‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 24 sur 326 · NUPTIALITÉ · texte numérisé non relu

NUPTIALITÉ

Le mariage intéresse l'hygiéniste par des côtés multiples. Après avoir fixé son degré de fréquence, l'état civil et l'âge des conjoints, nous aurons à faire ressortir l'influence exercée par le mariage sur la santé, la criminahté, l'ahénation mentale, le suicide et la mortalité.

Fréquence du mariage. — Bertillon a fait observer que les statistiques ayant pour but de déterminer la proportion relative des mariages dans un pays n'avaient

de valeur qu'autant qu'elles portaient, non sur le nombre des mariages en rapport avec la population générale, mais seulement avec la population mariable (de 15 à 60 ans). En effet, comment établir une base d'après l'ensemble d'une population, lorsque dans certains pays, comme, par exemple, la Prusse, la Hongrie, l'Espagne, il y a un nombre considérable d'enfants; que d'autres contrées, la France, par exemple, présentent une proportion plus grande de vieillards?

Faisant donc subir aux statistiques d'ensemble ces éliminations nécessaires, Bertillon a pu déterminer les chiffres suivants :

En Angleterre il y a 14,76 mariages par 1 000 habitants; mais après élimination de la population n'étant pas apte au mariage, le résultat est de 64 mariages sur 1,000 habitants mariables; tel est le chiffre définitif indiquant l'aptitude matrimoniale de l'Angleterre.

Le chiffre est pour la France de 57,2; pour le département de la Seine de 52,9; pour le Danemark 58,6; pour la Belgique 42,7 ; pour les Pays-Bas 52,3 et la Norvège 35,7 (voir article Mariage, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales^ premier tableau.)

La moyenne annuelle des mariages en France pour chaque période quinquennale depuis 1831 est la suivante : 259 754, — 272 552, — 282 733, — 277 942,

— 280 739, — 294 864, — 296 523, — 286 475 (guerre et perte de l'Alsace- Lorraine), — 308 001, — 282 434, — 284 076, — 275 876, — 286 530, — 289,604. Il y a donc, comme on le voit, un accroissement à peine sensible. Mais l'augmentation est beaucoup plus considérable dans d'autres pays : l'Angleterre (Galles inclue) donne les moyennes suivantes : 118 861, — 119 495, — 128 226,

Presque partout, la probabilité du mariage est plus grande pour l'homme que pour la femme : en Hollande et en Angleterre, ce rapport est comme 52,8 : 61,9, soit comme 100 est à 117, c'est-à-dire que, dans ces deux pays, le même nombre de gens mariables, qui donne 100 mariages annuels si ce sont des femmes, en fournit 117 si ce sont des hommes. En France, ce rapport est annuellement comme 100 est à 103. Bertillon montre que cette différence tient à celle des seconds mariages, trois ou quatre fois plus fréquents pour les hommes que pour les femmes.

La proportion des mariages de veufs est à peu près double de celle des mariages de veuves jusqu'à l'âge de 30 ans; elle est triple de 30 à 60 ans. En 1872, les mariages de veufs de l'un et de l'autre sexe ont été plus nombreux qu'en temps ordinaire, les événements de 1870-71 avaient accru considérablement le nombre des veufs et des veuves. En Autriche, en Angleterre, en Hollande, en Belgique, le contingent fourni par le second mariage est très considérable et beaucoup plus important qu'en France; les veuves se remarient rarement en Suède et en France, et plus souvent, d'après Bertillon, en Angleterre, en Hollande et surtout en Autriche.

On va voir que la nuptialité augmente à mesure qu'augmente la pauvreté.

Nuptialité. — Voici un tableau qui indique combien il y a de mariages en un an pour 1 000 mariables ' (Docteur J. Bertillon) :

1. Hommes non mariés de plus de 20 ans; femmes non mariées de plus de 15 ans.

ARRONDISSEMENTS

(188D-lb75)

(leoD-lbyo)

Masculin

La distribution mensuelle de mariage se répartit très inégalement et subit l'influence des rites religieux (le carême), de certaines habitudes rurales, des usages locaux, de l'état de paix ou de guerre.

Les résultats de la statistique varient suivant la différence des cultes : de 1859 à 4861 les chrétiens dits évangéhstes donnaient 8,3 mariages pour 1 000 ; les juifs, 8; les catholiques, 7,8. En Allemagne, on a constaté la plus grande fréquence des mariages mixtes. Ainsi, en Bavière, de 1835 à 1840, on en comptait 2,7 pour 100 mariages. Le nombre en a triplé de 1860 à 1862.

On a longtemps cru que la proportion de la mortalité était en raison de la fréquence des mariages. Bertillon a montré qu'il y avait là une erreur provenant de la confusion faite entre la mortalité générale, qui s'accroît évidemment par le plus grand nombre de naissances résultant du plus grand nombre de mariages, et la ???ortalité à chaque âge. Les unions hâtives et largement fécondes sont, au contraire, le salut des nations à mortalité rapide, qui, sans ce renouvellement constant opposé à la décimation, seraient nécessairement condamnées à disparaître, danger qui menace actuellement la colonie islandaise.

Mariage considéré au point de vue de Vâge des conjoints. — La plus grande fréquence du mariage se rencontre, pour la France, de 25 à 35 ans chez les hommes. Il en est de même pour Ultalie et la Belgique.

En Angleterre, c'est de 20 à 30 ans que cette période peut être fixée.

Les mariages parisiens offrent une particularité singulière et qui semblerait invraisemblable, si les chiffres ne venaient en démontrer la certitude. C'est à la période où le mariage se produit le plus volontiers en France, c'est-à-dire de 25 à 30 ans, que le nombre des mariages parisiens est le plus restreint; il augmente avec l'âge, et c'est seulement au delà de 40 ans pour les hommes et de 35 ans pour les femmes que la matrimonialité, atteignant son maximum, égale et surpasse celle de la France entière.

Nous remarquons que, en France, la différence d'âge entre les époux, sensible dans la jeunesse, va en décroissant, puis se nivelant avec les années; enfin, la tendance est manifeste, chez l'homme ou la femme d'un âge avancé, de chercher en quelque sorte à compenser son âge par la jeunesse plus grande de son épouse ou de son époux. Le fait est également observable chez l'homme et chez la femme; la la femme ayant plus de 30 à 35 ans prendra un mari moins âgé qu'elle ; le mari de 60 ans choisira une femme de 40.

Les recherches de Salder en Angleterre donnent des indications intéressantes snr le rapport existant entre la fécondité des mariages et Fâge des époux. D'après lui, la fécondité moyenne, de 4,1 enfants par mariage, s'élève à 5,li, l'homme ayant dépassé 26 ans, puis redescend à 4,43 lorsqu'il a de 26 à 36 ans, et enfin à 2,84 si l'homme entre en ménage après sa 36*" année. Le résultat d'ensemble est le même chez les femmes. Le chiffre est de 5,13 pour la femme qui se marie avant 26 ans ; 3,5 de 26 à 36 ans, et 2,89 pour celles qui se marient après leur 36° année. Mais, trop jeune, la femme est moins féconde et ses enfants moins viables. En effet, la femme de moins de 16 ans accompUs donne 4,4 de naissances par mariage; ses enfants ont une mortalité de 28 p. 100. De 16 à 20 ans, on compte 4,63 enfants et 20 décès; de 20 à 24 ans, 5,21 enfants et 18,8 décès.

Le tableau suivant, dû au D'" J. Bertillon, donnera quelques indications sur la fécondité relative du mariage dans les différents pays.

TABLEAU INDIQUANT LE NOMBRE THÉORIQUE MOYEN d'eNFANTS PAR MARIAGE PENDANT LA PÉRIODE 1888-1892 (HONGRIE ET BOHÊME EXCEPTÉS)

ÉTATS

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