes chaleurs, une eau de boisson tiède présente, pour les assoiffés, des inconvénients extrêmement fâcheux. Enfin il est éta-

(1) Bonjean, C. R. Ac. Se, 2 janvier 1905.

(2) C. R. Ac. Se, 16 mars 1903 et 1e*1 semestre 1905.

(3) E. Imbeaux, La fîltration artificielle des eaux. Bull, de la Soc. industrielle de VEst, 22e année, 1905, suppl. 43.

(4) J. Courmont, Alimentation des villes en eau potable. Presse médicale,

15 juin 1904. — Dr L. Lacomme, L'épuration des eaux par les filtres à sable dits américains. Revue d'hygiène, 20 janvier 1905.

(5) C.-H. Regnard, Les filtres à sable et à coagulant. Revue d'hygiène, oct. 1904.

(6) Annales de Vohservatoire de Montsouris, t. V, 1904, p. 69-103 et C. R. Ac. Se,

16 mai et 18 juillet 1904. — Marboutin, Ibid., 18 avril 190 i.

(7) Voy. Bechmann, Commission de Montsouris, t. II, année 1902. Paris, 1903, p. 329-344.

bli que les eaux fraîches (jusqu'à 15° C.) sont bien moins favorables, que celles de température plus élevée, à la pullulation des bactéries (1).

Eu ce qui touche leur fonctionnement, les filtres, s'ils ne sont pas soumis à un examen constant et des plus minutieux, peuvent provoquer des accidents tout à fait dangereux (2) (excès de charge, déchirure de la membrane biologique, etc.). Cependant des agglomérations telles que Rotterdam, Hambourg, Berlin, Londres se louent hautement de leurs systèmes de filtrage.

Aux États-Unis, « la science de la filtration est arrivée à un degré très avancé :... elle a abaissé la mortalité typhique dans de très grandes proportions... et il y aurait grand intérêt à s'en inspirer... pour améliorer la construction et le perfectionnement de nos filtres » (3). Au cours d'une mission spéciale (de la Ville de Paris) de cinq mois aux États-Unis, Le Couppey de la Forest a pu se convaincre que les critiques, si souvent dirigées contre les filtres de la Ville de Paris (notamment l'imputation d'accroître la fièvre typhoïde quand on distribue leur eau), tiennent avant tout à l'intermittence de leur fonctionnement.

Pour les particuliers, les casernes, les écoles, etc., les filtres privés (procédés des pâtes céramiques ou bougies, de la chaleur, de l'amiante, etc.), sont d'un faible débit, demandent des nettoyages fréquents et restent encore aussi perfectibles que le filtrage industriel en grandes masses : il n'est guère de système parfait et ce n'est pas ici qu'on peut s'engager dans une énumération, môme énonciative, des nombreux spécimens commerciaux offerts au public (4).

Sur ce sujet, et à propos du doublement des bassins filtrants de l'usine élévatoire d'Ivry, une discussion des plus synthétiques a eu lieu à la séance du 15 avril 1904 du conseil d'hygiène publique de la Seine. Un court résumé n'en sera pas superflu.

Il s'agissait de porter de 35 000 à 70000 mètres cubes par jour l'épuration d'eau de Seine installée à Ivry en 1899 (celle de la Marne

(1) Aussi Berlin, Hambourg, Magdebourg reviennent en ce moment aux puits des eaux souterraines profondes (Voy. E. Imbeaux, dans la Revue d'hygiène d'avril 1904, sur les vicissitudes de l'alimentation en eau de Berlin).

(2) La ville de Lincoln (Angleterre) a eu en janvier 1905 une épidémie de fièvre typhoïde qui, en moins de deux mois, s'est élevée à 800 cas. L'origine en est purement hydrique. L'alimentation en eau est empruntée à la rivière Witham filtrée a«u sable; on cherchait (en automne 190 i) à améliorer le filtre, en enfouissant plus profondément le lit de sable fin; au cours des travaux survinrent à la fois une pollution de la rivière et une gelée qui interrompit la correction du filtre; comme beaucoup de consommateurs laissèrent leurs robinets ouverts et l'eau couler pour éviter la congélation des tuyaux, on provoqua un excès de vitesse et par suite une insuffisance du filtrage (Nalure (angl.), 2 mars 1905, p. 425). La gelée a aussi produit d'analogues effets à Birmingham.

(3) Le Couppey de la Fouest, Les filtres à sable aux États-Unis. Revue d'hygiène, avril et mai 1904.

(4) Voy. IL Labit, L'eau potable. Encyclopédie Lèautè, p. 193. — Dr Valun, Bapport sur l'alimentation des garnisons. Acad. de mèd.y 27 octobre 1903.

à Saint-Maur date de 1896, el donne 30 000 mètres cubes). Les accidents hygiéniques el estivaux de l'Avre exposani à des mises en décharge non prévues à l'origine, le pôle d'appoint des eaux filtrées a pris le caractère d'une « collaboration continue, presque permanente, qui, bien conduite et surveillée, peut fournir une eau valant, uniquement au point de vue sanitaire, certaines adductions d'eaux de sources (?) ». En 1903, la numération des microbes s'est, d'une façon générale, montrée plus faible pour les eaux filtrées de Saint-Maur et d'Ivry que pour les émergences de l'Avre dites du Chêne et du Blaou (rapport de M. Brousse).

Mélanges d'eau. — On a prétendu alors que le mélange d'eau de Seine filtrée et d'eau dite de source était plus facilement contaminable que chacune des deux eaux séparément ; et que la petite épidémie typhoïde de Paris au début de 1904 provenait de filtres mis trop tôt en service. Or le premier point n'a été nullement démontré. Quant au second, rien ns l'a prouvé non plus, malgré toutes les allégations produites: au contraire, il a été établi devant la commission spéciale du comité consultatif d'hygiène publique chargée d'enquête sur cette épidémie, qu'elle provenait (comme celles de 1899 et de 1900), de pollutions temporaires de l'Avre supérieure et de la contamination des bétoires et des résurgences à travers le réseau souterrain de la craie, à la suite de grandes pluies d'hiver (1).

D'ailleurs « la prison de Fresnes, alimentée exclusivement en eau filtrée, est, depuis son ouverture, absolument indemne de typhoïde » (M. Barrier). Il est vrai, par contre, que les filtres de Vienne (Autriche) et de Toulouse sont loin d'avoir donné la même satisfaction.

La discussion a conduit à demander, entre autres mesures, que le calibrage des sables employés fût efficacement vérifié; — que le fonctionnement des filtres soit permanent (pour éviter les à-coups du mûrissement) : — que, pour Ivry, la prise d'eau fût reportée en amont, sur un point moins contaminé: — et qu'autant que possible, les diverses eaux ne fussent pas mélangées entre elles.

Il faut faire encore une remarque curieuse, mais assez décourageante et qui fait considérer, par beaucoup d'esprits distingués, comme illusoires toutes les précautions que l'on prend : c'est que les eaux sinon mauvaises, du moins médiocres, semblent communiquer une sorte d'immunisation, d'accoutumance contre les maladies d'origine hydrique; comme Mithridate et Denys le Tyran, protégés contre les poisons par leur usage même, on peut comprendre que, quand toute une population a été longtemps soumise au régime d'eaux de • fleuves contaminés, tous ceux qui pouvaient contracter la fièvre typhoïde sont devenus indemnes »; mais cela ne démontre pas que des eaux m une filtrées « ne puissent transmettre les fièvres intesti-

(1) Rapport de Michel Lévy et Renault.

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