PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION
En l'absence d'un antiseptique universel également efficace et pratique pour la désinfection de tous les objets indistinctement, il nous faut passer en revue les différents procédés qui conviennent à la destruction des contages, suivant le milieu dans lequel ils se trouvent.
L'idée de détruire directement les agents morbides à leur sortie de l'organisme malade est déjà ancienne, mais elle a été rajeunie par Budd. Avant la découverte des germes spécifiques des maladies contagieuses, celui-ci indiquait déjà où il fallait poursuivre le coulage : dans les déjections pour la lièvre typhoïde, dans les squames de la peau pour la scarlatine, dans les produits d'expectoration pour la tuberculose.
Grâce aux découvertes de la bactériologie ces notions ont pu se i)réciser; on connaît aujourd'hui pour nombre de maladies les voies de sorties des microbes pathogènes hors de l'organisme ; on sait qu'il faut les détruire non seulement dans les sécrétions et les excrétions qui les entraînent, mais encore dans les objets ou les locaux souillés par celles-ci.
Pour désinfecter les crachats de tuberculeux, de pneumoniques, de sujets atteints de la grippe ou de la peste, il faut obtenir des malades qu'ils ne crachent que dans un crachoir en verre ou en métal éniaillé, renfermant de l'eau phéniquée ou mieux une émulsion de crésyl. Le contenu en sera vidé dans la fosse d'aisances et le crachoir sera nettoyé à l'eau bouillante.
L'emploi de récipients en papier ou en carton, faciles à détruire par le feu, en même temps que leur contenu, constituerait un réel progrès.
Lorsqu'il s'agit de désinfecter une grande quantité de crachats et un grand
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nombre de crachoirs, comme dans un hôpital on un sanatorium, on peut employer un appareil, semblable à celui de Geneste et Hersclier, qui permet de faire bouillir les crachoirs et leur contenu dans de Teau additionnée de 15 à 20 grammes de carbonate de soude par litre.
A l'hôpital Lariboisière les produits d'expectoration sont versés dans une eau qui est soumise à une pression de trois atmosphères à l'autoclave.
Les déjections (selles, matières vomies, urines, mucus nasal, fausses membranes) sont bien désinfectées par l'addition de 8 fois leur volume d'une lessive bouillante de cendre de bois (4 partie de cendres pour 2 parties d'eau), ou bien par le mélange à parties égales à une dilution d'acide chlorhydrique ou sulfurique étendu de deux volumes d'eau.
Dans la pratique, pour les selles fraîches, comme pour les fosses cVaisances, on se sert surtout de sulfate de cuivre ou de lait de chaux. Le sulfate de cuivre s'emploie en solution à 20 p. 100; il suffit de verser 20 grammes de cette solution par htre de matières fécales.
On prépare instantanément du lait de chaux en mélangeant 1 partie de chaux éteinte à 2 parties d'eau. Ce lait de chaux doit être ajouté aux excréments dans la proportion de 2 p. 100; un quart d'heure suffit pour que la désinfection des matières soit complète. Lorsqu'il s'agit de désinfecter les fosses d'aisances, on y verse chaque jour du lait de chaux à raison de 4 à 6 centimètres cubes par personne faisant usage de ces latrines.
On ne saurait trop recommander de verser du lait de chaux dans les fosses avant de les vider et après la vidange de recouvrir le fond de la fosse d'une couche de lait de chaux. Cette addition de chaux n'enlève aux matières fécales rien de leurs propriétés comme engrais.
D'une façon générale le passage à l'étuve à vapeur est le moyen de beaucoup le meilleur pour désinfecter les objeU en toile ou en coton, tels que le linge de corps, les serviettes, les mouchoirs, les draps de lit, les couvertures et les vêtements de laine, les tentures, les soieries, enfin les objets rembourrés, tels que les coussins, les oreillers, les édredons, les traversins et les matelas. Il ne faut pas oublier que sur les tissus toutes les taches en général, surtout celles de graisse, de vin ou de sang, restent indélébiles après le passage à l'étuve. Il faut avoir soin, avant cette opération, de bien humecter ces taches soit avec de la lessive de soude, soit avec une solution faible de sublimé.
Après le passage à l'étuve à vapeur les objets ne doivent être que légèrement moites; aussi sont-ils très rapidement secs. Pour empêcher la condensation de la vapeur d'eau qui peut y rester contenue, il sera bon de secouer et d'aérer les vêtements et les couvertures et de battre les matelas.
Les expériences de Levison (de Copenhague) montrent que la résistance des tissus n'est généralement pas altérée par leur séjour dans Tétuve à vapeur. Si le lin perd un peu de sa solidité, le coton au contraire devient plus résistant.
Quant à l'aspect et à la couleur des tissus, ils ne sont pas altérés par Taclion de la vapeur d'eau; la laine blanche seule prend en général une teinte jaunâtre.
Si l'on n'a pas à sa disposition une éluve à vapeur, ce qui arrive encore dans presque toutes les campagnes et dans bon nombre de villes, le procédé de désinfection le plus simple est d'immerger le linge, les couvertures et les vêtements de laine
pendant nne demi-heure dans l'eau bouillante. Certains objets de laine non décatis, tels que les chemises de laine, les gilets ou les ceintures de flanelle, se rétrécissent trop et sont mis hors d'usage par leur passage à Feau bouillante. Ce procédé ne leur convient donc pas.
Pour le linge le passage à la lessive constitue une désinfection très suffisante.
On peut encore rendre aseptiques les tissus de toile, de coton ou de laine en les plongeant pendant 48 heures dans une solution forte d'acide phénique ou de sublimé, ou bien dans une émulsion de crésyl à 1 p. 100, ou de savon phéniqué. Il y a avantage à porter ces liquides antiseptiques à une température voisine de 50°. On lave ensuite les objets à grande eau et on les laisse sécher. Ce procédé ne convient i)as aux tissus dont les couleurs ne sont pas solides; celles ci peuvent être en effet altérées par le long séjour dans ces solutions.
Certains objets ne supportent ni Faction de la vapeur, ni celle de Feau chaude : ce sont les cuirs, le caoutchouc, les toiles cirées, le carton, les fourrures, les plumes. On se contentera de passer sur eux un linge imbibé d'une solution désinfectante.
Pour les objets sans valeur le mieux est de les détruire par l'incinération. C'est ainsi qu'il faut se défaire des papiers, chifïons, pièces de pansements, paillasses, meubles trop délabrés, détritus, etc.
La désinfection des locaux ]\eui se faire avec des antiseptiques soit à Fétat gazeux, soit à Fétat liquide ^ La plupart des désinfectants gazeux (acide sulfureux, chlore, etc.) sont actuellement abandonnés, leur insuffisance ayant été universellement reconnue. Nous nous sommes suffisamment étendus sur les avantages et les inconvénients de la désinfection par le formol, pour n'avoir pas à y revenir ici.
La solution antiseptique la plus généralement employée pour la désinfection des locaux est celle de sublimé à 1 p. 1000, non additionnée d'acide tartrique ou chlorhydrique. Les recherches de Guttmann et Merke ont démontré cpie cette solution a un pouvoir désinfectant très marqué, qu'elle ne détériore pas les surfaces non métalliques (planchers, papiers, murs peints ou blanchis à la chaux, tentures, meubles), qu'elle est inoffensive pour les personnes qui pratiquent la désinfection et pour celles qui habitent le local désinfecté De plus l'emploi de cette solution est facile et réalise la désinfection à très bas prix. Elle est vingt fois moins coûteuse que celle par la solution phéniquée forte, qui pourra cependant être utilisée dans les locaux habités par des tuberculeux.
Les meilleurs effets sont obtenus par l'emploi de solutions chauffées à 40 ou 50".
D'après E. Richard, avant de désinfecter un local, il faut le laisser fermé pendant 2 heures au moins pour permettre aux poussières de se déposer. A ce moment on entre avec précaution dans la pièce en mouillant le plancher avec la solution désinfectante. Puis on étend par terre un grand drap humide, dans lequel on réunit tous les objets qui doivent être transportés à l'étuve. On essuie tous les meubles, avec des linges imbibés de la solution, avec laquelle on humecte le plafond et les
1. En Allemagne on désinfecte assez fréquemment la surface des murailles en la frottant avec de la mie de pain fraîche. Nous avons déjà indiqué ce procédé, en faisant remarquer qu'il est assez coûteux et lent.
■2. Le sublimé peut être chimiquement retrouvé pendant une quinzaine de jours dans le local désinfecté, mais en si petite quantité qu'il n'a jamais donné lieu au moindre accident d'intoxication.
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parois. Cette opération peut être pratiquée avec des lavettes, des brosses à main, des éponges ou des pinceaux. Il faut de temps en temps laver à l'eau Finstrument dont on se sert pour étendre la solution antiseptique, sans quoi les poussières recueillies ne tarderaient pas à décomposer celle-ci. Lorsque les murs sont blanchis à la chaux ou recouverts d'une peinture qui supporte les lavages ; on peut se servir d'une petite pompe de jardin. Si les parois sont revêtues de papier, il faut avoir recours à un pulvérisateur. Geneste et Herscher en ont construit un modèle excellent, qu'on peut employer dans tous les cas. I Ce pulvérisateur (fig. 64) se compose d'un cylindre métallique C monté sur roues,
Fig. 64. — Pulvérisateur Geneste-Hersclier.
et formé de deux récipients superposés, Finférieur contient la solution antiseptique, le supérieur de l'air, qui est comprimé par une petite pompe P. Les deux récipients communiquent entre eux par un tube de petit diamètre. Sur le haut de l'appareil se voient deux robinets r et r' fermant chacun un tube qui communique l'un avec le réservoir remph de liquide, l'autre avec le récipient plein d'air. Sur chacun de ces robinets s'adapte un tuyau de caoutchouc extérieur qui aboutit à une petite pomme terminale p où s'effectue la rencontre du liquide et de l'air et par suite la pulvérisation, dès qu'on vient à actionner la pompe.
I Pour humecter les parois d'une façon uniforme avec ce pulvérisateur, il faut projeter le jet verticalement de bas en haut, et de haut en bas, suivant des lignes parallèles assez rapprochées pour couvrir peu à peu toute la surface à désinfecter. Si l'on veut pratiquer une désinfection encore plus complète des locaux, il faut,
avant d'appliquer les solutions aiitisei)tiques, lever les planchers et p:ratler les murs à fond.
Il n'y a guère que les meubles entièienient métalliques qui puissent être désinfectés à Uétuve à vapeur; la plupart des objets contenus dans une chambre (lits, sommiers, meubles, glaces, etc.) seront lavés au sublimé ou aspergés avec le pulvérisateur.
On apportera un grand soin à la désinfection des objets de loili'lle qui est généralement négligée. Les peignes et les brosses à cheveux doivent être d'abord lavés à l'eau savonneuse, puis maintenus })endanl deux lieures dans une solution de sublimé à 5 p. 1000. Les instruments métalliques, comme les ciseaux ou les rasoirs, seront plongés pendant quelques minutes dans l'eau bouillante. Les éponges de toilette, les brosses à ongles et à dents seront lavées dans de Teau à 50°, puis plongées pendant deux jours dans la solution de sublimé à 5 p. 1000, enfin rincées à grande eau avant qu'on en fasse de nouveau usage.
On sait que les convalescents de certaines maladies contagieuses gardent longtemps dans leur bouche, dans leur nez, dans leur tube digestif, ou à la surface des téguments l'agent spécifique de Uaffection dont ils ont été atteints. 11 ne faut donc pas les remettre au contact de sujets sains avant de les avoir désinfectés. Pour le nez et la bouche on recommandera des lavages ou des gargarismes à la liqueur de Van Swieten. On désinfectera au sulfate de cuivre les déjections des convalescents, ainsi que les latrines qu'ils fréquentent. Principalement pour les varioleux ou les scarlatineux, on prescrira des bains savonneux prolongés pendant trois quarts d'heure, suivis de lotions d'abord avec une solution faible de sublimé, puis au bout de trois à cinq minutes avec de l'eau chaude.
Dans les wagons et les voitures on fait d'abord un balayage du |)lancher avec de la sciure de bois humide. Les détritus recueillis sont brûlés. Puis on humecte au pulvérisateur avec la solution désinfectante tous les sièges recouverts de drap, tandis qu'on lave avec la môme solution les surfaces en bois, en cuir ou en métal.
Toutes les parties d'un navire^ sauf la cale, peuvent être désinfectées comme les locaux en général. Pour la cale, on fait dissoudre dans l'eau qu'elle contient 1 kilogr. de sublimé par mètre cube d'eau. On mélange bien la solution, en faisant circuler l'eau au moyen d'une pompe et on continue à ajouter du sublimé jusqu'à ce qu'un échantillon d'eau de la cale, puisé au hasard, détermine au bout de quelques minutes sur une lame de cuivre brillante la formation d'un dépôl grisâtre qui s'enlève aisément avec le doigt. A partir de ce moment on laisse le désinfectant agir pendant vingt-quatre heures, puis on vide la cale au moyen des pompes et on remplace la solution antiseptique par une quantité égale d'eau de mer, qu'on renouvelle quotidiennement pendant trois jours, de façon à faire disparaître tout le sublimé. On passe ensuite du lait de chaux frais sur toutes les surfaces et dans tous les interstices. A défaut de sublimé on peut employer le sulfate de cuivre. La désinfection de la cale par dégagement de vai)eurs d'acide sulfureux est moins efficace, mais détruit plus sûrement les rais. Ce procédé est donc parliculièrement recommandable i)Our les navires provenant de localités atteintes par la peste.
Les marchandises qui constituent la cargaison d'un navire doivent être désinfectées dans certains cas. Les objets sans valeur seront incinérés. On fera passer par des étuves à vapeur tous les objets qui ne peuvent être détériorés par ce procédé de