hab. f
La mortalité n'est pas élevée en France. Elle y est bien moindre qu'elle ne l'est dans les pays de même latitude. C'est ce qui ressort du tableau suivant :
Sur 1 000 habitants, combien de décès en un an [1889-1890)
Au sud du 45^ degré de latitude Espagne 32
— Italie 27
En partie au sud, en partie au nord
du 45" degré de latitude France 22
Du 45'' au 55" degré de latitude Hongrie 32
— — Autriche 2'.)
— — Bavière 28
— — Wurtemberg 26
— — Bade 24
Du 50' au 55" degré de latitude Saxe 28
— — Prusse 25
— — Belgique .• 20
— — Pays-Bas 21
— — Angleterre et Galles 19
— — Irlande 18
Au nord du 45" degré de latitude... Ecosse i9
— — Danemark 19
— — Norvège 17
— — Suède 17
On voit que, en général, la mortalité diminue assez régulièrement du sud au nord.
La mortalité française est moindre que celle des pays de sa latitude et même que celle de plusieurs pays situés plus au nord. On ne peut donc pas espérer la voir diminuer bien sensiblement.
Ainsi, nous avons vu :
Que, dans tous les grands pays, la natalité dépasse de beaucoup la natalité française ; que, partout, excepté en France, cette forte natalité reste à peu près stationnaire ;
Que, la mortalité diminuant sensiblement, il en résulte, dans les pays étrangers., que le taux d'accroissement de la population, loin de diminuer, comme le disent quelques économistes, va sans cesse en augmentant.
Tandis qu'en France la mortalité diminue peu, parce qu'elle est en elle-même assez modérée, la natalité, au contraire, diminue avec une rapidité constante depuis le commencement du siècle. Il en résulte que le taux d'accroissement, quia toujours été faible en France, a sans cesse été diminuant (au lieu d'augmenter, comme ailleurs) et qu'aujourd'hui il est nul.
Ce sont là des conditions tout à fait spéciales à la France et il y a lieu d'y porter promptement des remèdes énergiques. Levasseur, Paul Leroy-Beaulieu, A. Fontaine sont pourtant à cet égard peut-être moins pessimistes que J. Bertillon; Levasseur, dans son bel ouvrage la Population française, approuve même que, d'une façon générale, la richesse précède la population.