BACTÉRIES PUTRIDES OU FÉCALOÏDES
Nous désignons dans les analyses des eaux sous le nom de bactéries putrides un ensemble de germes aérobies et anaérobies produisant dans le bouillon phéniqué au 1/1000 une véritable digestion des subslances organiques albuminoïdes du bouillon et les transformant en substances dont l'odeur est identique à celle de* matières fécales fraîches. On constate dans le milieu où ont poussé
TllAlTU: u'ilYGlÙMi. II. — 17
ces bactéries une forte production d'hydrogène sulfuré et de sulfhydrate d'ammoniaque ; il y a également formation de scatol et d'indol.
Les cultures pures de colibacille dans les mêmes conditions ne donnent pas ces caractères. Nous avons souvent rencontré, dans ces cultures complexes, le B. coli, mais non dune façon constante, ainsi que d'autres germes aérobies et anaérobies, notamment un bacille se rapprochant beaucoup du B. viscosus. Mais, en réunissant les germes ainsi isolés, nous n'avons pu encore réussir à reproduire les réactions initiales ; c'est pourquoi nous désignons jusqu'à nouvel ordre l'ensemble de ces germes sous la dénomination imprécise de «bactéries putrides », plutôt pour rappeler une réaction biologique d'origine suspecte que pour désigner des germes déterminés. Ces bactéries putrides se rencontrent toujours dans les eaux manifestement souillées et dont la contamination est révélée par les autres résultats de l'examen bactériologique et chimique, ou par les renseignements recueillis sur place. (Ed. Bonjean.)
BACTERIUM COLI
Le Bacierium coli commune ou bacille du côlon a été signalé et étudié en 1884 par Escherich. Ce germe existe normalement dans le tube digestif de l'homme et des animaux; il est extrêmement répandu dans la nature, par suite de la dispersion des matières fécales, qui le renferment en énormes quantités. On le trouve en abondance dans les cadavres putréfiés. Il a été signalé comme jouant un rôle important dans un grand nombre d'affections pathologiques : entérites, choléra nostras, choléra infantile, dysenteries, péritonites, cystites, pyélite, néphrite, bronchopneumonies, pleurésies, méningites, endocardites, etc. C'est sans doute parce qu'on le trouve un peu partout et qu'on le met facilement en évidence (contrairement à ce qui arrive pour d'autres germes pathogènes souvent difficiles à isoler) qu'on a attribué au colibacille un rôle pathogène peut-être exagéré.
Le B. coli se rencontre fréquemment dans les eaux, au même titre que tant d'autres germes saprophytes très répandus dans la nature. L'eau n'est cependant pas pour ce microorganisme un milieu de culture bien favorable : il y végète plutôt péniblement ; d'après H. Vincent, le B. coli ne persisterait pas plus de six à dix-huit jours dans l'eau naturelle. Bien qu'on le trouve très souvent dans l'eau, on ne peut donc pas dire que ce soit un hôte normal de l'eau.
Au point de vue morphologique, le B. coli ne présente pas de différence essentielle avec le B. lyphique, Il est peu polymorphe. Ses bâtonnets mesurent généralement 2 à 3 jx sur0,4à 0,6 (x(fig. 31 et32). Assez rarement, ils peuvent être plus allongés et présenter par exception la forme en navette avec un espace clair. Les germes
BACTERIUM COU
sont d'ordinaire isolés, assez souvent accolés par deux, et rarement en amas. Ce microbe est mobile, grâce à la présence de cils
Fig. 31. - Colibacille d'une jeune culture dans le bouillon. 1000/1 (Macé).
peu nombreux (4 à 8), généralement aux extrémités. Il se colore bien
et ne conserve pas le Gram. Il est facultativement aérobie. Il se
développe aisémentdans les milieux
usuels, dans des limites de tempe- j| jg§
rature assez larges, entre + 14° et ^^ '
44°, par exemple :
Dans le bouillon alcalin ou mémo légèrement acide (propriété qui peut être utilisée pour le séparer de beaucoup despèces ne vivant que sur milieux alcalins ou neutres);
Dans le lait, en précipitant la caséine sous rinfluence de l'acide produit par la fermentation du lactose ;
Dans les solutions do peptone, sur le bouillon de panse, on produisant de Tindol (Voy. p. 251);
Sur gela Une, sans jamais la
Sur gélose, on donnant uno n,lh,ro abondante, blanchâtre vis queuse ; '
Sur pomme de terre, en dqnnanl général* , e culture jaune
brun; J
Fig. 32. - Formes variées du colibacille. Transformations conduisant des formes ovoïdes aux bâtonnets (i et 2) et aux filaments (3) (d'après Adami, Abbot et NicholsonV
liquéfier
Sur le sérum ;
Sur la gélatine- artichaut, en donnanl une colorai i<m \ erte intense, qui, d'après ( i. Roux, sérail du»' à la production d'une oxydase.
La colonie sur plaque constitue un ilôt plus ou moins épais à contours irréguliers ou déchiquetés, présentant souvent une pointe centrale qui s'élève nettement au-dessus de la colonie. Les formes plates ont au début l'aspect nacré, et s'étalent sur une grande surface. Elles ressemblent aux colonies du B. typhique, du B. fluorescens non liquéfiant, du B. lactis aerogenes.
On ne connaît pas au B. coli de véritables spores.
Un grand nombre de procédés ont été donnés pour mettre en évidence sa fonction fermentative sur les matières sucrées, lait, solutions ou milieux solides sucrés (saccharose, lactose, glucose, galactose, lévulose) par dégagement de bulles d'acide carbonique ou par virage de matières colorantes, telles que tournesol, fuchsine, rubine acide, bleu de méthylène, phénolphtaléine, fluorescéïne. Nous indiquerons quelques-uns de ces procédés à propos de la recherche du B. typhique.
La lumière solaire tue le B. coli en quelques heures ; dans l'air atmosphérique à l'obscurité, il résiste pendant six mois environ. Il est tué en cinq minutes à -f- 60°, en quelques secondes à -f- 85°.
Expérimentation physiologique. — Les cultures de colibacille privées de germes par filtra tion sont peu toxiques et produisent souvent une hypothermie marquée. La virulence du germe est très variable, même lorsqu'on part de germes isolés sur un même milieu.
L'injection intrapéritonéale de la culture dans les conditions précédemment indiquées tue quelquefois le cobaye en quarante-huit heures : il y a généralement une hyperthermie consécutive à l'inoculation. A l'autopsie, on observe une abondante sérosité sanguinolente, une vascularisation intense de l'intestin grêle, du gonflement des plaques de Peyer. On retrouve le bacille à l'état de pureté, notamment dans le sang, le foie, la rate. D'après Thoinot, en cas de survie, le dernier endroit où le germe persiste est l'axe nerveux: bulbe et moelle.
BACILLE TYPHIQUE
Le bacille de la fièvre typhoïde fut découvert par Eberfh (1880- 1883); Gafïki l'isola et en fit l'étude complète. Parmi les travaux qui ont grandement contribué à éclairer l'histoire de ce microorganisme il faut citer ceux de Ghantemesse, et ceux de Widal, qui a fait connaître la véritable réaction spécifique du bacille d'Eberth.
Ce germe est contenu eu grande quantité dans les matières fécales, dans les urines des typhiques ; c'est par la dissémination des germes provenant des déjections des malades et leur introduction dans le
BACILLE TYPHIQUE.
Fig\ 33. — Bacille typhique dans les cultures (Macé).
tube digestif que se propagent les épidémies typhiques. 11 est certain que la contagion peut se faire de différentes manières; toutefois les belles études de Brouardel et de ses collaborateurs sur de nombreuses épidémies typhiques, ont montré que, dans le plus grand nombre dey cas, c'est l'eau de boisson qui est le principal ou Tunique vecteur du germe nocif. La stérilisation ou la destruction des déjections typhiques, des linges souillés, la surveillance attentive des eaux d'alimentation susceptibles d'être contaminées, sont les moyens propres à empêcher le développement des épidémies. Nous n'étudierons pas ici ces questions si importantes qui seront traitées dans d'autres parties de cet ouvrage ; d'autre part, les conditions géologiques dans lesquelles les eaux superficielles, résurgences, etc. peuvent être contaminées par des microorganismes dangereux et en partie par le bacille typhique, ont été déjà exposées dans un précédent article (1). Nous nous contentons ici d'indiquer les caractères du bacille typhique, et les moyens de le distinguer d'autres espèces voisines, notamment du bacille coli qui lui ressemble beaucoup.
Quelle que soit l'importance de la recherche du bacille typhique dans l'analyse de l'eau potable, il ne faut pas oublier qu'on ne l'y trouve qu'assez rarement .
Dans les anciennes observations, alors qu'on connaissait moins bien les différences du B. coli et du B. typhique, il est probable qu'on a confondu plus d'une fois le premier avec le second. Sans donc vouloir nier l'intérêt qui s'attache à la recherche bactériologique du B. d'Eberth, il nous faut reconnaître que l'origine hydrique de beaucoup d'épidémies a été reconnue sûrement par l'étude attentive du mode de répartition des cas, par rapport à l'eau d'alimentation, alors que les essais d'isolement du germe n'ont donné que des résultats négatifs. On ne doit point s'en étonner ; en dehors des difficultés spéciales que présentent l'isolement et la caractérisntion exacle
Fis-. 34.
Bacille Uphique avec cils vibraliles (Macé).
(1) Voy. fasc. II, p. 75 et 81
du B. typhique, il faui se rappeler que L'incubation de la fièvre typhoïde dure plusieurs jours, que les contaminations des eaux sont souvent accidentelles et parfois disparaissent après peu de temps, et qu'au moment où Ton juge bon de faire l'analyse, la cause de souillure peut avoir disparu. Ainsi un analyste avisé se gardera toujours de conclure, d'après un résultat négatif, que l'eau soumise à son examen ne contient pas ou n'a pas contenu, quelque temps auparavant, le B. typhique.
Ces considérations montrent Futilité de l'examen bactériologique fréquent et régulier des eaux potables ; c'est avant les épidémies, et non après, qu'il faudrait rechercher le bacille typhique dans les eaux; et il serait très important d'avoir, pour le distinguer, des procédés plus rapides que ceux dont on dispose aujourd'hui.
Normalement, le bacille typhique est un bâtonnet de 2 à 4 jx de long et de 0,7 à 0,9 {jl de large (fig. 33) ; il est extrêmement mobile grâce à ses cils nombreux (10 à 20), surtout chez les jeunes individus (fig. 34). C'est en raison de sa finesse et de sa mobilité que le bacille typhique
Fig. 35. — Bacille tj'phique, formesfila- Fig. 36. — Bacille typhique avec prémenteuses; d'une culture sur pomme tendues spores (d'après Chantemessc de terre (Macé). et Widal).
traverse avec une certaine facilité les milieux filtrants. A l'exemple de beaucoup d'autres germes, le bacille typhique est doué d'un pléomorphisme remarquable. Dans certaines conditions, notamment clans les cultures anciennes, dans le lait, etc., on observe des formes plus épaisses et plus longues, parfois même de véritables filaments (fig. 35). Il présente quelquefois un espace clair, soit au centre, soit à l'une de ses extrémités (fig. 33 et 36). Il est aérobie et anaérobie.
11 cultive sans difficulté sur un grand nombre de milieux, particulièrement sur la gélose glycérinée de Nocard et Roux. Ses cultures prospèrent entre -f- 25° et + 38°, et cessent de se développer à -f 46° ; sur plaques de gélose, il cultive encore jusqu'à -|- 48°. Dans l'eau, à -f 60°, il faut vingt minutes pour amener sa destruction; à l'ébullition, tout germe typhique meurt immédiatement, et c'est là un fait important pour la stérilisation des eaux de boisson en temps d'épidémie.
Il résiste à l'action du froid : sa vitalité persiste, par exemple, dans la glace produite par de l'eau souillée. On connaît des exemples
BACILLE TYPHIQUE.
d'épidémies causées par la glace alimentaire. — La lumière solaire qui tue le bacille typhique en peu de temps, est le facteur principal de la destruction naturelle de ce germe dangereux, dans les eaux potables.
Il résiste deux heures dans le suc gastrique ou dans les solutions chlorhydriques à 0,9 p. 1000 (Strauss et Wurtz, 1889). Il peut donc facilement conserver sa vitalité en traversant l'estomac.
Le bacille typhique ne cultive plus sur un milieu dans lequel il a
Fig\ 37. — Colonie de bacilles typhiques sur gélatine nutritive (Macé).
déjà vécu (Chantemesse, Widal), ni dans les milieux où ont vécu certaines autres espèces telles que les staphylocoques, le B. pyocyaneus (Freudenreich).
Sa colonie sur gélatine (fig. 37) est quelquefois assez typique, mais cependant analogue à la colonie de quelques autres espèces (B. coli, micrococcus candicans, B. fluorescens putridus, coccus versicolor) : elle constitue un îlot nacré à bords déchiquetés présentant des nervures ; elle possède souvent, sous l'action de la lumière qui la traverse, une transparence et une irisation remarquable ; on la compare classiquement à l'aspect d'une « montagne de glace»; d'autres fois, elle se présente simplement sous la forme dune fine lentille blanche ; elle ne liquéfie jamais la gélatine.
Il se conserve vivant pendant plusieurs mois dans des milieux de culture bien préparés et soustraits à la lumière. Dans les cadavres d'individus ayant succombé à la fièvre typhoïde, on peut le rencontrer vivant vingt-quatre heures après la mort. 11 se retrouve constamment dans le foie, la rate, les ganglions et les plaques de Peyer; on Ta signalé moins fréquemment dans les poumons, les
264 l. OGIÊR ET ED. BONJEAX. — LEAU. BACTÉRIOLOGIE.
méninges, le muscle cardiaque, le testicule (Chantemesse el VVidal ;
il n'existe pas clans le sang des vaisseaux. Neuhaus l'a constaté 9 fois sur 15 dans le sang des taches rosées lenticulaires. Il passe dans les urines, en cas de lésions rénales (Remy), el existe d'une manière constante dans les matières fécales. C'est par les germes des déjections typtiiques que se transmet la maladie.
Sa résistance en présence des autres germes n'es! pas 1res considérable. Krauss ayant ajouté à de l'eau de Munich, une culture de bacille typhique, a trouvé les résultais suivants :
Germes ordinaires. Bacille typhique.
Au début 0 57.000
Après 5 jours 80 9.000
Expérimentation physiologique. — Avec le virus frais, extrait de l'organisme humain, les injections intrapéritonéales chez les souris tuent en vingt-quatre heures, et les injections intramusculaires en dix à douze jours par septicémie (Chantemesse et Widal). Chez les cobayes, la mort a lieu dans la moitié des cas en vingtquatre à quarante-huit heures. Les germes se retrouvent dans le foie et dans la rate. — Les lapins résistent mieux.
En injectant chez les cobayes, par la voie intrapérilonéale, pour 100 grammes d'animal 0CC,3 de culture typhique en bouillon ordinaire ayant séjourné quatre jours à l'étuve à + 37°, Pouchet et Bonjean ont observé souvent, en cas de mort et en cas de survie, des lésions rappelant celles de la fièvre typhoïde : rougeur intense et ulcération de la muqueuse intestinale, gonflement des plaques de Peyer, rarement l'altération delà rate, fréquemment une péritonite avec épanchemenl séro-sanguinolent plus ou moins abondant. Le mode d'inoculation le plus sensible, d'après Thoinot, serait l'injection intrapulmonaire.
L'expérimentation physiologique est quelquefois infidèle et les résultats ne sont pas constants. Rappelons en passant que Sanarelli, puis Chantemesse et Widal ont indiqué des procédés permettant d'obtenir des virus et des cultures « exaltées » qui donnent des réactions physiologiques plus régulières.
L'expérimentation par injection stomacale donne des résultais tout à fait variables et incertains. Remlinger (1897) a infecté des lapins et des rats en les nourrissant avec des légumes contaminés par un séjour prolongé dans de l'eau additionnée de culture typhique. Ces observations ne sont pas sans importance, si on les rapproche des expériences qui ont montré que les végétaux sont capables d'entraîner hors de terre et de fixer sur leurs tiges les germes du sol (Wurtz et Mosny).
Recherche du bacille typhique dans l'eau. — La recherche
BACILLE TYPHIQUE. «—265
du bacille typhique est une des parties les plus importantes de l'analyse bactériologique des eaux potables. Beaucoup de procédés ont. été signalés; la plupart reposent sur l'emploi des milieux phéniqués, préconisés dès 1887 par Ghantemesse et Widal, sous forme de gélatine-peptone (1).
Rodet( 1889) (2) conseille de maintenir le bouillon ensemencé à l'étave ;i 44°, 5, température de sélection entre le bacille typhique, — qui peut encore se développer à 45°, — et la plupart des autres espèces qui ne résistent pas à cette température.
Pouchet et Bonjean (1889) ont établi une méthode mixte qu'ils appliquent systématiquement aux analyses deau de la France (3). Ces auteurs ensemencent 100 centimètres cubes d'eau dans 100 centimètres cubes de bouillon : le mélange est phéniqué au millième et mis à l'étuve à -f- 42°. Après quarante-huit heures on fait des passages et des plaques. Les procédés de Vincent (1890) (4), de Péré (1891) (5), deParietti (1891) (6), de Witlin (1896) (7) ne diffèrent des précédents que par quelques détails.
Citons encore la gélose fuchsinée de Gasser, et divers milieux analogues destinés à différencier le B. typhique du B. coli ; tels que la gélose lactosée au tournesol bleu de Wurtz; la gélose lactosée à la rubine acide de Ramond ; la gélose lactosée au bleu de méthylène de Robin, à la phénolphtaléine, à la fluorescéine, etc.
Rothberger (8) a étudié l'action des couleurs dérivées de l'aniline sur le bacille typhique comparativement au B. coli et a reconnu que Tinduline, la nigrosine, le vert à l'iode, le vert malachite, la safranine, etc., élaient décolorés par le B. coli, mais non par le B. typhique.
La méthode de Max Holz (9), modifiée par Elsner (10), basée sur l'emploi d'un milieu à la gélatine nutritive additionnée de jus de de pomme de terre et d'iodure de potassium présentant une acidité déterminée, constitue une méthode d'élection plutôt pour le B. coli que pour le B. typhique : nous avons exposé les avantages que Ton peut tirer de ce procédé original.
Gélo-diagnostic (Chantemesse) (11). — On ajoute à un litre de l'eau suspecte, filtrée sur papier, 30 grammes de peptone neutralisée et on
(1) Chantemesse et Widal, Archives de physiologie, 1S87, t. IX, p. 232.
(2) Kodet, Société de biologie, 29 juin 1889, p. 463.
(3) Pouchet et Bonjean, Rec. des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique de France, 1890.
( 4) Vincent, Société de biologie, 1890.
(5) Péré, Annales de V Institut Pasteur, 1891, p. 86.
(G) Parietti, Annales de l'Institut Pasteur, 1891, p. 413.
(7) Witlin, Annales de micrographie, 1896, p. 89.
(8) Rothberger, Centralblatt fur Bakleriologie, 1898.
(9; Max Holz, Annales de micrographie, 1889-1890, p. 342.
(10) Elsner, Zeitschr. fur Hyg., 1896, t. XXI, p. 25. — Presse médicale, 1896, p. 35.
(11) Chantemesse, Presse médicale, 16 juillet 1902, p. 675.
abandonne vingt heures à 24°; on filtre s'il y a des grumeaux et on additionne le filtratum de sérum antityphoïdique. On laisse le dépôt se l'aire pendant deux heures ; on décante avec précaution et on centrifuge. Le dépôt est délayé dans quelques gouttes de bouillon stérile, et on filtre. Les germes non agglutinés sont entraînés avec le liquide. On tamponne à laide d'un pilon de verre le filtre contenant les germes agglutinés et on frotte la surface de verre qui en est chargée sur des plaques de gélose phéniquée, lactosée et tournesolée. Les colonies qui se développent sont transportées dans une solution de peptone renfermant du sérum agglutinant spécifique. (Cette méthode est également applicable à la recherche des germes du choléra ou de la dysenterie. On remplace alors les plaques de gélose phéniquée par des plaques de gélatine ou de gélose ordinaires.)
Dans le procédé de Drigalski Conradi, le milieu employé est Yagar-toarnesol-lactose, additionné de cristal-violet. Les plaques sont ensemencées en surface avec une baguette de verre à bout arrondi : le B. coli décolore ce milieu, le B. typhique ne l'altère pas. Cette méthode, qui se rapproche de celle de Chantemesse et de Wurtz (1), à la gélose-tournesol-lactose phéniquée, ne nous a pas donné de très bons résultats, non plus qu'à Krause et Stertz (2) et à Cambier (3).
Citons encore, à titre de renseignements plutôt que pour en recommander l'emploi, les méthodes récentes qui suivent :
Schepilewski (4) ensemence l'eau dans le bouillon et laisse à l'étuve pendant trois à cinq jours ; puis il filtre sur papier et ajoute au liquide filtré du typhosérum ; le dépôt des germes agglutinés recueillis par centrifugation est délayé dans l'eau salée physiologique et ensemencé sur gélose-lactose-tournesol.
La méthode de Altschuller (5) est identique à celle de Chantemesse.
L'un de nous a essayé la centrifugation directe de l'eau suspecte en présence de petits fragments de papier stériles ; on ensemence ensuite le dépôt recueilli sur ces papiers, par friction sur plaques de gélose-bouillon-lactose, colorées à l'orangé de tropéoline (Ed. Bonjean).
Hoffmann et Ficker (6), Roth (7) ont étudié dans ces derniers temps des milieux contenant de la caféine : cet alcaloïde entraverait la culture du B. coli, et faciliterait celle du B. typhique.
Procédé Cambier (8). — Dans une étude très intéressante, Cam-
(1) Wuiitz, Arch. de mèd. expérim., 1892, t. IV, p. 86.
(2) Krause et Stertz, Zeitschr. f. Hyg., 1903, p. 469.
(3) Camuieh, Contribution à l'étude des eaux alimentaires. Paris, 1 00 i.
(4) Schepilewski, Centralbl. f, Bakt., 1903, p. 394.
(5) Altschuller, Centralbl. f Bakt., 1903, p. 741.
(6) Hoffmann et Ficker, Arch. f. Hyg., 1904, p. 229. (7j Roth, Arch. f. Hyg., 1904, p. 199.
(8) Camdier, Contribution à l'étude des eaux alimentaires. Méthode de recherche du bacille typhique. Paris, 1904.
BACILLE TYPHIQUE. «-267
bier a recherche systématiquement un milieu qui permit principalement la culture abondante et rapide du bacille typhique avec tous ses attributs ordinaires (ténuité et grande mobilité) et qui s'opposât en même temps, dans la mesure du possible, à la pullulation des variétés colibacillaires et à la mobilité de ces dernières. Cambier choisit comme milieu une solution aqueuse de peptone Defresne à 3 p. 100 stérilisée à 1 10° ; il a reconnu principalement : 1° qu'à mesure que l'alcalinité va en croissant, le développement du B. coli diminue plus rapidement que celui du B. typhique ; 2° que si l'on ajoute au milieu des doses croissantes de sel marin, pour certaines concentrations le bacille d'Eberth conserve toute sa mobilité, tandis que les variétés naturellement très mobiles de colibacilles se développent, dans les mêmes conditions de concentration, sous forme de bâtonnets ou de filaments immobiles; 3° enfin il utilise la différence de mobilité ainsi produite en faisant traverser le B. typhique à travers des parois filtrantes. Voici comment on opère :
On filtre la totalité de l'échantillon sur une bougie de porcelaine, comme l'a indiqué Loir, et on délaye à l'aide d'un très petit tampon d'ouate stérilisée le léger enduit muqueux ainsi obtenu, renfermant la totalité des microbes, dans trois ou quatre centime! les cubes de bouillon alcalin salé identique à celui qui sera introduit dans la bougie de culture. Le tube, contenant cette émulsion trouble et le tampon, est placé à l'étuvc à 37° pendant trois heures; ceci a pour but de permettre aux germes de se détacher du tampon d'ouate et de commencer leur pullulation.
On prépare, en même temps :
1° Une solution aqueuse, à 3 p. 100, de peptone Defresne bien filtrée qu'on répartit par doses de 100 centimètres cubes dans des matras bouchés à l'ouate et stérilisés à 110°.
2° Une solution de soude caustique (NaOH) à 1 p. 100, répartie dans des tubes bien bouchés par doses de 12 centimètres cubes, et stérilisée à 1 10° ;
3° Une solution parfaitement saturée de sel marin répartie comme la précédente par doses de 12 centimètres cubes dans des tubes, et stérilisée à 110° ;
4° De larges tubes à essai munis chacun dune bougie Chamberland très poreuse (marque F). Le tout est stérilisé au four Pasteur à 170°.
Au moment d'opérer, on verse un tube de solution de soude et un tube de sel dans un matras contenant de l'eau peptonée. On prélève 20 centimètres cubes de ce mélange qu'on introduit à Y intérieur de la bougie : on doit voir bientôt le liquide perler à l'extérieur de celle-ci: on chauffe à 37°, jusqu'à ce que les liquides extérieur et intérieur soient au même niveau. On introduit alors à l'inférieur de la bougie l'émulsion de microbes à étudier, et on remet à l'étuve à + 37°. Dès qu'un louche se manifeste dans le bouillon
extérieur, on en prélève un échantillon pour faire l'examen microscopique, les essais d'agglutination, rensemeneementpar friction sur plaques tTagar-laclose-tournesol, etc.
Cambier a obtenu des résultats liés satisfaisants par eelte méthode élégante et ingénieuse : bien que nous ayons été personnellement moins heureux dans son application aux eaux ordinaires (la bougie ayant laissé passer une forte proportion de B. aureus, B. mesenlericus, B. levmo, etc.), nous sommes persuadés qu'avec quelques perfectionnements, elle indique une des meilleures voies à suivie pour arriver à mettre en évidence le germe typhique.
Toutes les méthodes que nous venons de rappeler réussissent assez bien en général, lorsqu'on s'impose, comme exercice analytique, de retrouver le B. typhique dans de l'eau où on l'a introduit à dessein: il n'en est malheureusement pas de même lorsqu'on les applique à la recherche du B. typhique dans des eaux quelconques, suspectes d'avoir véhiculé legerme typhique et provoqué une épidémie. L'étude attentive de ces méthodes nous conduit à croire qu'elles n'ont point de supériorité réelle sur les procédés de culture directe en plaques de gélatine ordinaire, procédés qui if ont pas, il est vrai, l'avantage de multiplier les germes typhiques à rechercher, mais qui, d'autre part, n'ont pas l'inconvénient de laisser subsister et se développer en présence du B. typhique, quelques germes étrangers dont la concurrence vitale peut amener la destruction du microbe cherché; cela est vrai, par exemple, pour le B. coli, et aussi pour les espèces saprophytes : l'existence de ces espèces concurrentes dans l'eau est un des principaux obstacles à la prolifération indéfinie du germe typhique. — C'est pour ces raisons que nous conseillons comme la méthode la plus sûre pour la recherche du bacille typhique dans Teau l'ensemencement sur place, dans la gélatine nutritive, et la spécification du germe isolé par les différents caractères indiqués précédemment (Ed. Bonjean) (1).
On a vu, par tout ce qui précède, que le B. coli et le B. typhique ont entre eux de nombreux points de ressemblance. Nous avons indiqué les caractères qui paraissent les plus importants pour la différenciation de ces deux germes.
Sont-ce réellement deux germes différents, et ne peuvent-ils dans certaines conditions dériver l'un de l'autre? De nombreuses discussions intéressantes ont été soulevées à ce sujet, notamment par Bodet et Gab. Boux (de Lyon). Il est exact qu'en leur faisant subir des inlluences spéciales, en modifiant les milieux et les conditions d'existence, on arrive à faire perdre à ces deux germes (comme à beaucoup d'autres) certains de leurs caractères primitifs : il n'est pas
(1) Loeskner (Arbeiten aus dem kaiserl. Gesundheitsumt, t. XI) renonce également aux procédés d'enrichissement de l'eau vl fait des ensemencements directs aussi nombreux que possible en plaques phéniquécs à 0,03 ou 0,05 p. 100.
BACILLE PYOCYANIQUE. «—269
impossible de créer, parmi 1rs espèces bactériennes, «les variétés hybrides, et l'existence de ces variétés est sans doute une des causes qui rendent souvent si difficile la spécification de beaucoup de germes.
Quoi qu'il en soit, il n'est aucunemenl [trouvé que Ton ait réussi à transformer le B. coli en B. typhique ou réciproquement. Quant à ce qui concerne l'existence de ces deux germes dans les eaux, et les modifications qu'ils peuvent y subir, Pouchèt et Bonjean ont fait à ce sujet de nombreuses expériences, dont il résulte que le bacille typhique, tant qu'il vit dans l'eau, conserve ses formes et propriétés normales : on a seulement noté une certaine diminution dans la vigueur et l'intensité des cultures. Le B. coli, à la longue, arrive à perdre un ou deux de ses caractères, notamment celui de donner une culture colorée sur pomme de terre; il acidifie la lactose plus lentement qu'il ne le fait au début. Mais les propriétés normales peuvent être régénérées. En tout cas, dans les divers essais faits sur cette question, on n'est pas arrivé à modifier les caractères de telle sorte que les deux espèces puissent être confondues.
BACILLE PYOCYANIQUE
Des faits nombreux ont montré les relations du bacille pyocyanique ou bacille du pus bleu avec la dysenterie et d'autres maladies infectieuses transmises par l'e'au.
Ehlers (1), Neumann (2), OEttinger (3), signalent en 1890 des cas de maladie pyocyanique chez l'homme.
Calmette, dans seize cas de diarrhée de Cochinchine, a retrouvé quinze fois le bacille pyocyanique dans les selles. Maggiora, dans vingt cas de dysenterie épidémique en Italie, l'a isolé, doué d'une grande virulence.
Thiercelin, Williams, Cameron, Lange le signalent dans la gastroentérite des enfants, ainsi que Krannals, Finkelstein, Triboulet, OEttinger, Hitschmann et K. Kreibich (4). Jérôme Lartigau (5), au cours d'une épidémie de dysenterie à Hartwick en 1898, constate la présence du bacille pyocyanique doué d'une grande virulence dans les selles de tous les dysentériques, ainsi que dans les eaux d'alimentation. Kossel, Mannicatide, Neumann, ainsi que d'autres auteurs, le signalent dans la diarrhée verte des enfants (6). Escherich (7) observe plusieurs
(1) Ehlers, Société de biologie, 26 juillet 1890.
(2) Neumann, Société de biologie, 26 juillet 1890.
(3) OEttinger, Semaine médicale, 22 octobre 1890.
(4) F. Hitschmann et K. Kreibich, Wien. klin. Woclienschr., 1897, n° 50, p. 1093. yb) Jérôme Laiuioau, Le rôle pathogène du bacille pyocyanique clans la dysen^
lerie. The Journal of expérimental medicine, 1898, vol. III, n° (i, p. 595.
(6) Blum, Cenlralblalt fur Bakteriologie, 1899, vol. XXV, n° i, p. 113.
(7) Escherich, Centralblall fur Bakleriologiç, 1899, vol. XXV, n° i, p. 117,
cas d'infections pyocyaniques à caractère épidémique. Baginskj a également observé trois cas do gastro-entérite mortelle dus au bacille pyocyanique : d'autres observations indirectes viennent de jour en jour contribuer à l'histoire pathogénique de cette bactérie, telles que celles de W. Kulnau (1), signalant le bacille pyocyanique dans l'influenza(1897), de II. Vincent (2) dans un cas mortel de fièvre typhoïde compliquée d'infection pyocyanique généralisée I 1898), de Charrin, Cassin et Burot (3) sur la maladie pyocyanique à forme cutanée.
A notre avis, le bacille pyocyanique ne saurait être considéré comme une espèce banale. Nous avons fait un grand nombre de recherches sur les matières fécales d'individus à l'état normal, sans y rencontrer le germe pyocyanique.
Nous rappellerons également que A. Mills, sur 73 examens de selles, ne signale pas le bacille pyocyanique; que Calmette, Rossel, Booker, ne l'ont rencontré qu'exceptionnellement; que Krannhals la isolé une fois d'un abcès intestinal, sur 60 sujets examinés; qu'au contraire, dans les cas de dysenterie, il est fréquemment signalé; qu'enfin, des cas d'infections pyocyaniques à caractère épidémique sont maintenant bien démontrés.
D'après une statistique basée sur plus de 2 500 analyses d'eaux d'alimentation publique effectuées au laboratoire du Comité consultatif d'hygiène publique, nous trouvons en moyenne cinq fois le germe pyocyanique sur cent eaux examinées. Sur les trente dernières eaux dans lesquelles cette bactérie a été rencontrée, douze servaient à l'alimentation publique d'agglomérations éprouvées par des épidémies; treize provenaient de cours d'eau.
Depuis que nous avons attiré particulièrement l'attention sur la présence de ce germe dans les eaux d'alimentation (4), les infections pyocyaniques à caractère épidémique d'origine hydrique ont été de plus en plus fréquemment observées (Moynier et Villepoix (5), Papin, Launay, etc.). D'ordinaire le B. pyocyanique est associé dans les eaux au colibacille, aux bactéries putrides, au staphylocoque; quelquefois il est le seul germe virulent, accompagné d'espèces nettement saprophytes. .
L'histoire de ce bacille a été faite par Gessard, Fodor, Charrin, Wasserzug. Il se présente généralement sous forme d'un court bâtonnet mobile, mesurant 1 y. à 1,5 u. de longueur sur 0,5 u, de large ; il est quelquefois en chaînes de deux ou d'un plus grand nombre d'éléments, quelquefois en amas. Comme presque Ions les germes, sous
(1) W. Kulnau, Zeitschr. fur Hyg. n. Infectionskrankh., 1897, vol. XXV, n° 3, p. 492.
(2) H. Vincent, Société médicale des hôpitaux, 6 mai 1898.
(3) Cassin et Burot, Société de biologie, 28 mai 1898.
(4) Ed. Bonjran, Le bacille pyocyanique clans les eaux d'alimentation. Ann. dfiyg. et de méd. lég ., juillet 1899.
(5) Moynier et Villepoix, Société de biologie, 28 octobre 1899.
BACILLE PYOCYANIQUE. «—271
l'influence de conditions anormales d'existence, il donne naissance à des variétés hybrides, différentes au point de vue morphologique et assez profondément modifiées pour ne plus donner la réaction typique du bacille pyocyanique, c'est-à-dire la production de pyocyanine.
Ce germe se colore bien par les procédés usuels; il ne prend pas le Gram. Il ne possède qu'un cil à une extrémité de chaque bâtonnet.
Il est aérobie et anaérobie facultatif, et Cultive dans les milieux usuels entre -f- 7° et + 42°.
Il liquéfie rapidement la gélatine en lui communiquant d'ordinaire une teinte vert bleuâtre en surface, qui vire au brun par le vieillissement de la culture.
Il cultive : sur pomme de terre, sur gélose : teinte vert bleuâtre virant au brun foncé; culture abondante, nacrée;
Dans le lait: précipitation, puis dissolution de la caséine; généralement teinte vert sale ;
Dans la solution de peptone à 3 p. 100, surtout additionnée de 1 p. 100 de glycérine;
Dans le bouillon alcalin, neutre ou même légèrement acide, ou phéniqué à 1 p. 1000: en donnant généralement de la pyocyanine, pigment bleu en milieu alcalin et rouge en milieu acide, visible par agitation de la culture au contact de l'air. En l'absence d'oxygène, ou en présence de germes ou produits réducteurs, l'hydrogène sulfuré par exemple, la pyocyanine devient incolore et invisible dans le bouillon; quelquefois il persiste un second pigment fluorescent vert. Par le vieillissement et par oxydation ou acidification du milieu, la pyocyanine bleue tourne au brun.
Dans la moitié des cas les procédés habituels de culture échouent et ce germe pathogène ne peut être décelé que par l'expérimentation physiologique (1). C'est précisément cette difficulté de mettre en évidence le bacille pyocyanique qui a fait dire à Macé (2) que lorsque le microbe ne forme pas de pyocyanine, il est difficile d'émettre une opinion bien ferme sur sa recherche et sur son diagnostic.
En effet, en l'absence de la réaction caractéristique de la pyocyanine de Fordos, il est impossible de se prononcer sur la présence du bacille pyocyanique. Un certain nombre de circonstances empêchent la production de cette matière colorante ou tout au moins en masquent la présence dans les cultures en bouillon.
Les beaux travaux de Gessard (3) nous ont appris les transformations que ce pigment bleu pouvait subir, et ceux de Guignard et
(1) G. Pouchet et Ed. Bonjean, Contribution ù l'analyse des eaux potables. Becherche générale des bactéries pathogènes ou suspectes et des associations dangereuses. Virulence. Ann. d'hyg. et de méd. légale, février 1897.
(2) Macé, Traité de bactériologie, 1K97.
(3) Gessahd, De la Pyocyanine et de son microbe. Thèse de Paris, 1882.
272 T. OGIER ET El). BONJEAN. — L'EAU. BACTÉRIOLOGIE.
Charrin (1) les variations morphologiques de la bactérie pyoeyanique. Gessard (2), n'envisageant spécialement que la production des pigments, a mis en évidence plusieurs races A. P. S. F. Ernst (3) distingue des variétés a et p, Freudenreich (4) une race y, Schumayer (5) une autre race, etc. il y aurait peut-être lieu d'en distinguer encore d'autres en tenant compte de toutes les différentes manifestations morphologiques et biologiques qu'est susceptible de produire le bacille pyocyanique, comme tant d'autres espèces d'ailleurs, lorsqu'on fait agir sur ces microorganismes des causes aussi énergiques que les produits toxiques (antiseptiques), les températures élevées, les changements de milieux, etc.
Certains auteurs, parmi lesquels Lehmaiiii, Neumann, Frick, Gessard, considèrent encore le bacille pyocyanique comme une espèce très voisine du Bacillus fluorescens liquefaciens. Stanislav Ruf icka (6) a montré la résistance énorme du bacille pyocyanique comparée à celle du Bacillus fluorescens liquefaciens.
Pour démontrer la fragilité de ces races, de ces variétés, ou mieux de ces « états anormaux » du bacille pyocyanique, il suffit généralement de transplanter la culture dans un milieu usuel (bouillon, gélatine, gélose), on lui fait ainsi récupérer son aspect et ses fonctions normales. Ce procédé peut encore échouer : mais une injection à forte dose (1 à 2 centimètres cubes de culture pour 100 grammes d'animal), dans le péritoine d'un cobaye, permettra de retrouver le bacille pyocyanique pur, avec tous ses caractères morphologiques et biologiques classiques, par des ensemencements de divers prélèvements de sang ou fragments d'organes, dans une solution à 2 p. 100 de peptone, additionnée de 1 p. 100 de glycérine, que l'on maintient ensuite dans une étuve à 36° pendant quarante-huit heures. En dehors de ces causes accidentelles, expérimentales, supprimant ou paralysant la fonction chromogène de ce germe, il y en a d'autres naturelles qui sont plus importantes, car elles se produisent normalement dans le cours des recherches bactériologiques. La pyocyanine est bleue dans les milieux alcalins, rouge dans les milieux acides; la réaction de la pyocyanine échappe généralement dans les cultures acides, en raison delà production, par d'autres espèces, de matières colorantes de teintes analogues.
Elle se réduit avec la plus grande facilité et devient jaunâtre (pyoxanthose) ; la pyocyanine réduite est susceptible de s'oxyder
(1) Guignard et Charrin, Sur les variations morphologiques des microbes. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 5 décembre 1887.
(2) Gessaud, Des races du bacille pyocyanique. Ann,. de ilnsl. Pasteur, t. V, 1891, n° 2.
^3) Ernst, Zeitschrift fur Hygiène, t. 11, 188", p. 369.
fi) Freudenreich, Annales de micrographie, 1893, p. 183.
(5) Schumayer, Zeitschrift fur Hygiène, t. XX, 1895, p. 281.
(6) Stanislav Ruric^a, Arcfriv fur Hygiène x 1899, vol. XXXIV, a° 2, p, J ib.
BACILLE PYOCYANIQUE. «—273
aussi ;ivec une grande facilité; dansée cas, la matière colorante caractéristique bleue réapparaît. Ce phénomène est facile à mettre en évidence dans les cultures fraîches du Bacillus pyocyaneus : il suffit généralement d'agiter les cultures en bouillon alcalin de quarante-huit heures ou d'y faire passer un courant d'air, pour obtenir la réaction de-la pyocyanine.
C'est en raison de ces phénomènes de réduction que les cultures impures renfermant du bacille pyocyanique n'attirent généralement pas l'attention; le cas est fréquent dans les examens bactériologiques des eaux. Non seulement ce germe est susceptible de produire par lui-même des agents réducteurs tels que l'hydrogène ou l'hydrogène sulfuré; mais un grand nombre d'autres espèces coexistant avec lui dans les eaux et cultivant également dans les bouillons (anaérobies) réduisent énergiquement la pyocyanine, à un degré tel qu'il est impossible d'obtenir la réaction colorée.
De même, certaines bactéries transforment le milieu alcalin en milieu acide (acide lactique) et, dans ce cas encore, le bacille pyocyanique peut échapper à première vue. Il faut bien se garder également de confondre avec la pyocyanine ces pigments verdâtres que produisent un certain nombre d'espèces lluorescigènes.
Quelquefois Y odeur éthérée plomaïnique très agréable de la pyocyanine, rappelant celle de l'aubépine et de la coumarine, attire l'attention : mais généralement les odeurs putrides la masquent totalement.
Il est rare de rencontrer cette espèce dans les cultures sur plaques ; on peut, dans certains cas, la retrouver dans les bouillons phéniqués ensemencés en môme temps que les bouillons normaux; mais souvent elle échappe à tous les procédés ordinaires d'investigation. L'expérimentation physiologique, accompagnée des cultures faites avec le sang du cœur, permet généralement de résoudre le problème de la recherche du bacille pyocyanique dans les eaux. En effet, le lieu d'élection de ce microorganisme est surtout le sang du cœur, et c'est là qu'on doit le rechercher, en prélevant et ensemençant, avec toutes les précautions bactériologiques voulues (stérilisation de la surface du myocarde), une ou deux gouttes de ce sang dans une solution de peptone à 2 p. 100, additionnée de 1 p. 100 de glycérine. Après quarante-huit heures d'étuve, en agitant la culture, on voit toujours se produire la magnifique coloration bleue de la pyocyanine. Presque toutes les cultures faites à la suite d'autopsies pratiquées sur des sujets morts d'infection pyocyanique simple ou compliquée, ont démontré la présence de ce germe dans le sang du cœur.
Le procédé que nous employons pour la recherche du bacille pyocyanique dans les eaux consiste dans les opérations suivantes : on ensemence un bouillon ordinaire de 10 centimètres cubes avec 20 à
Traité d'hyoiknf. II. — 18
30 centimètres cubes de Iran à examiner; on laisse le mélange pendant quarante-huit heures dans l'étuve.
Après ce temps, on agite la culture, et, qu'elle donne ou ne donne pas la réaction de la pyocyanine, on pratique sur un cobaye une injection intrapéritonéale de 0,5 du bouillon de culture pour 100 grammes d'animal; si celui-ci meurt, on en fait l'autopsie el on ensemence une ou deux gouttes de sang du cœur dans une solution de peptone à 2 p. 100 contenant 1 p. 100 de glycérine. Après quarantehuit heures d'étuve, on agile la culture, qui donne alors la réaction de la pyocyanine, si l'eau renfermait primitivement du bacille pyocyanique. On peut isoler cette pyocyanine de la culture, additionnée de quelques gouttes d'ammoniaque, en l'agitant avec du chloroforme. L'injection est suivie généralement d'une hypothermie s'accentuant jusqu'à la mort qui survient en trente heures environ. A l'autopsie on constate une congestion très intense de tout l'appareil digestif et du cœur, avec épanchements séreux dans le péritoine, la plèvre et le péricarde.
Quelquefois les cobayes résistent plus longtemps ; dans ce cas l'animal succombe après une agonie pénible ; on constate un léger œdème gélatiniforme, rappelant un peu celui du charbon; une grande quantité de sérosité baigne les intestins congestionnés. Le foie est volumineux et la vésicule biliaire se trouve distendue par la bile.
Le B. pyocyanique produit des toxines actives qui ont été étudiées par Arnaud et Charrin (1).
Ce germe présente une grande résistance à la destruction par les agents naturels comme l'air et la lumière, et conserve généralement son pouvoir pathogène. Rappelons que nous l'avons isolé, avec toute sa virulence, de l'eau de la fontaine d'Agar, à Zem-Zem, à la suite de l'effroyable épidémie de choléra de La Mecque en 1893, 2 mois et demi après le prélèvement des échantillons de cette eau : après cinquante-trois passages en bouillons ordinaires, il avait conservé la même virulence qu'au début.
STAPHYLOCOCCUS PYOGENES AUREUS
On rencontre assez souvent ce germe dans les eaux impures; Pasteur, qui l'a découvert en 1880, l'a isolé de l'eau de Seine. Depuis on a constaté qu'il est très répandu dans la nature, ce qui explique le grand nombre d'accidents qu'il provoque. Il vit généralement sur le corps humain en saprophyte ; mais dès que les circonstances lui sont favorables (piqûres, écorchures, altération de la peau, des muqueuses, des tissus) il devient pathogène et produit le pus septique : furoncles, abcès chauds, phlegmons. Il peut provoquer des accidents plus
(1) Comptes rendus Act Se, mai 1891.
38. — Micrococcus pyogenes aureus, d'une culture sur gélose (Macé).
STAPHYLOCOCCUS PYOGENES AUREUS. «275
graves, une véritable infection staphyloeoccique, en passant dans le sang ; staphylococcie des viscères, de la moelle, des os (ostéomyélite). Sa présence dans 1 eau est l'indice d'une souillure grave. Le staphylocoque doré est un coccus immobile de un u. environ (fig. i$8) : son groupement, comme l'indique son nom, e?l en grappe de raisin plus ou moins déformée, avec des fragments et de nombreux éléments isolés disséminés dans la préparation.
Il se colore facilement et prend le Gram. Il cultive bien sur tous les milieux usuels, de 17° à 37° : il est aérobie et anaérobie facultatif.
En bouillon il donne un dépôt jaune.
Dans le lait il coagule la caséine par acidification du milieu.
Sur gélose et sur pomme de terre il donne une culture abondante de couleur jaune ou jaune d'or Sur gélatine, la colonie est liquéfiante (fig. 39) : la périphérie est généralement claire, le centre est au contraire jaune d'or: quelquelois la colonie se fragmente.
Les cultures portées à la température de 58 degrés deviennent stériles, en quelques minutes. Le staphylocoque doré est assez résistant aux agents atmosphériques, surtout lorsqu'il est sur un support sec.
Il perd dans certaines conditions anormales son pouvoir chromogène.
Il produit des toxines pyogenes et nécrosantes (Brieger, Leber) (1) et d'autres toxines étudiées par Rodet et Courmont (2), par Mosny et Marcano (3), et par Van de Velde (4).
Les résultats fournis par l'expérimentation physiologique sur le cobaye sont très variables : on ob serve quelquefois une péritonite purulente mortelle, d'autres foii
(1) LEBun, FortschriUe der Medizin, 1888
(2) Rodbt et J. Couniwoivr, C. B Acnd douar 1RQ1 t rviu
(3) Mes,, et MAnCAWO, du., mTt'^lX- Z: CXI11' P l32'
(4) Van de Velde, Ann. de l'Institut Payeur, 1896,'t. X, p. 580.
Fig. 39. — Staphylococcus pyogenes aureus, cultures sur plaques.