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L'EAU

L'eau est un élément indispensable à la vie, car il fait partie constituante de tout organisme; aussi l'homme ne peut-il s'en passer tant comme aliment que pour les différents usages hygiéniques (ablutions, bains, lavages, etc.) que la civilisation a rendus nécessaires à son existence. L'alimentation en eau pure de toute agglomération humaine doit donc être une des principales préoccupations de l'hygiéniste.

Les eaux de surface recouvrent les trois quarts de la surface de la terre. Toutes ces eaux sont exposées à l'action de la chaleur solaire; celle-ci en vaporise constamment une partie qui s'élève dans l'atmosphère terrestre et s'y répand. Cette vapeur d'eau atmosphérique constitue l'humidité de l'air. Sous des influences météoriques multiples cette humidité se condense à nouveau et forme les brouillards, les pluies et les neiges, qui rendent aux eaux de surface le volume qu'elles ont perdu du fait de la vaporisation. Les eaux qui retombent ainsi sur la surface de la terre s'y écoulent par ruissellement suivant les pentes naturelles pour aller rejoindre les cours d'eau, puis les mers. Mais dans le long trajet qu'elles ont ainsi à parcourir ces eaux pénètrent en partie à travers les couches perméables du sol et forment des nappes souterraines, là où elles sont arrêtées par une assise imperméable. Ces eaux souterraines reviennent au jour, soit naturellement sous forme de sources, soit artificiellement à l'aide de puits. Comme les eaux de surface elles finissent par se déverser dans la mer, d'où elles s'élèvent à nouveau dans l'atmosphère sous forme de vapeur d'eau. C'est ce retour constant des eaux de la surface du sol à l'atmosphère terrestre et réciproquement, qui assure la répartition des eaux sur la terre.

L'homme pour ses besoins peut recueillir les eaux aux différentes étapes de leur passage dans l'atmosphère ou sur la terre. Il collecte les eaux météoriques au moyen de citernes; il utilise les eaux de surface qu'il recueille dans les cours d'eau ; il va rechercher les eaux des nappes souterraines, soit en creusant des puits, soit en captant des sources.

Eaux de pluie et citernes. — Les citernes sont des réservoirs destinés à recueillir et à conserver les eaux pluviales. Faute de mieux on peut consommer ces eaux ^ mais il ne faut point se faire d'illusion sur leur valeur.

Leur minéralisation est très inférieure en moyenne à celle des eaux de source ou de rivière. De i)lus la pliiie en nettoyant les toits et les gouttières entraîne toutes les poussières et impuretés qui les couvraient. Ces eaux peuvent à leur pénétration dans les citernes contenir une pro; ortion de matières organiques variant de 0,1 à

0,5 par litre. De pliis.il est impossible de conserver convenablement ces eaux quand y pullulent des débris végétaux, des petits animaux et des bactéries qui y développent la putréfaction et leur donnent une odeur insupportable. Aussi en Europe n'a-t-on guère recours aux citernes que pour des habitations isolées ou des agglomérations situées au milieu de régions totalement dépourvues d'eau potable.

A Venise, cependant, des citernes-fdtres ont assuré Falimentation en eau potable des habitants, jusqu'à ces derniers temps. De grandes villes d'Afrique et d'Orient (Garthage, Gonstantine, Jérusalem) étaient également alimentées par de vastes citernes.

Les citernes étaient disposées de la façon suivante à Venise. Un large bassin tronconique à base supérieure, entièrement comblé de sable, recevait les eaux de pluie

Fig. 70. — Coupe d'une ancienne citerne-filtre de Venise (d'après Imbeaux ').

de toutes les surfaces environnantes. Ges eaux filtraient à travers le sable et venaient se collecter au fond d'un puits construit au centre du réservoir (fig. 70).

Le même dispositif a été employé sur divers points de l'Algérie.

L'épuration préalable des eaux conservées dans des citernes est un procédé qui mériterait d'être plus souvent utilisé. On pourrait au moins employer ces eaux pour le nettoyage des rues et l'assainissement des égouts. Or l'appoint des eaux pluviales qui arrosent annuellement une grande ville n'est pas néghgeable. Fonssagrives évalue à 5 millions de mètres cubes la quantité d'eau que pourrait fournir chaque année la pluie dans la seule ville de Paris.

Eaux de ruissellement ou de surface. — Les eaux qui ont ruisselé, celles qui forment les cours d'eau, les étangs et les lacs ont pour origine des eaux de sources, des eaux de pluie qui se sont écoulées à la surface du sol sans le pénétrer, enfin les eaux qui proviennent de la fonte des neiges.

Les eaux de montagne fournies par les neiges ne sont pas constituées par de l'eau pure. Elles contiennent une petite quantité de matières minérales où dominent les sulfates et les chlorures, matières qui augmentent à mesure que les eaux se transforment en torrents. Elles sont bien loin d'être dénuées de corps organiques et les milliers de puces des glaciers que l'on rencontre sur les glaces ne peuvent se nourrir qu'aux dépens des détritus d'animaux ou de plantes qu'elles y trouvent. Ghaque

1. D'' Ed. Imbeaux, L'alimentation en eau et V assainissement des villes. Paris, 1902, E. Bernard et G*^

l'eau

année, tous ces débris s'accumulent et forment de nouvelles couches, tandis que la partie inférieure du glacier fondant par sa base, donne naissance à des torrents bourbeux de couleur grise ou bleuâtre selon la nature des roches sur lesquelles repose le glacier qui sans cesse les broie sous son poids énorme. Les torrents de montagnes charrient donc avec une petite quantité de chlorures et de sulfates dissous, du silicate de potasse, de soude, de chaux, de magnésie, de la matière organique et une petite proportion de gaz atmosphérique (Gauthier). Les eaux de montagne sont mauvaises près de leur source; on leur attribue un rôle dans Tétiologie de certaines maladies endémiques dans les locahlés où les habitants en font usage (goitre, crétinisme).

Les lacs où aboutissent les torrents forment des réservoirs naturels où la minéralisation de l'eau acquiert des proportions normales.

li'eau des marais est essentiellement stagnante, elle est souillée de débris végétaux qui entrent en putréfaction pendant la saison chaude. Sa richesse en matière organique, sa pollution constante par des parasites et des germes de toutes sortes, son odeur souvent fétide la rendent tout à fait impropre à la consommation.

Nous indiquons dans le tableau suivant les proportions de matières minérales contenues dans 100 litres de l'eau de plusieurs rivières^ d'après les analyses de Ch. Sainte- Glaire Deville.

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