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Charcot, Maladies des vieillards

ë62 DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES MALADIES

maladie n'est en général que de quelques mois. Elle parait se multiplier et prendre une force d'expansion considérable dans les localités qui semblent salubres comme rOcéanie et le Pérou. Au contraire, les pays élevés, les climats du nord, seraient indemnes.

2° D'autres affections, observables dans la plupart des climats, revêtent sous la zone torride des caractères si spéciaux, une telle gravité, que ce sont pour ainsi dire d'autres maladies; telles sont : l'insolation et le coup de chaleur, toutes les affections palustres, les dysenteries, les hépatites.

3° Enfin, une dernière classe d'affections est propre à la zone torride; quelquesunes de ces maladies y naissent et peuvent être transportées plus tard dans d'autres pays, Je citerai, comme exemple, la fièvre jaune, le choléra et la peste.

Nous négUgerons la première classe et nous aborderons de suite l'étude de la deuxième.

Les températures excessives des climats torrides donnent lieu à des accidents graves connus sous le nom d'insolation et de coup de chaleur. Suivant certains auteurs il y aurait lieu de réserver le nom d'insolation aux accidents produits par l'action directe du soleil, tandis que le coup de chaleur surviendrait sans qu'il y ait exposition directe aux rayons solaires, alors que le malade a subi les effets d'une atmo^ sphère surchauffée. En tout cas, malgré leur origine différente les accidents sont identiques dans ces deux cas.

La race blanche est de beaucoup la plus sensible à la chaleur; la race jaune l'est moins. Quant aux nègres, ils jouissent d'une immunité extraordinaire et se promè-r nent nu-tête sous le soleil de Téquateur, sans en éprouver aucune incommodité.

Le coup de chaleur, plus fréquent dans les pays chauds et la zone méridionale des climats tempérés, a cependant été observé à la limite septentrionale de ces climats. Au-dessous de 40» de latitude, l'affection est particuhèrement grave, la mortaUté dépassant souvent la moitié et même les deux tiers des atteintes. Le danger augmente si le temps est lourd, orageux, chargé d'humidité, circonstance qui diminue l'évaporation sudorale et, par suite, entrave la déperdition du calorique. Aussi les coups de chaleur sont-ils plus fréquents à la veille des orages, et aux Indes dans la période qui précède les changements des moussons.

La stagnation et réchauffement des couches atmosphériques sont à leur maximum dans certains défilés demeurés célèbres, soit en Algérie, soit surtout aux Indes orientales. Il en est de m^e de quelques voies maritimes, surtout la mer Rouge, ce long défilé, encaissé entre les montagnes de l'Arabie et de l'Egypte, et qui est souvent le théâtre de calmes désespérants, pendant lesquels éclatent de véritables épidémies d'asphyxie à bord des bâtiments qui le traversent. Texier a rapporté 4 cas mortels de coups de chaleur observés sur le transport la Garonne en juillet 1862.

Si le coup de chaleur est surtout une maladie des pays chauds, et augmente de fréquence à mesure que l'on se rapproche de l'Equateur; il peut cependant être observé dans nos climats pendant les grandes chaleurs de l'été, ou chez les ouvriers soumis à une source artificielle de calorique (dans les chaufferies des navires à vapeur, les raffineries de sucre, etc.). Ces accidents peuvent survenir en dehors de l'action directe du soleil, et assez souvent même on les observe sous la tente, dans les baraquements, à l'abri du soleil, ou encore la nuit. J'ai constaté ces effets en Perse, en revenant de Téhéran à Kasbine, par un ciel très couvert. Lacassagne en

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signale un certain nombre de cas ; en voici un exemple que nous trouvons dans un travail de Arndt ^ :

« Dans les derniers jours de juillet 1870, la l'"^ division du 2'^ corps prussien cantonné autour de Berlin, dut faire une marche militaire des plus fatigantes. Des soldats en grand nombre furent atteints de coup de soleil (ou plutôt de coup de chaleur), surtout à la fin de la journée, où cependant, chose extraordinaire, on marchait sous un magnifique ombrage. Sept d'entre eux succombèrent à la maladie. »

Dans le coup de chaleur, le calorique porte son action sur tout l'organisme qu'il élève à une température incompatible avec la vie. Les malades succombent avec des phénomènes asphyxiques, et, à l'autopsie, on trouve généralement une congestion intense de tous les organes et particulièrement des poumons, qui renferment souvent des noyaux apoplectiques ; le sang est profondément altéré; les muscles ont subides modifications importantes, ils sont rigides. La coagulation qui se fait dans le tissu musculaire débute par le cœur et le diaphragme.

Vinsolation^ au contraire, peut être observée partout et même peut-être plus fréquemment dans les climats tempérés, où l'on se met moins que dans les pays chauds à l'abri des rayons du soleil. Les rayons solaires portent leur action sur une partie quelconque du corps, ordinairement l'encéphale; les accidents consécutifs sont en rapport avec l'intensité de cette cause et la réaction du sujet atteint, et lorsque les individus succombent, c'est toujours à des accidents cérébraux et à leurs conséquences.

On se fait difficilement une idée de la température que peut atteindre une partie du corps exposée pendant un certain temps à l'action directe du soleil. Vallina fait sous ce rapport quelques expériences fort curieuses. Tandis qu'un thermomètre suspendu au soleil pendant une demi-heure ne dépassait pas 31°, 8, Vallin a vu le même instrument, reposant sur une pièce d'ouate de couleur brune, atteindre jusqu'à 80°, 6 au bout d'une demi-heure, la température à l'ombre étant de 27°, 2. . Dans deux cas, au mois de juillet, après une promenade d'une heure au soleil, le même observateur a trouvé à l'intérieur d'un chapeau de soie ordinaire 42° et 46°, alors que la sensation de chaleur à la tête n'était réellement pas pénible.

« Mais, ajoute-l-il, ce n'est jamais avec une coiffure légère et perméable qu'on voit survenir des accidents; ce sont les militaires surtout qui en sont atteints, et il faudrait connaître la température intérieure du casque en métal, des shakos épais en drap ou en cuir, le plus souvent de couleur noire. Il est de notoriété que les cavaliers se brûlent parfois la main en la portant sans précaution à leur casque, après être restés plusieurs heures immobiles au soleil, à la suite des revues par exemple : la température des parois doit s'élever facilement dans ce cas à 70° ; le renouvellement de l'air intérieur est à peu près nul, cet air est constamment saturé d'humidité et il ne serait pas impossible que la tête des hommes supportât le degré de chaleur qui, sous la calotte d'eau chaude, provoquait des accidents chez les animaux en expérience. »

1. Arch. fûr pathol. Anat. und Phys., t. LXIV, et Revue des sciences médicales (Hayem), t. VI, p. 459.

2. Recherches expérimentales sur Vinsolalion et les accidents produits par la chaleur. — Arch. de médecine, 1870. — Voir aussi, du même auteur, une revue critique in Arch. de médecine, 1871.

Les accidents de rinsolation dans nos climats se produisent surtout pendant les grandes chaleurs ; cependant, ainsi que Pavait remarqué Tissot, ils ne sont pas absolument rares au printemps, mais sont alors beaucoup moins graves.

Le sommeil est une condition des plus fâcheuses. Van Swieten parle de deux moissonneurs qui s'étaient couchés au soleil la tête nue et qui moururent. Tissot cite aussi Fexemple de deux faucheurs qui s'endormirent sur un tas de foin la tête nue ; ayant été réveillés par les autres, its chancelèrent, prononcèrent quelques mots qui n'avaient point de sens et moururent.

C'est chez les moissonneurs, et surtout chez les soldats en marche, que l'insolation frappe avec le plus d'intensité. Dans l'armée, les fantassins sont plus souvent affectés que les cavaliers et ceux qui se trouvent au centre de la colonne sont plus que les autres exposés aux accidents; aussi les Anglais, dans l'Inde, conservent-ils un large espacement entre les hommes dans les troupes en marche.

Qu'il s'agisse de coup de chaleur ou d'insolation, les accidents sont identiques et prennent la forme paroxystique : il peut n'y avoir qu'un seul paroxysme; le plus souvent il y en a plusieurs; quelquefois les paroxysmes sont subintrants.

Chaque paroxysme comprend trois périodes :

1° La période de dyspnée prémonitoire, avec angoisse thoracique, céphalalgie, vertige, faciès le plus souvent vultueux dans l'insolation, pâle dans le coup de chaleur ;

2° La période d'excitation, avec élévation de la température à 41°, déhre souvent furieux et hallucinations ;

3° La période comateuse avec ascension thermique encore plus forte (42 et 43°), affaiblissement du cœur, abolition du réflexe rotulien. Lorsque le paroxysme se termine favorablement, on constate un abaissement progressif de la température et la réapparition du réflexe rotulien.

Suivant que les accidents sont plus spécialement marqués du côté du cœur, des poumons ou du système nerveux, on dislingue une forme syncopale, asphyxique ou nerveuse (coups de chaleur apoplectiques, épileptiformes, tétaniformes ou délirants).

Le degré de gravité des affections palustres, est en rapport avec la nature du sol; elle se trouve atténuée sur de hauts plateaux boisés, ou sur un sol exempt de marécages. Au contraire, dans des conditions telluriques semblables à celles que nous avons décrites pour l'Amérique centrale, l'intoxication paludéenne se montrera sous ses formes les plus redoutables, c'est-à-dire la fièvre pernicieuse et la cachexie palustre. L'impaludisme imprime en outre son cachet à toutes les autres maladies.

Dans les parages à saisons bien tranchées, c'est à l'époque des pluies que l'on voit apparaître les fièvres ; c'est à la période suivante, alors que les marais commencent à se dessécher, qu'elles atteignent leur plus haut degré d'intensité, puis leur fréquence va en diminuant et elles cessent presque complètement à la fin de la saison fraîche.

Dans la partie nord du golfe de Guinée, dans les golfes de Bénin et de Biafra, les fièvres sont de la dernière gravité pendant la durée des vents du nord-est (en novembre et en décembre), qui coïncident avec l'élévation de la température et la cessation des pluies. C'est alors que les mouillages de Clarence à Fernando-Po, de Saint- Antoine à l'île du Prince, sont si dangereux.

Le type de la fièvre varie suivant les saisons et les localités.

La fièvre bilieuse hématurique que l'on observe aussi dans les postes du Sénégal

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et même à Saint-Louis, fait les plus grands ravages dans les comptoirs d'Assinie et du Grand-Bassam. Cette affection redoutable se montre surtout après la saison des pluies; la fréquence des accès pernicieux est en raison de Tinsalubrité des lieux.

Les formes les plus communes à la côte occidentale sont, dans leur ordre de fréquence, la délirante, la comateuse, la dysentérique, la cholérique et la syncopale.

Quel que soit le type de la lièvre à son début, elle ne tarde pas à le perdre, pour affecter une marche irrégulière, dans laquelle on voit les accès se reproduire au bout de 7 jours; la cachexie paludéenne apparaît toujours rapidement.

La Guyane, comme TAfrique tropicale, offre au plus haut degré tous les types connus de l'intoxication palustre. Dans les années ordinaires, la fièvre paludéenne représente les trois quarts du chiffre total des maladies externes et internes, et détermine le tiers de la mortalité générale.

L'impaludation des nouveaux arrivés est tellement rapide sur quelques points de cette colonie, qu'il suffit d'un mois, de quelques jours même, pour déterminer l'anémie la plus profonde, et cela au bout de quelques accès de fièvre simple seulement (Saint-Pair).

Plus ordinairement, la fièvre simple est remplacée par les fièvres rémittentes, biheuses, ictériques, algides, cholériformes ; un premier accès méconnu, le suivant devient pernicieux. Ces phénomènes pernicieux sont : 1° le délire et le coma, la congestion générale et la stupeur, les convulsions, le tétanos; 2° la pneumonie, la syncope, la cardialgie, la cyanose, l'asphyxie; 3° les vomissements, les flux bilieux, l'évacuation dysentérique ou cholériforme, l'algidité, les sudamina, la diaphorèse, la jaunisse et l'urine sanguinolente (J. Laure) K

L'Indo-Chine doit être placée parmi les pays où l'on rencontre le plus l'infection palustre (Thorel). Elle constitue un cinquième des décès dans ce pays où les trois quarts des terres cultivées sont des rizières, où l'abondance des pluies transforme pendant six mois toutes les vallées, toutes les excavations, et même toutes les plaines, en marécages.

Aucune localité de la Basse-Gochinchine n'est exemptée. Dans la Haute-Cochinchine et jusqu'à 800 mètres d'altitude, les maladies paludéennes ont la même fréquence et la même gravité. Entre 1 200 et 1 500 mètres elles paraissent diminuer d'intensité ; elles régnent encore dans le fond des vallées de l'Yunnam, sur les populations issues de Chinois et d'indigènes qui habitent ces hauteurs. Ce n'est qu'à une

1. Nous devons faire une légère exception pour la presqu'île de Malaca. La terre, d'une fertilité excessive, produit les épices que les Européens vont chercher de temps immémorial dans les îles de la Sonde. Les montagnes contiennent des gisements d'or, d'argent, de cuivre, d'étain. Quoique au voisinage de l'Equateur, le climat n'est pas malsain pour les hommes de la zone tempérée. De belles rivières, dont les estuaires forment sur la côte des ports naturels, permettent aux navires de pénétrer à l'intérieur des terres. Il n'y a donc pas de contrée au monde dont la possession soit plus avantageuse pour une nation industrieuse et commerçante.

La population indigène, assez clairsemée d'ailleurs, est de race Malaise, indolente, plutôt fourbe que méchante, facile à gagner par l'appât du gain. Partout où la sécurité est à peu près assurée, les Chinois arrivent en grand nombre, avec les qualités qui les caractérisent : économie, sobriété, application au travail. Les Européens sont incapables de se livrer à un travail manuel sous ces latitudes chaudes; mais ils apportent leur esprit d'entreprise, leur savoir, leur expérience, et ils trouvent sur place la main-d'œuvre dont ils ont besoin pour exploiter les richesses naturelles du sol. Les Malais, bons navigateurs, s'adonnaient volontiers à la piraterie. Les marines européennes y ont mis bon ordre.

altitude de 2 000 mètres qu'elles sont en véritable décroissance. Les types les plus divers se trouvent représentés. Le type quotidien est plus fréquent chez les Européens; chez les Annamites au contraire on observe le plus souvent le type tierce. Les fièvres intermittentes simples régnent presque également toute Faunée et la saison sèche n'amène qu'une faible diminution dans leur nombre. Les formes de la fièvre sont très variées, depuis l'accès simple réguUer jusqu'à l'anémie et la cachexie paludéenne la plus prononcée, jusqu'aux formes larvées et aux formes pernicieuses les plus diverses et les plus rapides. Les formes pernicieuses les plus ordinaires sont la forme encéphalique, la forme ataxique et Falgide; les accès pernicieux éclatent en général subitement, sans que rien, pas même un accès antérieur, l'ait jamais annoncé.

De toutes les endémies des pays chauds, c'est la dysenterie qui fait partout le plus de victimes.

Au Sénégal, les fièvres intermittentes ne figurent que pour 31 p. 100 dans la mortalité générale, tandis que la dysenterie y entre pour 37,16.

La fréquence de la dysenterie est d'ailleurs en rapport direct avec celle des fièvres intermittentes, sévissant surtout sur les bords empestés des rivières; toutefois, ces deux maladies ne régnent pas à la même époque : la dysenterie se montre après les fièvres.

Sur la côte occidentale de l'Afrique, les variations brusques de température ont une influence marquée sur sa production; elle se présente rarement avec une marche franchement aiguë, son début est lent et insidieux, la diarrhée le précède le plus souvent, les formes bilieuses et mucoso-bilieuses sont celles qu'elle affecte de préférence ; nulle part aussi elle n'offre une plus grande tendance à la récidive.

A la Guyane, la dysenterie est permanente ; elle sévit dans les localités où la fraîcheur des nuits contraste le plus avec la chaleur diurne. La dysenterie primitive existe souvent en dehors du paludisme, ainsi qu'on le voit aux îles de Remires et du Salut.

Lliépatite est encore une des endémies de la zone torride et l'Afrique tropicale est surtout son pays de prédilection. Il n'est guère d'Européen qui puisse séjourner à la côte occidentale sans être atteint d'hyperémie du foie. L'hépatite est le plus souvent bée à la fièvre intermittente et surtout à la dysenterie qui la précède très souvent ; elle affecte la marche insidieuse. Il n'est pas rare de voir des abcès se produire et acquérir un volume considérable chez des individus qui semblent à peine malades et qui continuent à vaquer à leurs occupations jusqu'au moment où leur abcès vient à s'ouvrir. Au Sénégal, l'hépatite entre pour un quart environ dans la statistique des décès.

La colique sèche est rattachée encore à tort selon nous, par un certain nombre de médecins (Laure entre autres), à l'endémie palustre; elle règne exclusivement, dit-il, dans les pays marécageux situés sous le tropique, et la fièvre intermittente à laquelle on la voit succéder paraît ordinairement en être le point de départ. Elle atteint les sujets débilités, qui ont subi l'influence des marais, les anémiques, disposés aux maladies du foie, à l'intermittence, à la cachexie. Toutefois, d'après les travaux de Lefebvre, trop de raisons portent aujourd'hui à considérer cette maladie comme un empoisonnement saturnin pour qu'on puisse la compter au nombre des intoxications palustres.

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On observe également, sous la zone torride, certaines affections qui offrent quelques caractères communs avec les maladies du même genre qui existent dans nos pays. Le ttjphus des hauts plateaux^ qui se rencontre partout au Mexique, endémique seulement sur l'Analiuac, serait, d'après Jourdanet, le thyplius exanthématique qui, sous le nom de mataz ahualt^ fièvre rouge des Aztèques, aurait, à diverses époques, exercé d'affreux ravages parmi les Indiens des Cordiilières. Coindet fait observer que, si le typhus est plus fréquent sur le plateau central, cela tient à ce qu'à des niveaux inférieurs les conditions climatériques permettent l'habitation dans des localités mieux aérées, que les ruisseaux, les rivières, les lacs y sont permanents, tandis que sur les hauteurs ils se dessèchent à certaines saisons, laissant au milieu des villes et des villages de vastes dépôts d'immondices.

D'autres maladies semblent affecter, sous le climat torride, un caractère particulier, distinctif des mêmes maladies observées dans nos contrées. Ainsi Vanémie tropicale serait parfois une affection essentielle, propre au pays même; il ne serait pas rare de voir des hommes qui n'ont jamais présenté les symptômes caractéristiques de la fièvre paludéenne, ou de toute autre affection endémique, dépérir progressivement et souvent très rapidement (anémie galopante), sans qu'on puisse attribuer à autre chose qu'à une anémie essentielle le brusque changement opéré dans leur santé. Quelques auteurs cependant pensent qu'il faut toujours incriminer un état pathologique antérieur et particulièrement le paludisme. Ces cas sont toujours très graves et il faut rapatrier les malades d'urgence, car la rentrée dans les chmats tempérés est la seule chance de salut (Aude).

La lèpre existe encore dans toutes les parties du monde. Elle reste plus fréquente dans la zone torride. Nous en avons fait une étude assez détaillée pour ne pas y revenir.

La fréquence des calculs vésicaux est très grande, tant dans les provinces centrales que dans les provinces supérieures de l'Inde ; elle a été observée par Gurrant, entre Calcutta et Peschaver. D'après cet auteur, elle paraît augmenter à mesure que l'on approche des hauts plateaux. Les natifs de l'Inde s'accroupissent sur les talons pendant l'acte de la miction, au lieu de se tenir debout comme nous le faisons en Europe, et il n'est pas douteux, dit Currant, que cette attitude ne soit défavorable à l'évacuation complète et facile du contenu de la vessie.

Les grandes plaies guérissent en Abyssinie avec une remarquable facilité, comme cela s'observe à la suite des supplices de la castration, de l'amputation du pied ou de la main, qui sont largement pratiqués sur les vaincus et sur les criminels.

Nous allons maintenant passer en revue les maladies propres à la zone torride. Pour ce qui est de la fièvre jaune^ du choléra et de la peste^ nous renvoyons aux chapitres que nous leur avons déjà consacrés.

En Sénégambie, la singulière maladie qui a reçu le nom de matadie du sommeil, sleeping dropsy, ntonsy des indigènes (hypnosie), est particulière aux noirs de la oôte occidenlale d'Afrique depuis le Sénégal jusqu'à Loanda. Cependant Chassaniolt dit avoir vu en 1859, à Gorée, un mulâtre de Saint-Louis succomber à cette affection. Pubeiro, Cauvin ont observé la maladie chez des mulâtresses.

Depuis l'occupation du Sénégal, il était notoire, parmi les colons de Saint-Louis et de Gorée, que chaque année un certain nombre d'esclaves (surtout à Gorée) en étaient

atteints ; on ly nommait maladie de Gorée. C'est sur les noirs du Congo que Thypnosie a été le plus souvent observée. Guérin l'a étudiée à la Martinique, mais les hommes atteints étaient des noirs africains ayant au plus cinq à huit ans de séjour aux Antilles ; jusqu'à présent celte maladie n'a pas été vue sur les noirs nés aux Antilles et purs de tout mélange, fait qui, pour certains auteurs, semble établir son origine africaine. L'hypnosie attaque tous les âges, et les deux sexes à peu près indistinctement; d'après Guérin, l'âge de prédilection serait de douze à dix-huit ans : elle est relativement plus rare dans l'enfance. L'incubation de cette maladie peut durer sept ans. On distingue une forme adynamique avec somnolence progressive, et une forme ataxique dans laquelle des crises convulsives alternent avec les accès de sommeil.

Au Soudan, Quintin donne le nom à'acrodynie à une affection dont il a observé quelques cas et qui présentait les symptômes suivants : desquamation de la peau avec engourdissement et fourmillement dans les extrémités ; altération de la sensibi- Hté tactile, complication d'embarras gastrique; les malades se plaignaient de ne pouvoir poser les pieds par terre sans éprouver une vive sensation de brûlure. On a noté comme causes : la nourriture malsaine et insuffisante, l'humidité des habitations, enfin l'usage du maïs. Pour Rey, cet état paraît tenir à la fois de la pellagre et de cette affection décrite (Le Roy de Méricourt) sous le nom de burning ofthe feet (sensation de brûlure aux pieds).

L'hématurie chyleiise est endémique dans certaines contrées tropicales, au Brésil, au cap de Bonne-Espérance, dans l'Inde, à l'île de la Réunion, à l'île Maurice et à Madagascar. Salesse (de Tîle Maurice) affirme que les trois quarts des enfants de cette île en sont affectés. Cassienn'a rien observé de semblable à la Réunion; les enfants y sont quelquefois atteints d'hématurie, mais dans une proportion beaucoup plus faible que celle indiquée par les médecins de l'île Maurice ; ils sont généralement affectés d'hématurie simple idiopathique. Le caractère chyleux de l'urine n'apparaît que dans un âge plus avancé et lorsque l'affection est déjà ancienne. A la Réunion, l'âge adulte et le sexe masculin paraissent prédisposés' à cette maladie; elle attaque de préférence les individus de la classe aisée ; les Européens qui viennent dans l'âge adulte habiter le pays, ainsi que les créoles, y sont surtout prédisposés, et, parmi ces derniers, les individus d'un tempérament lymphatique. L'hématurie chyleuse, assez fréquente sur le littoral, ne se développe jamais dans les locaUtés élevées. L'hématurie est aujourd'hui rattachée à l'existence d'un parasite, la filaire adulte de Bancroft, qui, émettant de nombreux embryons, microfilaires de Wucherer*, produit suivant les localités soit l'hématurie, soit Véléphantiasis des Arabes, soit certaines ascites, soit Vandrum. C'est ce dernier nom que les naturels, au dire de Ksempfer, donnent dans l'Inde à une forme d'hydrocèle.

Vandrum commence par un érysipèle au scrotum, qui se reproduit, dit-on, tous les mois à la nouvelle lune; il laisse après lui une tuméfaction causée parl'épanchement d'une matière séreuse dont la quantité augmente de jour en jour et exige des ponctions ou des scarifications. Cette maladie attaque les indigènes et les Européens; il suffit d'un séjour de quelques années pour y être sujet, elle est incurable pour

1. On sait par les recherches de Manson que la microfilaire doit être absorbée par un moustique pour passer à l'état de larve. Le moustique meurt ensuite à la surface de l'eau, où ces larves se répandent; c'est ainsi qu'elles sont absorbées par l'homme avec l'eau potable.

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les habitants. Si l'on change de climat, la tumeur diminue et finit par disparaître (Boudin). La filariose produit peut-être aussi la maladie du sommeil (Stephen Mackensie et Manson) et cette dermopathie prurigineuse, analogue à la gale, qu'on appelle craw-craw (O'Neill).

Les affections cutanées sont très fréquentes et très variées sous les climats torrides. Nous allons en passer quelques-unes en revue.

A la Guyane, Vulcère phagédénique des pays chauds^ qui est peut-être identique la pourriture d'hôpital, est très fréquent. Suivant Ghapuis, le nombre des individus atteints d'ulcère est dans la proportion de 22 p. 100 sur le total des malades admis dans les hôpitaux. L'ulcère phagédénique n'épargne aucune race; on le rencontre non seulement chez les transportés de race blanche et de race noire, mais au moins aussi souvent chez les immigrants coolies. Les Madériens, les Ghinois, en sont également affectés, ces derniers peut-être moins souvent. Get ulcère semble épargner les Indiens aborigènes.

En Sénégambie, les moindres égratignures deviennent l'origine de l'ulcère phagédénique des pays chauds, que l'on appelle ici ulcère de Kéniéba. Le poste de ce nom est dans le Bambouck, entre les rivières Sénégal et Falémé.

Sur les bords de la mer Rouge, on observe la plaie de /' Yémen^ qui vient compliquer les blessures comme en Arabie, quoique plus rarement.

Azéma a décrit sous le nom d'ulcère de Mozambique une des formes de l'ulcère phagédénique des pays chauds. Il se montre fréquemment sur les Gafres des diverses tribus. Les Makoias l'appellent kilouda (plaie). Gette lésion se rencontre aussi à Madagascar et aux îles Gomores, notamment à Anjouan; chez les Malgaches, elle a souvent pour origine une plaie produite par la piqûre d'un fragment de corail ou d'un aiguillon de raquette, alors que la plaie a été en contact avec l'eau de mer. L'ulcère de Mozambique se développe presque exclusivement aux membres inférieurs.

Le bouton d'Alep, ou ulcère d'Orient, se voit très souvent le long du Tigre et à Bagdad; on l'a observé aux environs de Damas, suivant Volney, et au pied du Liban d'après Suquet. La côte nord du golfe Persique paraît être la limite de cette affection, qui remonte jusqu'au 37^ degré de latitude nord et s'étend entre 34 et 60 degrés de longitude est. Les variétés de forme sont nombreuses.

En Océanie, dans la Malaisie, le bouton d'Amboine est endémique ; dans l'archipel des Moluques, il a été décrit pour la première fois par Bontius, qui avait déjà reconnu son analogie avec la syphilis. Des recherches plus récentes ont prouvé que le bouton d'Amboine n'était autre chose que la frambsesia ; il atteint plus particuhèrement, d'après Van Leent, les individus de race nègre ou malaise et les métis provenant du mélange de ces races ou de leur croisement avec les Européens. Geux-ci ne sont pas toujours épargnés; les cas les plus fréquents et les plus graves s'observent chez les enfants indigènes, depuis la naissance jusqu'à l'âge de dix à douze ans. Le bouton d'Amboine est contagieux, inoculable et surtout transmissible par voie d'hérédité.

Dans le pays des Mandingues, en Sénégambie, on observe aussi le frambsesia (Yaws).

Sous les noms de frambœsia, de pian (Antilles françaises et Guyane), de yaws (Antilles anglaises et Gôte d'Afrique), de bouba (Brésil et Vénézuéla), de keisse (Madagascar), de bouton d'Amboine (Malaisie), de patita (Polynésie), de tonga

(Mélanésie), deparanghi (Ceylan), on confond des affections cutanées les unes banales (impétigo, ecthyma, ulcérations), les autres assez spécifiées par leur forme éruptive de papules analogues à des framboises se développant à la surface de la peau et des orifices muqueux. Il est probable qu'un grand nombre de ces dernières manifestations relèvent de la tuberculose et beaucoup plus souvent encore de la syphilis, d'autant que la contagiosité directe ou héréditaire de la maladie, son début par une lésion locale et unique, puis la généralisation de Téruption après une période d'incubation de plusieurs semaines, ont souvent été signalés. Cependant les études faites à Java par le médecin hollandais Gharlouis prouvent que la syphilis était inoculable à des malades atteints de frambaesia qu'il a observés. Il existe donc, réellement dans les régions tropicales une affection répondant aux descriptions de la frambsesia, du pian, etc., et indépendante de la syphilis. Il est à remarquer que cette affection guérit sous Tinfiuence de la médication interne par le mercure et Uiodure de potassium.

La pinta (Amérique centrale) et le tokelau (îles de TOcéanie) sont des dermatoses squameuses dues à des parasites qui se rapprochent plus ou moins du tricophyton.

La piédra^ fréquente en Colombie, est une maladie des cheveux, caractérisée par la formation sur la tige des cheveux de petites nodosités dures, constituées par les spores et les bâtonnets d'un parasite spécial. Les cheveux deviennent secs et crépus, mais leur racine reste intacte.

Les bourbouilles (sudamina, miliaires, lichen tropicus) sont surtout le partage des inacclimatés, mais n'épargnent pas les créoles. Elles sont dues à une hypersécrétion des glandes sudoripares.

Au Mexique, un petit insecte, appelé par les Indiens tlasahuate^ attaque l'homme et se fixe presque toujours aux paupières, aux aisselles, au nombril, etc. ; sa présence est annoncée par la démangeaison, puis surviennent de la rougeur, du gontlement et quelquefois de la suppuration : ces symptômes restent toujours locaux. Il suffit d'enlever l'insecte pour que les phénomènes morbides cessent; les Mexicains se servent ordinairement, pour cela, d'une aiguille ou d'une tige de graminée.

C'est à la Guyane que Coquerel a étudié la mouche à laquelle il a donné le nom de Lucilia hominworax. Les accidents graves, les cas de mort, produits par la présence et le développement de ses œufs dans les fosses nasales, ne sont nullement rares, surtout chez les transportés et chez ceux qui vivent au voisinage des chantiers près des bois (Audouit).

La chique (pulex penetrans) est très fréquente en terre basse, et assez rare dans les régions un peu élevées (Bonnet). Elle habite exclusivement les parties comprises dans la zone torride des deux Amériques ; elle est excessivement fréquente au Brésil, à la Guyane, au Mexique ; on la rencontre aussi dans les républiques équatoriales du Nouveau Monde et dans les îles du golfe du Mexique.

La piqûre des scorpions de la Nouvelle-Grenade, d'après Posada-Arango, produit, outre la douleur locale, une petite plaque érylhémateuse dure, avec un point ecchymotique au centre, un peu d'angoisse, de malaise vague, d'étourdissement, et, ce qui est caractérisque, un engourdissement très marqué de la langue, une sorte de paralysie incomplète de cet organe. Les mêmes phénomènes ont été observés à Guayaquil par S. Duran, et, dans quelques cas, il a noté de légères convulsions cloniques; ordinairement les accidents disparaissaient en moins de vingt-quatre heures, mais chez des personnes affaiblies et chez des enfants la mort peut survenir.

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Les médecins espagnols ont observé durant la campagne de 1863 aux Antilles, campagne faite par des troupes acclimatées, venant des deux îles voisines, Porto- Rico et la Havane, des ulcérations multiples sur les diverses parties de la surface cutanée. Chez les soldats venant de la province de Seybo, ces ulcères ou rampanos sont attribués à la piqûre d'un insecte appelé Colorado, que les uns considèrent comme \e pulex penetJ^ans, qui exhie en certains lieux de Saint-Domingue, d'autres comme une fourmi rouge, dont la piqûre détermine une vésicule ombiliquée avec prurit excessif et suivi d'ulcération.

Au Sénégal, on rencontre souvent dans les postes du fleuve, et même à Saint- Louis, des hommes atteints de filaire de Médine au pied, à la jambe et à la cuisse. Les sujets, pour la plupart indigènes, racontent qu'ils ont été atteints du ver, après avoir traversé à gué des flaques d'eau croupissante.

On y observe également Véléphantiasis des Arabes. Les nègres de la côte occidentale d'Afrique sont quelquefois atteints d'une tumeur osseuse {goundou ou anakhré) se développant de chaque côté du nez et arrivant à obstruer le champ de la vision.

On voit aussi chez eux Vainhum ou amputation spontanée d'un ou de plusieurs orteils, due au développement d'un anneau sclérodermique. L'aïnhum se rencontre également à Madagascar, à la Réunion, en Egypte, dans l'Inde et l'Amérique.

La dengue, dont nous avons déjà donné la description, est une maladie éruptive des pays tropicaux dont le territoire géographique reste bien limité.

CLIMATS CHAUDS

Les climats chauds forment deux zones comprises entre les lignes isothermes de 4- 25° et de + 15°, et qui sont séparées par la zone torride; l'une est située dans Fhémisphère nord et l'autre dans l'hémisphère sud.

Dans l'hémisphère nord, l'isotherme de H- 25" prend son point de départ vers le 13^ degré de latitude (180° longitude ouest), laisse au nord les îles Sandwich, vient aborder la côte du Mexique au sud de Golima, passe par Orizaba et Vera-Cruz, coupe la pointe de Yucatan, court le long de la côte sud de Cuba, passe par Portau-Prince (Haïti), et va sortir de la mer des Antilles entre la Guadeloupe et la Dominique ; dans son trajet vers le continent africain, elle passe au milieu des îles du Gap-Vert; de là elle prend une direction ascensionnelle, passe au nord de Saint- Louis (Sénégal), gagne au nord le tropique du Gancer, et poursuit son trajet à peu près parallèle au 26^ degré de latitude jusqu'à la mer Rouge, en passant par Mourzouk et Luxor. Elle traverse l'Hedjaz au nord de Médine, la Perse au sud de Ghiraz, passe dans l'Hindoustan entre Delhi et Agra, descend par Renarès vers les embouchures du Gange, rencontre Ava (Rirmanie), traverse le Laos, le Tonkin, par Ketcho, l'île d'Haïnan, celle de Luçon, au nord de Manille, se relève en laissant au nord les Mariannes et se retrouve enfin à son origine, en passant au nord des Garolines et du groupe des îles Marshall.

La ligne isotherme H- 15°, dans l'hémisphère nord, a la direction suivante (point de départ 180° longitude, 38° latitude nord) : elle traverse le continent américain, suivant une ligne qui joindrait San Francisco (Galifornie) au cap Hatleras; passe au

nord des Bermudes et des Açores et entre en Europe au sommet de l'angle que forme le golfe de Gascogne. A partir de là, elle a le trajet suivant : après avoir longé la chaîne des Pyrénées et le littoral méditerranéen, de Perpignan à Gênes, traversé l'Italie parallèlement au cours du Pô, et en passant par Modène, elle suit la côte est de l'Adriatique, passe au nord de Gorfou, gagne Volo, l'île Skiros, Mételin, passe au nord de Smyrne, monte pour atteindre et couper la chaîne du Caucase, passe par la mer d'Aral et Khi va. Enfin une ligne menée de ce point à la pointe du sud de la Corée, continue par le sud du Japon et s'élève pour aller rejoindre son point d'origine.

La zone des cHmats chauds de l'hémisphère nord, Hmitée par les deux isothermes que nous venons de tracer, comprend les pays suivants :

En Europe, les contrées méridionales : l'Espagne, le littoral méditerranéen de la France, la Corse, l'Itahe maritime et la Grèce;

En Asie, à l'occident, le nord de l'Arabie, la Turquie d'Asie, l'Arménie et le nord de la Perse; au centre, l'Afghanistan, le Turkestan et le Pendjab; à l'orient, la Chine méridionale;

En Afrique, à l'occident, l'empire du Maroc, l'Algérie et la régence de Tunis; à l'orient, la régence de Tripoli et l'Egypte ;

En Amérique, le nord du Mexique et les États-Unis du Sud;

En Océanie, la Polynésie septentrionale (îles Mariannes, archipel de Magellan et îles Sandwich).

La zone des cKmats chauds de l'hémisphère sud est limitée par les deux lignes isothermes suivantes :

1° La ligne isotherme H- 25° de l'hémisphère sud, qui commence au nord des îles Tonga (par 18^^ de latitude environ), et passe ensuite par Taïli et l'archipel des Pomotou. Elle se relève pour entrer dans l'Amérique méridionale, au sud de Payta, passe au nord de la Bolivie, descend obliquement à travers les immenses espaces du Brésil et vient sortir au sud de Bahia (vers le 15® degré de latitude). Dans son trajet à travers l'Atlantique, elle passe entre l'île de l'Ascension et celle de Sainte-Hélène,

Une ligne étendue de Saint-Philippe de Benguela aux embouchures du Zambèze marque son trajet en Afrique.

Au delà du canal de Mozambique, elle coupe l'île de Madagascar au sud de Tananarive, passe par la Béunion et Maurice. Elle s'élève ensuite insensiblement et, par le détroit de la Sonde, entre Java et Sumatra, passe au sud des Célèbes, descend par le détroit de Torrès, laisse au nord les îles de la Louisiane et l'archipel de La Pérouse, au sud les Nouvelles-Hébrides et les îles Viti, au delà desquelles les deux extrémités de l'isotherme se rejoignent.

2° La ligne isotherme + 15° de l'hémisphère sud, en prenant pour point de départ 38° de latitude sud, vient passer au nord des îles Juan-Fernandez, traverse le Chih au nord de Valparaiso et vient sortir de l'Amérique méridionale au cap Corrientès ; elle marche parallèlement au 40® degré de latitude sud, passe par les îles Amsterdam et Saint-Paul, le détroit de Bass, coupe la pointe nord de la Nouvelle- Zélande et rejoint son point d'origine.

La zone des climats chauds de l'hémisphère sud, renfermée dans les limites que nous venons de tracer, comprend : en Afrique, le, gouvernement du Cap et le pays

CLIMATS CHAUDS

des Hottentots; en Amérique, le Pérou et le Brésil; en Océanie, FAustralie et la Nouvelle-Calédonie.

La moyenne annuelle de température des climats chauds est inférieure de 7 à 8° à celle des climats torrides. Cette différence n'est pas constamment la môme, et varie suivant les rapports de la terre et du soleil. Lorsque le soleil remonte dans riiémisphère septentrional, la zone des climats chauds de cet hémisphère éprouve des chaleurs identiques à celles des climats torrides; mais, s'il descend dans l'hémisphère austral, il y a abaissement de température, et l'on s'expHque ainsi l'infériorité de la moyenne annuelle. Dans ces cKmats commencent les divisions des saisons. On peut y reconnaître l'hiver, le printemps et l'automne, qui, à peine sensibles sous la zone torride, s'accentuent d'une façon évidente en laissant à l'été sa prépondérance.

Placés, comme nous l'avons vu, entre la zone torride et les climats tempérés, les chmats chauds offrent certains caractères intermédiaires de ces deux zones.

Les habitants de ces pays présentent en général une activité et une énergie de caractère très supérieures à celles qu'on rencontre dans les climats torrides : ils sont actifs, vigoureux, intelligents et d'un tempérament nerveux très prononcé. Ils ont cependant moins de résistance à la fatigue et moins de persévérance dans le caractère que les habitants de la zone tempérée. L'activité du foie leur donne une tendance prononcée au tempérament biheux et l'ardeur du soleil développe chez eux l'élément pigmentaire et leur donne une teinte ohvâtre. Presque tous ont les cheveux bruns et le système pileux abondamment développé, au moins chez les peuples de race caucasique. C'est dans les climats de cette zone que se sont développées les plus brillantes civilisations de l'antiquité. C'est là que se sont montrés le plus grand nombre d'hommes supérieurs, et s'il fallait, parmi tant d'exemples mémorables, choisir un type qui résume, avec toutes ses qualités et ses défauts, l'organisation méridionale, nous citerions Napoléon, homme du Midi, s'il en fut jamais, dont la puissante organisation, les ardeurs fébriles et les défaillances soudaines résument les traits principaux de ces races si bien douées à tant d'égards, et cependant imparfaites sous un grand nombre de rapports.

Les affections qui prédominent dans les climats de cet ordre, sans sortir du cadre pathologique qui nous est familier, présentent cependant un cachet particuher. Dans beaucoup de locaUtés, en effet, les endémies y rappellent celles des régions intertropicales (endémies palustres, peste, affections abdominales, affections cutanées). D'autres, situées plus au nord dans notre hémisphère, revêtent le caractère des affections catarrhales et rhumatismales.

La petite portion du territoire français comprise dans la zone des pays chauds renferme nos stations hivernales maritimes : Hyères, Cannes, Nice, Menton, Villefranche. L'espace occupé par ces villes est largement ouvert aux brises de la Méditerranée. Abrité contre les vents du nord par les Alpes, contre ceux de l'est par l'Apennin, il reste exposé au mistral, qui, toutefois, s'y fait sentir beaucoup moins violemment que dans la vallée du Rhône et sur le reste du littoral. Le mistral est assez fréquent à Hyères, où il pénètre par une brèche que présentent les collines auxquelles la ville est adossée. Il est plus rare à Nice, où sa durée n'excède presque jamais vingt-quatre heures. On ne le ressent à Cannes que lorsqu'il se déchaîne dans la vallée du Rhône. Enfin, à Menton et à Villefranche, il est à peu près inconnu.

PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE.

Les vents qui y dominent sont cenx du sud et de l'est, oscillant du sud-est au nordest, et les brises de terre et de mer y soufflent régulièrement.

La température, assez variable à Nice, est plus uniforme à Hyères; à Cannes, à Menton, à Villefranclie, malgré les perturbations qu'occasionne le mistral, elle est d'une douceur et d'une égalité remarquables. La moyenne annuelle, pour l'ensemble de ces localités, est de 16''; l'estivale, de 23°, 8; l'hibernale, de 9°, 5.

La pression barométrique oscille entre 743 et 772; le nombre des jours pluvieux entre 56 (Cannes) et 78 (Menton) ; il est de 65 en moyenne.

La quantité d'eau varie de 677 millimètres (Cannes) à 1 380 millimètres (Nice) ; elle est, en moyenne, de 887 millimètres. Les brouillards, assez communs à Hyères et à Nice, où ils apparaissent surtout le matin, sont à peu près inconnus à Menton et à Yillefranche.

Rochard, auquel nous empruntons ces détails météorologiques, accorde aux stations de Yillefranche, de Menton et de Cannes, une supériorité importante sur Hyères et surtout sur Nice dont le climat, beaucoup plus variable, éloigne les valétudinaires.

Occupons-nous maintenant des endémies des climats chauds. Aux États-Unis, les affections endémiques ont leur maximum d'intensité au sud et à l'ouest, leur minimum au nord et à l'est; les fièvres paludéennes^ inconnues dans la zone nord, v forment 4,39 p. 100 de la mortalité générale. A latitude égale, elles donnent deux fois plus de décès à l'ouest qu'à l'est, et, pour une même région, trois fois plus de décès au sud qu'au nord. Les diarrhées et les dysenteries ont un chiffre plus élevé, 5,20 p. 100; la diarrhée est surtout funeste dans la zone tempérée de l'Atlantique, la dysenterie dans la partie sud de la région du Mississipi.

En Algérie, les fièvres intermittentes sont fréquemment observées, et régnent souvent à l'état épidémique; elles revêtent alors le type rémittent, à forme tantôt céphalique, tantôt gastrique, et sont fréquemment suivies d'accès pernicieux très graves. L'anémie, la cachexie paludéenne, l'hydropisie, surviennent rapidement sous ce climat à la suite des fièvres.

Les fièvres paludéennes apparaissent souvent dans la péninsule ibérique; c'est dans la partie sud-ouest, et surtout dans la basse Andalousie, sur les bords du Guadalquivir, aux environs de Grenade, dans les plaines sablonneuses de FAlgarve et de l'Alentejo, qu'on les rencontre le plus souvent et qu'elles revêtent les formes graves. Dans la sierra de Guadarrama, à la limite des deux Castilles, à des altitudes variées, entre 1 400 et 2 700 mètres, des fièvres intermittentes à forme grave ont régné épidémiquement, en 1861 et 1862, sur les ouvriers qui travaillaient au chemin de fer de Madrid à Avila. Pendant les chaleurs de l'été, l'épidémie se manifestait avec la plus grande violence ; elle atteignait son summum d'intensité à la fin du mois d'août et en septembre.

Les deux versants du Guadarrama n'étaient pas également éprouvés par la fièvre. Sur le versant du nord, les formes bénignes étaient prédominantes, et l'on n'observait guère que l'intermittente simple, tierce ou quotidienne, avec des signes de gastricité ou d'état bilieux. Au contraire, sur le versant méridional, dans les sections de Las Navas et de l'Escurial, la fièvre pernicieuse s'est manifestée sous les formes les plus redoutables (V. Meunier).

Il est peu de points du littoral de la mer Noire où les fièvres paludéennes ne régnent habituellement.

CLIMATS CHAUDS

J'ai constaté un grand nombre de manifestations palustres sur les bords du Rion (ancien Phase). Leur fréquence et leur ténacité s'expliquent aisément par les conditions telluriques. Ces caractères m'ont frappé lorsque j'ai suivi la route de Routais à Poti. Dans cette ville, à Sinope, à Trébizonde, les fièvres régnent en grand nombre.

A Besika, à l'entrée des Dardanelles, Rey les a observées devant ces champs où fut Troie (campos ubi Troja fuit) et qui sont aujourd'hui de vastes surfaces marécageuses. Pendant le séjour qu'y fit notre escadre en 1854, les équipages eurent beaucoup à en souffrir. Au mouillage de Marmorique, la division turque fut décimée par les fièvres paludéennes et la dysenterie. Les fièvres de marais ont presque partout deux maxima d'intensité dans le cours de l'année : l'un au printemps, l'autre au commencement de l'automne : le mois de septembre est le plus dangereux.

La fièvre intermittente existe aux environs de Tabris (Perse) ; elle s'attaque aux indigènes aussi bien qu'aux étrangers ; la fièvre du Ghilan emporte les malades au troisième accès. J'ai observé sur les bords de la mer Caspienne, à Lenkoran, à Astara et à Recht, la fréquence et la gravité des maladies palustres.

Vauvray a signalé en 1871, à Port-Saïd, une épidémie de fièvre des dattes^ ainsi nommée, sans doute, parce qu'elle se présente au moment de la récolte de ces fruits; pour lui cette maladie n'est autre chose que la dengue.

D'après les écrits de Pruner, la maladie existe dans la Basse-Égypte. Selon le chroniqueur Gabarti, elle a régné l'an 1193 de l'hégire (ère chrétienne 1779) au Caire et dans ses environs, avec une grande intensité; on l'y voit encore en août 1845, et plus tard elle se montre à Alexandrie. Pruner l'avait vue en 1835 sur la côte arabique (Hirsch).

La bUharziose, qui se révèle le plus souvent par de l'hématurie, plus rarement par de la dysenterie et est due à un distome plat [bilhazia hematobia)^ se rencontre surtout en Egypte, au Cap et sur la côte orientale de l'Afrique.

Vankylostomiose ou chlorose vermineuse, due à la présence de l'ankylostome dans l'intestin grêle, s'observe très fréquemment en Égypte, aux Antilles, au Brésil et en Europe chez les mineurs.

Les affections cutanées se rencontrent également sous les climats chauds. A Biskra et dans toute la région des Zibans on observe, particulièrement à l'époque des grandes chaleurs, l'affection tubercuio-ulcéreuse connue sous le nom de bouton de Biskra ou des Zibans; elle attaque les hommes de toutes les races; elle règne endémiquement au Maroc et dans un grand nombre de localités de l'Algérie, aux environs de Daya, à Laghouat, à Tuggurt, dans le Sahara (J. Rochard).

En Égj^pte, le bouton du Nil ou stamoun el-Nil est fort commun. D'après Godard, cette maladie ne doit pas être désignée par un nom unique, car elle présente deux formes principales très différentes : l'une amène une sorte d'ulcère, qui paraît être l'ulcère phagédénique des pays chauds; l'autre est constituée par de petites vésicules; c'est un herpès de nature fugace, survenant brusquement, disparaissant de même. Cette affection n'est durable que chez ceux qui font des excès de régime. Tous les sexes, tous les âges, les indigènes comme les Européens, peuvent en être atteints. Cette éruplion n'est pas générale; elle survient surtout au front et à la tête chez les personnes chauves, à la partie antérieure du cou, au dos, sur l'abdomen, à la face interne du bras, au poignet (E. Godard).

Le bouton dit bouton d'Alep règne endémiquement dans cette ville, ainsi qu'à Bagdad, sur les bords du Tigre, de TEuphrate, dans toutes les villes situées entre Bagdad et Alep, telles que Mossoul, Diarbekir, Mesdin, Orfa.

La gale bédouine {lichen tropicus) s'observe en Algérie où elle atteint principalement les hommes vigoureux, les tempéraments sanguins. Le tœnia solium est également endémique dans toute l'étendue de nos possessions algériennes ; il y est 23 fois plus fréquent qu'en France (Boudin).

Dans certaines localités de la Perse on rencontre une dermatose ulcéreuse (lupus typicus benignus) (Miihry), extrêmement répandue à Ispahan, Caschan et Téhéran; la maladie est contagieuse, elle ne s'attaque qu'une fois au même individu, et sa durée est d'environ une année, d'où le nom de salek^ qui veut dire mal d'un an.

A Téhéran, la maladie cutanée appelée bouton d'Alep est très fréquente. J'ai vu à Bakou un bouton offrant aussi les mêmes caractères.

Polak décrit une forme d'urticaire qui serait particulière à la Perse; elle serait due à la piqûre d'une petite mouche des sables. Cette maladie s'appelle dans le pays nabot et-leyl et aussi ih7\

Le filaire ne se voit en Perse que chez ceux qui l'ont contracté sur le littoral du golfe Persique.

A Bokhara, le ver de Médine^ appelé risthe dans le pays, atteint environ un dixième de la population (A. Vambéry).

Au Pérou, il règne, en toute saison, une endémie spéciale connue sous le nom de verruga. C'est une fièvre éruptive, déterminant la formation de petites tumeurs sur la peau et dans les viscères et durant quelquefois plus d'un an. Il y a à peine vingt-six ans que cette maladie a été étudiée, mais il n'est pas douteux qu'elle ait toujours existé dans les vallées des Andes : la tradition indienne conserve le souvenir de plusieurs personnages célèbres qui en furent atteints (Dounon).

A la Plata, la chique est fréquente; le rouget^ très commun dans l'Entre-Bios, est plus terrible encore, couvrant le corps, les jambes surtout, et déterminant des démangeaisons insupportables.

On n'observe pas d'endémies palustres dans la Nouvelle-Calédonie.

Le tonga^ affection propre aux Néo- Calédoniens, a été vu par Rochas aux îles Figgi, peuplées par la race noire; il l'a observé également aux îles Willis et Tonga- Tabou, habitées par la race jaune polynésienne. Le tonga se rapproche beaucoup du frambœsia, du pian, et paraît devoir être rattaché aux affections syphiloïdes. Ce sont de larges papules qui laissent suinter un liquide séreux, lequel se concrète et forme une pellicule jaune, épaisse, parcheminée (Rochas et Leroy de Méricourt).

Aux îles Gambier (Océanie), sous le nom générique de cohivi^ les indigènes désignent un grand nombre de maladies, et plus particulièrement des douleurs lombaires et spinales d'un caractère particulier. Le Borgne pense que cette affection est de nature rhumatismale; il considère que la pêche de la nacre n'est pas sans influence sur son développement.

CLIMATS TEMPÉRÉS

CLIMATS TEMPÉRÉS

Les zones des climats tempérés sont comprises dans les deux hémisphères entre les lignes isothermes de H- 15° et de -h 5°. Nous avons précédemment indiqué les limites de l'isotherme 4- 15^ Quant à l'isotherme -h 5% il commence, pour l'hémisphère nord, au 48'' degré de latitude (longitude 180°), s'élève immédiatement en laissant au nord les îles Aléoutiennes, pour gagner le littoral de la presqu'île Alaska, décrit ensuite une grande courbe à convexité dirigée vers le sud, atteint ainsi jusqu'au 47^ degré de latitude (longitude 90*^), et se relève pour gagner l'embouchure du Saint-Laurent (Canada). Après avoir passé par Saint-Pierre-Miquelon, cette ligne suit une direction rapidement ascendante vers l'Europe, passe au nord des îles Féroé et descend par Christiania aux îles Aland, en passant au nord de Stockholm. De l'entrée du golfe de Finlande, une ligne menée vers le sud, jusqu'au sommet de l'Altaï, donnera sa direction à travers l'Europe et jusque vers l'Asie centrale; elle marche ensuite parallèlement au 50'' degré de latitude et va rejoindre son point d'origine en passant au nord des îles Kouriles.

La zone des chmats tempérés de l'hémisphère nord renferme en Europe : les îles Britanniques, la presqu'île Scandinave, le Danemark, la Belgique, la Hollande, la France, l'ItaUe continentale, l'Allemagne, la Suisse, la Russie méridionale et la Turquie d'Europe. En Asie, elle renferme le pays des Kirghises, la Dzoungarie, la Mongolie, la Chine septentrionale et le Japon. En Amérique : les États-Unis du Nord.

Dans l'hémisphère sud elle est également limitée par les lignes isothermes H- 15 et -h 5. Nous connaissons déjà la première. La seconde est sensiblement parallèle sur tout son parcours au 50^ degré de latitude ; une seule fois elle s'infléchit de quelques degrés pour doubler le cap Horn. La zone des climats tempérés de l'hémisphère sud comprend donc : en Amérique, le Chih, les États de la Plata et la Patagonie; en Océanie, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande.

Des différents pays compris dans la zone tempérée, l'Europe, et en Europe la France, nous occuperont plus particulièrement. L'Europe, dit de Humboldt, représente un prolongement péninsulaire de l'Asie ; elle doit la douceur de son climat à sa configuration, à l'Océan qui baigne ses côtes occidentales, au Gulf-Stream qui déverse ses eaux chaudes dans la mer du Nord, à la mer libre de glaces qui la sépare des régions polaires, et surtout à l'existence et à la situation du continent africain, dont les régions intertropicales rayonnent abondamment et provoquent l'ascension d'un immense courant d'air chaud.

Ces heureuses influences vont en diminuant de l'ouest à l'est ; et lorsqu'on parcourt sur un même parallèle la France, l'Allemagne, la Pologne et la Russie jusqu'aux monts Durais, on voit les températures moyennes suivre une série décroissante. La forme du continent est devenue de plus en plus compacte, on sent moins l'influence de la mer et des vents d'ouest. Les vents deviennent au delà de l'Oural des vents de terre; ils ne sont arrivés dans ces régions qu'après avoir parcouru d'immenses surfaces glacées. L'influence des montagnes est également évidente. Ainsi, sur la côte occidentale de la Norvège, l'hiver est d'une douceur remarquable,

tandis qu'au delà des Alpes Scandinaves on rencontre le climat âpre et continental qui caractérise la Russie.

D'une manière générale, on peut rattacher les régions de l'Europe tempérée à deux groupes climatologiques : l'un qui renferme les contrées occidentales avec leur climat océanien, doux, uniforme et humide, et l'autre, comprenant les contrées du centre et de l'est, dont le climat continental se ressent de plus en plus de l'éloignement de la mer et du voisinage de l'Asie centrale.

La ligne de démarcation qui sépare ces deux groupes est assez exactement représentée par une courbe sinueuse qui part du fond du golfe de Bothnie pour aboutir à l'Adriatique, en passant par la Baltique et la mer du Nord, en suivant le cours du Rhin et des Alpes.

La France reproduit sur une moindre échelle les conditions que nous venons d'indiquer pour l'Europe. Les montagnes sont concentrées à l'est et n'opposent aucun obstacle au passage des vents de mer. Elles courent du nord-est au sud-ouest et forment la ligne de partage des eaux. Le versant occidental les dirige vers le golfe de Gascogne, l'océan Atlantique, la Manche et la mer du Nord; l'oriental les porte à la Méditerranée. La France a l'immense avantage de réunir toutes les variétés de climat dont les types existent dans les pays voisins. C'est, dit Martins, la cause la plus réelle de sa richesse, c'est le secret de sa puissance. La division donnée par cet auteur, qui partage la France en cinq régions climatologiques, est devenue classique.

Elle comprend :

1° Le climat vosgien ou du nord-est. Il embrasse toute la région comprise entre le Rhin, la Côte-d'Or, les sources de la Saône et la chaîne qui s'étend de Mézières à Auxerre. La température moyenne est de 9°, 6 dans les villes. Les hivers y sont plus froids et les étés plus chauds, à latitude égale, que dans l'ouest. La différence moyenne entre ces deux saisons est de 18°, le nombre des jours de gelée, de 70, année commune; la quantité moyenne de pluie, 669 millimètres, le nombre des jours de pluie, de 137. Les pluies d'été l'emportent sur celles d'automne; on compte annuellement de 20 à 25 orages. Les vents du sud-ouest et du nord-est dominent.

2° Le climat séquanien ou du nord-ouest. Il comprend toute la frontière du nord depuis Mézières jusqu'à la mer d'un côté, et de l'autre le cours de la Loire et du Cher jusqu'à Auxerre. La température moyenne de l'année est de 10°, 9; la différence entre celle de l'été et celle de l'hiver est de 13°, 6, moindre, par conséquent, que dans la région précédente. Le nombre des jours de gelée est de 50; la quantité annuelle de pluie, de 548 millimètres, répartis entre 140 jours. On y compte de 12 à 20 orages; le vent du sud-ouest y souffle pendant un tiers de l'année.

3*^ Le climat girondin, ou du sud-ouest, s'étend depuis la Loire et le Cher jusqu'aux Pyrénées. Il a pour moyenne annuelle 12°, 7 ; la différence entre l'été et l'hiver est de 15*^,7 . On y compte 130 jours pluvieux, 586 miUimètres d'eau et 15 à 20 orages. Les vents du sud-ouest y dominent encore.

4° Le cUmat rhodanien ou du sud-est comprend toute la vallée de la Saône et du Rhône. Moyenne annuelle de température : 11°; différence entre l'hiver et l'été, 18°, 8; nombre annuel de jours pluvieux, 120 à 130; quantité d'eau que reçoit le sol, 946 miUimètres. On y compte de 25 à 30 orages, et les tremblements de terre y sont plus fréquents que dans le reste de la France. Les vents qui dominent sont ceux du nord et du sud.

CLIMATS TEMPÉRÉS

5° Le climat méditerranéen, ou provençal, comprend le triangle formé par Montpellier, Marseille et Viviers K C'est le climat le plus chaud de la France; sa moyenne annuelle de température est de 14°, 8; la différence entre Tété et Thiver est de 16°, 1 ; la quantité moyenne de pluie s'élève à 651 millimètres, mais on n'y compte que 53 jours pluvieux. L'été est d'une sécheresse extrême; les orages sont rares. Leur nombre varie de 11 à 25. Le mistral domine dans le côté oriental de cette région; le vent d'ouest dans la partie occidentale.

Les conditions météorologiques des climats tempérés contrastent par leur mobilité avec le caractère uniforme que nous avons observé dans la zone torride et qui se retrouve sous les climats polaires. Placés à égale distance des pôles et de l'Equateur, ces pays ne connaissent en effet ni les chaleurs énervantes de la zone torride, ni l'action dépressive des froids polaires; cette mobiUté des éléments météorologiques fait qu'il est impossible de soumettre l'amplitude des variations à des lois générales. Ainsi, tandis que dans certaines localités les moyennes des mois extrêmes présentent à peine une différence de 7°, il en est d'autres où l'écart va jusqu'à 40*^. La même variation s'observe dans les oscillations quotidiennes. Les saisons offrent une ligne de démarcation bien évidente et leur durée est à peu près semblable. Sous la zone torride et dans les climats polaires, l'automne et le printemps ont une courte durée. Sous les climats tempérés, ces deux saisons sont l'époque des perturbations atmosphériques.

Les climats tempérés sont situés au-dessus de la limite des grands courants généraux, dans la zone des vents variables; et, parmi ces derniers, il en est qui l'emportent de beaucoup sur les autres. La prédominance des vents du sud-ouest se fait sentir dans l'hémisphère nord jusqu'au pôle boréal; ils dominent dans toute l'Europe. Dans l'hémisphère sud, la marche des vents généraux est diamétralement opposée. Les pluies sont moins régulières et beaucoup moins abondantes que dans les régions plus rapprochées de l'équateur. Ainsi, tandis qu'entre les tropiques il tombe en moyenne 2 436 millimètres d'eau par an, dans la zone tempérée de l'hémisphère nord il n'en tombe que 947, et 676 seulement dans l'hémisphère sud.

Les climats tempérés n'ont point de règne pathologique spécial; il s'y modifie suivant les influences saisonnières et présente une mobilité qui suit celle du climat. Aussi les constitutions médicales y sont nettement accusées; le froid et l'humidité font prédominer les affections inflammatoires et catarrhales^ dans les régions humides et pendant les saisons froides. Toutefois, les pays tempérés sont, d'une manière générale, remarquables par leur salubrité.

C'est sous leur influence que notre race se développe dans toute sa puissance, subissant la mortalité la plus faible, offrant la natalité la plus considérable.

Ils présentent toutefois certaines endémies. L'infection palustre que nous avons vue régner avec des caractères redoutables sous les climats torrides, et même sous les climats chauds, fait ici encore un grand nombre de victimes.

En Hollande, les fièvres de marais se développent surtout et sont plus dangereuses dans les régions situées au-dessous du niveau de la mer; ainsi, dans les provinces de Groningue, de la Frise, en Zélande, aux embouchures de la Meuse et de

1. Nous avons parlé précédemment de la petite portion du territoire français compriee dans la zone des climats chauds.

TEscaut, on voit de vastes marais nommés polders, qui sont des sources incessantes de miasmes paludéens. Amsterdam, Rotterdam, souffrent de la fièvre.

L'Italie est un des pays où la fièvre paludéenne se rencontre sur un plus grand nombre de points. Nous la trouvons à l'état endémique dans la haute Italie, surtout dans les pays plats, où se font, sur une grande échelle, la culture du chanvre et celle du riz. De Livourne jusqu'à Naples existe sur le bord occidental de l'Italie la fièvre en permanence.

A partir des maremmes de Toscane s'étend une plaine, depuis Sienne jusqu'aux anciennes frontières des États de l'Église et jusqu'au pied de l'Apennin, dans laquelle régnent les fièvres paludéennes les plus graves. La 'campagne de Rome, qui fait suite aux maremmes, commence à Ronciglione, se joint dans le sud aux marais Pontins et comprend tout le littoral entre l'embouchure de la Marta et Terracine. C'était autrefois une contrée florissante ; depuis plusieurs siècles, la fièvre y règne en souveraine. Ostie, Rome, Albano, ont la fièvre intermittente; elle existe aussi à Frascati, Palestrine et Frosinone.

En Allemagne, elle occupe des contrées immenses, elle règne sur une étendue considérable de la plaine du nord, spécialement dans sa partie occidentale. Sur la côte occidentale du Holstein et du Slesvig, elle est connue sous le nom de fièvre de chaume.

En Russie, les fièvres de marais régnent endémiquement sur les côtes de l'Esthonie, et, dans les parties basses de la Livonie, il existe une vaste région de fièvres; c'est la grande plaine de l'ouest au milieu de laquelle sont les marais de Pins. Cette région comprend les gouvernements de Grodno, Minsk et Volhynie. Les fièvres sont communes en Pologne ; elles régnent dans le sud, sur les bords des grands fleuves, Dniester, Dnieper, Don, Volga. J'ai observé la fièvre paludéenne sur les bords de la mer Caspienne ; elle revêt dans ces régions des formes très graves connues sous le nom de fièvre de Crimée, fièvre de Tauris^ fièvre du Caucase; en parcourant le sud du Caucase, depuis Bakou jusqu'à Poti, et passant par Tiflis, j'ai pu constater que toute cette région était le siège de l'infection palustre.

Dans la vallée de la Dobrutcha en Turquie, à Rassowa, près de Varna, tous les habitants, depuis l'enfant à la mamelle jusqu'au vieillard, portent les signes de la cachexie paludéenne.

En Chine, également, les Européens ont beaucoup à souffrir, à l'époque des chaleurs, des lièvres de marais; Wong relate une épidémie de fièvre palustre qui fut très intense vers la fin de 1858 à Canton; il insiste sur la fréquence des hydropisies, suites de cachexie palustre.

Pendant les années 1864-1865, Saint-Pétersbourg et quelques provinces voisines présentèrent une épidémie de fièvre récurrente. Déjà cette fièvre à rechute s'était montrée en Russie. En 1840, elle avait sévi à Moscou ; Bernstein l'avait observée à Odessa. En 1864, à Saint-Pétersbourg, elle se développa en juin et juillet et continua de sévir pendant l'automne et fhiver. Il y eut 12 777 entrées aux hôpitaux et 1 623 décès, ce qui donne une mortalité de 12,7 p. 100. Morache a observé à Pékin une épidémie de fièvre récurrente ou fièvre à rechutes (relapsing fever).

Malgré les progrès de la civilisation moderne, et bien que nous soyons sous les climats tempérés, et même en Europe, une épidémie de famine a désolé les Flandres en 1846-1847. Ces malheureuses populations étaient réduites à faire des repas

CLIMATS TEMPÉRÉS 681

avec des aliments qu'auraient dédaignés les derniers animaux. Cette épidémie de famine a coûté aux deux Flandres 25000 décès supplémentaires et les a privées d'un nombre au moins égal de naissances. La famine elle-même a été pour les trois cinquièmes dans ce mouvement rétrograde de la population. Le reste est l'effet des épidémies que la famine a traînées à sa suite : dysenterie, typhus et variole. On se serait cru dans l'Extrême-Orient, où les déprédations des bandes de Taïpings, où la destruction des récoltes, amènent parfois des famines affreuses dans certaines populations très condensées de la Chine.

La pellagre qui existe aussi sous les chmats chauds, s'observe ici avec une fréquence qui a varié, suivant les lieux et suivant les années, dans six départements qui appartiennent à la région sud-ouest de la France.

La constatation de ce fait date de 1829, et quoique certaines observations permettent d'en reculer l'origine jusqu'au commencement de ce siècle, il n'a été mis dans tout son jour qu'à partir de 1845. Les pays à pellagre du sud-ouest de la France peuvent être partagés en trois contrées particulières : la première, qui comprend plusieurs cantons de la Gironde et les deux tiers du département des Landes, est limitée par le cours de la Gironde au nord, par celui de l'Adour au sud, à l'est par les colhnes du Bazadais et de l'Agenais. C'est la région de la pellagre des Landes.

La seconde région, celle de Lauraguais, s'étend dans l'Aude sur une partie de l'arrondissement de Castelnaudary, et, dans la Haute-Garonne, sur une grande partie des cantons de Villefranche et de Caraman.

La troisième, ou région sud-pyrénéenne, comprend au pied de la chaîne des Pyrénées, et à partir du massif de la Maladetta, le bassin supérieur de l'Adour et le bassin du Gave de Pau, entre Bagnères de Bigorre et la plaine de Nay (Th. Roussel).

La pellagre s'observe également en Roumanie, où les premiers faits bien constatés ont été observés vers 1830 par Barensprung.

L'ergotisme passe pour endémique en Sologne. C'est en effet la province où on l'observe le plus fréquemment. Mais on l'a vu régner également en Touraine, en Picardie, dans l'Aunis, l'Angoumois, l'Artois, le Dauphiné, la Savoie et la Haute- Savoie. Il n'est guère de partie delà France où il ne se soit montré (J. Rochard).

Le sibbens d'Ecosse, le scherlievo^ la radesyge, ne paraissent être que des manifestations syphilitiques dans différents pays.

Le sibbens d'Écosse est une maladie particulière à la région occidentale de ce pays, et surtout aux provinces de Galloway, d'Airshire et de Dumfries ; elle y règne depuis la fin du xvii^ siècle et les soldats de Cromwell sont accusés de l'y avoir importée. Gilchrist en a parlé le premier en 1754, John Bell l'a décrite d'une manière très complète; elle attaque surtout les enfants, qui la transmettent à leurs nourrices, et présentent, pour symptôme particulier, une excroissance fongueuse, de couleur cuivrée, avec une inflammation du voile du palais, accompagnée ou non

1. La cause essentielle de la pellagre, maladie d'alimentation, est un principe toxique, que ce principe se développe avant la moisson, comme le verdet, ou qu'il n'apparaisse qu'après la récolte et même après la manutention de la farine de maïs; les expériences de Lombroso avec le pain de maïs attaqué par le pénicillium maidis concordent à cet égard avec les recherches de Huseman sur l'action nocive du maïs altéré par la fermentation; de part et d'autre, on a découvert un alcaloïde analogue à la strychnine, au point de vue chimique et pathologique. On comprend ainsi pourquoi le grillage préalable du grain constitue une méthode si puissante contre le développement de la pellagre (L. Colin).

d'ulcérations et d'aphtes de la muqueuse buccale. Tous les médecins qui ont observé cette maladie, et notamment Swediaur et Wills, la rapportent à la syphilis.

C'est en Istrie qu'on a signalé des syphilides, désignées sous le nom de scherlievo^ ou mal di Brenta. Scherlievo est le nom du village situé à huit milles à l'est de Fiume, à trois milles des côtes de l'Adriatique, où cette maladie fut observée en mai 1800. Cambieri, envoyé par le gouvernement pour l'étudier, ne douta pas de la nature syphilitique de la maladie. Toutefois, il paraît résulter d'observations récentes que des maladies très diverses, et principalement plusieurs affections scrofuleuses ou scorbutiques, sont confondues par les gens du pays avec le scherlievo (J. RoUet).

La province de Bahus, située le long des côtes de la mer du Nord, est connue depuis longtemps pour être le siège principal de la maladie désignée sous le nom de radesyge. Cette maladie dont le nom, d'après Kjerrulf (1850), signifie en langue norvégienne maladie impure, n'aurait rien de commun avec la syphilis; mais aujourd'hui la radesyge est considérée généralement comme une maladie syphiloïde. Bœck lui-même, en 1844, a soutenu que la radesyge était une maladie particulière, bien distincte de la syphilis; il a depuis reconnu son erreur. Cette forme morbide se retrouve, mais sous un autre nom, dans le Jutland, dans le Holstein, suivant Van Deurs, et en Esthonie, d'après Erdmann.

Le ringworm de Londres, auquel Ozanam consacre un chapitre spécial, est un herpès tonsurant (J. Rochard).

On observe en Pologne cette singulière affection du cuir chevelu et des cheveux qu'on appelle la plique polonaise. Guensburg découvrit en 1848 le mycoderme ou trichomaphyte de cette maladie, espèce du genre tricophyton.

La plique polonaise est donc une affection parasitaire. On la rencontre sur les territoires de l'ancienne Pologne, depuis la Vistule jusque dans les monts Karpathes; elle est surtout très répandue à l'ouest, dans le grand-duché de Posen, et à l'est de la Pologne, en Lithuanie; elle règne également dans la Galhcie, la Volhynie, l'Ukraine; elle a été observée à l'état sporadique en Silésie, en Bohême, en Souabe, et en Saxe; elle est si répandue en Pologne, que La Fontaine la trouvait en 1808 chez les paysans, les mendiants et les juifs, dans la proportion de 2 sur 10; chez les nobles et chez les riches, dans celle de 2 sur 30 ou 40. En 1844, Szokalski est arrivé, à l'aide de calculs très approximatifs, à établir que le nombre des cas de plique pour la Pologne tout entière devait osciller entre 100 000 et 150 000. On ne sait pas d'une manière précise à quelle époque elle y est apparue. Quelques auteurs prétendent qu'elle y a été importée de l'Orient à la suite de la troisième invasion des Tartares, et qu'elle y est connue depuis 1825 (J. Rochard).

Le bothriocéphale est très répandu dans la Bothnie septentrionale. On l'observe particulièrement chez les habitants des côtes et du golfe de Bothnie. La maladie suit le bord de la mer et remonte le long des rives des fleuves, jusque dans l'intérieur. Elle disparaît aux limites où commence le pays montagneux. Les indigènes l'attribuent à l'alimentation, composée presque exclusivement de poisson et surtout de saumon. C'est un fait très remarquable que la présence du bothriocéphale, à l'exclusion du taenia, sur les bords de la Baltique et du golfe de Bothnie; cet entozoaire est fréquent en Esthonie, en Livonie, en Finlande. A Pétersbourg, d'après l'estimation d'Altenhofer, 15 p. 100 des habitants en sont atteints. Il est plus rare

CLIMATS FROIDS

dans l'intérieur; on Tobserve également en Pologne (Hirsch). Le bolhriocéphale est très fréquent dans la Suisse occidentale.

La trichinose a régné à Tétat épidémique longtemps avant Tépoque où on a pu lui assigner une cause ; la découverte du Irichina spiralis fut faite à Dresde, par Zenker, en 1860. De 1860 à 1863, on ne compte pas moins de 40 épidémies de trichinose, ayant sévi dans plus de 30 localités différentes; la plus meurtrière a été celle de Heldersleben. D'après Lebert de Breslau, on y a observé 400 malades et enregistré 100 décès, sur une population de 52 000 âmes environ. La dernière a eu lieu à la lin de 1869 à Schœnbeck. Hamon émet Topinion que la trichinose est devenue endémique en Allemagne. Les statistiques les plus modestes portent à 2000 au moins les cas de trichinose qui se sont produits de 1865 à 1870.

Sa fréquence tient d'une part à ce que l'usage de la viande de porc y est très répandu, surtout parmi les classes ouvrières, qui la mangent le plus souvent à Fétat cru, ou après une cuisson insuffisante pour faire périr les trichines, et que de l'autre ce parasite est assez commun chez les porcs de ce pays. Or, il a suffi d'un seul porc trichiné pour causer l'épidémie d'Heldersleben.

On a décrit sous le nom de fièvre fluviale du Japon ou Shirna Nueshi une maladie cychque caractérisée d'abord par une petite eschare cutanée, due d'après les indigènes, à la morsure d'un acare rouge (Aka-Mushi), puis au bout d'une semaine par un exanthème généralisé de papules rouge sombre. Au bout de quelques jours, dans la plupart des cas, l'éruption s'efface et le malade entre en convalescence; cependant la terminaison est fatale chez 15 p. 100 des sujets atteints.

Le béribéri s'olDserve à Nagasaki ; au dire des Japonais, des centaines d'individus succomberaient annuellement à cette maladie. On prétend qu'elle est surtout fréquente dans le nord-est du Kiou-Siou.

CLIMATS FROIDS

Les climats froids ont pour limites les lignes isothermes de -f- 5° et de — 5^. Dans l'hémisphère nord l'isotherme de — 5° commence par 56° de latitude (longitude 180°), traverse le détroit de Behring, suit la côte arctique de l'Amérique jusqu'à l'embouchure du fleuve Mackenzie, s'abaisse ensuite vers la baie d'Hudson, sort de l'Amérique par la côte nord du Labrador et traverse le détroit de Davis pour entrer dans le Groenland.

De Frederikshaab au golfe de l'Obi (Russie), elle forme les deux côtés d'un angle dont le sommet serait à la pointe sud du Spitzberg. En prolongeant le côté droit de cet angle depuis l'embouchure de l'Obi jusqu'à Okhotsk, on a le parcours de cette ligne isotherme sur le continent asiatique; elle rejoint ensuite le détroit de Bering, en laissant dans le sud le Kamtschatka et touchant l'embouchure du fleuve Anadyr.

L'isotherme de — 5° dans l'hémisphère sud n'est pas encore connu. En Europe, l'Islande, le nord de la presqu'île Scandinave, la Laponie et la Russie septentrionale; en Asie, la Sibérie et le Kamtschatka; en Amérique, l'Amérique russe et la Nouvelle- Bretagne, le Labrador, le Canada et l'île de Terre-Neuve, sont compris dans la zone des cHmats froids de l'hémisphère nord. Dans l'hémisphère sud, ces cUmats ne couvrent guère que la mer et quelques terres désertes ou peu connues : îles Powell,

Shetland du Sud, terres de Graham, de Palme, Amélie, Louis -Philippe.

La moyenne hibernale de température se maintient au-dessous de 0° et descend sur certains points jusqu'à — 27°, la moyenne estivale oscille suivant les heux entre 6° et 20°. Dans une même localité, l'amplitude des oscillations annuelles peut dépasser 33°. La température, sous les cHmats froids, permet la culture de certaines espèces végétales, et la terre peut encore y nourrir ses habitants. On parvient même, dans une certaine mesure, à y acclimater des céréales; le gouvernement russe et le gouvernement danois ont fait dans ce sens de louables efforts, l'un en Sibérie, l'autre en Islande. Le printemps et l'automne ont disparu, ils se confondent avec l'été qui a lui-même une durée fort courte. Dans la Laponie suédoise il est de deux mois : la neige fond à la fin de juin et reparaît à la fin d'août. Durant ces deux mois, la végétation suit son cycle régulier avec une rapidité surprenante. En Russie, le printemps apparaît en quelques jours.

En Islande, les jours dépassent vingt heures. A une latitude plus élevée, il y a une période durant laquelle le soleil ne se couche pas ; il s'approche de l'horizon vers minuit, mais il se relève bientôt pour décrire un nouveau cercle. Plus tard, il disparaît quelques instants, puis, le temps de sa retraite se prolongeant, la durée du jour décroît jusqu'à l'approche de l'hiver; le soleil décrit alors des arcs de cercles de plus en plus petits ; enfin il cesse de se montrer, et le pays reste plongé dans l'obscurité ; ces longues nuits sont ordinairement illuminées par l'éclat des aurores boréales. Rochard les a observées à la côte de Terre-Neuve sous le cinquantième parallèle. Les pluies sont rares et remplacées par la neige. On observe très peu d'éclairs. Un silence profond règne sur ces immenses étendues, couvertes d'un manteau de neige ou de glace, ou d'une végétation presque aussi triste.

On ne rencontre pas, dans ces régions, de ces endémies redoutables qui sévissent dans les zones torrides. Cependant quelques accidents y sont comparables à ceux des pays chauds.

Pendant l'été, les baies de Saint-Pierre et Miquelon sont infestées par une légion de moustiques dont les piqûres déterminent une vive inflammation avec un œdème circonscrit. E. Cheval cite un cas de mort provoquée par ces piqûres. Pendant la saison chaude, les moustiques envahissent les régions les plus froides de la Sibérie; un voyageur américain prétend que sur les bords de l'Anadyr les froids rigoureux de l'hiver sont moins pénibles à supporter que les piqûres de ces insectes. Les fièvres paludéennes sont rares et ne s'observent qu'en été, dans les points où la moyenne estivale s'élève jusqu'à 15°.

D'après Miihry, on pourrait admettre, comme hmite de la malaria en Asie, la ligne qui passe par tous les points dont la température moyenne estivale est de 20° et dont la température annuelle est supérieure à H- 2°, 5. La fièvre paludéenne règne dans certains points de la Sibérie méridionale.

D'après Rochard, elle ne remonte pas au delà de l'isotherme de -\- 5°. Sa limite boréale peut être représentée par une hgne partant de Québec pour atteindre la côte de Norvège à la hauteur du 59*^ degré. La fièvre est inconnue dans le Nord, aux Hébrides, aux Orcades, au Shetland; il n'y en a pas un cas en Islande, ainsi que l'a observé Torteinson, médecin islandais, qui ne l'a vue que chez les marins étrangers ou des voyageurs. Des médecins de notre marine ont également constaté que la fièvre intermittente guérit rapidement en Islande.

CLIMATS FROIDS 685

L'influence du froid engendre une espèce d'ophtalmie particulière aux régions polaires et que Ton nomme ophtalmie des neiges; elle est déterminée pas l'éblouissante blancheur du sol et occasionne à la longue des lésions plus ou moins sérieuses de la vision. On l'observe en Sibérie; il ne faut pas la confondre avec les inflammations chroniques des yeux, auxquelles sont sujets les habitants des îles Aléouliennes et qui ont pour cause l'atmosphère enfumée des huttes. Cependant les indigènes de la Sibérie jouissent d'une acuité visuelle extraordinaire et qui dépasse celle des autres races humaines.

La grippe acquiert dans ces hautes latitudes un degré de gravité très grande. A l'île Sitka il se déclare chaque année une épidémie de grippe. En Islande, l'influenza, appelée quef dans le pays, règne à peu près tous les ans. Aux îles Féroé, la grippe [krugm] se montre au moins une fois par an. En 1838 sa manifestation épidémique doubla presque le nombre moyen des décès.

La phtisie paraît beaucoup moins fréquente qu'on ne l'a cru sous les climats froids. Cependant, daprès E. Cheval, à Terre-Neuve, les pêcheurs, vivant au milieu de conditions hygiéniques déplorables, sans cesse mouillés par l'eau de mer et les pluies, contractent des bronchites qui sont trop souvent le prélude de la phtisie pulmonaire; d'après Gras, la phtisie serait à Miquelon plus redoutable qu'aucune autre maladie : il faudrait lui rapporter les trois quarts de la mortalité de cette île.

Aux îles Aléouliennes, la majeure partie des métis de Russes et d'Aléoutiennes, épuisés par la débauche et l'ivrognerie, meurent de phtisie. Au Canada les Indiens y sont sujets ; suivant Landry de Québec, la population métisse du bas Canada, provenant du croisement des Anglais et des Indiennes, serait sérieusement éprouvée ; mais d'un autre côté la phtisie au Canada est plus rare sur les troupes anglaises en station, que dans le Royaume-Uni. Dans les populations blanches du haut Canada, elle est, dit-on, presque inconnue (Orton).

On ne l'observe ni aux îles Féroé, ni dans le Finmark. Enfin, à Pétersbourg même, elle est, d'après Dubois d'Amiens, beaucoup plus rare qu'en Angleterre. Toutefois, selon Rochard, il ne faudrait pas conclure de ces faits que le séjour de ces contrées puisse convenir aux tuberculeux nés sous un climat plus doux.

Pendant un séjour de quelques mois que la frégate la Psyché a fait dans la mer Blanche, en 1855, Gallerand a vu l'état de ces phtisiques s'aggraver rapidement. Par contre, les habitants des régions polaires deviennent tuberculeux lorsqu'on les transporte dans des climats plus tempérés : c'est ainsi que les Esquimaux deviennent phtisiques à New-York.

Ces faits justifient la conduite des médecins qui envoient souvent les poitrinaires dans des pays extrêmement froids, mais à température peu variable. On sait que la station de Saint-Moritz, dans l'Engadine, jouit d'une faveur toute particulière à cet égard. En Amérique, on envoie depuis longtemps les phtisiques à Saint-Paul, dans le Minnesota, où règne un froid excessif, mais réguher.

Le rhumatisme et la toux sont aussi des affections beaucoup moins communes dans les pays froids que dans les climats tempérés.

Le froid, porté à un degré excessif, produit sur l'économie des accidents qui amènent la mort par congélation. Cet accident, qui se produit dans tous les pays froids, se montre en Islande avec une certaine fréquence. On constate aussi, sous

la moindre influence, des troubles cérébraux et une sorte de délire particulier.

En Laponie, un jeune officier du navire sur lequel était Gallerand s'égara dans les neiges, aux environs d'Hammerfest. Lorsqu'on le retrouva mourant de froid et de faim, il était en proie à ce qu'on pourrait appeler le ragle des neiges, à des hallucinations.

Gmelin a désigné sous le nom de tar^a de Sibérie une maladie épidémique, contagieuse, qui règne ordinairement aux mois de juin et juillet dans la ville de Tara et sur les bords de Tlrtisch. Aux îles Shetland, Samuel Hilbert (1822) parle d'une maladie convulsive qui s'y perpétue depuis un siècle. Il s'agit d'une chorée épidémique par imitation; ce sont les femmes qui en sont le plus souvent atteintes.

Schleissner a décrit en Islande, sous le nom de handardofi ou naladofi^ une espèce de névralgie de la partie extérieure des bras, affectant surtout les femmes. La douleur est aiguë ou brûlante, elle se propage le long du bras; si l'accès se prolonge, il survient une sorte d'anesthésie de la peau et de paralysie du muscle. N'est-ce pas là tout simplement une névralgie ou une névrite du plexus brachial?

La maladie hydatique atteint en Islande un degré de fréquence qu'elle ne présente dans aucune partie de l'Europe. D'après certaines évaluations 1 individu sur 7, et même sur 6, en est affecté. D'après d'autres, la proportion ne serait que de 1 sur 20, mais cette moyenne est beaucoup au-dessous de la réalité (Hjaltelin).

Bien que le foie en soit le siège le plus ordinaire, on troûve des hydatides dans tous les viscères abdominaux : dans les plèvres, dans les poumons, dans la cavité crânienne et même sous la peau.

Ce mal est beaucoup plus fréquent dans l'intérieur du pays que sur les côtes; il est commun aux deux sexes (Guérault). On pourrait l'attribuer à l'usage presque exclusif du poisson séché comme nourriture.

Le scorbut, autrefois endémique, parait-il, aux îles Ferroë, est, d'après Manicus, ■ devenu excessivement rare (Hirsch). Toutefois, il est répandu à Touroukhansk (Sibérie), et s'observe dans la région glaciale de la Sibérie, particulièrement au printemps; on a remarqué que les Tongouses étaient moins souvent atteints que les Ostiakes. Le remède populaire contre celte maladie est le sang du renne ou de tout autre animal, que l'on boit chaud.

En Islande, Nielly appelait ulcère du sel, ou des saleurs, ulcération de couleur noire cendrée, sèche, le plus souvent indolore, ayant son siège à la pulpe des doigts. Il n'existe que chez les saleurs de morue et ne guérit qu'autant que le malade renonce à sa profession.

On a signalé aussi chez les hommes des bâtiments de pêche un ulcère de nature particulière que ces pêcheurs appellent fleurs d'Islande. Il se développe sur les mains et les avant-bras : c'est une sorte de pemphigus dont les bulles apparaissent . sous les manchettes de cuir, avec lesquelles ils se recouvrent les avant-bras, pour les protéger contre le frottement de la ligne de pêche (Chastang).

On a observé en 4770 et 1780, au Canada et principalement à la baie Saint-Paul, une endémo-épidémie que l'on avait décorée du nom de maladie nouvelle et qui n'est autre, comme l'admettent Rolley et Rey, qu'une maladie syphiHtique. Elle se communique souvent en dehors de tout rapport sexuel et plus volontiers à la période secondaire, c'est-à-dire quand les accidents syphilitiques ont envahi la bouche et le gosier. Les habitants appellent cette maladie le mal anglais, parce qu'ils prétendent

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