LES PUITS
Souvent, sur les plateaux ou les versants, loin des thalwegs ou dépressions qui, par recoupement, donnent naissance aux émergences, les puits sont le seul moyen de s'alimenter en eau potable (1). Nous pouvons en distinguer trois sortes : •
A. Ceux de la nappe dite phréatique (Grundwasser), niveau d'eau le plus rapproché du sol qui ne dépasse que rarement 100 mètres de profondeur : bien souvent celle-ci n'est pas une nappe, mais un réseau de cassures, où circule l'eau polluable des résurgences. J'ai dit quelles précautions on doit prendre, contre les très faciles contaminations par infiltrations superficielles, pour l'établissement d'un puits môme véritablement phréatique (à Paris, leur usage pour l'alimentation est interdit par arrêté du Préfet de la Seine du 22 juin 1904). Le périmètre de protection y est indispensable. Il est des niveaux phréatiques si profonds que, même s'ils ont le faciès réseau et non celui de nappes, on peut cependant tolérer leur emploi (judicieux, protégé et surveillé) quand nulle source n'est disponible : dans la craie de Champagne, par exemple, à l'est de Reims et de Châlons, l'eau ne se rencontre souvent qu'à 30 ou 50 mètres de profondeur. Comme, véritablement, les fissures de cette craie paraissent plus ténues, quoique plus nombreuses que celles des vrais calcaires, il est permis d'admettre, à pareille distance du sol, une quasi-purification acceptable (sauf accident géologique ou hygiénique impossible à prévoir d'avance). Pour le calcaire moyennement fissuré, il faut compter au moins 50 mètres d'épaisseur pour espérer un semblant de filtration. Pour les calcaires à grandes diaclascs, on connaît des
(1) Le Couih'ey de La Forest, Alimentation en eau potable dans les campagnes. Revue (V hygiène, 20 mai 1905.
abîmes de 300 mètres où la chute des eaux polluées reste absolument libre ! L<%> puits de 100 mètres et plus de la région normande crayeuse sont dans Le même cas : on peut espérer, mais non affirmer, qu'à travers pareille épaisseur, la purification a plus de chance de s'accomplir que dans les grandes diaclases du jurassique ou carbonifère, particulièrement en raison de la prédisposition naturelle de la craie à la décalcification, c'est-à-dire à la décomposition qui, par corrosion chimique, entraîne le carbonate de chaux et laisse un résidu d'argile ferrugineuse qui tend à colmater les fissures (poches des falaises du pays de Caux) et à filtrer les eaux. Mais qu'on sache bien qu'en parlant ainsi, je fais une concession aux impossibilités matérielles, et que je laisse fléchir la rigueur de la théorie scientifique devant les exigences de la pratique. En tout cas, les puits du niveau phréatique devront être maçonnés assez bas en dessous de leur margelle pour éviter les contaminations rapprochées (1).
B. Les puits des vraies nappes profondes (qui ne doivent pas être confondues avec le premier niveau hydrostatique, même s'il dépasse, comme dans la craie, 100 mètres d'éloignement de la surface), qu'elles soient statiques ou dynamiques (captives), sont en principe bons. On en connaît qui ne sont profondes que théoriquement, c'est-à-dire à cause de leur gisement géologique, et qui matériellement sont plus rapprochées de la surface que. certaines vraies nappes phréatiques : par exemple, la. nappe qui, sous la Seine, àCroissy, en amontde Saint- Germain-en-Laye, est pompée à 26 mètres de profondeur seulement. A raison de leurprofondeur même, elles peuvent présenter une température trop élevée pour être captées comme potables. Telles par exemple les eaux (à 29° C.) des puits artésiens de Paris, qui ont atteint jusqu'à 682 mètres de creux. La proposition, souvent faite, de les refroidir artificiellement se heurte à la difficulté d'une grosse dépense. Souvent aussi, les eaux artésiennes ne sont pas assez chargées de sels calcaires (9° et 12° au puits artésien de Grenelle); ou bien, d'autre part, elles renferment trop de substances minérales dissoutes. Dans des conditions favorables cependant, la nappe captive artésienne peut être une précieuse ressource alimentaire. Tel est le cas de Sainte-Menehould, où la nappe artésienne de Paris a déjà été captée pour le quartier de cavalerie et pour l'usine Géraudel vers 80 à 100 mètres de profondeur seulement à une température excellente, etc. ; seulement l'eau ne s'y est montrée qu'ascendante et non jaillissante, à cause de l'altitude du point de forage assurément, mais aussi parce que le tubage n'a pas été établi avec une étanchéité suffisante pour empêcher l'expansion de l'eau ascendante à travers les zones perméables rencontrées par le forage. Il faut achever la montée avec des pompes. Dans un projet, à la veille de son exécution, d'un
(1) Sur la contamination des puits de Lyon par la cysline, voy. H. Causse, Soc. d'ngricult., se. et industrie de Lyon, 16 février 1900, et C. lî. Ac. Se, 30 avril 1900.