CLIMATS POLAIRES
Les climats polaires sont limités par les lignes isothermes de — 5° et de — 15°. On a décrit dans l'hémisphère nord deux pôles : pôle glacial américain (latitude 82°, longitude ouest 105^), pôle glacial asiatique (latitude 79°, longitude est 121°).
L'isotherme de 15° — commence pour le pôle américain par 79°, descend au sud jusqu'au 69° degré de latitude, passant par la terre de Banks, la terre du Prince- Albert, Victoria et le sommet de la presqu'île Melville, puis se relève pour traverser la terre de Baffm et gagner le Groenland; au delà de cette hmite, son parcours est inconnu.
Pour obtenir l'isotherme de — 15° du pôle asiatique, on trace une ligne courbe qui, partant du parallèle de 80°, par le méridien de 90° est, vient le rejoindre par 165° de longitude en passant par le littoral arctique de la Sibérie.
Les climats polaires de l'hémisphère nord comprennent le Spitzberg, la Nouvelle Zemble, la partie la plus septentrionale de la Sibérie et de la Nouvelle-Bretagne, la terre de Baffin, le Groenland et les îles de la mer Polaire.
L'hémisphère sud, dont les isothermes ne sont pas décrites, ne renferme aucune terre connue dépendant de la zone polaire.
Dans ces sohtudes on ne rencontre que des mers immobiles, que des glaciers surplombant d'immenses champs de neige. Le soleil ne s'y montre que sous forme de rayons obliques qui traversent avec peine d'immenses brumes et n'éclairent ces régions que d'une lueur vague. Les ténèbres des nuits polaires sont dissipées, de temps à autre, par le magnifique spectacle des aurores boréales dont l'éclat est réfléchi par les neiges et les glaces. Des jours de plusieurs mois succèdent à ces longues nuits. Franklin, Parry, Rosse, Back, ont éprouvé un froid de 38°, 6 par 66°,11' de latitude nord; 49°,7 par 64°,30; 50°,8 par 69°,59; 56°,7 par 62°,46.
John Ross a séjourné pendant quatre ans (1828 à 1833), avec vingt-trois hommes d'équipage, entre le 70*^ et le 74^ degré de latitude ; il a enregistré chaque jour ses observations météorologiques. La moyenne de la température a été de -+- 13°, 9 pour les six mois les plus chauds, de — 4°, 5 et — 23°, 3 durant les plus froids.
Le maximum du froid atteint parfois jusqu'à 57° (Scoresby). Le capitaine Back, en 1834, a noté au fort Reliance — 56°, 7. Dans ces climats les variations annuelles de température sont très fréquentes ; toutefois les oscillations diurnes sont relativement peu marquées. Franklin, qui, en 1820, a observé un minimum de — 50°, a également assisté à un maximum de H- 31°, c'est-à-dire une différence de 81°. Le calme qui règne dans ces contrées est interrompu par de violentes bourrasques qui s'élèvent de temps à autre. Parry raconte qu'à l'île Melville ses compagnons pouvaient se promener à l'air libre par une température de — 46°, mais la brise la plus légère leur faisait éprouver à la face une brûlure cuisante, suivie d'une céphalalgie très intense.
Le baromètre suit une marche diamétralement opposée à celle qu'il a dans les zones tropicales. Au delà du 60^ degré de latitude, il n'y a plus de variations périodiques, mais les variations générales augmentent avec la latitude.
En dehors des aurores boréales, on ne constate plus dans ces climats de phénomènes électriques; les vents soufflent ordinairement du nord-est et du sud-ouest.
Au Spitzberg, dans le Groenland et Tîle Melville, comme sur les cimes des Alpes et des Pyrénées, on ne trouve guère que des cryptogames, une flore chétive et rare qui se compose surtout de glumacées, de fougères et d'éricinées. En quelques semaines, la végétation a parcouru toutes ses phases.
Les animaux ont un aspect, une structure, caractéristiques; ceux qu'on importe succombent.
Le Spitzberg n'est point habité, et c'est à peine si un poste de chasseurs peut s'y maintenir pendant quelques mois.
Au Groenland, les populations vivent par groupes, transportant leurs campements ou édifiant leurs huttes de neige, suivant les besoins de la chasse aux morses ou les différences des saisons.
Les Esquimaux qui, comme les Lapons et les Samoyèdes, sont beaucoup plus petits que les autres hommes, passent l'hiver dans des demeures souterraines ou dans des huttes de pierre, et l'été sous des tentes de peau.
Kotzebue a passé quatre ans dans les mers arctiques, sur le navire russe le Rurik^ et n'a pas perdu un seul de ses vingt-sept compagnons. Sur les vingt-trois hommes qui composaient son équipage, Ross n'en a perdu que trois. Rochard fait observer l'absence à peu près complète des maladies de poitrine dans ces contrées inhabitables. Toutefois, lorsque la température s'élève au-dessus de 0°, et que l'humidité de l'atmosphère se prononce davantage, il n'est pas rare de voir survenir des bronchites.
L'éclat de la lumière réfléchie par la neige, l'impétuosité des vents, la fumée qui rempUt les huttes, rendent les ophtalmies graves et fréquentes. M. Fonssagrives distingue deux espèces à' ophtalmies des neiges (snow-blindness) : l'une , consistant dans la lésion de la rétine, et déterminée par la réflexion de la lumière sur la neige, par l'éclat du ciel et des aurores boréales; l'autre, toute mécanique, causée par l'impression du vent froid, l'introduction de la neige entre les paupières et l'agglutination des cils par les larmes congelées. Tous les Esquimaux ont les paupières rouges, tuméfiées et ulcérées. Ils peuvent à peine soutenir l'éclat du jour, et marchent en plaçant la main au bas du front pour éviter l'impression des rayons solaires.
Déjà nous avons fait connaître les effets du froid extrême sous les climats froids : la congélation peut être générale et amener la mort, ou partielle et produire des gangrènes qui séparent du corps un ou plusieurs membres, le nez, les lèvres et les joues; les engelures^ les gerçures de la peau et des muqueuses, sont très fréquentes et y deviennent la cause de douleurs très vives, d'hémorragies plus ou moins graves.
Parry, Kane, Hayes, Bellot, qui ont parcouru ces régions, ont tous eu à souffrir du scorbut. Les expéditions de la Psyché et de la Cléopâtre^ en 1854, furent signalées par de graves épidémies de scorbut* Mack Glintoch le mentionne également.