NEUVIÈME PARTIE
L'homme vient au monde tout nu ; la nature ne l'arme ni ne rhabille. Pour se défendre contre ses ennemis, pour saisir sa proie, il faut qu'il laillela pierre et qu'il frappe le fer. Pour se garantir des morsures du froid et du chaud, il faut qu'il dépouille l'animal de sa toison ou la plante de son écorce. Malgré cet état de faiblesse relative, l'homme, comme s'il voulait porter un défi à la nature, el se prouver à luimême les ressources presque iUimitées de son intelligence, n'a cessé de multiplier ses besoins et d'en varier la satisfaction. Les soins de son corps ont progressé avec le développement de sa raison. Sa nourriture est plus saine; son vêtement, tant pour la forme que pour la matière, est mieux adapté aux conditions générales de l'existence qu'à certaines périodes des temps modernes et aux époques les plus éloignées de l'histoire. Si les habits, masculins surtout, ont perdu en élégance, ils ont au moins gagné sous le rapport de l'hygiène, de la commodité et surtout du bon marché. C'est de ceux-ci que nous voulons surtout nous occuper dans ce chapitre, tout en mettant sous les yeux du lecteur un tableau abrégé de ce que furent les vêtements dans les siècles passés, et de ce qu'ils sont encore chez les divers peuples de notre globe.
Nous ne pouvons à peu près rien conjecturer sur le mode de se vêtir de l'homme préhistorique, qui, comme nous l'avons déjà vu, daterait de plusieurs milliers de siècles. Le troglodyte ignorait très probablement Tari de tisser la laine et le Hn, et, tout au plus, peut-on supposer qu'il s'enveloppait sommairement dans la dépouille des animaux. D'après la Bible, nos premiers parents, en se couvrant de feuilles de figuier, ne firent qu'obéir à un instinct subit de pudeur. On nous représente toujours Hercule vêtu d'une peau de hon. Cette époque héroïco-fabuleuse, qu'on pourrait appeler l'époque des fourrures, a laissé peu de trace dans l'histoire et dans l'art.
On attribue aux Phéniciens les premiers procédés de tissage et de teinture* Chez
les Grecs et les Romains, les femmes, même celles des plus hautes classes, fabriquaient dans le gynécée les vêtements de famille. Lucrèce et la femme forte peinte par l'Écriture filaient et tissaient la laine au milieu de leurs familles. La simplicité du vêtement antique se prêtait d'ailleurs aux méthodes toutes primitives de cette industrie domestique. On ne s'ingéniait pas, comme de nos jours, à inventer de nouvelles modes et des coupes savantes. La tunique, la toge et le manteau de forme invariable, et pour ainsi dire traditionnelle, étaient les pièces indispensables et à peu près uniques du vêtement viril. Pour les femmes, c'étaient toujours la tunique flottante ou serrée à la taille par une cordelière, et la jupe traînante. Ces costumes, qui nous ont été transmis par la statuaire et par les peintures murales, outre qu'ils laissaient au corps son libre développement, favorisaient la majesté de la marche, la solennité des attitudes et l'éloquence du geste. On conviendra qu'aujourd'hui les mouvements impétueux de Démosthène et l'harmonie des périodes cicéroniennes jureraient avec nos vêtements étriqués, et qu'une frise où figurerait une panathénée de femmes parisiennes avec leurs volants et leur système compliqué de retroussis n'aurait rien de séduisant pour les yeux de l'artiste et du connaisseur. Ces vêtements faisaient en quelque sorte partie de la tradition nationale. A part la finesse de l'étoffe et la richesse des couleurs, la toge de Caton l'Ancien ne différait guère de celle de Néron, de Marc-Aurèle et de Théodose. Les sophistes de la décadence athénienne portaient le manteau de Socrate et chaussaient les sandales de Périclès.
Nous passerons sous silence les costumes orientaux, sur lesquels on n'a que des données incertaines, et qui ont dû être, d'après ce que nous révèlent les inscriptions hiéroglyphiques et les bas-reliefs assyriens, à peu près ce qu'ils sont maintenant. Tout le monde connaît le costume des Orientaux d'aujourd'hui, lequel, spécialement pour les femmes, est d'une richesse et d'une élégance que nous admirons sans les imiter autrement que par des contrefaçons parfois grotesques.
Nous ne savons que peu de chose aussi sur la manière de se vêtir de nos premiers ancêtres en Gaule. Il est cependant constaté qu'ils portaient déjà la braie et le sayon qu'on retrouve dans certaines contrées de la Basse-Bretagne.
Depuis la chute de l'empire romain, le costume a beaucoup varié parmi les nations européennes. Pendant tout le cours du moyen âge, il affecta dans toutes les classes une forme presque monacale. Les chevahers, dans leurs châteaux, portaient la robe longue et la cape de velours ou de fourrure. C'est alors qu'on vit les coiffures monumentales, les robes à traîne indéfinie et les souliers à la poulaine.
En cette matière, comme en beaucoup d'autres, la Renaissance opéra une révolution presque radicale. Ce fut la belle et grande époque du costume français, des étoffes chatoyantes, du velours, du satin, du drap d'or, des pourpoints et des hautsde-chausses à crevés, et des chausses collantes assez semblables à nos maillots d'aujourd'hui. Enfin, par des dégénérescences successives, pourpoints, collets, manteau, sont devenus l'habit encore drapé de Louis XIV, l'habit à la française de Louis XV et de la Révolution, enfin la redingote, le paletot sac, le veston et le frac d'aujourd'hui. Le haut-de-chausses s'est transformé en culotte, et la culotte a fait place au pantalon.
Le vêtement ne peut pas être considéré au point de vue exclusif de l'hygiène. Sa forme et la matière dont il est fait ont bien souvent été pure question de mode et d'ornement. Il en est de nous comme des animaux. Sous les tropiques, le plumage
chatoyant de l'oiseau lui est encore plus une parure qu'un abri; dans les contrées du Nord, le terne et imperméable duvet qui le recouvre est plus chaud (lu'agréable à l'œil. La grande masse des habitants de l'Europe n'a jamais admis que transitoirement, et par une inconséquence climatérique, les couleurs trop vives et trop tranchées. La lumière douce de nos climats tempérés offre un contraste trop violent avec la crudité de tons qui n'a rien d'offensant pour les yeux des Asiatiques et des Africains de la zone torride. Chez nous, le soleil l'éteint et l'assombrit ; chez eux, elle l'allume et l'adoucit pour ainsi dire. Nous revenons à notre nature quand nous adoptons pour nos vêtements les couleurs tendres, mortes, et en quelque sorte attiédies. En tout nous aimons le demi-jour.
Pour les hommes, les vêtements de couleur sombre sont devenus dans nos pays d'un usage à peu près général. On peut dire que le sérieux des esprits, dans notre société démocratique, a déteint sur l'étoffe de nos costumes. Leur forme aussi se ressent de nos mœurs égalitaires. Sauf la finesse de l'étoffe et du linge, le millionnaire, vêtu pour une cérémonie, ne se distingue pas de l'ouvrier endimanché. Tous deux sont sanglés dans le même fourreau noir et étranglés par la même cravate blanche, qui se réduit à un simple nœud ou à un étroit ruban. Même coiffure aussi, même chaussure. L'enterrement, la noce, le bal, la cérémonie officielle imposent à tous le même uniforme funèbre. Le costume de ville, le négligé du chez soi, pour lesquels le goût de chacun peut se donner libre carrière, selon la fortune et la situation sociale, ont échappé à cette tyrannie d'une étiquette contre laquelle chacun proteste en s'y soumettant.
Nous n'en finirions pas, s'il nous fallait insister sur ces considérations accessoires et de pur agrément. N'oublions pas qu'il s'agit ici d'hygiène, et établissons, à cet unique point de vue, quelques règles générales.
Nous admettons parfaitement que dans la question de se vêtir, chacun, et la femme surtout, tienne compte du besoin impérieux de se plaire à soi-même et de ne pas choquer le regard des autres; mais il importe aussi beaucoup de ne pas sacrifier à ce besoin très légitime l'obligation pour tous de se bien porter et de ne pas contrarier les lois de la nature. Tout d'abord, la propreté dans les vêtements est un devoir qu'il est très dangereux de négUger.
Et qu'on n'aille pas dire que c'est une recommandation oiseuse. Les soins de propreté sont d'origine toute moderne. Le linge de corps, devenu de nos jours aussi nécessaire que le pain, n'a figuré pendant bien longtemps que dans le surperflu des classes aisées. Il n'est pas rare de voir encore aujourd'hui beaucoup de personnes, très soigneuses par ailleurs quand il s'agit des vêtements apparents, pratiquer pour les précautions de propreté intime un relâchement funeste à la santé. Il faut donc, autant qu'on le peut et afin de favoriser les fonctions de la peau, changer fréquemment de linge, de flanelle et de caleçon, et ne pas porter constamment les mêmes habits. C'est là une règle d'hygiène obligatoire au premier chef. On ne soupçonne pas combien l'habitude de garder sur soi, jusqu'à la dernière extrémité, les mêmes vêtements engendre de maladies et favorise toute espèce de contagion.
En second lieu, les vêtements, de nos chmats surtout, ne doivent jamais être ni trop amples ni trop adhérents. Trop flottant, l'habit n'offre qu'une protection insuffisante contre les influences extérieures; trop étroit, outre qu'il paralyse le jeu des organes, il ôte leur souplesse aux membres, ralentit la circulation du sang, et rompt
l'équilibre de la température; il devient nuisible en ce qu'il supprime entre le corps et le vêlement une couche d'air qui, par sa faible conductibilité, arrête le rayonnement de la chaleur naturelle.
Les raisons d'âge, de sexe et de profession entrent aussi pour beaucoup dans la forme et la matière du vêtement. L'enfant ne doit pas être vêtu comme le jeune homme, ni celui-ci comme l'homme mûr et le vieillard. A l'enfant surtout, tout en le protégeant contre les variations de température qui lui sont si funestes, il faut laisser une grande liberté de mouvement. De même que l'usage barbare d'emmailloter les nouveau-nés est à peu près tombé en désuétude, on a compris que l'enfant, capable de marcher, ne doit pas être emprisonné dans un vêtement trop lourd ou trop gênant pour ses membres délicats.
Nous n'avons pas besoin de dire que les changements de saison et les variations de température sont d'une importance capitale dans la question du vêtement. A ce propos, il est bon de rappeler le vieil adage populaire, que ce qui défend du froid défend aussi du chaud. En aucun temps il n'est sain de trop se découvrir. Le printemps est perfide, l'automne est capricieux. Il y a plus de risque à chercher ses aises quand le soleil darde toutes ses flèches, qu'à se tenir sur une défensive parfois cependant assez pénible.
L'Arabe du désert s'enveloppe des pieds à la tête dans des flots de laine blanche, et en toute saison le paysan espagnol se drape dans les plis de son manteau couleur tabac. Dans notre cHmat de France, le soleil n'est jamais assez meurtrier pour que le proverbe cité plus haut devienne une règle absolue. Pendant tout l'été et une bonne partie du printemps, le vêtement d'hiver peut être totalement proscrit; mais de même que la transition d'une saison à une autre n'est jamais ou à peu près jamais trop brusque, nous avons toute une série de nuances à observer dans la manière de nous vêtir. C'est à ce besoin d'échapper aux inconvénients des températures neutres que nous devons les étoffes appelées de demi-saison.
La laine, le /m, le chanvre, le coton et la soie sont à peu près les seules matières qui servent à la texture du vêtement humain. On peut y ajouter le caoutchouc^ qu'on emploie surtout pour la fabrication des étoffes imperméables. La peau de certains animaux, préalablement tannée, nous fournit la chaussure.
Parmi les substances textiles, la laine occupe sans contredit le premier rang. Elle provient du mouton et son emploi remonte à la plus haute antiquité. Par sa souplesse, par sa propriété feutrante, par son affinité pour les couleurs, nulle autre matière ne se prête autant qu'elle aux perfectionnements de l'industrie. On en est arrivé de nos jours, grâce aux procédés d'un mécanisme aussi savant qu'ingénieux, à la transformer en étoffes d'une légèreté et d'une richesse inouïes. Elle nous fournit les draps épais et presque inusables qui servent à nos vêtements d'hiver, les étoffes de fantaisie qui ont détrôné le coton, les cachemires de l'Inde, la flanelle, les mérinos soyeux, et une foule d'autres tissus que, pour la légèreté et la transparence, on confondrait, à la vue, avec les tulles, les mousselines et les gazes les plus aériennes. On peut dire, en un mot, qu'aujourd'hui la laine se prête à toutes les exigences de la mode et du goût le plus raffiné.
Nous ne mentionnons qu'en passant, et uniquement pour être complet, les fourrures, indispensables dans les régions froides, et qu'on porte en dedans, tandis que chez nous, où on les porte en dehors, elles ne sont guère que la marque du luxe et de l'ostentation.
Le chanvre et le lin sont les deux plantes textiles de nos pays. Le chanvre sert à confectionner les toiles et les cordages. L'étoupe, qui est la partie grossière des filaments du chanvre quand ils ont sul)i l'opération du cardage, est utilisée pour le calfatage des navires et pour le nettoyage des machines. La toile de chanvre, même à son plus haut degré de finesse, n'égale jamais celle du lin pour la finesse, mais elle la surpasse en durée.
Le lin est une plante dont l'emploi remonte aux temps les plus éloignés. Bien des siècles avant Rhamsès le Grand, les Égyptiens fahriquaient des tissus de lin dont la renommée était universelle. Nous pouvons juger de leur qualité par les handelettes, souvent très fines, qui enveloppent les momies préparées avec soin; elles nous présentent un tissu hlanc, souple et solide, dont on pourrait faire, même aujourd'hui, d'excellents vêtements, bien que la trame en ait été tissée cinq ou six mille ans avant notre époque.
Au temps de César, les Gaulois s'habillaient déjà de lin, et les Romains vantaient la finesse de ce tissu, dont nos ancêtres savaient parfaitement utiliser les propriétés. Le lin joue encore aujourd'hui un grand rôle dans le vêtement ; celui qu'on cultive dans le nord de la France est remarquable par sa finesse et doit être considéré comme très supérieur à la fibre grossière que la Russie fournit en si grande abondance et qui alimente surtout les manufactures anglaises.
La coton^ dont l'usage est indiqué dans les Vedas^ ce qui lui constitue une noblesse presque aussi ancienne que celle du lin, tend à remplacer de plus en plus ce textile. Il fournit ce que nous pourrions appeler la toile des pauvres, le calicot, le madapolam, la cretonne, les indiennes, les piqués, et cette immense variété de tissus coloriés dont l'Angleterre inonde les quatre continents. Le bas prix de ces tissus les met à la portée de toutes les bourses. Notons d'ailleurs que par sa propriété plus grande d'absorption et par son peu de conductibilité qui le rapproche de la laine, le coton, sous beaucoup de rapports, est préférable au Un et au chanvre.
La soie^ originaire de la Chine, est sans égale pour la souplesse, la force et le brillant des étoffes qui portent son nom. Qu'il s'agisse du satin, du brocart, du velours, du taffetas, du foulard, du damas, de la faille, du gros de Naples, etc., ces étoffes sont partout adoptées pour les riches tentures, les meubles somptueux, les ornements d'églises, et surtout pour la robe et le manteau de la femme.
Mais pour en revenir aux exigences de l'hygiène, et en nous plaçant à ce point de vue exclusif, à quelle étoffe devons-nous donner la préférence? La physique nous apprend que moins une étoffe est conductrice de la chaleur, du froid et de la vapeur d'eau, mieux elle nous protège contre les intempéries de l'atmosphère, l'humidité et les refroidissements occasionnés par le brusque passage du chaud au froid.
Au point de vue thermique le vêtement a pour but de protéger le corps contre les écarts de la température extérieure. Le corps humain au repos perd chaque jour environ 2 700 colories, dont 2 572 sont abandonnées parla surface cutanée de façons différentes : 558 par évaporation, 833 par conduction et 1 181 par rayonnement. C'est sur ces deux derniers facteurs des variations thermiques qu'agit surtout le vêtement.
Si la température du milieu extérieur est d'environ 15°, on peut remarquer que tandis que la surface cutanée recouverte par les vêtements atteint 36 à 37°, la température de la peau dans les régions découvertes ne s'élève pas au-dessus de 29^.
On voit par là que les vêtements économisent à l'organisme une notable déperdition de calories.
Rubner a établi par de minutieuses recherches les diiïérenles conditions qui permetlent au vêtement de réaliser son rôle protecteur. Les échanges thermiques entre l'air extérieur et la surface cutanée se font surtout par conduction et par rayonnement. L'évaporation n'intervient que pour une part beaucoup plus faible et seulement lorsque la peau se couvre de sueur ou lorsque les vêtements sont accidentellement mouillés.
Nous étudierons donc le pouvoir conducteur et le pouvoir rayonnant des vêtements de différents tissus, ainsi que leur pouvoir absorbant.
Les facteurs qui permettent à la chaleur de traverser un vêtement par conduction sont multiples. Il faut tenir compte en première ligne de la nature du tissu. Le pouvoir conducteur des tissus est très différent suivant leur nature. Il est cinq fois plus faible pour la laine, que pour le lin et le coton; trois fois plus que pour la soie.
La texture des tissus a également son importance. L'air est un médiocre conducteur de la chaleur (6 fois moindre que la laine) ; donc plus les pores des tissus seront développés et contiendront d'air, plus le pouvoir conducteur du vêtement sera faible K II est vrai que dans ces conditions le tissu est très perméable à l'air, que celui-ci n'y séjourne pas et ne fait que le traverser, ce qui facilite sensiblement plus la transmission de la chaleur ou du froid, que si l'air restait emprisonné dans les mailles de l'étoffe.
Cette action inverse de la perméabilité et de la porosité des tissus ne se manifeste réellement que lorsque les étoffes sont minces. En augmentant leur épaisseur, on accroît leur résistance à la circulation de l'air et par suite au passage de la chaleur ou du froid. On conserve ainsi l'avantage de la perméabiHté, indispensable à l'élimination de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau qui se dégagent de la peau, tout en tempérant ses inconvénients.
D'autre part le sens de la trame d'une étoffe par rapport à sa surface intervient dans le pouvoir conducteur. La chaleur traverse mieux les tissus à fibres perpendiculaires aux surfaces (tricots, flanelles) que ceux dont les fibres restent parallèles à ces surfaces (toiles).
Enfin le pouvoir conducteur d'une étoffe dépend encore de la présence d'eau dans ses pores, celle-ci remplaçant l'air qui y était contenu et dont le pouvoir conducteur pour la chaleur est 27 fois moindre que celui de l'eau. L'expérience a montré que les tissus mauvais conducteurs à l'état sec deviennent bons conducteurs lorsqu'ils sont humides, car ce sont eux qui absorbent le plus d'eau. L'écart si considérable qui existe à l'état sec entre le pouvoir conducteur de la laine, de la soie et du coton, diminue beaucoup lorsque ces étoffes sont mouillées.
C'est plutôt la texture des étoffes que leur matière qui régit la capacité des étoffes à se laisser traverser par la chaleur rayonnante. C'est ainsi que les tricots, qu'ils
1. C'est par le même mécanisme que la couche d'air interposée entre le vêtement et la peau contribue encore à diminuer la conduction de la chaleur, dans des proportions qui varient suivant la rapidité plus ou moins grande du renouvellement de cet air. Les ouvertures des vêtements et surtout l'importance des mouvements musculaires activent considérablement la circulation de cette couche d'air et en diminuent par suite la valeur protectrice au point de vue thermique.
soient de laine, de soie ou de coton, laissent passer plus de calories rayonuées que la flanelle. Ici encore la pénétration des étoffes par riiuniidité élève considérablement, leur capacité à la chaleur rayonnante.
La couleur des étoffes régit le pouvoir qu'ont les vêtements d'absorber les rayons de chaleur lumineuse. Les corps présentent la couleui- qui résulte du mélange des dilïérentes radiations simples qu'ils diffusent; or un corps absorbant une radiation, ou une partie d'une radiation lumineuse, en absorbe la chaleur ou une fraction de la chaleur égale à la fraction de radiation lumineuse absorbée. Les rayons les plus chauds sont du coté du rouge; les corps jaunes et rouges doivent donc s'échauffer très peu, car ils rélléchissent et diffusent les rayons les plus chauds. Le blanc, résultant de la rétlexion de toutes les couleurs, absorbe encore moins de chaleur. Au contraire les corps noirs absorbant la totalité des radiations lumineuses doivent absorber la totalité des radiations calorifiques qui les accompagnent. Les tableaux de Franklin, de H. Davy, concordent avec ces données théoriques.
On peut ranger le pouvoir absorbant des couleurs d'après la série suivante :