Blanc. Pouvoir absorbant minimum
Il faut encore, pour satisfaire à l'hygiène, qu'une étoffe soit perméable à Tair et permette l'élimination de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau produits par la perspiralion cutanée.
Les recherches de Rubner ont démontré que les toiles sont moins perméables à l'air que les draps de laine et surtout que les tricots. Il faut tenir compte ici de l'épaisseur dilïérente des tissus. Enfin lorsque les tissus sont mouillés ils perdent tout ou partie de leur perméabilité à l'air. Ce sont les tissus, qui par leur texture peuvent absorber la plus grande quantité d'eau, qui cependant conservent le mieux la perméabilité à l'air après avoir été mouillés; tandis que dans ces conditions les toiles ne laissent plus du tout passer l'air, la flanelle conserve un peu plus des cinq sixièmes de sa perméabilité aux gaz (87 p. 100 pour la flanelle de laine et 81,4 p. 100 pour la flanelle de coton). Les tricots de laine et de coton mouillés gardent à peu près le quart de leur perméabilité, les tricots de soie les trois cinquièmes, les tricots de lin un peu moins de la moitié.
Ces déterminations, permettant d'évaluer la diminution de perméabilité à l'air par humec talion pour chaque étoffe, sont très précieuses pour fixer dans quelle proportion celle-ci peut entraver au niveau de la peau sous-jacente l'évaporation si nécessaire à la santé.
Dans nos contrées, où le froid est plus à craindre que la chaleur, il faut donc choisir un vêtement de laine, qui conservera le mieux notre chaleur et favorisera les échanges au niveau de la surface cutanée; il devra, en même temps, être en hiver de teinte foncée, de façon à absorber la chaleur solaire.
L'étoffe étant choisie en tenant compte de ces principes, il reste encore une condition importante à remphr : le vêtement doit mettre à l'abri de Yhumidiié.
La question est double. Il y a ici à distinguer, par rapport aux vêtements, Thumidité extérieure due à l'eau contenue dans Fair; et l'humidité intérieure due à l'eau qui provient de l'enveloppe cutanée du fait de la sudation.
Toute étoffe fixera forcément de l'eau ; mais cette eau y sera sous deux états très différents : à l'état d'eau hygrométrique, non consta table à la main, mais à la balance, ou à l'état d'eau d'interposition qui donne l'impression d'humidité. Cette dernière change complètement les propriétés physiques d'une étoffe.
Le coton absorbe le moins d'eau hygrométrique; la laine, au contraire, en absorbe le plus. C'est elle aussi qui conserve le plus facilement et en plus grande quantité l'eau d'interposition en ne perdant que très peu de sa perméabiUté à l'air.
Les tissus de laine ne sont complètement mouillés qu'au bout d'un temps très long, mais en revanche ils sèchent beaucoup plus lentement que le coton et surtout le lin.
Peu à peu les vêtements, si l'on n'a le soin de les changer et de les laver fréquemment, s'imprègnent de sueur et deviennent la cause d'irritations de la peau.
Les vêtements imperméables ont un inconvénient très grave : s'ils arrêtent l'eau extérieure, ils conservent aussi la vapeur d'eau produite intérieurement par la transpiration. On se trouve alors plongé dans un bain de vapeur, elle corps est maintenu en permanence dans un milieu saturé d'humidité. C'est là le reproche grave à faire aux vêtements de caoutchouc.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit de l'ampleur des vêtements, qui doit être plus ou moins grande, selon l'âge et le climat. Insistons seulement sur ce point, que toute compression excessive, en gênant la circulation capillaire, produit sur les parties du corps où elle s'exerce des congestions dangereuses et des déformations souvent incurables. Il ne faut pas que la ceinture ou le coi^set portent jusqu'à l'exagération la finesse de la taille. Il y a une perversion de goût et, disons-le, un coupable attentat contre soi-même, dans cette application de certaines femmes, et même de certains hommes, à réduire à un étranglement ridicule et choquant la partie moyenne du corps. La femme mince est loin d'être la femme svelte. Le corset trop serré, trop raidi par des lames de baleine, détruit la gracieuse ondulation des lignes, rend la marche saccadée, plaque le visage de rougeurs malsaines, et surtout contrarie le libre jeu des organes respiratoires et abdominaux. Loin de nous cependant la pensée de faire au corset un procès trop sévère. Il est indispensable pour soutenir les jupons et les jupes sans constriction trop forte, pour maintenir les jeunes personnes dans l'habitude de se tenir droites et de ne pas s'abandonner à une liberté d'allure très nuisible à la beauté. D'après Mme Gaches-Sarraute le corset hygiénique, muni d'aussi peu de baleines que possible, doit être droit devant et courbé en arrière ; il doit descendre assez bas pour former ceinture abdominale et s'arrêter en haut à l'estomac sans le comprimer et sans atteindre les seins; ceux-ci seraient au besoin maintenus par une brassière légère.
La mode a récemment adopté un corset qui répond dans une certaine mesure au type préconisé par Mme Gaches-Sarraute, bien qu'il remonte trop haut et forme une gaîne beaucoup trop rigide.
Les bretelles aussi sont en progrès. Tout en maintenant le pantalon à la hauteur voulue, elles n'exercent plus cette action désastreuse qui, à la longue, forçait l'homme à marcher le dos courbé et la tête portée en avant. Nous devons au caoutchouc cet heureux perfectionnement.
Nous en dirons autant de la jarretière. Beaucoup de femmes l'ont supprimée, en lui substituant des tirettes de caoutchouc qui s'attachent en dedans à la ceinture de la jupe. C'est aussi une louable habitude, quand on en use, de la boucler au-dessus du jarret. Nous n'avons pas à nous en occuper pour les hommes, à qui le pantalon et le caleçon ont permis de changer le bas pour la chaussette.
La coiffure^ dont nous avons déjà touché un mot, est une pièce importante du vêtement. Elle varie aussi suivant l'âge, le pays, le sexe et le tempérament. Il est donc impossible, à ce propos, d'établir une règle absolue. La tête de Tenfant, dont l'ossature est incomplète, a surtout besoin d'être protégée contre les influences de l'air et contre le choc des objets extérieurs; mais on doit éviler les doubles et triples béguins dont la solHcitude maternelle, souvent peu éclairée, couvre le crâne des nouveau-nés. La coiffure des enfants plus âgés doit toujours être légère en toute saison, et les défendre suffisamment du froid et du chaud. Autant que possible, dans l'intérieur des maisons, les jeunes gens et les hommes mûrs doivent rester nutête. L'habitude de se couvrir en toute occasion amène les calvities précoces et dispose aux catarrhes et aux inflammations des muqueuses.
Le chapeau à haute forme est peut-être, au point de vue de l'aération, préférable au chapeau mou; mais celui-ci est plus commodément adapté à la forme de la tête, et défend mieux contre la pluie et les ardeurs du soleil.
Les coiffures de nuit ont beaucoup d'inconvénients, en ce qu'elles déterminent une transpiration plus abondante. Cependant nous ne nous permettons pas de les proscrire, à condition qu'elles seront toujours légères et ne seront pas maintenues sur les tempes par le ruban-feu dont nos pères ceigaaient et ornaient leur serre- tête.
Quant à la coiffure des femmes, on ne peut rien décider de précis. Elle est tantôt un abri et tantôt un ornement; le plus souvent un prétexte à ornementation. Nous sommes loin aujourd'hui des échafaudages du dernier siècle, où les femmes portaient sur la tête tout un édifice de fleurs, de rubans et même de fruits.
Le chapeau, dont le modèle varie du soir au lendemain, ne sert plus que d'attache aux plumes et aux guirlandes de fleurs. Que conseiller quand à chaque instant la mode vient dérouter l'expérience de l'hygiéniste? Tout ce que nous pouvons dire aux femmes, c'est de se conserver la tête fraîche et d'être le plus gracieuses possible.
La coiffure la plus naturelle du soldat est le casque ancien. Il a cependant le défaut d'être trop lourd et de fatiguer la tête; le shako est cependant plus mal supporté. Le képi est léger, élégant, martial mais ne couvre pas la nuque; c'est tout ce qu'on peut en dire, d'autant plus qu'il remplace avantageusement les gigantesques bonnets à poils des vieux grenadiers et le shako monumental des fantassins du premier Empire.
Il serait bon pour tout le monde, autant que possible, d'avoir toujours le cou nu ou du moins dégagé. C'est là surtout que la compression offre des dangers réels. Les cravates étoffées d'autrefois; les cols carcans, imposés surtout aux militaires, en pressant sur les carotides et les jugulaires, déterminaient souvent des coups de sang et des oppressions. Heureusement la cravate n'existe presque plus que pour mémoire. La cravate n'est qu'un nœud ou un plastron, et nous ne croyons pas qu'on revienne jamais à la méthode de strangulation ou d'étouffement adoptée par les
incroyables du Directoire, les beaux de l'Empire et les dandys de la Restauration et du romantisme.
Le cou de la femme est fait pour les chaînes d'or, les médaillons, les colliers de perles et les rivières de diamants. Dans les temps froids, et au sortir du bal ou du théâtre, une écharpe autour du cou, même avec surcroît de palatine et de burnous, ne serait pas hors de saison.
La poitrine doit être protégée, mais non calfeutrée. Ceci nous ramène au maillot des enfants, qui se conserve encore dans nos contrées malgré les protestations des médecins. N'est-ce pas, comme nous l'avons déjà dit, outrager la nature que d'imposer à de pauvres petits êtres qui ne peuvent se plaindre la torture de cette enveloppe à momie? Dès qu'il ouvre les yeux à la lumière, l'enfant est poussé, par un instinct irrésistible, à se mouvoir et à se mettre en contact avec tous les objets dont il ne perçoit encore qu'une vague image; et c'est alors que, pour ajouter au tourment de cette impuissance, on emprisonne l'enfant dans un fourreau de plusieurs couches maintenues par des lisières. Le maillot produit des résultats tout contraires à ceux qu'on en attend. Au lieu de fortifier les enfants et de les préserver de toute déformation, on les affaiblit, souvent on les contrefait, et toujours on les rend hargneux et pleureurs.
La flanelle sur la peau est devenue d'un usage à peu près universel. La seule recommandation à faire, c'est de s'en passer quand on peut, et de la changer souvent si on se trouve astreint à la porter par une susceptibilité extrême du corps aux refroidissements. La laine, trop longtemps en contact immédiat avec la peau, finit par s'imprégner de sueur et d'autres substances acres, qui souvent sont l'origine d'affections cutanées, sinon dangereuses, au moins fort désagréables.
L'usage régulier des ablutions froides, en aguerrissant la peau contre les variations trop brusques de la température, exempte, ceux qui ont le courage de les pratiquer, des gilets de flanelle et des inconvénients qu'ils entraînent.
La chemise de toile, même quand la toile est fine, est inférieure à la chemise de coton. Elle est meilleure conductrice du calorique; aussi se refroidit-elle plus rapidement. La chemise de coton est plus douce, plus chaude, absorbe mieux la transpiration : c'est la chemise d'à peu près tout le monde aujourd'hui. Qu'elle soit de toile ou de coton, l'important est d'en changer le plus souvent possible, et surtout de ne jamais garder pour la nuit la chemise qu'on a portée pendant le jour.
Nous n'avons que peu de chose à dire, au point de vue de l'hygiène, des différentes formes de vêtements adoptées par les hommes et les femmes de notre temps. Généralement on vise, aujourd'hui, autant à la commodité qu'à l'élégance. Pour leurs robes^ les femmes ne s'attachent plus, comme il y a peu de temps, à des formes ridiculement évasées ou rétrécies. La beauté ne perd rien à ce goût judicieux, et la santé y gagne beaucoup. Elles gagneraient au point de vue hygiénique à être portées courtes, les robes traînantes soulevant et emmagasinant des masses de poussières. Pourquoi dirions-nous aux femmes de ne jamais se décolleter? Le conseil ne serait pas entendu. La femme en grande évidence, au théâtre, aux dîners de cérémonie et au bal, surtout si elle a de belles épaules, ces épaules qu'elle cache chez elle, elle tiendra à les montrer, à les étaler aux regards des personnes qu'elle n'a jamais vues et auxquelles elle ne tient nullement à plaire. La mode le veut, et cette
mode est de celles qui ne passent pas. Bornons-nous donc à recommander aux jeunes femmes de se décolleter le moins possible, et de songer que lorsqu'elles exposent à ladmiration publique le satin de leur peau, l'angine, les pneumonies, les bronchites, les pleurésies, sont là, à la porte, au dehors, même tout près, qui guettent leur proie. Un faible courant d air, le passsage d'une pièce à une autre, une station trop prolongée dans une embrasure de fenêtre, suffisent bien souvent, au milieu de l'excitation d'un bal, pour amener des refroidissements, bien souvent mortels...
Nos vêtements d'hommes sont aujourd'hui à peu près rationnels. Le pantaloii, le gilet, le veston, la jaquette, la redingote, le frac, le pardessus, ont à peu près conquis l'inamovibilité. On les modifie de temps à autre, dans la coupe, dans l'ampleur ; on ne cherche plus à les remplacer. L'hygiène les approuve, puisqu'elle n'a pas à se préoccuper, en ce qui concerne le vêtement humain, de ce qui est le plus conforme aux lois de l'élégance et du bon goût.
La chaussure est, de toutes les parties du vêtement, celle dont l'homme primitif se passait le plus volontiers. Les Égyptiens n'en faisaient point usage, et dans tout l'Orient, l'habitude constante de se découvrir les pieds en signe de respect a presque habitué les populations à marcher nu-pieds. Le nègre de l'Afrique centrale, le maori de la Nouvelle-Zélande supportent difficilement l'usage de celle boîte qui blesse et comprime le pied, et les habitants les plus rustiques de nos campagnes semblent partager la même opinion. D'ailleurs, cette partie du vêtement, depuis les sandales et les cothurnes des anciens, a subi des changements. Nous ne pourrions plus nous faire aujourd'hui à ce système compliqué de courroies qui étreignaient le pied nu, passaient entre les doigts de pied, pour assujettir une semelle épaisse; notre délicatesse a de bien plus grandes exigences. La chaussure n'est plus une protection contre les aspérités du sol, elle est un vêtement. Elle doit couvrir complètement le pied sans en altérer la forme essentielle. Le plus souvent la chaussure est faite de peau de bœuf, de veau, de chèvre et de chevreau. La peau de bœuf ou de vache n'est guère employée que pour les fortes chaussures des gens de la campagne. Le sabot, chaussure imperméable en bois très usitée dans certaines provinces, serait plus sain que les autres chaussures, s'il n'avait l'inconvénient de rendre la marche très difficile et de laisser le pied trop découvert, et, par conséquent, trop exposé à recevoir la pluie et la neige.
La bottine a supplanté à peu près toutes les autres chaussures dans les villes. Elle est légère, s'adapte parfaitement à la forme du pied, et fait corps avec le bas de la jambe. Les bottes, qui, outre qu'elles étaient lourdes, tenaient toujours le pied dans une sorte de bain de vapeur, ne sont plus portées qu'en temps de boues, par les personnes obligées à de longues courses.
La forme symétrique qu'on donne habituellement aux chaussures est défectueuse. Leur extrémité antérieure est trop étroite pour permettre aux orteils d'occuper leur position normale. Le gros orteil est rejeté en dehors; sa tête subluxée, forme avec l'extrémité antérieure du premier métatarsien, une saillie très marquée au niveau de laquelle la peau est comprimée et épaissie. De même les autres orteils, chevauchant les uns sur les autres, subissent des déformations et des frottements anormaux. C'est ainsi que se forment des cors et des oignons extrêmement douloureux et des déformations permanentes du pied.
D'après Berthier la conception dé. la chaussure « rationnelle » de iMeyer serait fausse. Ce dernier auteur, admettant que Taxe du pied passe par l'axe du gros orteil et que le gros orteil continue exactement la direction du premier métatarsien, veut que la chaussure rationnelle ait une semelle asymétrique à bord interne rectiligne. Berthier, s'appuyant sur les recherches de Gruveilhier, de xManouvrier et de Regnault, pense que Taxe du pied passe par le deuxième orteil et que le gros orteil est normalement en légère abduction. La semelle sera donc bien asymétrique, mais le bord interne ira en se rapprochant légèrement de Taxe du pied.
Pour obtenir une chaussure réellement hygiénique il suffit d'étabhr la forme à donner à la semelle en plaçant successivement chaque pied sur une feuille de papier sur laquelle on tracera son contour. L'empeigne sera ensuite tendue sur une forme
de bois reproduisant exactement pour chaque personne la conformation du massif de son pied.
La semelle doit être débordante sans excès pour épargner au pied les heurts qui pourraient les blesser.
Le talon sera large et peu élevé de façon à maintenir, sans l'exagérer, la courbure de la voiite plantaire.
La chaussure hygiénique doit être souple, ni trop forte, ni trop mince, ni trop large, ni trop étroite. Une chaussure étroite déforme le pied et amène les cors; si elle est trop large, le frottement finit par produire absolument le même résultat. Il faut surtout que la chaussure ne soit jamais humide, et on préviendra cet inconvénient en en changeant le plus souvent qu'on pourra.
Le gant, excellente protection contre les engelures, les crevasses et l'endurcissement de la peau, ne doit jamais être trop étroit. Il a l'avantage de mettre la main à .'abri des souillures extérieures, contenant trop souvent des agents pathogènes qui, portés à la bouche par les doigts pendant les repas, pourraient ainsi infecter l'orga-
Le lit, où nous passons plus du tiers de notre existence, est un meuble qui nous parait être du domaine exclusif de l'hygiène. Il s'en faut cependant beaucoup encore que l'homme, dans certaines classes et dans certains pays, ait réalisé toutes
Semelle symétrique.
nisme.
les conditions nécessaires pour rendre son sommeil suffisamment réparateur. On peut dire qu'en Orient le lit n'existe pas. L'Arabe s'étend par terre, lout habillé, sur une peau et s'endort. Les sauvages n'ont qu'un lit de feuilles sèches dans leurs cahutes, construites de boue et de branches entrelacées. Dans les pays froids, où l'on supposerait volontiers la literie plus étudiée et plus complète que partout ailleurs, il s'en faut de beaucoup que, sous ce rapport, on soit aussi avancé que chez nous. Le Français, hors de sa frontière, se trouve presque partout mal couché. En Allemagne, le lit n'a presque jamais la longueur nécessaire, et les draps sont d'une exiguïté qui laisse la plupart du temps les pieds à nu. En Russie, le matelas n'est qu'une mince et dure galette, reposant immédiatement sur des planches ou sur un système de bandes de fer croisées. Le paysan n'a pas de lit; et dans les grandes villes, lorsque le thermomètre descend à plus de 25 degrés au-dessous de zéro, les concierges et les domestiques couchent sur la dure, sur des banquettes, et trop souvent sur la neige. En Suède, dans les hôtels les plus confortables, on couche sur un canapé qu'on a revêtu pour la nuit d'un simple drap et d'une couverture. En France, on exagère peut-être, au point de vue de la mollesse, ce luxe du coucher. Trop de plumes, trop d'édredons et de courtes-pointes. Coucher sur la plume, comme cela se pratique chez les paysans même, en Bretagne et en Normandie, est on ne peut plus malsain. Cet usage produit des sueurs trop abondantes, et par suite un grand affaiblissement.
Le lit ne doit être ni trop mou ni trop dur. C'est le lieu du repos, et il faut qu'on s'y repose sans souffrir des meurtrissures et sans éprouver cet engourdissement fiévreux qui résulte d'une trop grande concentration de chaleur. L'invention du sommier métallique, qu'on substitue partout à la paillasse, qui, s'affaissant sous le poids du corps, formait un creux, a prévenu ce double inconvénient. Autant que possible et tous les jours même, il est bon que les garnitures du lit soient aérées et séchées. Les draps doivent être changés fréquemment, et ceux de toile sont préférables à ceux de coton, qui exercent sur la peau une action excitante qui énerve et rend trop souvent le sommeil agité.
Que dirons-nous de plus, sinon que le sommeil trop prolongé fatigue au lieu de rafraîchir le sang, engourdit l'activité morale et intellectuelle? Sans pousser le soin de sa santé jusqu'à coucher sur une planche ou sur une botte de paille, comme certains moines, il est indispensable, en général, d'éviter tout ce qui, dans le coucher, peut rendre le sommeil par trop facile et par trop attrayant.
Nous terminons ici tout ce que nous avions à dire, au point de vue de l'hygiène, sur la question du vêtement. La science et l'observation nous permettraient encore une foule de recommandations, mais nous laissons à toutes les personnes qui nous liront, et qui ont le soin de leur santé, de les déduire des principes généraux que nous nous sommes surtout appliqué à bien établir.
Les soins de propreté, en si grand honneur chez les Grecs et les Romains, devinrent à nouveau rudimentaires dans toute l'Europe jusque vers le début du xix*' siècle. Il n'y a guère plus d'un siècle que les populations les plus civilisées ont cessé de se contenter d'ablutions rapides et partielles et que les bains et les aspersions générales reprennent peu à peu dans la vie physique la place importante que leur assigne l'hygiène.
Le nom de bain s'applique généralement au séjour plus ou moins prolongé du corps ou d'une partie du corps dans un milieu liquide, solide, vaporeux ou gazeux.
Les bains peuvent donc naturellement se classer en bains liquides^ bains (Tair chaud^ bains de vapeurs, bains de gaz, et bains solides et demi-solides^ comme les bains de boue.
Le corps étant nu dans le bain, c'est directement sur la peau qu'agit la première et principale impression du bain.
Il faut, pour se rendre compte du mode d'action des divers agents extérieurs, considérer la peau à la fois comme un lieu d'élection de certains échanges chimiques, comme un organe de sécrétion, comme une expansion du système circulatoire, pouvant se prêter, au besoin, à des accumulations sanguines détournant le liquide des organes internes, enfin, comme un organe tactile.
La peau, étant également un organe d'exhalation et de sécrétion, contribue pour une large part au maintien de la chaleur propre dans les limites de la santé. Gurrie disait de la peau qu'elle était la soupape de sûreté de la machine animale. Les expériences de Spallanzani et de W. Edwards ont démontré que la peau exhalait de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique; et comme il est bien étabh qu'elle absorbe* de l'oxygène, il s'ensuit qu'elle est un organe de respiration. L'utihté de la peau, au point de vue physiologique, étant reconnue pour i'équihbre de la chaleur propre et de la santé dans la machine animale, on comprendra sans peine l'action que peut avoir sur l'économie le milieu dans lequel le corps se trouve plongé.
Bains liquides. — Le premier effet d'un bain liquide est d'isoler le corps de l'air atmosphérique, et de supprimer par conséquent momentanément, ou tout au moins de modilier les fonctions de la peau. La suppression absolue de ces fonctions, d'après les expériences de Balbiani et de Henle sur les animaux, a pour résultat de diminuer la température animale. Un bain très prolongé, en supprimant les fonctions de la peau, pourrait-il produire le même résultat? L'expérience ne l'a pas encore démontré.
Y a-t-il absorption cutanée dans le bain? Bien des expériences diverses et contradictoires ont été faites dans le but d'éclaircir ce point de physiologie. Depuis Haller, qui a reconnu que la surface cutanée absorbait l'eau contenue dans l'air humide, la question a été agitée sous toutes ses faces. Des observations faites par différents physiologistes, comme Maret, Madden, Kœtliler, Séguin, etc., il résulte que, pour les uns, l'exhalation et l'absorption se compensent, de sorte que, dans le bain, le corps ne perd ni ne gagne rien; pour d'autres, il y a perte de poids, de sorte que
l'exhalation l'emporterait sur l'absorption; pour d'autres enfin, le contraire aurait lieu, et il y aurait augmentation de poids.
On sait aujourd'hui, ainsi que l'a démontré Kuhn de Niederbronn, que la température est le grand modificateur de l'action des bains. Le bain frais sollicite l'absorption; il provoque l'exhalation quand il est chaud. « La température indifférente constitue la limite où l'absorption cesse et où l'exhalation commence. » Le tempérament, le milieu ambiant et diverses conditions, peuvent faire varier le degré auquel le corps immergé n'accuse aucune sensation de chaud ni de froid; c'est entre 3î2° et 34° qu'on place ce qu'on appelle la ligne neutre ou le degré isotherme.
Cependant les travaux de Villemin, concluant à l'absorption; les discussions dans le sein de la Société d'Hydrologie; divers travaux et diverses thèses; les recherches poursuivies à Néris par Jamin, montrent, par la divergence absolue de leurs conclusions, que la question est loin encore d'être résolue dans un sens ou dans l'autre.
Les bains liquides peuvent se prendre à diverses températures, et il est important de s'entendre sur les expressions : chaud et froid, qui n'ont qu'une valeur relative, variant avec chaque individu. Il y a donc nécessité d'adopter, pour chacune des désignations usuelles, un terme correspondant aux indications de l'échelle thermométrique; c'est ainsi que l'on appelle :
Très froide, l'eau de 5° à 12°
Froide 12° à 16°
Fraîche 16° à 20°
Tempérée 20° à 26°
Tiède 26° à 30°
Chaude 30° à 40°
Très chaude au dessus de 40°
Sans nous arrêter à cette division, qui n'est que théorique et artificielle, nous dirons que les bains froids ou frais abaissent la température animale, diminuent la fréquence du pouls, activent la combustion respiratoire, bien que ralentissant les mouvements de la respiration ; ceux-ci seulement sont plus amples et la respiration est plus profonde.
Les bains de 25° à 30° sont sans influence sur la température animale, sur la fréquence du pouls et sur la respiration.
Les bains de 30° à 40° et au-dessus élèvent la température animale, accélèrent le pouls et diminuent les combustions respiratoires.
Bains froids. — Le plus souvent c'est dans les rivières ou à la mer qu'ils se prennent et leur température varie suivant les saisons et les chmats. L'eau froide soustrait au corps du calorique, et, lorsqu'elle est courante, le mouvement de l'eau renouvelant constamment le contact, il en résulte un refroidissement plus considérable, ce qui fait qu'en été, lorsque la température de l'eau ne s'éloigne pas sensiblement de celle de l'atmosphère, le bain semble toujours frais. En outre, le bain parait d'autant plus froid qu on y reste immobile. L'impression du froid sur la peau provoque dans tout l'organisme une succession de phénomènes que nous allons passer en revue.
PROUST, TRAITÉ d'hygiène.
Le premier effet qui se manifeste est une sensation de refoulement des liquides à rintérieur du corps, accompagnée de suffocation et de gêne de la respiration. La peau se décolore, et il survient de la chair de poule, du frisson, du tremblement. Les mamelons se dressent et les testicules remontent vers l'anneau inguinal. En même temps, le pouls devient dur et serré. A cette sorte d'excitation générale succède bientôt une période de calme; la coloration de la peau revient et les battement du cœur augmentent de fréquence.
Si Faction du froid est prolongée, on voit de nouveau apparaître un frissonnement général, désigné habituellement sous le nom de second frisson. Ce second frisson doit être évité; il indique que le corps est resté trop longtemps exposé au froid, et que ce dernier prend le dessus dans la lutte qui a lieu entre lui et les forces organiques.
Lorsque Ton sort du bain froid avant ce moment, on éprouve une série de phénomènes à laquelle on a donné le nom de réaction. Une sensation de chaleur commence à parcourir les membres, une vive rougeur se manifeste à la peau. La respiration devient large et facile, la circulation s'accélère, les muscles acquièrent de la force, on ressent dans tous les organes plus de souplesse et d'énergie qu'avant le bain. La réaction est favorisée par un exercice modéré, par l'élévation de la température du miheu dans lequel elle se fait par des frictions généralisées par le corps.
Ces conditions sont également utiles avant le bain; mais il est nécessaire que l'exercice n'ait pas été poussé jusqu'à la fatigue; l'économie n'aurait plus la force suffisante pour produire la réaction. C'est ce qui est probablement arrivé à Alexandre lorsqu'il se baigna dans le Cydnus. Son corps était couvert de sueur, mais cette transpiration était due à une grande fatigue \ Il est bien reconnu à présent qu'il n'y a aucun danger à se plonger dans l'eau froide lorsque l'on a chaud et que l'on est en sueur. L'usage journalier des bains russes et des bains turcs en est une preuve suffisante. Ce n'est pas l'état de chaleur et de transpiration du corps qui est à craindre, mais sa trop grande fatigue. L'immersion, dans ces conditions, a, au contraire, l'avantage de mettre fin à cette transpiration, en rafraîchissant le corps et en rendant à la peau relâchée par la chaleur toute sa tonicité.
Il est contraire aux principes de l'hygiène d'attendre, le corps à peu près nu, avant de se mettre à l'eau, que la sueur ait disparu; car on se refroidit, et l'organisme est, par suite, moins bien disposé pour que la réaction spontanée se fasse convenablement.
En résumé, un exercice modéré, une température un peu élevée, sont les meilleurs moyens de se préparer à l'immersion dans l'eau froide.
Bains tièdes. — Les bains qui varient de 25"* à 30° sont sans action sur la température animale et l'accélération du pouls. Ils calment l'excitation nerveuse, et produisent un bien-être général en délassant le corps des fatigues qu'il a pu endurer. Ils portent au sommeil, et, lorsqu'ils sont prolongés et souvent répétés, peuvent amener une certaine débilité.
1. Pugibet et Balley, Hyperhémie cutanée et syncope occasionnées par les bains froids (Recueil des mém, de méd, milit., mars-avril 1879).
Leur principal effet est de laver la peau, de la débarrasser des résidus de sécrétion qui la recouvrent. Ils lui restituent sa souplesse et son élasticité; en un mot, ils la rendent plus apte à son fonctionnement, si nécessaire au maintien de la santé. Ils constituent donc pour Thygiène une précieuse ressource. Ajoutons que, lorsque le corps est fatigué, c'est à eux qu'il faut avoir recours, de préférence aux bains froids, pour lui donner de la souplesse et de Tagilité, en un mot, i)our lui procurer un délassement salutaire.
Bains chauds. — Les bains chauds sont ceux dont la température est de plus de 35°. Ils accélèrent les battements du cœur et la vitesse du pouls. Trop prolongés et trop chauds, ils peuvent causer la syncope et l'évanouissement; ils peuvent également provoquer des congestions des organes internes. Les bains trop chauds amènent habituellement, au bout de dix à quinze minutes, la pesanteur de tête, la somnolence, l'étourdissement, le vertige, etc. Lorsque leur température se rapproche de celle de la chaleur du corps, ils diminuent l'excitabihté nerveuse et exercent une action sédative, mais à condition d'être de courte durée.
L'usage des bains chauds trop fréquents et trop prolongés exerce une influence débilitante sur l'organisme. Au point de vue hygiénique, ils doivent donc être proscrits. Ils sont plutôt des agents thérapeutiques; nous n'insisterons pas davantage sur leurs effets. Le bain dit de propreté ne doit pas dépasser 20 minutes.
Les baignoires sont le plus souvent métalliques, soit en tôle, soit en fonte, et il est préférable que la surface interne en soit émaillée. On en construit aussi en céramique. Après chaque bain tout l'intérieur de la baignoire doit être soigneusement nettoyé au savon noir. Cette mesure de propreté est particulièrement indispensable dans les établissements publics de bains.
Des étuves, bains russes, bains turcs^ maures., etc. — Les étuves sont des salles dans lesquelles les personnes sont soumises au contact de vapeurs sèches ou humides.
h'étuve humide^ ou le bain de vapeur, est un agent puissant de sudation. La transpiration produite fait subir au corps une perte qui peut atteindre jusqu'à 400, 600 et tout à fait exceptionnellement 800 grammes.
Les bains de vapeur souvent répétés exposent donc l'organisme à des causes d'épuisement. Aussi a-t-on imaginé, pour mettre le corps à même de réagir contre l'état de faiblesse amené par le bain de vapeur, de faire suivre l'application chaude d'une douche froide ou d'un bain froid. C'est cette pratique à laquelle on a donné le nom de bain russe.
Les étuves sèches sont des salles dont la température est à un degré plus ou moins élevé, et qui peut être poussé jusqu'à 100°. Ces étuves provoquent la transpiration, activent le pouls, échauffent la peau, mais n'agissent pas sensiblement sur la respiration. Ce procédé de balnéalion employé négligemment n'est pas exempt de danger.
L'étuve sèche produit chez les personnes nerveuses une grande surexcitation. Elle favorise les congestions utérines ; elle peut, en produisant une certaine excitation cérébrale, provoquer des vertiges ou une syncope ^
1. T. Large, Recherches physiologiques sur les bains de vapeur sèche (Hammam, bains turcs). A7xh. génér. de méd., février 1880, p. 150;
Gomme pour Tétiive humide, il est utile de soumettre le corps, au sortir de Tétuve sèche, à une application froide, et c'est là la base des bains turcs et des bains maures.
Les résultats heureux produits par ces bains ont été fort exagérés. Ils nous semblent, lorsqu'ils sont pris trop fréquemment, d'un effet énervant et débilitant. L'altération de la santé générale, la diminution des forces et l'amaigrissement nous paraissent être le résultat le plus généralement obtenu ; et nous croyons que Jeur succès est plutôt dû aux pratiques accessoires, qui satisfont la sensualité du baigneur oriental, qu'aux effets salutaires qu'on peut en retirer.
Nous donnons donc, pour la plupart des cas, notre préférence aux bains de vapeur suivis d'une apphcation froide de courte durée, chaque fois que l'on veut provoquer à la peau un appel du liquide sanguin. Chez les peuples du Nord, ils constituent une pratique très hygiénique, en rappelant à la périphérie le sang que le froid avait accumulé dans les vaisseaux et les viscères internes.
Le bain de vapeur ainsi compris rend l'organisme moins impressionnable aux variations atmosphériques, en habituant le corps aux changements brusques de température. Plus que toute espèce de bains, il tend à conserver à la peau son fonctionnement régulier.
Hydrothérapie^ douches^ ablutions^ etc. — L'hydrothérapie et ses diverses pratiques sont regardées comme des agents hygiéniques de premier ordre, et adoptées de plus en plus par tous ceux qui ont souci de leur hygiène et de leur santé. C'est que ces pratiques sont faciles et rapidement faites. Elles n'ont pas les inconvénients des divers systèmes de balnéation, de fatiguer quelquefois et de prendre un temps assez long.
Administrée sous forme de douche, d'ablution, d'immersion, l'eau froide, pourvu que son application soit de courte durée, donne de la tonicité et de la souplesse aux muscles, et active les diverses fonctions de l'économie.
En été l'eau froide est d'un précieux secours pour corriger les mauvais effets de la trop grande chaleur; en hiver, elle maintient le chaleur propre en équilibre, en activant les combustions intérieures. Un des grands avantages, en outre, des appHcations froides quotidiennes, c'est d'habituer le corps à supporter les brusques variations de température.
Il y a, pour toute apphcation hydrothérapique, des règles générales dont on ne doit pas se départir. Il faut, en général, avoir chaud; que l'application soit de courte durée et suivie d'une friction énergique. Si l'on a recours à l'immersion, on doit se plonger rapidement dans l'eau; si l'on se sert de la douche, ou si l'on fait des ablutions, il faut se faire mouiller rapidement toutes les parties du corps. Après les applications froides, il est bon de faire une promenade à pied.
Lorsque le corps est en sueur, il n'y a pas contre-indication à l'emploi des applications froides, ainsi que nous l'avons dit plus haut en parlant des bains froids. Mais il faut qu'il n'y ait pas trop grande fatigue musculaire, ce qui amène toujours un abaissement de la chaleur propre. Aussi trouvons-nous fâcheuse d'une manière générale, tout en acceptant son apphcation pour quelques sujets vigoureux, la méthode employée dans plusieurs établissements de gymnastique, où l'on fait suivre les exercices d'une douche froide. Des applications tièdes ou tempérées auraient
moins d'inconvénient, en ne provoquant pas de violentes réactions, et l'on serait à l'abri de tout accident fâcheux.
Chez les jeunes enfants, les applications très froides doivent être rejetées, car ils se réchauffent avec difficulté. Une eau fraîche est préférable. Quant aux enfants à la mamelle, nous croyons que pour eux l'eau froide doit être absolument proscrite, en raison de la violence avec laquelle le froid les impressionne, et de la facihté avec laquelle ils contractent des rhumes et des phlegmasies. On doit uniquement, dans ce cas, avoir recours à l'eau tiède.
Chez les enfants de sept à huit ans, les ablutions journalières modérément froides, mais très courtes, sont une habitude très salutaire; elles aguerrissent les jeunes gens contre le froid, font fonctionner la peau et évitent les engelures. Avec la gymnastique sage, raisonnée et bien appropriée, elles constituent une pratique très avantageuse pour développer le système musculaire et prévenir le lymphatisme, ainsi que certaines névroses.
Chez les adolescents, il serait à désirer que, comme la gymnastique, l'hydrothérapie contribuât à l'éducation physique ; elle aiderait au développement des facultés viriles et de la force musculaire.
Chez les adultes, les pratiques hydrothérapiques doivent être subordonnées à chaque constitution. Chez les personnes sanguines, les bains tièdes, renouvelés tous les huit jours, ou les affusions tièdes quotidiennes, nous semblent être la pratique la plus avantageuse. Pour les tempéraments lymphatiques, il faut, au contraire, avoir recours aux bains froids, aux douches ou aux ablutions froides quotidiennes; en un mot, il faut employer les moyens les plus excitants et les plus toniques. C'est pour cette raison que, dans ce cas, les bains de mer sont d'une grande utilité.
Quant aux sujets nerveux, il faut craindre pour eux les moyens trop excitants; souvent ils se trouvent mieux d'affusions tièdes que de douches froides. C'est ainsi qu'on devra, en général, leur défendre les bains de mer, dont la composition et la température produisent des effets contraires à ceux que l'on cherche pour ces sortes de tempéraments.
Les personnes prédisposées au rhumatisme ou à la goutte feront bien de s'habituer de bonne heure aux sudations et à l'usage de l'eau froide. Les sujets faibles, délicats, ceux que leur profession condamne à l'immobilité, doivent, pour entretenir le bon fonctionnement de la peau, faire chaque jour des ablutions froides. Il en est de même de ceux qui se livrent à un travail fatigant. Dans ce cas, l'eau modérément froide est préférable. Il est certaines professions dans lesquelles les ouvriers devraient se soumettre, après le travail surtout, à des ablutions, ou prendre des bains ; sans parler des professions fatigantes pour le système musculaire, nous citerons celles dans lesquelles les ouvriers sont exposés continuellement à l'influence de poussières métaUiques ou autres. Les poussières s'attachent à la surface de la peau et gênent son fonctionnement. Un lavage journaher serait nécessaire pour débarrasser l'épiderme de ces corps étrangers. Ils serait donc à désirer que, dans chaque usine, il y eût à la disposition des ouvriers une installation balnéaire qui leur permît de se laver le corps chaque jour au sortir du travail.
Quant aux femmes, leur vie sédentaire et l'absence d'exercice musculaire trouveraient, pour leur hygiène, une compensation heureuse dans des applications journalières d'eau froide ou fraîche à la surface du corps. Si, chez elles, le système ner-
veux est prépondérant, cela tient à ce que l'absence d exercice ne maintient pas dans l'économie l'équilibre nécessaire au bon fonctionnement de tous les organes ; ajoutons aussi que la fonction cataméniale, la grossesse et l'allaitement contribuent aussi à bouleverser cet équilibre. L'hydrothérapie pratiquée avec discernement peut donc, chez elles, aider à maintenir une harmonie convenable dans les fonctions.
A l'époque des règles, il est bon, quand il n'y a pas d'indication précise, de suspendre toute pratique balnéaire, bien qu'il ne puisse y avoir aucun inconvénient, même aux appUcations froides, lorsque la femme y est habituée. Mais il y a dans le monde un préjugé à cet égard qui sera difficile à dissiper, que l'on peut respecter tant qu'il n'y a pas urgence, mais qui ne devrait pas arrêter le médecin dans certains cas. Nous nous abstiendrons d'insister, pour ne pas entrer dans le domaine de la thérapeutique.
Chez les femmes enceintes, les ablutions tièdes sont préférables aux appUcations froides. Ces dernières, employées imprudemment, pourraient provoquer des accidents qui ne sont pas à craindre avec des applications tièdes.
Quant aux nourrices, nous croyons devoir leur conseiller de s'abstenir de l'emploi de l'eau froide, car, appliquée inconsidérément, elle risque de ramener les règles ; phénomène que l'on doit chercher à éviter. Chez elles, il faut donc se contenter de lotions ou de bains tièdes.
Des bains publics. — Il est évident que c'est aux bains naturels que l'on dut, tout à l'origine, avoir recours, c'est-à-dire aux bains pris dans les rivières ou dans la mer. Chez les Grecs, les bains chauds étaient tout d'abord consacrés à Hercule, et leur usage était lié à celui de la gymnastique. Les bains se réduisaient alors, si l'on s'en rapporte au récit qu'en fait Homère, à des ablutions d'eau tiède. Plus tard, les bains cessèrent d'être réservés uniquement aux athlètes et furent ouverts au public. Aucun document grec ne parle de bains pris dans des baignoires; il ne s'agit jamais que d'étuves et d'affusions.
Chez les Romains, les bains semblent n'avoir été connus que vers les derniers temps de la république. Ils acquirent sous les empereurs un degré de perfection très grand, et leurs constructions, qui prirent le nom de Thermes, contribuaient beaucoup à la popularité des souverains.
Les thermes se composaient d'un apodyterium ou spoliatorium^ ou pièce d'entrée où l'on se débarrassait de ses vêtements. Le laconicum ou sudatio était une étuve sèche chauffée par un fourneau particulier, fermé par une soupape, laissant par intervalle passer la flamme et la chaleur qui se répandaient dans cette salle. Quand, au lieu d'air sec et chaud, on voulait de la vapeur, on faisait vaporiser de l'eau dans de vastes chaudières. L'étuve prenait alors le nom de vaporarium.
Dans le caldarium., qui venait après, on pratiquait des lotions ou des affusions d'eau tiède, où l'on prenait un bain soit dans une baignoire, soit dans une piscine tiède. Au sortir du caldariiim., on passait dans le frigidarium, où l'on se plongeait dans une piscine d'eau froide. Le tepidarium était une salle d'une température modérée où l'on pratiquait des massages, des frictions, etc., et l'on enduisait le corps de graisses et d'huiles parfumées.
L'usage des bains était devenu une véritable fureur chez les Romains. La plupart se baignaient tous les jours; quelques-uns même plusieurs fois par jour, ce que
permettait la grande modicité du prix. Sous Imfluenccde ce régime la peau devenait souple, élastique et brillante, et Ton reconnaissait immédiatement à son aspect extérieur un homme habitué à Tusage très fréquent des bains.
La chute de Tempire romain et l'invasion des Barbares détruisirent la plupart des établissements balnéaires dans lesquels il s'était introduit, du reste, le plus effroyable et le plus honteux désordre, grâce à la promiscuité des sexes, qu'on avait laissé s'y étabhr.
Ils se relevèrent plus tard du discrédit dans lequel ils étaient tombés. En Italie, le pape Adrien I" avait ordonné à son clergé d'aller processionnellement se baigner, les jeudis de chaque semaine, en chantant des psaumes. De petits établissements particuliers se fondèrent, qui prirent le nom d'étuves (stuphœ). En France, des établissements de ce genre se créèrent également, et ce goût des bains semble surtout avoir été rapporté d'Orient par les croisés qui s'y étaient habitués ; mais ces établissements étaient, selon toute probabiUté, regardés principalement comme des lieux de plaisir, plutôt que comme des étabUssements d'hygiène, car des prescriptions ordonnaient de les fermer pendant les épidémies graves.
Les étuviers ou propriétaires de bains donnaient aussi quelques soins de toilette, ce qui amena une fusion entre eux et les barbiers. La réunion de ces deux corps de métiers fut déterminée par le privilège que Charles V étabUt en faveur de Èon premier barbier. De ce privilège, et par conséquent de l'absence de concurrence, résulta une grande augmentation dans le prix des bains, et ils furent de plus en plus désertés.
En Allemagne les bains n'ont jamais disparu.
En Espagne, les Arabes, après les Romains, avaient introduit l'usage des bains. Les désordres qui s'y produisirent les firent fermer, et, d'après un médecin espagnol, Monlau, cette proscription a porté ses fruits, les bains ont disparu des habitudes de la nation ; il n'est pas rare de rencontrer des vieillards qui ne se sont jamais baignés.
Ce fut à la fin du siècle dernier seulement que l'initiative individuelle put créer des étabUssements de bains, à la suite de la proclamation de la liberté industrielle par la Révolution française. Depuis cette époque, le nombre des bains ne fit que s'accroître, et la préfecture de poHce, sur l'avis du conseil de salubrité, créa une réglementation qui varie selon la nature des bains.
Dans les bains chauds, les cabinets doivent être pourvus de thermomètres; les garçons et femmes de service doivent s'assurer, pendant la durée des bains, que les baigneurs n'éprouvent aucune défaillance. Les cabinets doivent avoir au moins pour dimensions 1 m. 50 de largeur et 2 mètres en profondeur. Une sonnette d'appel doit être placée à portée de la main; les portes doivent pouvoir s'ouvrir facilement du dedans et du dehors; un vasistas doit être étabh de façon à pouvoir ventiler le cabinet.
Les étuves ne doivent pas être en bois. Celui-ci s'échauffe et amène la raréfaction de l'air. Elles ne doivent pas avoir une capacité moindre de 10 mètres cubes, être très éclairées et prendre le jour par en haut, afin que l'on puisse surveiller le baigneur. A la voûte doit exister un vasistas de 40 centimètres de diamètre, et, dans l'intérieur de l'étuve, un robinet à eau froide. Une machine à vapeur doit être exclusivement consacrée au service des bains de vapeur, afin de ne jamais faire arriver dans l'étuve qu'une vapeur douce et graduée. Un garçon spécial doit être attaché au service des
Lains de vapeur; le baigneur ne sera jamais abandonné, l'eau froide sera à sa disposition, mais jamais le robinet de vapeur.
Les bains froids de rivière ont été soumis à une réglementation spéciale. Des ordonnances de police rappellent tous les ans les endroits oii il est dangereux et défendu de se baigner.
Les bains ou écoles de natation doivent être entourés de planches et fermés depuis le fond de la rivière jusqu'à son niveau par des grilles qui empêchent les baigneurs de passer sous les bateaux. Les bains ne sont ouverts au public qu'après avoir été
Légende
Eau- chxxxude/
Hauy mélœngée' ■ Eajju froide/ .
Bassirv cL 'alimentatioTu.
Bassin, de mélcuige'
Bassin- cfe doucha..
Compteur d'eaiiy.
Serviettes
Bicreaio
CabvnM. douche/ Ccubinet toiZlMte-.
Entrée., quxu^d& Icu'jfhnnaie' ■ Salle, à. uiiliser.
loyer et ^énéraieur.
Qviai de la Monnaie
Fig. 119. — Plans d'ensemble des bains-douches à 0 fr. 15 à Bordeaux.
È.^OBJBfJ^
visités par l'inspecteur général de la navigation, assisté d'un charpentier de bateau, etc.
Le nombre des établissements de bains s'accroît de jour en jour. Le prix de chaque bain diminue également. Aujourd'hui, le prix est de 60 ou même de 50 centimes; il est à désirer qu'il puisse être encore abaissé, pour mettre les familles les plus pauvres à même d'en profiter. Comme la grande difficulté pour résoudre cette question réside dans les moyens de se procurer de l'eau à bon marché, il serait possible d'y arriver en réunissant les bains publics aux lavoirs, ainsi qu'il se fait en Angleterre. C'est à Liverpool que s'est fondée, en 1842, la première institution des bains-lavoirs. Depuis, cet exemple a été suivi par plusieurs villes d'Angleterre. Dans ces établissements, il est accordé 227 litres par bain. Ils sont donnés chauds et froids, à volonté, et partagés en deux classes. Dans la première, les prix des bains chauds varient
SOINS CORPORELS 82o
de 40 à 60 centimes; froids, de 20 à 30 centimes. Dans la seconde classe, les bains chauds coûtent 20 centimes, les froids, 10 centimes. En outre, dans certains établissements, il y a des piscines où l'on peut nager*.
Le système pratiqué en Angleterre réalise un grand progrès. Nous espérons que Ton trouvera le moyen de multiplier encore les établissements de bains, en utilisant
COUPE SUIVANT ABCOEFG.
Bassin de <fO litres
Légende.
(V TaJfleUe^ à- jouorv .
b. Svèxje, de- doitcfw^.
c- Déve-rsoirs .
Cl UiLUy cAaiuie , caruiLuLte' prin/:ipaJjc^ .
O2 Eaiu chcuuxie, , prLra dans Ir petit bassùv.
d' Soupape dc' vidange .
ey Siètjd/ .
flf\ jEuil froide^ .
V Trow de oidexjvge' .
O Ploiteur- ': p Pommer d 'ourrosoi;r , crru'4taJtt
i'exvvu TTuélangée^ en^ m^.
Fig. 120. — Coupe d'une cabine des bains-douches à 0 fr. 15 à Bordeaux.
certaines sources de chaleur perdue, comme par exemple, dans les grandes usines. Et d'abord, il serait à souhaiter que les industriels employassent, pour donner des bains à leurs ouvriers, l'eau de condensation des machines, qui a une température moyenne de 38°. « En favorisant l'hygiène pubhque-, et en améliorant le plus possible le bien-être des individus, on diminue la masse de l'impôt que
1. H. Napias, Les établissements de bains froids à Paris. Bull. Société de méd. publique., 1'* année, p. 151.