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DÉSINFECTANTS MÉCANIQUES ET PHYSIQUES

La friction des parois à la mie de pain a été préconisée par Esmarch, qui considère qu'elle désinfecte aussi bien que le spray au sublimé et mieux que le lavage à la solution mercurielle à 1 p. 1000. Ce procédé ne présente aucun inconvénient pour ceux qui l'emploient, ni pour les objets sur lesquels il est appliqué, mais il est lent, minutieux et assez onéreux.

Les lavages à grande eau ou avec un linge humide rendent de réels services et remplacent avantageusement le balayage et l'époussetage, qui disséminent les germes secs dans l'air, au lieu de les fixer et de les entraîner comme l'eau et les linges humides.

On a préconisé en Allemagne, pour la désinfection des murs, l'application de peintures ou d'enduits spéciaux. Les résultats obtenus ne sont guère supérieurs à ceux que donnent les badigeonnages au lait de chaux dont nous parlerons plus loin.

A ces moyens, qui agissent surtout mécaniquement, il faut ajouter l'aération, l'insolation et la dessiccation, qui sont des procédés naturels de désinfection dont l'efficacité, bien que lente, n'en est pas moins d'une utilité incontestée.

Arrivons maintenant à l'élude de l'action de la chaleur, qui joue un rôle si important dans la pratique de la désinfection.

L'air chaud est un mauvais agent de stérilisation et l'élude des éluves à air chaud, qui ont eu un moment de vogue, n'offre plus qu'un intérêt historique. C'est qu'en effet les spores du charbon résistent deux heures à l'air sec élevé à la température de 140 à 144°; après plusieurs heures d'exposition à une température analogue, le thermomètre maxima placé au centre d'une couverture enroulée ne s'élève pas au-dessus de 50 à 70° (Wolffhiigel et Koch, Vallin). La chaleur sèche ne pénètre donc pas, ne stérihse pas^ mais en revanche elle détériore sérieusement la surface des objets et est tout à fait inapplicable dans la pratique.

L'incinération, qui puritie radicalement, n'est apphcable qu'aux objets sans valeur et lorsqu'elle doit porter sur des objets volumineux, elle demande un certain espace et ne peut guère être employée dans les villes.

Le flambage, qui est en réahlé une incinération superficielle, sera réservé pour les objets qui ne peuvent être endommagés : les métaux, le sol, les murs non recouverts. On emploiera des copeaux, de la paille enflammés et pour les parois la lampe à chalumeau des peintres.

L'eau bouillante est un excellent agent de désinfection. On sait que tous les germes pathogènes connus sont détruits, ainsi que leurs spores, lorsqu'ils sont maintenus pendant 10 à 15 minutes dans de l'eau en ébullition. Une température moins élevée, 60° par exemple, suffit à tuer les bactéries; la stérilisation à l'aide du chauffage discontinu par la méthode de Tyndall en est une preuve. Si les sub-

PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE. 3{

stances qu'on veut désinfecter contiennent de la graisse ou du mucus, il sera bon d'ajouter à l'eau 25 grammes de carbonate de soude par litre.

La vapeur d'eau est un des désinfectants les plus sûrs et les plus pratiques. Elle peut être employée sans pression et sous pression. L'efficacité de son emploi est subordonnée à quelques conditions. D'abord elle ne doit pas être mélangée d'air, car celui-ci empêche la condensation de la vapeur, qui est un des facteurs les plus énergiques de la désinfection. De plus elle doit être saturée, c'est-à-dire humide; si on essaie de la surchauffer en la faisant passer au contact d'une surface de chauffe, on obtient un gaz sec qui n'est plus capable de désinfecter les spores qu'à partir de 150°, température qui compromet l'intégrité des objets qui y sont soumis (Esmarch, Teuscher). On sait d'ailleurs que la vapeur humide à 100° tue les spores du charbon en 7 minutes.

Les étuves à vapeur employées pour la désinfection peuvent se ramener à trois types :

1° Étuves à vapeur fluente sans pression;

2° Étuves à vapeur dormante sous pression ;

3° Étuves à vapeur fluente sous pression (système mixte) .

La plupart des modèles construits suivant l'un de ces types donnent de bons résultats. On a beaucoup discuté pour savoir à quelle étuve il fallait donner la préférence. En réalité chaque modèle présente des avantages et des inconvénients. Lorsqu'il s'agit de faire un choix il faut surtout tenir compte du prix de l'appareil, des frais de son installation et de son fonctionnement, de la rapidité avec laquelle on obtient une désinfection suffisante.

Toutes ces étuves comprennent un générateur de chaleur, un générateur de vapeur et une chambre à désinfection obturée par un couvercle soit percé d'un oritice (vapeur fluente sans pression), soit hermétiquement obturé (vapeur dormante sous pression), soitpercéd'un orifice muni d'un clapet formant soupape (vapeur fluente sous pression).

1° Les étuves à vapeur fluente sans pression sont toutes disposées suivant le principe du four à vapeur de Koch, qui est employé dans les laboratoires pour la stérihsation des milieux de culture.

Ce four (fig. 56 et 57) est formé d'une chaudière cylindrique en tôle a, entourée d'une enveloppe de feutre empêchant la déperdition de la chaleur. Elle est chauffée en dessous par un bec de gaz et fermée par un couvercle c percé de deux trous, l'un pour le thermomètre, l'autre pour l'échappement de la vapeur. L'intérieur de la chaudière est divisé en deux compartiments superposés par une plaque de tôle percée de trous t. Le compartiment inférieur, plein d'eau, est le générateur de vapeur d; le supérieur est la chambre à désinfection g.

Pour faire fonctionner l'appareil, il suffit d'allumer le gaz. Lorsque le thermomètre marque 100°, on attend pendant un quart d'heure à une demi-heure, puis on éteint le gaz; la stérihsation est suffisante.

La vapeur Iluente possède un pouvoir désinfectant plus marqué que la vapeur dormante. L'intérieur des objets placés dans le courant de vapeur à 100° donne une température de 104 et de 105°. Budde a expliqué que cet excès de température proviendrait de la condensation de la vapeur d'eau dans la profondeur des objets; car l'eau, qui absorbe 537 calories pour passer à fétat de vapeur, les abandonne au moment où la vapeur se condense et redevient liquide. L'expérience

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montre que la vapeur dormante ne produit pas cette augmentation de température.

Les appareils à vapeur fluente sans pression donnent donc des résultats très suffisants. Ils sont d'une construction simple, ne présentent pas de danger d'explosion et coûtent relativement peu.

On peut réaliser partout à très bon compte une étuve à désinfection, construite d'après ces principes, avec des matériaux qui ne font défaut nulle part. On place au-dessus d'une marmite pleine d'eau (générateur de vapeur) de 80 centimètres de diamètre, un tonneau (chambre à désinfection) de diamètre un peu supérieur et d'enviroii 1 m. 50 de hauteur. L'interstice entre les deux récipients est bouché avec de la terre glaise ou des chiffons mouillés. La paroi inférieure du tonneau est percée.

au vilebrequin de trous qui permettent à la vapeur de passer de la marmite dans le tonneau. La paroi supérieure de celui-ci est remplacée par un couvercle mobile percé d'un trou, où se loge un bouchon à travers lequel passent un thermomètre et un tube pour la sortie de la vapeur.

L'ensemble de Fétuve coûte au maximum 20 francs, et 75 centimes de charbon I suffisent à une désinfection.

Il arrive souvent que, dans ces appareils, l'eau de condensation mouille fortement j les objets à désinfecter.

i C'est pour obvier à cet inconvénient que, dans les étuves de Thursfield et de Van-, Overbeck de Meyer (Utrecht), on a établi des chaudières circulaires enveloppant complètement la chambre de désinfection ; celle-ci se trouve ainsi chauffée dès le début de l'opération par l'eau et la vapeur du générateur, de sorte qu'il ne se produit jamais d'eau de condensation en quantité suffisante pour mouiller les objets.

L'éluve de Thursfield (fig. 58 et 59) comprend un foyer a, qui chauffe la chaudière b ; celle-ci enveloppe la chambre de désinfection cylindrique f. La vapeur passe du générateur b dans les tuyaux dd qui entourent la chambre; à la partie inférieure de ces tuyaux, en e, sont percés des orifices qui permettent à la vapeur de pénétrer dans la chambre de désinfection. Au haut de celle-ci est un conduit g, par lequel la vapeur s'écliappe.

Dans l'étuve de Van Overbeck la vapeur pénètre dans la chambre de désinfection de haut en bas, ce qui est plus rationnel, car Tair, dont la densité est plus forte que celle de la vapeur, a tendance, par son poids spécifique, à gagner les parties basses de l'appareil, d'où il s'écoule au dehors. Il est ainsi plus rapidement et plus complètement chassé.

Les étuves de Schimmel, de Henneberg ont un générateur de vapeur distinct de

Fig. 58. — Etuve de Tliursflcld. Fig. 59. — Coupe de l'étuve de Tliursfield.

la chambre de désinfection ; ce sont ces modèles qui sont les plus employés pour la désinfection pubUque dans les grands centres en Allemagne.

2° Les étuves à vapeur dormante sous pression ont pour type le plus répandu l'étuve Geneste-Herscher, construite d'après le principe de la marmite de Papin ou mieux de l'autoclave couramment employé dans les laboratoires de bactériologie. Dans l'étuve Geneste-Herscher (fig. 60 et 61) la chambre de désinfection est formée d'un grand cylindre métallique horizontal E avec enveloppe isolante. A chaque extrémité du cylindre se trouve une porte montée sur pivot. Ces portes se ferment lier métiquement au moyen de boulons à bascule comme le couvercle de l'autoclave. U chariot G, qui pénètre dans la chambre à désinfection et en sort en roulant su rails Y, Y', reçoit les objets à désinfecter.

Le générateur de vapeur communique avec l'étuve au moyen de deux tuyaux ' robinet : l'un projetant de la vapeur dans la chambre de désinfection, l'autre ame nant la vapeur dans deux batteries chauffantes, formées de petits tubes en fer qu tapissent les parties supérieures et inférieures de la chambre de désinfection.

On fait fonctionner l'appareil en chauffant d'abord les batteries pour élever 1 température de l'étuve à 133", qu'on maintient pendant toute la durée de la désin fection. On introduit alors dans l'étuve le chariot chargé, on ferme et on dégage d la vapeur dans l'intérieur de la chambre de désinfection. L'air, plus froid et plu dense, se réunit à la partie inférieure de l'étuve, d'où il est évacué par un tuya" de dégagement. Lorsqu'il ne sort plus par ce tuyau qu'un fort jet de vapeur, tou l'air a été expulsé et on peut fermer le robinet. La pression s'élève alors progressi

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verneiit jusqu'à 106 ou 108°. A ce moment on fait une décompression brusque afin de faire éclater les bulles d'air encore emprisonnées dans les mailles des tissus et de permettre à la vapeur de prendre contact avec toutes les parties des objets à désinfecter, en ouvrant le robinet de dégagement. Puis on le referme, on ramène la pression à 115'' et on la maintient à ce niveau pendant 10 minutes.

Dès lors la désinfection est achevée, il suffit de laisser échapper la vapeur, et d'ouvrir les portes pour que l'air pénètre dans l'étuve et en sèche les objets.

Fig. 60. — Etuve Geneste-Herscher fixe.

Au lieu de faire une seule décompression, il est avantageux d'en faire deux ou trois. On est plus certain ainsi, comme l'a montré Budde, d'élever rapidement à une température suffisante les objets à désinfecter.

Geneste et Herscher construisent des étuves fixes et des éluves montées sur roues

Fig. 61. — Etuve Geneste-Herscher locomobile.

et locomobiles. Ces appareils sont excellents. Leur unique défaut est d'être d'un prix élevé.

3° Les étuves à vapeur fluente sous pression sont destinées à joindre les avantages des deux systèmes précédents. Un des types les mieux compris est l'étuve de Yaillard et Besson dont voici la description :

Au-dessus du fourneau F est placée l'étuve proprement dite formée de deux cylindres concentriques fermés à leur partie inférieure. Le cylindre intérieur S est la chambre à désinfection. Le cylindre extérieur Q, distant de l'autre sur tous ses points et garni extérieurement d'une enveloppe calorifuge, est le générateur de vapeur et

contient environ 45 litres d'eau. Le fond du cylindre intérieur est percé d'un orifice Y d'où part un tube qui amène latéralement la vapeur à un orifice, fermé par un clapet D, qui sert à la fois de moyen de réglage pour la pression intérieure et de soupape de sûreté.

Un couvercle G à joints en caoutchouc J, fermé par des boulons à oreille B, est placé à la partie supérieure de Fétuve.

Lorsque le clapet est disposé pour la charge maxima, l'étuve se règle automatiquement à 410 ou 112°.

Vaillard et Besson ont aussi établi un modèle d'étuve horizontale, qui n'est que la a^eproduction du système qui vient d'être décrit.

Le prix de ces étuves n'est pas très élevé et leur fonctionnement est économique.

Contrôle des étuves à vapeur. — Il ne faut jamais accepter une étuve sans lui

l^iy. (rJ. — I^luvc \ aillard et r3csson. Fig. 63. — Coupe de l'étuve Vaillard et Besson.

avoir fait subir un contrôle, car les appareils étabhs d'après les données les plus scientifiques donnent quelquefois des résultats désastreux à la pratique.

L'important est de déterminer en combien de temps la température atteint 100° 'au centre des objets les plus épais mis à l'étuve. On emploie pour cela le pyromètre électrique, placé au point dont on veut connaître la température. Cet appareil est composé de deux lames de laiton en communication par deux fils conducteurs, qui traversent par un bouchon métallique la paroi de l'étuve, avec les deux pôles d'une sonnerie électrique extérieure. Le contact entre les deux lames de laiton est empêché par un petit cyHndre de Talliage suivant, fusible à 100° :

Plomb . .

Étain. . .

Bismuth

5 parties.

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Au moment même où la température atteint 100° au point où se trouve le pyromètre, le cylindre d'alliage se fond, le contact s'établit entre les deux lames de laiton, et la sonnerie se fait entendre.

DÉSINFECTANTS CHIMIQUES

Nous débuterons par ceux qui sont les plus usuels et s'emploient à l'état de solution; ils comprennent les substances de beaucoup les plus fréquemment utilisées; nous réservons pour la fin de ce paragraphe l'étude des désinfectants à l'état gazeux, j \ qui, à l'exception du formol, n'ont plus guère d'intérêt pratique.

Sels métalliques. — Le sublimé (bicblorure de mercure) mérite bien la priorité, car depuis les travaux de Koch sur la désinfection (1882) c'est assurément le 1 premier des désinfectants.

I Les solutions de sublimé se préparent aisément, elles sont inodores, faiblement I toxiques à la solution usuelle de 1 p. 1 000 \ peu coûteuses. Leur pouvoir désinfectant a été bien mis en évidence par Geppert, Laplace et Behring. Ce dernier a montré que l'action du sublimé varie suivant chaque microbe et suivant la température à laquelle il est employé. Le bacille du choléra est tué en une heure avec une solution à 1 p. 100 000 à 36°; en cinq minutes avec une solution à 1 p. 50 000 à 36°; en cinq minutes, à n'importe quelle température avec une solution à 1 p. 25 000. Cette dernière à 36° met une heure à tuer le bacille typhique. Quant au staphylocoque doré il résiste parfois 25 minutes à la solution à 1 p. 1 000 à 22°.

Le sublimé a, il est vrai, l'inconvénient d'attaquer les métaux; de plus, dans les matières organiques riches en albumine, le subUmé détermine une coagulation de cette substance, qui met les microbes à l'abri de l'action antiseptique de la solution mercurielle. C'est pour cela qu'on n'emploie pas le sublimé pour la désinfection des crachats, des vomissements et des matières fécales ^. Il est vrai que la coagulation de l'albumine est beaucoup moindre quand on ajoute à un litre de solution de sublimé bouUlant 10 gr. de sel marin. Il vaut mieux employer ce mélange fraîchement préparé.

On peut encore arriver au même résultat en ajoutant à la solution de sublimé 5 à 10 p. 1 000 d'acide chlorhydrique ou mieux d'acide tartrique (ce dernier ne détériore pas les tissus).

On a aussi préconisé l'addition d'alcool (20 à 25 p. 100) pour augmenter le pouvoir désinfectant de la solution mercurielle.

Il est toujours prudent de colorer les solutions de sublimé.

D'autres sels de mercure peuvent être également employés comme désinfectants, notamment le biiodure et surtout l'oxycyanure de mercure qui présente l'avantage

1. A Turin la désinfection des parquets et des murs se fait avec une solution de sublimé à 10 p. 1 000, sans qu'on ait jamais observé d'accident. (F. Abba.)

2. Le sublimé ne peut être employé à la désinfection des fosses d'aisances pour une autre raison : les composés sulfureux transforment en efîet le bicblorure en sulfure de mercure inerte. Les matières fécales deviendraient d'ailleurs ainsi complètement toxiques et ne pourraient plus être utilisées comme engrais.

de n'exercer aucune action irritante sur les téguments et de ne pas détériorer les instruments métalliques.

Le sulfate de cuivre (vitriol bleu) est à la fois un désinfectant et un désodorisant énergique; c'est pour cela qu'il est surtout utilisé pour la désinfection des matières fécales. Il est peu coûteux et peu toxique. Il s'emploie en solution à 5 p. 100 (eau bleue) pour la désinfection des selles (1 grand verre pour 1 litre de déjections) et du linge sale (4 litres pour 20 litres d'eau) ; le linge doit rester douze à vingt-quatre heures dans cette solution. On pourrait réduire ce temps de moitié en maintenant la solution à 55 ou 60°.

Alcalis et acides. — La chaux est un désinfectant ancien qui a été remis en honneur depuis une vingtaine d'années. L'action de la chaux caustique est due à ce qu'elle alcalinise le milieu auquel elle est mélangée.

Pfuhl, Richard et Chantemesse ont montré que le lait de chaux est encore plus actif et désinfecte parfaitem.ent les selles à la dose de 5 à 7,5 de lait de chaux pour 100 de matières fécales. En outre, apphqué en badigeonnages sur les murs, le lait de chaux constitue un bon désinfectant de surface (Lapasset), extrêmement facile à employer et à renouveler fréquemment et ne coûtant à peu près rien.

Pour préparer un lait de chaux, on prend de la chaux de bonne quaUté, on la fait se déliter en l'arrosant petit à petit avec moitié de son poids d'eau. Il faut avoir soin de ne pas ajouter très rapidement l'eau, car on « noierait » la chaux qui ne se déliterait plus. Quand la déhtescence est effectuée, on met la poudre ainsi obtenue dans un récipient bien bouché qu'on conserve dans un endroit sec et exempt d'acide carbonique (les caves ne conviennent pas à cet effet).

On prépare le lait de chaux au fur et à mesure des besoins ; enfermé dans un vase soigneusement bouché il ne se conserve que quelques jours.

Comme 1 kilogr. de chaux qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déhter a acquis un volume de 2 Htres 200, il suffit de délayer cette dernière quantité d'hydrate de chaux dans le double de son volume d'eau, soit 4 litres 400, pour obtenir un lait de chaux qui soit environ à 20 p. 100.

Les lessives de ménage à la cendre de bois ou au carbonate de soude (à 1 p. 50) sont d'excellents désinfectants du linge, employés de toute antiquité. C'est qu'en effet la soude et la potasse sont des antiseptiques puissants par leur alcahnité, qui tuent les spores du charbon en 10 minutes à 85°.

De même les savons ont un pouvoir désinfectant très marqué qu'a démontré Koch. On obtient d'excellents résultats en laissant tremper le linge pendant plusieurs heures dans une solution de savon de Marseille à 30 ou 40 p. 1 000 à la température de 30 ou 40° (Serafini). En Allemagne, la solution chaude à 3 p. 100 de savon de potasse (savon noir) est utilisée pour la désinfection du linge en temps de choléra.

Les acides sulfurique et chlovh]] civique ne peuvent guère être employés qu'à la désinfection des fosses d'aisances en solution à 1 p. 100. En dehors de cet usage ils sont d'un maniement difficile et détériorent les métaux, les vêtements, le hnge et tous les objets colorés.

E. Richard recommande pour les désinfections du sol ou de matières animales en décomposition de mélanger, à parties égales, l'acide phénique impur du commerce

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et l'acide siilfurique du commerce. On obtient ainsi une masse brunâtre, sirupeuse qui se dissout bien à 2 et à 5 p. 100 et qui forme un puissant désinfectant à vil prix.

Composés de la série aromatique. — Vacide phénique à cause de son odeur désagréable, de ses propriétés caustiques et de sa valeur antiseptique relativement faible est beaucoup moins utilisé qu'autrefois pour la désinfection. D'après Behring les principaux microbes pathogènes sont tués en une minute avec une solution phéniquée à 1 ou 1,5 p. 100.

Yersin dit que les bacilles tuberculeux sont tués dans les crachats au bout d'une minute avec la solution à 1 p. 100. Scheurlen, Beckmann, Paul et Krônig, C. Rômer ont montré que l'addition de 6 à 24p. 100 de sel de soude aune solution phéniquée de 1 à 3 p. 100 élève notablement le pouvoir antiseptique de l'acide phénique vis-à-vis des spores du charbon.

Il peut être réservé à la désinfection des miUeux riches en albumine pour lesquels le sublimé ne convient pas.

L'acide phénique brut ne renferme que peu d'acide phénique pur et 75 p. 100 de crésols ou phénols supérieurs, ayant de très grandes propriétés désinfectantes, mais ne pouvant être employés, en dehors de certaines manipulations spéciales, qu'après traitement par l'acide sulfurique ou chlorhydrique et formant alors des solutions tellement acides qu'on ne peut les utiliser dans la pratique.

Le crésyl ou créoline est un antiseptique dans lequel les crésols sont émulsionnés, au moyen d'un savon résineux, avec des carbures d'hydrogène. C'est une substance qui s'émulsionne instantanément dans l'eau et reste ainsi très homogène pendant plusieurs semaines.

L'émulsion à 3 p. 100 a l'aspect du lait; elle détruit très rapidement les microbes pathogènes, notamment le bacille de la tuberculose, aussi est-elle employée spécialement pour les crachoirs hygiéniques ; en dehors de son pouvoir antiseptique son aspect laiteux masque les crachats qui y flottent.

C'est un désodorisant remarquable.il n'est pas toxique, ne détériore pas les objets et ne laisse après lui qu'une odeur qui disparaît très vite.

Le solvéol, le solutol, le lysol sont des solutions neutres ou alcalines de crésols dont les prix élevés empêchent d'en répandre beaucoup l'usage.

Désinfectants gazeux. — Vacide sulfureux, naguère si employé, n'est plus considéré aujourd'hui que comme un désinfectant tout à fait insuffisant. On obtient le dégagement gazeux soit en faisant brûler de la fleur de soufre après avoir bien clos le local à desinfecter, en bouchant les joints avec des lames de papier collées ; soit en y laissant s'évaporer du gaz sulfureux liquéfié, enfermé dans des siphons métalhques. L'acide sulfureux ne tue pas toujours les bacilles dépourvus de spores, alors même que la quantité de soufre brûlé est portée à 60 grammes par mètre cube et que le dégagement de vapeurs sulfureuses est assez intense pour détériorer les objets.

De plus les vapeurs d'acide sulfureux sont irritantes et la combustion du soufre crée toujours un danger d'incendie.

Les vapeurs de chlore ont une action également incertaine; elles ne constituent qu'un désinfectant de surface sans aucune pénétration; elles détériorent habituelle-

ment les métaux, les étoffes et les papiers et sont dangereuses ])Our rhomnie lorsqu'elles sont en quantité suffisante pour devenir efficaces.

Le chlorure de chaux et les hypochlorites ont une action autrement énergique sur les microhes pathogènes. L'hypochlorite de soude (eau de Javel), malgré son odeur désagréable, l'hypochlorite de chaux tuent en cin({ minutes, à la température ordinaire, les principaux microbes pathogènes. (Chamberland et Fendjach.)

La méthode qui consiste à répandre du chlorure de chaux en poudre dans les urinoirs publics ne donne guère en revanche pour résultat que de dégager une odeur nauséabonde.

L'emploi de Valdéhyde formique sous forme gazeuse s'est assez répandu durant ces dernières années. La puissance antiseptique de l'aldéhyde formique est très marquée, ses gaz ne détériorent aucun objet, enfin ils ne sont pas toxiques.

Une des difficultés de l'emploi de l'aldéhyde formique, c'est la faciUlé avec laquelle elle se polymérise. Elle peut prendre trois formes de condensation : l'aldéhyde formique et ses deux polymères, le trioxyméthylène et la paraformaldéhyde. Sous la première forme c'est un excellent désinfectant ; les deux autres formes ont un pouvoir antiseptique beaucoup moindre; il importe donc d'éviter la polymérisation.

La principale objection qu'on puisse faire à la désinfection par l'aldéhyde formique c'est que les expériences de laboratoire, comme la pratique, ont démontré que le formol n'est qu'un désinfectant de surface. Alors même qu'on chasse l'air de la profondeur des objets à désinfecter, il est extrêmement difficile de les faire pénétrer par des gaz; l'aldéhyde formique ne fait pas exception à cette règle; elle n'offre aucune garantie pour la désinfection des vêtements, des tentures et des objets de literie. Aussi les partisans les plus convaincus de cet antiseptique ont-ils toujours proposé d'en réserver l'usage à la désinfection des locaux.

Les gaz d'aldéhyde formique sont employés sous forme de vapeurs sèches ou de vapeurs humides.

Le dégagement des vapeurs sèches est produit soit par les petites lampes désodorisantes \ réalisant la combustion incomplète de l'alcool méthylique au contact de l'air et du platine incandescent; soit par l'autoclave Trillat, qui vaporise, sous une pression de 3 à 4 atmosphères, une solution de formochlorol, c'est-à-dire une solution aqueuse d'aldéhyde formique d'environ 1,075 de densité, dans laquelle on fait dissoudre une quantité de chlorure de calcium cristaUisé suffisante pour ramener le liquide à la densité de 1,200^; soit par le dissociateur Guasco, qui décompose le trioxyméthylène en poudre, à sa température de dissociation.

Mais tous les procédés les plus récents pour l'utilisation de l'aldéhyde formique ont recours aux vapeurs humides.

Les recherches de Brochet, de Fliigge, de Peeremboom, de von Briinn ont démontré en effet que dans un local la plus grande partie de la formaldéhyde développée se condense immédiatement à la surface des murs.

L'action antiseptique n'est donc pas attribuable aux gaz d'aldéhyde formique, mais bien à la solution de formaldéhyde qui s'est condensée à la surface des objets.

1. Ces lampes ne peuvent en aucun cas servir à la désinfection.

2. La pression fournie par l'autoclave est destinée à empêcher la polymérisation du formol et l'addition d'un sel neutre favorise la régénération.

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Pour favoriser cette condensation il faut, par suite, élever le degré hygrométrique de Fatmosplière du local à désinfecter.

Czaplewski, comme Abba, Rondelli, Symanski, conseille d'élever la température du local à désinfecter. Fairbanks a démontré la réelle valeur du fait, au moins au point de vue de la rapidité de l'action des vapeurs d'aldéhyde formique.

L'appareil de Schlossmann produit une fine pulvérisation d'une solution d'aldéhyde formique additionnée de glycérine à 10 p. 100. Le brouillard ainsi obtenu a l'inconvénient d'entamer le poli des meubles et de laisser les locaux inhabitables pendant plusieurs jours.

Schering emploie des pastilles de paraforme (c'est un polymère de la formaldéhyde : le trioxyméthylène). Ces pastilles, placées dans un petit appareil nommé y^sculcqj, sont chauffées par une lampe à alcool ; il se fait un dégagement de vapeurs d'aldéhyde formique, qui se mêlent au gaz de combustion. On a soin d'opérer dans une atmosphère chargée de vapeurs d'eau.

L'appareil de Rosenberg vaporise un mélange auquel on donne le nom de Holzine et qui est formé d'une solution d'aldéhyde formique additionnée de 5 p. 100 de menthol et d'une certaine quantité d'alcool méthyhque destiné à dissoudre cette substance.

Tous ces procédés ont l'inconvénient de nécessiter l'emploi d'appareils spéciaux et de rendre la désinfection assez onéreuse. Aussi Flûgge et Czaplewski conseillent-ils d'avoir recours tout simplement à l'évaporation de solutions peu concentrées d'aldéhyde formique. On obtient ainsi un dégagement abondant de vapeur d'eau et d'aldéhyde formique à l'état gazeux, sans avoir à craindre la production de paraformol, à condition de ne pas laisser la solution de formaldéhyde se concentrer au delà de 40p. 100. La vaporisation peut s'obtenir sans appareil spécial; il suffit d'un simple récipient à fond plat et à grande surface de chauffe, fermé par un couvercle muni d'une ouverture permettant le dégagement des vapeurs désinfectantes. Pour un local de 100 mètres carrés on vaporisera 625 grammes de formahne, ou solution commerciale à 40 p. 100 de formaldéhyde, additionnée d'environ 2 litres et demi d'eau. 11 faut prolonger l'opération pendant sept heures. La méthode de Flûgge permet de désinfecter un local de 100 mètres carrés avec une dépense qui n'excède pas cinq francs.

Quel que soit le procédé employé, le formol n'étant qu'un désinfectant de surface, on écarte les meubles des murs et on ouvre les tiroirs ; puis on ferme hermétiquement tous les orifices du local à désinfecter, pendant que l'appareil fonctionne.

Lorsque le temps nécessaire à la désinfection est écoulé, il faut, pour rendre le local plus rapidement habitable, transformer au moyen de vapeurs d'ammoniaque l'aldéhyde formique en un composé inerte et inodore, l'hexaméthylène tétramine. Il suffit, pour neutraliser tout le formol, de vaporiser dans un local de 100 m.c, 800 ce. d'une solution d'ammoniaque à 23 p. 100. Cette vaporisation demande 20 minutes. On attend 30 minutes pour que la combinaison de l'ammoniaque et du formol s'opère complètement; puis on ouvre tout et le local est de nouveau habitable.

En somme la désinfection par les vapeurs de formaldéhyde est d'une application assez aisée, surtout si l'on suit les instructions données par Flûgge. Mais il ne s'agit là que d'un désinfectant de surface et il serait important de déterminer dans quelles limites exactes il reste efficace et pour quels cas il devrait être réservé dans la pratique. C'est ce que Flûgge s'est efforcé d'établir. Il reconnaît que le formol est tout

à fait insuffisant dans les maladies où il se fait des souillures profondes des objets soit par les déjections (choléra, fièvre typhoïde ou dysenterie), soit par les sécrétions (septicémies, suppurations, fièvres pueri)érales). Cet antiseptique conviendrait plutôt dans les cas où les souillures sont plus superficielles, par exemple dans la diphtérie, la scarlatine, la rougeole, Finfluenza, la tuberculose pulmonaire.

Ce serait, par excellence, d'après lui, le désinfectant des locaux, à condition d'avoir recours en même temps aux étuves à vapeur d'eau et aux lavages antiseptiques pour les objets qui, par leur conformation, exigent une désinfection plus profonde.

Tout récemment F. Abba et Rondelli ont conclu de leurs expériences que le formol ne désiufecte que les surfaces lisses (verre, meubles vernis, etc.) ; qu'on ne peut compter sur lui pour des surfaces inégales comme celles des planchers, des corniches, des ornements des murs, des meubles capitonnés et même pour des surfaces unies, comme celles des parois verticales.

Les contradictions qu'on relève dans les résultats expérimentaux donnés par les divers auteurs, à propos de la valeur de l'aldéhyde formique comme désinfectani, commandent une certaine réserve dans la vulgarisation de sa mise en pratique. En tout cas l'emploi de cet antiseptique ne dispense que rarement de la nécessité de recourir en même temps à d'autres procédés de désinfection et particulièrement aux étuves à vapeur pour la désinfection des objets de literie et les vêtements.

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