DISLOCATIONS DES TERRAINS
déjà d'être mentionnées en passant, les plissements et les failles.
Les plissements ont agi sur les terrains les plus durs comme peut le faire une action de compression sur une lame flexible, c'est-à-dire que ces terrains ont pris des sinuosités comportant alternativementdes saillies et des creux, des selles et des Tonds de bateau, ou, suivant l'expression technique, des anticlinaux A, dans lesquels les deux versants plongent en sens inverse à partir de leur rencontre, et des synclinaux S, vers lesquels ces deux versants viennent se réunir (fig. 1). Une complication très grande est introduite dans ces mouvements par le fait que les plis saillants ont pu, au lieu de monter verticalement, s'inclinera droite où à gauche, se coucher, se renverser, ainsi qu'on le voit sur la partie droite de la figure, arriver à produire ainsi ce qu'on appelle des charriages horizontaux et finalement laisser, à des kilomètres de leur origine, des épaves, des témoins de leur mouvement, des lambeaux exotiques, qui apparaissent à l'improviste audessus de terrains totalement différents, sans qu'on puisse d'abord en comprendre l'origine, jusqu'au jour où l'on est arrivé à découvrir leur racine, l'origine de leur mouvement.
Quant aux failles, nous en avons suffisamment indiqué plus haut la nature. Il suffira de remarquer qu'une faille n'apparaît guère comme un accident isolé, mais fait ordinairement partie de tout un système de cassures, d'effondrements, ou même de plissements poussés jusqu'à la limite de rupture. Dans une faille, par définition même, il faut voir un plan de fracture à peu près vertical, suivant lequel s'est produite une dénivellation relative entre deux morceaux contigus de l'écorcc terrestre; quel que soit le sens absolu de ce mouvement, l'effet relatif peut toujours se traduire parla descente de l'un d'entre eux par rapporta l'autre. La faille étant généralement inclinée, on appelle toit sa paroi supérieure, mur sa paroi inférieure. Dans le cas le plus habituel, le toit a glissé sur le mur en pente et est descendu ; mais quelquefois, quand il y a faille inverse, il a pu remonter.
Ce qui complique beaucoup dans la pratique tous ces phénomènes déjà difficiles à distinguer par eux-mêmes, c'est que, réalisés à une époque plus ou moins ancienne dont la tectonique s'efforce de déterminer la date précise, ils ont été ultérieurement soumis à une érosion superficielle, qui en a enlevé toutes les parties hautes par des sortes de coups de rabot gigantesques ; il en résulte que la partie inférieure des plissements subsiste seule encore et est seule susceptible de quelque vérification. Tout ce qui existait au-dessus de la superficie actuelle et qui a été enlevé ne peut plus être reconstitué que par hypothèse ; les géologues sont forcés de faire, dans une certaine mesure, comme les archéologues qui, d'après le plan d'un monument et les débris épars des colonnes ou du fronton, essayent d'en retrouver la forme. Ainsi, quand on aborde l'emplacement d'une Traité d'hygiène. II. — 2
Is
ancienne chaîne plissée, soumise ensuite à une érosion tellement avancée qu'elle a pris aujourd'hui l'aspect d'un plateau, comme cela se passe en Bretagne, la carte géologique de la superficie nous donne une section horizontale opérée à travers tous ces terrains plissés, et il en résulte que celle succession de saillies et de fonds de bateau, d'anticlinaux el de synclinaux se traduit sur la carie par des bandes parallèles de terrains appartenant à des étages divers et apparaissant, avec plus ou moins de symétrie, des deux côtés de chaque pli. La
Fig.
Plan géologique.
disposition relative de ces diverses bandes donne alors immédiatement une notion très importante en pratique sur leur allure profonde. Si, par exemple, nous admettons que Tordre de succession des terrains soit 1, 2, 3, 4, 1 étant le plus ancien et 4 le plus récent, l'existence du plan représenté sur la figure 2 impliquera, suivant AB, la coupe de la figure 3 avec les plongements représentés (la partie en pointillé étant celle qui, suivant la remarque précédente, a été
Fig. 3. — Coupe verticale correspondante.
enlevée par l'érosion) ; et, s'il y a par exemple une couche poreuse 2 intercalée entre deux couches imperméables 1 et 3, cette couche 2 pourra constituer un niveau d'eau sinueux, avec une pression hydrostatique telle au point M qu'un sondage placé au-dessus de ce point donnerait une source artésienne.
Quand un terrain est incliné comme ceux que nous venons de supposer, on le définit par deux droites perpendiculaires situées dans son plan : l'une horizontale, qui est sa direction, l'autre suivant sa ligne de plus grande pente, qui est son inclinaison.
La direction est ordinairement comptée en degrés à partir de la
ligne nord-sud de 0 à 180° dans le sens des aiguilles d'une montre : le nord-est correspondant à 45° et le nord-ouest (qui équivaut au sud-est) à 135°; l'inclinaison s'évalue également en degrés à partir de l'horizontale comprise dans le plan vertical qui renferme la ligne de plus grande pente.
USAGE DES CARTES ET COUPES GÉOLOGIQUES. — NOTIONS FONDAMENTALES SUR L'ALLURE RÉCIPROQUE DES DIVERSES CA TÉGORIES DE ROCHES ET DE TERRAINS. — Nous en savons maintenant assez pour pouvoir aborder l'étude pratique des cartes géologiques et, par la même occasion, indiquer les relations réciproques des divers terrains, que ces cartes et les coupes correspondantes permettront d'envisager plus clairement. Comme nous l'avons vu précédemment, les cartes dont il s'agit ont pour but de signalerl'âge géologique des sédiments, l'étage auquel ils appartiennent ou la nature pétrographique des roches ignées qui forment la superficie en chaque point : données permettant plus tard de connaître la composition môme de l'étage géologique ou celle de la roche cristalline, les alternances de terrains dans le premier cas avec les fossiles contenus, etc. A cet effet, chaque étage géologique a reçu, dans la série chronologique, un numéro d'ordre, dont on pourra juger sur le tableau ci-contre emprunté à notre ouvrage de la Science géologique (1), et, d'autre part, chaque type de roche ignée a pris un nom, auquel correspond également un numéro d'ordre ou un signe conventionnel. Ce sont ces numéros d'ordre, affectés chacun d'une couleur correspondante ou d'un figuré spécial, que l'on trouve sur les cartes, et c'est là l'indication qui sert de point de départ à tout usage pratique de la géologie.
En ce qui concerne l'âge des terrains, base de leur série chronologique, on doit bien s'imaginer que cet âge n'est jamais connu d'une façon absolue, mais seulement d'une manière relative. C'est comme si l'on savait en histoire qu'Henri IV a précédé Louis XIII ; mais en quelle année Louis XIII est-il monté sur le trône, on l'ignore totalement. D'autre part, cet âge relatif des étages géologiques implique en principe leur ordre de superposition : c'est-à-dire qu'un terrain plus récent, s'étant déposé après un terrain plus ancien, l'a recouvert et se trouve ordinairement au-dessus de lui. Mais, dans les terrains plissés et bouleversés, cette conclusion n'est plus nécessaire; il a pu se produire des renversements complets, par suite desquels les terrains nous apparaissent aujourd'hui superposés dans l'ordre inverse de leur dépôt : le plus ancien étant par-dessus le plus récent. Un tel fait n'est pas aussi exceptionnel qu'on pourrait le supposer, et il arrive d'en rencontrer l'application dans la pratique de la géologie, par exemple dans les recherches de mines : mais pour
(1) L, De Launay, La Science géologique, 1 vol. gr. in-<S°, 1905,
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Systèmes.
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Tableau ehronologiqj
(extrait de La, Scie*
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