ENSEMENCEMENT DES ÉCHANTILLONS
Spécification. — La détermination des espèces de tous les germes présents dans une eau au moment où les échantillons ont été prélevés esl l'opération la plus difficile, et la plus longue des analyses : c'est aussi la partie la plus importante, puisque cette spécification doit permettre de distinguer les bactéries banales et inoffensives, des bactéries pathogènes ou de celles dont la présence est un indice de contamination.
Les procédés de spécification sont ceux appliqués dans la microbie générale; procédés, il faut le reconnaître, encore bien imparfaits : il s'en faut de beaucoup que chaque espèce microbienne ait une monographie définitivement établie : aussi arrive-t-il souvent que des germes isolés de l'eau ou de l'air ne peuvent être identifiés avec aucune espèce déterminée. La spécification des germes est donc souvent incomplète ; mais heureusement les lacunes portent surtout sur les bactéries saprophytes, les espèces pathogènes étant beaucoup mieux connues. Dans cet article nous ne ferons qu'indiquer notre technique générale : pour les détails des spécifications, il est indispensable de se reporter aux ouvrages de microbie générale, tels que ceux de Macé (1), de Thoinot et Masselin (2), de Duclaux(3), de G. Roux (de Lyon) (4), de Miquel et Cambier (5), de P. et G. Frankland (6), de A. Lustig (7), de J. Eisenberg (8), etc.; enfin et surtout, aux mémoires originaux.
L'examen rigoureux et patient des cristallisoirsde gélatine, colonie par colonie, est l'opération essentielle de la bactériologie des eaux. L'observation attentive des formes, couleurs et autres caractères des colonies permet souvent de reconnaître approximativement beaucoup d'espèces banales, et encore divers microbes pathogènes, comme le bacille typhique, aussi bien que par l'emploi de procédés de sélection spéciaux.
On examine les colonies lorsqu'elles sont nettement développées, par exemple du huitième au quinzième jour, à l'aide d'une forte loupe ou de l'objectif 0. On note les divers caractères de la colonie, tels que : liquéfaction ou non-liquéfaction, ramollissement ou viscosité, production de vésicules gazeuses, consistance, formes, dimensions, coloration de la colonie elle-même et des zones qui l'entourent, diffusion de la matière colorante dans la gélatine, zones concentriques, filaments mycéliens, granulations, rayonnement, etc.
On fait ensuite plusieurs examens microscopiques en vue
(1) Macé, Traité pratique de bactériologie, 1905.
(2) Thoinot et Massf.un, Précis de microbie, 1902.
(3) Duclaux, Traité de microbiologie, 1899.
(4) Houx, Précis d'analyse microbiologique des eaux, 1892.
(5) Miquel et Cambier, Traité de bactériologie, 1902.
(6) P. et G. Frankland, Micro-organisms in water, Londres, 1894.
(7) A. Lustig, Diagnostica dei Batterie délie acque, Torino, 1890.
(8) J. Eisenberg, Bakteriologische Diagnostick, Hamburg und Leipzig, 1891.
d'observer si les germes son! mobiles ou non, el de déterminer leurs caractères morphologiques. A cet effet, on prélève une faible partie de la colonie, en évitant avec le pins grand soin d'entraîner la gélatine, à laide d'un fil de plâtîn'é que l'on a d'abord chauffé an roûgè et laissé refroidir. On délaie dans une goutte d'éau distillée stérile sur une lamelle et on examine au microscope avec les toits grossissements, sans éclairage Abbe, la gouttelette sù'spèhdùe : la mobilité des germes est ainsi facile à reconnaître.
Sur d'autres préparations colorées, on a observé la forme des éléments, leur grandeur, leurs groupements; on note si la motilité a résisté à l'action de la matière colorante, s'il existe des spores H quelles sont leurs dimensions, si le germe « prend le Grain», etc. Ces premières données permettent souvent d'identifier quelques espèces.
Quand ces renseignements sont insuffisants, il convient de pratiquer des cultures sur différents milieux : gélose, pomme de terre, bouillon, lait, stries et piqûres dans la gélatine, etc. On observe soigneusement les caractères morphologiques et biologiques produits sur chacun de ces milieux. L'ensemble des observations ainsi recueillies permet ordinairement d'identifier un microorganisme ou tout au moins de le classer près de l'espèce dont il se rapproche le plus.
L'examen des cultures en bouillon phéniqué et non phéniqué fournit également des renseignements d'une grande valeur. L'odeur de la culture, sa réaction, sa coloration, la production de pigments verts', fluorescents, bleus, rouges, bruns, etc., de Voilés plus ou moins épais, colorés ou non, le dégagement de gaz fétides, d'odeurs fécaloïdes produites parles bactéries' putrides, d'hydrogène sulfuré, d'acide carbonique, etc., sont autant d'indices précieux pour la spécification.
C'est ainsi que dans les bouillons phéniqués, les cultures des eaux contaminées produisent généralement une odeur intense, très analogue à celle des matières fécales fraîches et paraissant indiquer des réactions dues à des germes provenant de matières fécales.
Germes anaérobies. — Nous n'effectuons généralement pas de recherches spéciales sur le dénombrement et la spécification des microbes anaérobies. Les connaissances sur ce chapitre de la microbie sont, à notre avis, encore It op rudiménta'ires et les méthodes publiées trop imparfaites. La numération des germes anaérobies des eaux est le plus souvent inexacte, car ils sont pour la plupart facultativement aérobies et anaérobies : on s'expose par conséquent à les signaler deux fois.
D'ailleurs, nous avons constaté que d'ans les cultures en bouillon ordinaire dans les fioles Pasteur" remplies, soit eh partie, soit jusqu'au goulot, le milieu de culture devient très rapidement et toujours énergiquement réducteur, sous l'influence dëê germes aérobies toujours
ËNSEMENCEM ËNT DES ÉCHANTILLONS.
prépondérants dans les eaux et si avides d'oxygène; les bactéries anaérobies, en proportion relativement faible, sont donc à même de se développer. Les espèces anaérobies pathogènes peuvent être retrouvées par l'expérimentation physiologique.
Pour la numération des anaérobies dans les eaux, Bordas utilise un appareil (fîg. 30) qui permet de faire l'ensemencement en milieu solide, dans un courant d'hydrogène produit au moyen dû zinc et de l'acide chlorhydrique et purifié par lavage dans des solutions de potasse, d'azotate d'argent, d'acétate de plomb, de bichlorure de mercure. Sur un support sont fixés les tubes à culture, portant deux tubulures : Tune dirigée dans le sens de la longueur du tube, l'autre perpendiculaire à celle direction. Après stérilisation à l'autoclave, ces tubes sont reliés entre eux, ainsi qu'à l'appareil producteur d'hydrogène, par des tubes en caout-
Fig. 30. — Appareil de Bordas pour la culture des germes anaérobies des eaux.
chouc. Le dernier tube porte un caoutchouc qui plonge dans un verre contenant de beau.
Les tubes étant placés dans la position inclinée, on verse le milieu de culture liquéfié par la tubulure perpendiculaire et on ensemence par la même tubulure. On laisse; passer le gaz pendant trois heures et on Terme les tubes par un jet de chalumeau dirigé sur lès parties étranglées des petits tubes.
Le procédé indiqué par H. Vincent (1) pour la recherche des anaérobies consiste à employer comme milieu la gélatine-peptone additionnée de 1 }). 100 de glucoseel teintée par le sulfindigolalede soude: on ensemence et on aspire dans de longs tubes de Yignal. H. Vincent a trouvé, ainsi que d'autres observateurs, que le nombre des germes anaérobies dans les eaux est peu élevé : moins de 1 par centimètre cube dans les eaux très pures et de 5 à 100 dans les eaux contaminées. Les bacilles sont prépondérants. Pour la recherche des espèces pathogènes, il utilise l'expérimentation physiologique préconisée par Pouchet et Bonjeàh.
1) Société de biologie, 27 niai 100;