RECHERCHE GÉNÉRALE DES ESPÈCES PATHOGÈNES OU SUSPECTES
On laisse à l'étuve à 35° pondant quatre jours le bouillon ordinaire renfermant 10 centimètres cubes de l'eau étudiée.
Au quatrième jour, à l'aide dp cette culture, on pratique sur un cobaye de poids connu une injection intrapéritonéale de 0CC,3 environ pour 100 grammes du poids de ranimai. Il est important de ne pas s'écarter de ces chiffres dont la fixation est le résultat de très nombreuses expériences. On suit attentivement les variations de température du cobaye en prenant la température rectale, une demiheure, une heure, puis d'heure en heure pendant cinq ou six heures après l'injection, puis enfin soir et matin pendant quelques jours.
Les cultures faites avec des eaux pures influencent très peu la température des cobayes; on observe seulement une élévation ou un abaissement de quelques dixièmes de degré, mais généralement plutôt une élévation.
Les variations notables de la température, l'état de l'animal, les abcès qui peuvent prendre naissance à la suite de ces injections, l'émission de selles -diarrhéiques, l'hyperexcitabilité ou rabattement, etc., des animaux soumis aux expériences, sont autant d'indices qui peuvent éveiller l'attention et faire suspecter la présence de bactéries virulentes dans les cultures. La spécification des bactéries, dans ce cas, doit être faite avec le plus grand soin.
Les grands écarts de température sont généralement suivis de la mort de l'animal dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, rarement plus tard. On pratique le plus tôt possible l'autopsie, on observe les lésions, et avec des prélèvements des sérosités péritonéales, pleurales, du foie, de la rate, du sang du cœur, on ensemence des bouillons et d'autres milieux de culture. On fait des préparations que l'on examine au microscope par les procédés habituels.
Le foie, la rate, le sang du cœur donnent souvent des cultures pures directement.
En tout cas, il est indispensable de procéder a la spécification des germes recueillis dans les ensemencements faits avec ces organes ou produits. Ce travail est d'ailleurs très facilité par suite de la sélection produite dans ces conditions entre les espèces bactériennes. C'est dans ces cultures que l'on peut retrouver les microbes pyogènes, le staphylocoque aureus, albus, le streptocoque pyogène, le micrococcus telragenus, le pneumocoque, le bacillus pyogènes felidus, le colibacille, le bacille pyocyanique, la bacléridie charbonneuse, le bacille tétanique, le vibrion seplique, le vibrion du choléras le bacille de la diphtériey rarement le bacille lyphique.
Les manifestations observées sur l'animal après l'injection, les lésions à l'autopsie, les renseignements fournis par les cultures en bouillon, peptone, lait, gélatine, gélose, pomme de terre, etc., ainsi que ceux donnés par l'examen microscopique, permettent d'identifier certains germes pathogènes.
L'expérimentation physiologique appliquée dans ces conditions apporte donc des renseignements utiles; il ne faudrait cependant pas lui attribuer une importance exclusive.
Si les résultats sont positifs, c'est-à-dire si l'injection de la culture a déterminé la mort de l'animal et causé des lésions caractéristiques, si l'on a isolé et reconnu une espèce bactérienne pathogène bien déterminée dans les cultures faites avec les produits ou organes prélevés sur l'animal, l'expérimentation physiologique est d'une valeur indiscutable. Si, au contraire, l'injection faite dans les conditions indiquées n'a produit aucun effet appréciable, il faut bien se garder de conclure que l'eau examinée ne renferme pas de germes dangereux. Un certain nombre des espèces pathogènes énumérées plus haut pourraient en effet passer inaperçues, notamment le bacille d'Eberth.
Que cette recherche ait ou n'ait pas donné de résultat, nous effectuons toujours concurremment, comme nous allons l'exposer, la recherche du bacille typhique et du colibacille dans les eaux.
Un autre procédé d'expérimentation physiologique (Ed. Bonjean) qui peut quelquefois être utile à appliquer (recherche du B. tuberculeux) consiste à centrifuger directement une certaine quantité d'eau prise dans les flacons entourés de glace aussitôt qu'ils arrivent au laboratoire, en ayant soin d'ajouter à la surface de chaque tube du centrifugeur un petit morceau de papier à filtrer stérile : on insère ensuite sous la peau de plusieurs cobayes les papiers avec les dépôts qui s'y sont formés par la centrifugation.
Pour la recherche du B. tuberculeux, on observe l'animal pendant quatre à cinq semaines, notamment au point de vue de la production de ganglions, d'abcès, etc. (Voy. p. 283).
Recherches sur les cultures en bouillon phéniqué. — Après quarante-huit heures d'étuve, lorsque les bouillons phéniqués ont cultivé, on ensemence avec ces bouillons :
1° Des solutions de peptone à 3 p. 100, ou des bouillons de panse de porc (Martin) ;
2° Des cristallisoirs de milieu d'Elsner, avec des dilutions convenables.
On place les solutions de peptone ensemencées dans l'éluve à 36 degrés. Après huit jours d'étuve, sur ces cultures en peptone ou en bouillon de panse :
a. On recherche l'indolde la façon suivante : Dans un tube à essai on introduit environ 5 centimètres cubes de culture ; on ajoute trois goulles d'une solution aqueuse à 2 p. 100 de ni tri te de soude, on l'ail
tomber ensuite trois à quatre gouttes d'acide sulfurique pur, on porte àTébullitiôn pendant quelques secondes : il se produit une coloration l'ose où rôugë Kd. Bonjeari). Ëri ô^éranî ainsi, on niét l'indol en évidence mieux (pie par tout nuire procédé, même quand il n'existé qu'à l'étal de4 (races. La réaction se produit gênéràlenïenl à froid'.
6. On pratique sur un cobaye une injection inlrapérilonéale de (Ve, 3 pour 100 grammes d'animal : on note les variations de température, et les accidents divers qui peuvent se présenter. D'ans le cas oii les eaux examinées ne renferment que des espèces banales résistant à une première culture en bouillon phéniqué au millième, les animaux inoculés supportent sans inconvénient l'injection des cultures dans la proportion indiquée. Malgré tout le bénéfice (pie Ton peut tirer de l'expérimentation sur le cobaye dans les conditions ci-dessus, il ne faut pas négliger les recherches suivantes, très utiles pour la confirmation des résultats obtenus précédemment et souvent indispensables pour la spécification du bacille typhique, du colibacille, ou des espèces très voisines.
Que l'expérimentation sur le cobaye ait ou non donné des résultats, on procède finalement à l'examen des cultures sur le milieu d'Elsner.
Examendes cultures sur le milieu d'Elsner. — Les ensemencements sont faits, comme nous l'avons indiqué ci-dessus, avec les cultures en bouillon phéniqué au millième : on règle la dilution de façon à obtenir des plaques peu chargées de colonies. Généralement la dilution d'une goutte fine de culture dans 10 centimètres cubes de bouillon est suffisante ; en prenant une goutte fine de cette dilution pour 10 centimètres cubes de gélatine Elsner, on obtient sur les plaques de culture un nombre de colonies convenable.
L'examen des colonies très jeunes, de vingt-quatre ou quarantehuit heures par exemple, ne fournit pas de renseignements intéressants. A cet âge, presque toutes les colonies ont le même aspect et ressemblent aux colonies de B. coli ou de B. typhique. L'examen doit être fait de préférence à partir du quatrième jour et même plus tard. Lés colonies qui cultivent dans les conditions ci-dessus appartiennent à un très petit nombre d'espèces, souvent deux ou trois, quelquefois quatre, très rarement à un plus grand nombre.
Un examen microscopique minutieux des colonies et des préparations faites avec des prélèvements décès colonies permet d'éliminer immédiatement un certain nombre d'espèces, représentées par des coccus (coccus ureœ, coccus canclicans, coccus plumosus), ou de loris bacilles [Bacillus acidi laclici, B. albus, B. fluorescens long us, B. ureœ), qu'il n'est pas possible de confondre avec le B. coli ou le B. typhique.
Il ne faut pas attacher une trop grande importance à l'aspect de transparence ou d'opacité des colonies qui est varir.l le avec l'âge de
Ja colonie, sa situation dans la gé,la,t ine, son intensité de culture. On observe ensuite les caractères morphologiques des individus dans les préparations colorées, e.t, si le bacille paraît analogue au B. coli ou au 1). typhique, on en fa.il des cultures sur peptone, eu prélevant entièrement la colonie et en soumettant la culture aux essais que nous indiquerons plus loin, en vue de l'identification du B. typhique. du 1). coli ou des espèces voisines qui ont été dénommées « éberlliiennes », « ébertliil'ormes », « paratyphiques », « paracoli », etc.
L'emploi du milieu d'Elsner dans l'analyse bactériologique des eaux présente de réels avantages; il constitue un terrain éminemment favorable pour la culture de quelques espèces seulement, parmi lesquelles le B. coli, et, à un degré beaucoup moindre, le B. typhique: enfin quelques espèces se rapprochant beaucoup des .deux précédentes. Il faut cependant se garder de considérer, ainsi qu'on a tendance à le faire, le milieu d'Elsner comme absolument spécifique pour ces germes.
L'ensemencement direct des eaux sur ce milieu ne nous a jamais ,donné de résultats satisfaisants. Il est absolument nécessaire de faire une sélection parmi les variétés de germes qui existent dans les eaux, afin d'éliminer un grand nombre d'espèces bactériennes qui pourraient encore cultiver dans la gélatine d'Elsner.
Identification du bacille typhique et du colibacille. — Les colonies ayant l'aspecthabituel des colonies de B . typhique et de B . coli , provenant de différentes plaques ensemencées avec l'eau étudiée soit sur gélatine, soit sur le milieu d'Elsner, sont ensuite ensemencées en strie sur gélose et abandonnées vingt-quatre ou quarante-huit heures à l'étuve à + 35°. Avec chacune de ces cultures on fait de nouveaux ensemencements sur les milieux suivants :
En strie, sur gélatine, pour s'assurer de la non-liquéfaction, et de l'absence de pouvoir chromogène ;
En strie, sur milieu d'Elsner, pour vérifier si la colonie pousse sur ce milieu sans le liquéfier ;
En strie, sur gélatine-artichaut (Roger), pour constater s'il se produit une coloration verte ;
En piqûre, sur gélatine lactosée, pour observer la fermentation ;
Sur lait, pour observer la précipitation de la caséine ;
En strie, sur gélose, pour l'examen morphologique de la culture (dimensions, mobilité, coloration des cils, réaction de Gram);
Sur solution de peptone ou bouillon de panse de porc, pour la recherche de l'indol après quatre jours ;
Sur solution de peptone, pour la recherche de la séro-réaction de Widal.
Séro-réaction du Bacille typhique. —Dans un tube à essai de petit diamètre, on verse environ 5 centimètres cubes de la culture trouble obtenue sur peptone après vingt-quatre heures; on y fait
25'i J. OGIEK ET ED. BONJEAN. — L'EAU. BACTERIOLOGIE.
tomber une ou deux gouttes dé sérum de cheval immunisé contre la fièvre typhoïde (sérum Chantemèsse, de pouvoir agglutinatif 1 p. 200 environ) (1); on agite et on laisse le tube au repos. Si la culture est formée de bacille typhique, il se produit en quelques minutes une agglutination des germes qui se déposent au fond du tube, tandis que la solution de peptone devient limpide ; lorsque la culture n'est pas du germe typhique pur, la solution de peptone reste trouble, et s'il se forme un dépôt, il n'apparaît qu'après quelques heures.
Voici les principaux caractères différentiels des deux germes qui nous occupent.
BACILLE TYPHIQUE.
BACILLE COLI.
Séro-réaction par le sérum typhique ou le sérum de cheval immunisé.
Agglutination en quelques minutes (au moins au centième) (2).
Pas d'agglutination.
Réaction de l'indol sur la culture en peptone ou en bouillon de panse après 4 jours d'étuve.
Réaction nulle.
Réaction rouge.
Réaction fermentative dans la piqûre de gélatine lactosée.
Pas de production de vésicules gazeuses.
Production de bulles gazeuses dans la gélatine.
Lait.
Pas de coagulum après 3 jours d'étuve.
Coagulum après 24 à 48 h.
d'étuve.
Strie sur gélatine-artichaut.
Culture faible sans changement de couleur.
Culture abondante, la gélatine devient verte.
Strie sur gélatine ordinaire et sur gélatine Elsner.
Culture sans liquéfaction (attendre 8 jours au moins).
Culture sans liquéfaction (attendre 8 jours au moins).
Réaction de Gram sur la culture prélevée sur gélose.
Ne prend pas le Gram.
Ne prend pas le Gram.
Tels sont les principaux caractères et réactions qui permettent de distinguer le B. typhique du B. coli. On ne doit considérer un germe comme constitué par Tune de ces deux espèces que si tous les caractères ont été observés.
Il existe en outre quelques différences moins importantes entre le bacille typhique et le bacille coli. Les deux bacilles se ressemblent assez comme forme ; ce sont des bâtonnets de 2 à 3 u, sur 0,7 à 0,9 u,. Le B. typhique est généralement un peu plus large et un peu plus mobile que le B. coli; le B. typhique a généralement plus de cils
(1) Rappelons qu'il est utile de connaître le pouvoir agglutinatif du sérum employé, celui-ci pouvant varier dans de très larges limites, de 1 pour 50 à 1 p. 10000.
(2) C'est-à-dire qu'une goutte de sérum doit agglutiner 100 gouttes de culture de vingt-quatre heures.