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ÉVACUATION DES EXCRÉMENTS

Nous avons vu que les urines et les matières fécales constituaient les matières usées les plus dangereuses pour l'habitant, que ce sont par excellence les ordures qu'il conviendrait d'éloigner le plus rapidement de l'habitation. Leur évacuation rapide reste cependant encore le plus souvent impossible dans la plupart des centres, soit qu'il n'y existe pas d'égout, soit que les égouts soient réserves aux eaux ménagères. Il faut cependant, en pareil cas, soustraire le mieux possible l'habitation aux dangers dont la menace l'accumulation forcée des excréments.

Il n'est pas aisé de trouver une solution satisfaisante à ce problème. Les trous creusés en terre au-dessous du siège des cabinets d'aisance n'épargent même pas l'odorat. Si on les prolonge assez profondément sous forme de puisard dans un terrain suffisamment perméable, les gaz méphitiques remontent moins, mais on empoisonne nécessairement la nappe des puits d'alimentation.

Le système qui consiste à recueilhr les matières dans les fosses dites étanches, offre bien peu de garanties dans la réalité. Comme il s'impose encore dans la plupart des localités, force nous est d'en fournir la description. Mais auparavant donnons quelques détails sur l'installation des cabinets d'aisance et des urinoirs.

La figure 1S3 nous montre un type de ces cabinets d'aisance, qu'on est obhgé de tolérer partout où les excréments ne sont pas dirigés sur l'égout et où par suite il est impossible à cause de l'exiguité inévitable des fosses d'établir une chasse d'eau suffisante pour avoir une installation salubre. Une simple cuvette, munie d'une soupape maniée par une lige à main, est placée sur un énorme vase de fonte, allant directement et sans siphon intermédiaire rejoindre le tuyau de chute commun à tous les étages de la maison. Il n'y a d'écoulement d'eau que celui que le visiteur veut bien provoquer et les conduites restent d'autant plus malpropres qu'elles sont nécessairement d'un diamètre élevé et sont par suite mal lavées par la petite quantité d'eau qui les traverse.

Ces inconvénients se retrouvent au maximum dans ces cabinets, dits à la turque (fig. 154), où tout semble disposé de façon à ce que les excréments ne pénètrent que difficilement et partiellement dans l'orifice du tuyau et où il ne peut même pas exister une soupape pour intercepter le refoulement des gaz.

Lorsqu'au contraire les excréments sont évacués à l'égout, on peut établir dans les cabinets une chasse d'eau suffisante ^ Dès lors les matières déposées dans la cuvette sont entraînées immédiatement par le courant d'eau dans les tuyaux de

Fig. 153. — Cabinet d'aisance insalubre. Fig. 154. — Cabinet public insalubre, avec « trou à la

(Extrait de La Nature.) turque ». (Extrait de La Nature.)

chute après avoir passé par un siphon hydraulique, ventilé à l'aide d'un conduit spécial aboutissant à un tuyau d'évent ou mieux à une boîte indépendante d'aération avec valve en mica (fig. 155 et 156).

Grâce à un dispositif analogue, on peut établir des cabinets à la turque salubres dans lesquels un réservoir de chasse automatique balaie les matières à intervalles réguliers; un autre réservoir de chasse placé latéralement fait couler de temps à autre de l'eau dans les rigoles placées en avant du trou. Un siphon ventilé empêche tout reflux de mauvaises odeurs (fig. 157).

1. La chasse doit être au minimum de H litres pour qu'il reste moins de 2 p. 100 des matières dans le siphon faisant suite à la cuvette (Rœchling). Le débit doit être très considérable dans le temps le plus court possible, 3 litres à la seconde par exemple.

ÉVACUATION DES MATIÈRES USÉES DE L'HABITATION 905 Il importe que les appareils ainsi que les parois du local puissent être maintenues dans un état de propreté aussi complet que possible. D'où l'emploi de carreaux vernissés sur les parois, d'ai)parcils en faïence ou en grès, de revêtements en ciment. Il faut aussi que le local soit convenablement ventilé pour cliasser toute mauvaise odeur; on évitera cependant de laisser la température s'abaisser dans les cabinets

Fig. 155 et 156. — Installation de cabinets d'aisance salubrcs avec réservoir de chasse et appareils siphonnés et ventilés sans mécanisme. (Extrait de La Nature.)

au point de déterminer la congélation de l'eau dans les appareils de chasse et dans le siphon, ce qui les mettrait hors d'usage.

11 est bien rare qu'il soit nécessaire d'installer des urinoirs dans une habitation particulière. Ceux-ci sont en grès émaillé, en ardoises ou en ciment et affectent la forme de cuvettes ou de plaques verticales. Les urines aboutissent à un tuyau d'évacuation siphonné. Un écoulement d'eau continu ou intermittent en lave la surface. Malgré cela il se forme des dépôts ammoniacaux dégageant une odeur désagréable; on ne peut s'en débarrasser que par un nettoyage hebdomadaire à la brosse avec une solution d'acide chlorhydrique au quart. On évite la formation de ces dépôts et on économise les frais assez élevés qu'entraîne la chasse d'eau nécessaire au bon fonctionnement des urinoirs, (à Paris, l2 m^5, par stalle et par jour) en recouvrant toute la surface des appareils (tous les deux jours ou toutes les semaines, suivant

leur fréquentation) d'une huile minérale lourde, d'après le système de Beelz. On consomme 5 à 10 kilogrammes dliuile par stalle et par an. Ce procédé s'applique aux urinoirs en ciment et surtout aux urinoirs en ardoises; cette substance légèrement poreuse s'imbibe bien d'huile, et les urines s'écoulent désormais à sa surface sans y séjourner. Il est bon de faire écouler les urines dans un siphon spécial, où l'on place de l'huile qui surnage toujours au-dessus de l'urine et la met à l'abri de

l'air extérieur. La figure 158 explique suffisamment le fonctionnement de ce siphon.

Les tuyaux de chute des cabinets d'aisance doivent être placés à l'extérieur de l'habitation, en des points où il sera facile de contrôler leur fonctionnement. Avec une chasse d'eau suffisante, il est préférable d'employer des tuyaux de faible diamètre (de 8 à 16 centimètres). Plus ils sont étroits, mieux ils sont nettoyés à chaque chasse et moins les obstructions sont à craindre. Ces tuyaux de chute se construisent en plomb ou en fonte. Les tuyaux en plomb sont soudés bout à bout ou se joignent à emboîtement avec remplissage au moyen d'un mastic à la céruse. Les tuyaux de fonte doivent être émaillés à l'intérieur ou en fonte inoxydée.

Pour obtenir un joint tout à fait étanche, on l'entoure d'une bague de plomb, qui se moule hermétiquement sur les extrémités et l'intervalle des tuyaux, sous la pression d'une bague en fonte, dont on coiffe au marteau la bague en plomb.

Comme nous l'avons déjà dit, les excréments à la sortie des tuyaux de chute ou bien pénètrent dans l'égout privé pour gagner l'égout public et s'éloigner immédiatement de l'habitation, ou bien sont recueilhs dans des fosses d'aisance annexées à l'habitation, où ils séjournent un certain temps, jusqu'au moment de leur enlèvement périodique. Le premier système fait partie de l'organisation hygiénique générale des villes, nous en parlerons donc plus loin; le second seul appartient exclusivement à l'hygième de l'habitation et sa description trouve naturellement sa place ici.

Dans le second système les excréments sont collectés et retenus dans une fosse supposée étanche. Celle-ci est tantôt fixe et de dimensions suffisantes pour n'être vidée qu'à intervalles assez éloignés, tantôt mobile et de faible capacité pour pouvoir être aisément transportée et vidée.

Fig. 157. — Cabinet public salubre à parois et siège de verre, réservoir de chasse et siplion. (Extrait de La Nature.)

Fosse fixe. — C'est une excavation creusée autant que possible un peu en deliors de 1 aire de l'habitation et où vient aboutir le tuyau de chute des cabinets d'aisance. On la placera aussi loin que possible des puits d'alimentation, de crainte d'infiltration. Pour assurer à la fosse une élanchéité aussi complète (pie possible, ses parois sont maçonnées, construites avec une double rangée de briques bien cuites, vernissées et hourdées au ciment hydraulique. La maçonnerie sera doublée en dehors d'une couche de béton ou d'un épais corroi argileux. Pour faciliter le nettoyage, la fosse aura une forme cylindrique, le fond en sera concave, la hauteur restera toujours inférieure à la largeur.

Dans les cas où on utilise une petite quantité d'eau pour le nettoyage de la cuvette et de la soupape de chaque cabinet, il faut admettre comme capacité moyenne de la fosse 2/3 de mètre cube par habitant ; il sera nécessaire de faire enlever les matières chaque trimestre. L'orifice de la fosse sera fermé par une dalle soigneusement scellée au ciment. Un tuyau de ventilation, généralement le tuyau de chute prolongé au-dessus du toit, partira de l'intérieur de la fosse et s'ouvrira à l'air libre au laîte de l'habitation. Pour éviter tout refoulement, son orifice supérieur pourra être garni d'une mitre, d'un aspirateur-ventilateur, ou encore mieux son extrémité supérieure contiendra un bec de gaz toujours allumé et déterminant un courant ascendant constant. On peut encore l'adosser à la cheminée d'un foyer fonctionnant toute l'année, celui de la cuisine par exemple.

La fosse fixe présente deux inconvénients majeurs : son défaut d'étanchéité pour ainsi dire fatal, sa surproduction de gaz fétides.

Au bout de quelque temps la maçonnerie la mieux établie finit par se fissurer, du fait des tassements. Le liquide de la fosse s'infiltre par les fentes et va infecter la nappe d'eau souterraine. D'où le principe de ne jamais utiliser pour l'alimentation l'eau des puits dans les agglomérations à fosses fixes. Les analyses chimiques de Wiirtz et de Wolfhùgel montrent l'énorme augmentation de la matière organique, des chlorures, de l'acide nitrique dans les échantillons de terre recueillis au contact des fosses d'aisance. Un pareil écart témoigne nettement d'infiltrations par les excréments. Les fosses à double paroi ne restent pas elles-mêmes définitivement étanches. Peut-être obtiendrait-on un meilleur résultat des fosses métalliques préconisées par Blasius, mais elles se sont peu répandues et ne sont guère usitées qu'à Saint- Pétershourg.

La production des gaz méphitiques est énorme dans la fosse, Erismann l'évalue à 1 100 ou 1 200 mètres cubes par jour. Aussi n'est-il pas toujours commode d'éva-

Fig. 158. — Siphon à Thuilc. — A. Réservoir extérieur; B, Cloche formant siphon ; C, Coupe du tuyau centi^al d'évacuation; D-E, orifices do communication; K, Couclie d'huile surnageante; M, Urine.

908 l'habitation

cuer régulièrement cette masse au-dessus de la maison dans l'atmosphère. Au moindre refoulement, les gaz ont tendance à se faire jour dans les cuvettes des cabinets en forçant Tobturation incomplète de la soupape. De là ils se répandent dans les pièces voisines et dans toute la maison. A chaque époque de vidange d'ailleurs, quelques soins qu'on prenne, les odeurs nauséabondes infectent non seulement l'habitation, mais encore le voisinage.

On s'est efforcé de lutter contre cette production de gaz méphitiques dans la fosse, en y introduisant différentes substances destinées à désodoriser les matières. D'une façon générale on peut dire que les dimensions des fosses fixes et le volume considérable des excréments à traiter ainsi, rendent l'opération très difficile. Il faudrait ou bien introduire dans la fosse des quantités de substances désodorisantes beaucoup trop grandes pour que le système restât pratique, ou bien procéder à un brassage de ces substances avec les excréments impossible à réaliser.

Les substances pulvérulentes (terre sèche, cendres, charbon, tourbe pulvérisée), qui absorbent bien les gaz et les Uquides et qui probablement aussi détruisent la matière organique et les microbes par une action biologique, ne pourraient être efficaces que sous un volume par trop considérable. Avec les fosses mobiles au contraire, dont la capacité est bien plus faible, ces moyens deviennent pratiques et réellement hygiéniques. Nous y reviendrons tout à l'heure.

Certaines substances chimiques (chlorures de chaux ou de zinc, sulfates de cuivre ou de fer) ont la propriété de décomposer l'hydrogène sulfuré et l'ammoniaque que dégagent les matières fécales. Les huiles lourdes de houille forment, à la surface des matières collectées, une couche huileuse qui les isole et retarde leur fermentation. Quelques désinfectants énergiques (subhmé, crésyle, lait de chaux) sont en même temps désodorisants. Mais ici encore les résultats obtenus dans la pratique n'ont pas été assez satisfaisants pour que l'emploi de ces substances se soit généralisé. Nous indiquerons cependant les doses quotidiennes généralement recommandées :

Par jour et par personne. Coût.

Sulfate de fer à 1 p. 10 250 cent, cubes 0 fr. 00230

Huile lourde de houille 3 — 0 fr. 00050

Grésyl en émulsion à 1 p. 10.., 10 — 0 fr. 00110

Lait de chaux 4 - 0 fr. 00004

Quant à la désinfection proprement dite des matières, qui serait évidemment le but idéal à atteindre, elle est extrêmement difficile à obtenir en agissant sur des masses aussi considérables que ceHes qui sont renfermées dans une fosse fixe. Le moyen réellement efficace est de recevoir les excréments à leur sortie du corps dans un récipient où on les mélange avec des substances antiseptiques appropriées et de ne les déverser dans la cuvette des cabinets qu'après cette opération. C'est ainsi qu'on doit agir vis-à-vis des excrétions des malades ; mais le procédé n'est pas appUcable aux sujets bien portants. Vincent recommande, pour obtenir une désinfection certaine des selles d'y ajouter, par kilogramme de matières, soit 10 grammes de sulfate de cuivre acidifié au moyen de 10 grammes d'acide sulfurique, soit 8 grammes de chlorure de chaux additionné d'acide chlorhydrique.

On a songé également à utihser la chaleur pour détruire les excréments ou les

stériliser. Ce procédé n'a été que peu employé et en Allemagne seulement. Les matières arrivent au contact d'un fourneau qui brûle les parties solides et évapore l'urine [Feuerlatrinen). On peut encore les recueillir dans une chaudière qui les stérilise par une ébullilion prolongée, ou dans un autoclave où elles sont désinfectées par la vapeur sous pression. Après l'opération le contenu passe dans une cuve de refroidissement, puis s'écoule à l'égout. Ce procédé est employé dans les salles réservées aux cholériques de l'hôpital Moabit de Berlin, au lazaret })Our cholériques de Newcastle on Tyne, et y donne de bons résultats ; mais il est assez coûteux et n'est guère appliquable qu'à des établissements hospitaliers ou à des maisons partie uUères.

Devant ces difficultés de détruire m situ les gaz qui se développent dans la fosse d'aisance, on a cherché à les décomposer avant de les déverser dans l'atmosphère, et on a adopté des dispositifs spéciaux pour atteindre ce but. Il est parfois absolument nécessaire de recourir à ces procédés : dans le cas par exem|)le où on ne pourrait élever le tuyau de ventilation de la fosse au-dessus des habitations voisines. Page a imaginé de placer dans l'intérieur de la conduite d'évent un brûleur à gaz coiffé de trois cloches en fonte superposées et percées de trous. La flamme du brûleur est réglée de façon à ce que les gaz délétères ne montent que lentement pour séjourner assez longtemps sous ces cloches, où la température se maintient à 200°. De cette façon ils sont complètement décomposés par la chaleur.

Girard et Pabst font passer le gaz à travers une colonne de grès que remplissent des fragments de coke arrosés d'acide sulfonitreux ; les gaz fétides sont entièrement absorbés.

Un dernier inconvénient (et non des moindres) des fosses fixes, c'est d'interdire presque complètement l'introduction d'eau dans la canalisation des cabinets, d'empêcher ainsi son nettoyage par une chasse d'eau et son obturation par un siphon hydraulique.

On a cru tourner la difficulté en adoptant le système diviseur fixe, qui laisse écouler à l'égout la partie liquide du contenu de la fosse. Dès lors il n'est plus nécessaire de ménager l'eau puisqu'elle ne séjourne pas dans la fosse. Mais en réalité le système diviseur fixe n'est que V « hypocrisie du tout à l'égout ». Si l'on considère en effet que, dans une fosse fixe, réellement étanche, la matière solide représente le sixième ou le huitième du contenu total, avec le système diviseur fixe, la vidange du compartiment conservant les matières solides devrait être 6 à 8 fois plus rare que si le récipient gardait en même temps les excréments liquides. Or il met en réahté plusieurs années à se remphr, ce qui suppose une évacuation presque totale des matières excrémentitielles diluées. Mouras, qui en 1860 inventa une des fosses du système diviseur les plus employées, surtout à Bordeaux et dans le midi de la France, avait déjà signalé la liquéfaction complète des matières solides qui s'opère ainsi en vase clos en moins d'un mois. Ces fosses réalisent en effet le septic tank dont nous parlerons plus loin et la dissolution des matières solides est l'effet d'une action biologique.

Les fosses de Mouras, de Deplanque, de Goldner sont hermétiquement fermées. Le tuyau de chute plonge dans le liquide contenu dans la fosse, de façon que le refoulement des gaz vers le cabinet est impossible. Le tuyau de départ est un siphon

qui plonge dans le liquide de la fosse par sa petite branche et se déverse par la grande branche dans Tégout.

Le principe de ces fosses est représenté schématiquement par la figure 159. Dans la fosse Mouras perfectionnée, le siphon déverse le liquide dans un deuxième compartiment où il se clarifie par décantation avant de s'écouler dans Tégout. Paghani (de Rome) a imaginé d'épurer le liquide qui sort de la fosse en lui faisant traverser une épaisse tranchée de tourbe.

Certaines fosses toutes modernes du système diviseur sont munies d'appareils permettant d'un côté la clarification et la désinfection des matières liquides, de l'autre

la vidange pneumatique des matières solides (appareil Schmide de Weimar, installation Friedrich de Leipzig).

La vidange des fosses fixes s'opère encore trop souvent par le simple enlèvement des matières avec des seaux et des pelles, après brassage. Les matières sont alors déversées dans des tonneaux, qu'on transporte ensuite aux dépotoirs. Pendant ces opérations les gaz nauséabonds se répandent dans la maison et dans son voisinage; des matières sont déversées au pourtour de la fosse. Non seulenient les habitants sont sérieusement incommodés, mais encore les ouvriers qui pratiquent ce mode de vidange s'exposent à des accidents légers (coryza ou conjonctivites) ou graves (asphyxie par les gaz de la fosse, plomb).

Dans les grandes villes on a perfectionné es méthodes de vidange. Une machine aspiratrice fait passer à l'aide de tuyaux les matières de la fosse dans des voitures-réservoirs métalliques bien étanches. La mise en place des tuyaux et leur enlèvement s'accompagnent seuls de dégagement de gaz fétide. Le plus souvent, d'ailleurs, les règlements municipaux n'autorisent la vidange que pendant la nuit.

Le nettoyage, la visite et la réparation soigneuse des parois des fosses ne devront jamais être négligés après chaque opération de vidange.

Fig. 159. — Fosse à siphon, système Deplanque. (Imbeaux.

Fossemobile. — On désigne ainsi un récipient cylindrique (tinette), généralement en tôle galvanisée, d'une faible capacité (80 à 300 litres ^), pour pouvoir être aisément transporté, avec poignées latérales le rendant plus maniable. Le tuyau de chute des matières se termine par un chapeau mobile qui se fixe à l'orilice de la tinette en la coiffant; la tinette est munie d'un tuyau d'aération qui s'élève au-dessus du toit pour déverser à l'air libre les gaz. Au moment de la vidange l'orifice du réci-

1. Une tinette d'une centaine de litres suffit en général à une dizaine de personnes pendant 8 jours, à condition qu'il n'y ait pas de déversement d'eau.

pient est fermé d'une façon étanche au moyen d'un couvercle avec obturateur en caoutchouc. On est averti de la nécessité de remplacer la tinette, quand les matières s'écoulent par un tuyau de trop-plein placé devant la tinette.

Le récipient est placé dans un local bien clos, à parois et à sol imperméables pour pouvoir être largement arrosé et nettoyé, établi au rez-de-chaussée et s'ouvrant directement à l'extérieur pour faciliter la vidange. La gelée n'est pas à craindre pour la tinette, car la fermentation maintient son contenu à une température élevée.

Chaque tinette pleine est aussitôt remplacée par une tinette vide et propre puis est transportée au loin.

En somme le séjour des matières dans l'habitation est beaucoup plus court qu'avec la fosse fixe; on évite avec la tinette le brassage et les manipulations d'excréments. Mais ce bénéfice hygiénique reste illusoire si l'on n'exerce pas une surveillance sévère.

Quand, en effet, la tinette n'est pas remplacée à temps, ou que son enlèvement est pratiqué sans précaution, le local où elle est enfermée est souillé de matières et

Fig. 160. — Closct à terre scclie, tourbe, etc. de MM. Sauvegarde et Dumay. — Plan.

Cheminée pouvantcontsnir de laloûrbepour25 personnes pendant 1 mois-

Cheminée pouvant contenir do la tourbe pour 25 personnes pendant l

Fig. 161 et 162. — Closet à terre sèche, tourbe, etc., de MM. Sauvegarde et Dumay. — Coupes.

devient plus infect qu'une fosse fixe. De plus l'impossibihté de déverser de l'eau en quantité suffisante dans la cuvette et les conduites, les laisse dans un état de malpropreté peu salubre; il est vrai que cet inconvénient existe également avec la

l'habitation

fosse fixe. Aussi, pour empêcher la diffusion des mauvaises odeurs a-t-on trouvé avantageux de recourir à la tinette à poudre absorbante (fig. 160, 161 et 162), avec laquelle il n'y a plus guère ni dégagement de gaz, ni déversement de liquide. Par ses

dimensions restreintes, la fosse mobile se prête bien à ce mode de désodorisation, et ne nécessite pas l'emploi d'une quantité démesurée de poudre absorbante. C'est H. Moulequia vulgai'isé en Angleterre l'emploi des tinettes à terre sèche (earth System). Toutes les terres conviennent à cet usage, sauf la chaux et le sable pur. Une trémie placé au-dessus du siège laisse tomber grâce à un déclanchement une certaine quantité de poudre absorbante sur les matières, aussitôt après la défécation. Dans d'autres appareils la poudre est simplement déversée sur les excréments au moyen d'une pelle. Il faut ajouter aux excréments environ cinq fois leur poids

Fig. Iby. — Type de tinette filtrante . , ^ . ^

adoptépariaviiie de Paris. (Imbeaux.) de terre, tandis qu'avec la tourbe pulvérisée la

désodorisation est complète en employant seulement 200 grammes par jour et par tête. On peut encore employer des cendres, mais il en faut une quantité encore plus grande que lorsqu'on utilise la terre.

Fig. 164. — Installation et raccordement à l'égout dune tinette filtrante à Paris. (Imbeaux.)

La vidange des tineltes à poudre absorbante se fait à la pelle in situ; il n'y a aucun dégagement de mauvaises odeurs.

Ce système applicable à la campagne, là où on manque d'eau, donne aussi peu d'odeur que s'il y avait une occlusion hydraulique. Mais pour qu'il reste pratique il faut pouvoir se procurer sur place la poudre absorbante nécessaire et utiliser dans le voisinage le terreau qui résulte de la vidange. Dans les agglomérations, les transports rendraient le système impraticable.

L'impérieuse nécessité de combattre la souillure de la canalisation par des lavages suffisamment copieux a conduit pour les fosses mobiles, comme pour les fosses fixes, au système diviseur. Les inconvénients restent les mêmes que pour les fosses mobiles. La tinette filtrante (fig. 163 et 164) se compose de deux récipients emboîtés l'un dans l'autre; l'interne, dont les parois sont percées de trous, ne retient que les matières solides; l'externe, qui est raccordée à l'égout par une conduite, recueille les matières liquides. Mais en réalité les matières fécales se liquéfient peu à peu au point que la vidange du récipient interne reste inutile pendant des années et on aboutit ainsi à un mode indirect du « tout à l'égout » , avec l'inconvénient d'un emmagasinement plus ou moins prolongé des matières au voisinage de l'habitation. Cependant ce mode d'évacuation des matières fécales était très répandu à Paris il y a une dizaine d'années et, en 1 899, on comptait encore 26 142 tinettes filtrantes, contre 18 000 maisons pratiquant le « tout à l'égout. »

Comparaison entre Vhabitation avec évacuation insalubre des matières usées et celle qui est munie du « tout à l'égout. »

— MM. A.-J. Martin et L. Masson ont publié des planches qui rendent très sensible la différence qui existe entre une maison de Paris avec évacuation insalubre des matières usées et celle qui est assainie par le tout à l'égout; nous croyons utile de les reproduire ici :

La figure 165 représente une maison de construction ancienne, desservie par une fosse fixe. Les gaz qui se dégagent de celle-ci

sous l'influence des variations atmosphériques y sont refoulés dans les appartements par les branchements des cabinets reliés directement au tuyau de chute commun; la fosse, d'autre part, n'est pas étanche et ses infiltrations vont infecter Teau du puits qui sert à l'alimentation des habitants de l'immeuble. Les plombs, placés sur les paliers, sont branchés directement sur le tuyau de descente des eaux pluviales, qui

Fig. 165. — Maison desservie par une fosse fixe, avec cabinets, plombs et éviers insalubres. (A.-J. Martin et L. Masson.) — A, cuisines prenant le jour et l'air sur la cage de Tescalier ; B, cabinets d'aisances communs disposés sous un appentis adossé au bâtiment. La porte d'entrée du cabinet du rez-de-chaussée a été ménagée sous le rampant de l'escalier ; les deux autres cabinets, en élévation, communiquent avec le bâtiment par une baie ouverte dans la cage de l'escalier aux deux tiers de chaque étage. — a, pierre d'évier avec récipient mobile recevant les eaux ménagères ; b, cuvettes, dites plombs, placées sur chaque palier dans l'allège de la croisée éclairant la cage de l'escalier; c, descente d'eaux pluviales recevant les eaux ménagères par les plombs d'étages ; rf, descentes des eaux pluviales; e, gargouilles en fonte conduisant dans le ruisseau de la rue toutes les eaux pluviales et ménagères de la maison; /'. fosse fixe; r/, tuyau d'évcnt de la fosse; h, chute des cabinets d'aisances ; i, cuvettes en fonte sans fermeture placées sous des sièges en bois ou en pierre ; o, pipes en plomb raccordant les cuvettes des cabinets d'aisances avec le tuyau de chute ; p, puits contaminé par les fuites de la fosse fixe; q, pompe.

PROUST, TRAITE D HYGIENEj

forme fréquemment cheminée d'appel, si bien que l'air vicié se trouve déversé à rintérienr lorsqu'on les ouvre; il en est de même du tuyau fixé sur la façade, et dont les émanations arrivent aux fenêtres des mansardes. Quant aux éviers des cui-

Fig. 166. — Application de récoulement direct à l'égout. ' — A, branchement particulier mis en communication avec les caves de l'immeuble et muré à l'aplomb de Tégout pul)lic; B, tuyau de chute placé à l'extérieur prolongé jusqu'à hauteur des souches de cheminée; C, tuyau de chute placé à l'intérieur, prolongé jusqu'à hauteur des souches de cheminées; D, descente d'eaux pluviales; — E, descente d'eaux pluviales et ménagères ; F, entrée d'eaux à occlusion hermétique permanente munie

. d'un panier pour retenir les ordures; G, .écf.ulement des eaux de la fontaine; H, cabinets d'aisances communs avec effet d'eau automatique; I, cabinets d'aisance communs avec effet d'eau à tirage; J, cabinets d'aisances avec abatant; K, cabinets d'aisances avec siège amovible; L, obturations hermétiques permanentes; — a, conduite de distribution d'eau ; 6, colonnes montantes,

sines, ils n'ont pas d'écoulement direct au dehors. On peut enfin constater qu'aussi bien les cuisines que les cabinets situés à mi-étage s'aèrent par l'escalier qui fait comme une vaste cheminée de ventilation ; pour peu que des joints soient fuyants, des appareils en mauvais état, la maison est infectée : de là cette odeur si caractéristique que Fou sent dès qu'on entre dans les habitations ainsi construites.

Tout autre est Tinstallation que représente, la ligure 166 montrant une coupe de

maison assainie par récoulement direct à Tégoiit. Ici tous les tuyaux de chute évacuant les eaux des cours, les immondices des éviers, des water-closets et les eaux pluviales ont des diamètres ne dépassant pas 0 m. 11. Ils se réunissent dans un drain général en poterie vernissée de 0 m. 15 de diamètre, prolongé dans l'égout où il débouche directement, au pied d'un mur de séparation isolant le branchement. Tous les tuyaux de décharge sont munis de siphons hydrauliques ventilés empêchant le retour des gaz de Tégout dans Thabilation. Les tuyaux de chute débouchent à lair libre au-dessus du toit. Tous les cabinets sont munis de réservoirs de chasse, de manière qu'il n'existe aucune communication directe entre le service d'eau pure et les cuvettes. Gomme on le voit, toutes les précautions sont prises dans cette maison pour que le même principe de salubrité soit appliqué aussi strictement que possible à toute les matières usées, à savoir : circulation, pas de stagnation.

- La plupart des règles que nous avons exposées à propos de l'habitation privée s'appliquent également à l'habitation en commun. Aussi pourrons-nous être brefs sur ce sujet.

L'hygiène ne peut intervenir dans la position des édifices publics que pour exiger que les conditions nécessaires, au point de vue de la santé, soient mises en rapport avec le but primitif que la société s'est proposée. Les actes publics, les cérémonies religieuses, l'instruction, la sécurité, la défense militaire, les plaisirs d'une grande ville, exigent des bâtiments construits et aménagés en vue d'un objet spécial. Il s'agit pour l'hygiéniste de faire coïncider, avec les règles de l'hygiène, des dispositions exigées par la destination de l'édifice.

Édifices religieux. — Les magnifiques constructions monumentales qui de tout temps ont excité l'admiration des artistes, les cathédrales^ et les grandes églises du moyen âge, sont aussi mal construites que possible pour répondre aux besoins de l'hygiène dans nos cHmats froids et humides. L'immensité du vaisseau, l'absence de compartiments, le dallage en pierre, la forme en croix latine qui est généralement adoptée, tout en imprimant à l'ensemble un cachet de grandeur qui parle à l'esprit et qui satisfait les yeux, sont des obstacles absolument insurmontables aux règles prosaïques du chauffage et de la ventilation. Comment échauffer l'énorme étendue d'une construction pareille? Gomment empêcher des torrents d'air froid de tomber des voûtes sur les épaules des fidèles?

Ce n'est pas tout encore. On enterrait autrefois sous les dalles de l'église les corps de ses bienfaiteurs, et les vivants venaient, aux heures des offices, respirer les émanations de la mort. Cet usage est aujourd'hui complètement abandonné, du moins en France, mais on continue à décorer par des vitraux magnifiques les fenêtres qui devraient servir à renouveler l'air, à donner de la lumière, et qui restent éternellement fermées, manquant ainsi à leur but primitif et à leur destination rationnelle. Aussi, nul endroit n'est plus propice au développement de certaines maladies, et il paraît à peu près impossible de concilier avec les exigences du confortable moderne les

règles architecturales qui ont présidé à la construction de ces grands monuments de l'art et de la foi de nos ancêtres.

Sans doute on retrouve des dispositions analogues dans les temples antiques et plus spécialement dans ceux de l'Égypte, qui dépassent par leurs proportions colossales tout ce que la civilisation a pu enfanter depuis : de vastes espaces destinés à recevoir des foules immenses et qu'il est impossible d'amener artificiellement à une température égale. Mais les conditions climatologiques étant absolument opposées, ce qui constitue chez nous un défaut devient au contraire ici un immense avantage. On cherchait en Egypte à fuir ce soleil dévorant qui brûlait la plaine, on cherchait avant tout l'ombre, l'espace et la fraîcheur. Ces conditions se trouvaient admirablement réunies dans ces temples majestueux où des forêts de pihers massifs abritaient sous leur ombre le troupeau des fidèles. Quant aux temples souterrains, destinés sans doute à des cérémonies mystérieuses, ils échappaient évidemment aux regards des profanes et ne s'ouvraient, selon toute apparence, qu'aux seuls initiés. On le voit, ces vénérables prédécesseurs des civiUsations modernes avaient admirablement concilié les règles du plus grand art avec les exigences hygiéniques de leur climat, et ce ne sera pas leur moins grand titre de gloire que d'avoir su entretenir dans d'excellentes conditions de santé, suivant le témoignage unanime des historiens, une population de plus de vingt millions, dans un pays qui en nourrit à peine aujourd'hui trois millions dans les plus misérables conditions de l'existence.

Théâtres. — Dans nos théâtres modernes la disposition de la salle permet beaucoup mieux de remplir les conditions voulues; mais, il faut l'avouer, on semble bien souvent n'avoir qu'une préoccupation unique, placer dans un espace déterminé le plus de monde possible. Il est évident qu'aucun artifice de construction ne peut prévaloir contre une disposition semblable. Néanmoins, pour opérer une ventilation convenable, il est des procédés qui sont connus depuis longtemps et qui sont appliqués partout avec plus ou moins de bonheur. Nous les avons indiqués à propos de la ventilation de l'habitation.

L'éclairage par l'électricité a diminué le surchauffement de l'atmosphère des salles, pendant la représentation. Celles-ci n'en restent pas moins de vastes locaux sombres, ne recevant jamais les rayons du soleil et conservant des masses de poussières sur le plancher et les fauteuils mal nettoyés, dans les phs des tentures trop nombreuses, sur les moulures d'ornements trop multipliés.

Casernes. — Les principes que nous venons d'exposer s'appliquent plus rigoureusement encore aux casernes. La ventilation, l'air et la lumière y font presque toujours défaut par un motif fort simple, c'est que l'économie a présidé à toutes les dispositions adoptées. On cherche à utiliser de vieux bâtiments, transformés avec le moins de frais possible. On achète des terrains mal placés, mais d'une faible valeur; enfin la caserne une fois établie, on y entasse une population beaucoup trop nombreuse. Aussi peut-on dire avec Morache, qu'en règle générale une caserne sera d'autant plus salubre qu'elle renfermera moins de soldats. Cette règle élémentaire, qui, sous une forme simpliste, exprime une vérité très importante, devrait être scrupuleusement observée quand les besoins du service public ne s'y opposent pas formellement. Mais il serait possible, étant donné un certain espace, de l'utiliser plus

avantageusement qu'on ne le fait. En France les chambrées sont trop vastes, elles contiennent de quarante à cinquante lits. En Prusse on ne réunit que huit à dix hommes, ce qui est préférable à tous les égards. On doit attribuer à chaque homme un minimum de 20 m^ d'espace. En tout cas il est regrettable de voir la même pièce servir de dortoir, de réfectoire et d'habitation. C'est là, près de son lit, que le soldat réunit tout ce qu'il })ossède, et Ton comprend que dans ces vastes pièces, dont la ventilation est toujours imparfaite, les murs et les planchers ne lardent i)as à devenir des sources d'infection permanente. Actuellement on établit des réfectoires distincts de la chambrée. Il serait nécessaire de réserver, comme en Allemagne, des

Fig. 167. — Cellule de la prison de Fresncs.

locaux au nettoyage des vêtements, des chaussures, des armes et du harnachement. Les lavabos sont encore trop souvent insuffisants et mal alimentés d'eau.

Il faut exercer une surveillance spéciale sur les corps de garde et la salle de police, qui sont habituellement moins bien tenus que les dortoirs, et surtout sur les latrines qui peuvent facilement devenir un foyer d'infection par défaut de soins. Quel que soit le système employé, rien ne peut remplacer une propreté rigoureuse. Dans les villes où il n'y a pas le « tout à l'égoût » on doit spécialement adopter les fosses mobiles.

Prisons. — L'hygiène de ces établissements laisse aussi beaucoup à désirer. On comprend d'ailleurs qu'un bâtiment, construit au point de vue de la sûreté publique et destiné surtout à empêcher les évasions, ne puisse pas remplir les conditions qu'on exige habituellement dans les habitations privées. Les portes, les fenêtres destinées à livrer largement passage à l'air et à la lumière, sont nécessairement bloquées et

918 l'habitation

rétrécies, quand il s agit de prisonniers. Il n'est pas jusqu'aux latrines elles-mêmes qui n'exigent des dispositions spéciales. Moreau Christophe a dit : « Tout ce qu'on peut, tout ce qu'on doit exiger d'une prison, c'est qu'elle ne tue point. » On doit cependant chercher, autant que possihle, à Concilier les exigences de poUce avec ce qui est indispensable à la santé des prisonniers. En général les prisons sont construites d'après un plan rayonnant : placé au centre, le surveillant doit pouvoir plonger ses regards dans toutes les galeries qui correspondent à des secteurs.

Le préau, dans lequel les prisonniers prennent quelques instants d'exercice, offre une grande importance au point de vue de la santé. Il faut y répandre autant que possible l'air et la lumière, à la condition de ne point favoriser les tentatives d'évasion qui se produisent continuellement. Le système cellulaire, adopté dans divers étabhssements et plus encore à l'étranger qu'en France, a pour but d'isoler aussi complètement que possible le condamné et de le soustraire à la mauvaise influence des codétenus.

La prison cellulaire de Fresnes, récemment construite par le département de la Seine, n'a pas été élevée suivant le plan stellaire indiqué plus haut; les bâtiments y sont parallèles. Les dispositions hygiéniques qui y ont été adoptées sont généralement bien comprises (ventilation suffisante, chauffage par la circulation de vapeur d'eau, éclairage électrique, water-closet siphonné avec chasse d'eau dans chaque cellule, bains-douches, appareils de désinfection). Il est seulement regrettable qu'on ait réuni dans cet établissement une agglomération aussi considérable (2 500 personnes).

La figure 167 montre la disposition intérieure d'une cellule. Celle-ci a 30 m^ de capacité et est éclairée le jour par une large fenêtre dont la partie supérieure s'ouvre en imposte et la nuit par une lampe électrique. Le plancher en chêne peut être facilement lavé, de même que les parois et le plafond revêtus de peinture vernissée. Le lit est en fer, à sommier métallique. Un siège de water-closet avec siphon hydraulique et poste d'eau complète cette installation réellement hygiénique.

Certains étabHssements scolaires sont simplement fréquentés pendant la journée, ce sont les externats. D'autres servent à la fois d'habitation de jour et de nuit, lorsqu'ils reçoivent des élèves internes. Dans ce dernier cas il faut joindre aux locaux scolaires des pièces spéciales, dortoirs ou chambres, où couchent les élèves.

Le ministère de l'Instruction publique a rédigé une instruction spéciale pour la construction des écoles, dont les dispositions sont données à titre d'indication ; nous en rappellerons les principales prescriptions. On ne peut d'ailleurs construire actuellement une école en France sans que le conseil d'hygiène départemental ait donné son avis sur les plans qui lui sont soumis.

Tout établissement scolaire doit être construit sur un terrain sec ou asséché par un drainage convenable. L'emplacement doit être central, bien aéré, d'un accès facile et sûr, éloigné de tout établissement bruyant, malsain ou dangereux, à 100 mètres au moins des cimetières. La surface réservée à l'école sera au minimum de 500 m- ; lorsque le nombre des élèves est de plus de 50, on compte 10 m^ en plus par élève. . L'orientation des bâtiments doit être disposée de façon à ce que la lumière diffusé pénètre abondamment dans les classes, mais aussi de façon à ce que les rayons solaires

n y soient reçus qu'en dehors des heures de classe, autant qu'il est possible. On recommande surtout l'exposition de la façade principale au sud-est ou encore au nord-est.

Pour ce qui est de la construction, les murs auront une épaisseur minima de 0 m. 45, s'ils sont construits en moellons, et de 0 m. 35 s'ils sont en briques: la couverture sera en tuiles ou en ardoises; des pentes seront ménagées autour des constructions, de façon à faciliter l'écoulement des eaux. Autant que possible, les bâtiments ne comprendront qu'un rez-de-chanssée exhaussé de 0 m. 60 au-dessus du sol extérieur; si le plancher n'est pas établi sur cave, il sera posé sur une plate-forme ou couche de matériaux imperméables.

D'après l'Instruction ministérielle chaque classe ne devrait pas recevoir plus de cinquante élèves. Elle serait de forme rectangulaire; la surface serait de 1 m"^ 25 par élève. La hauteur sous le plafond ne devrait jamais être moindre de 4 mètres. Mais la nécessité d'assurer un éclairage naturel suffisant sur tous les points de la classe, Umite forcément la largeur de celle-ci à 6 mètres, si la hauteur est de 4 mètres, étant donné que l'éclairage unilatéral est généralement adopté et que, dans ce cas, la hauteur de la pièce doit être égale aux deux tiers de sa largeur.

L'aération intermittente des classes permet en ouvrant toutes les baies de renouveler complètement l'air en quelques minutes. Celte opération serait particulièrement rapide, s'il existait des fenêtres sur les deux parois opposées, mais celte disposition ne serait pas la plus favorable à un bon éclairage ; aussi se contente-t-on en général de percer des baies d'aération dans la paroi opposée à celle des fenêires.

Étant donné que le séjour des élèves dans les classes est assez prolongé, la ventilation intermittente ne suffit pas, et il faut la compléter en établissant une aération permanente au moyen d'orilices d'accès d'air pur pris immédiatement à l'extérieur et d'orifices d'échappement de l'air vicié.

Le chauffage devra être réalisé par la vapeur d'eau à basse pression, chaque fois que cela sera possible. Sinon on pourra se contenter d'un poêle à double enveloppe avec circulation d'air, la prise d'air se trouvant à l'extérieur. L'Instruction ministérielle recommande avec raison que ce poêle soit entouré d'une grille en fer, qu'il ne contienne ni four, ni chauffe-plats, que le tuyau de fumée ne passe en aucun cas au-dessus de la tête des enfants, qu'aucun élève ne soit placé à une distance du poêle, moindre de 1 m. 25. Il ne nous parait pas bien nécessaire, par exemple, que ce poêle soit pourvu d'un réservoir d'eau avec surface d'évaporation, la vapeur d'eau se trouvant déjà en excès dans l'atmosphère de la salle, par le seul fait de l'aggloméra tion des élèves.

Pour assurer un bon éclairage naturel, on donnera la préférence à l'éclairage unilatéral, les fenêtres étant à la gauche des élèves. Les dimensions des baies seront calculées de façon que la lumière éclaire toutes les tables. La largeur des trumeaux sera aussi réduite que possible. Les fenêtres seront rectangulaires ou légèrement cintrées. L'intervalle entre les parties hautes de la fenêtre et le niveau des plafonds sera d'environ 0 m. 20. Les appuis seront taillés en glacis sur les deux faces et élevés de 1 m. 20 au-dessus du sol.

Nous avons déjà indiqué, à propos de l'éclairage de l'habitation, quelles étaient les conditions les plus favorables d'éclairage artificiel dans les salles d'études, nous n'y reviendrons pas.

Les plafonds seront plans et unis, sans corniches et à angles arrondis. Les parois

seront revêtues d'un enduit lisse permettant de fréquents lavages. Le sol des classes sera imperméable, de façon à pouvoir être nettoyé au moyen d'un linge humide. On adopte en général les parquets en bois dur, de préférence aux carrelages considérés comme trop froids ; peut-être la solution la plus avantageuse sera-t-elle donnée par rétablissement de sols établis en matériaux comme le xylolithe ou le stucolithe, si Texpérience démontre leur résistance.

Aucune communication directe ne doit exister entre les classes et le logement du personnel.

Chaque classe aura, autant que possible, un vestiaire muni de porte-manteaux, toutefois le même vestiaire pourra servir à deux ou plusieurs classes contiguës. En aucun cas, les chapeaux, pardessus ou parapluies ne devraient être introduits dans la classe même.

Les cours de récréation présenteront une surface calculée à raison, de 5 mètres par élève et comprendront chacune une fontaine ou une pompe d'eau potable. Autant que possible elles ne devront pas être entourées de bâtiments sur toutes leurs faces et seront sablées, sauf au niveau des passages et des trottoirs qui seront pavés, cimentés ou bitumés.

Un préau couvert, dont l'étendue sera de 1 m^ 25 par élève, et dont la hauteur atteindra 4 mètres sous plafond, sera joint aux cours de récréation.

Un local spécial sera affecté aux exercices de gymnastique.

Il y aura deux cabinets d'aisance par classe dans les établissements de garçons, trois par classe dans les établissements de filles. Les cuvettes seront munies d'appareils obturateurs. Des urinoirs y seront adjoints pour les garçons. Dans les endroits où il est impossible d'évacuer les excréments à Fégout, on installera des fosses fixes ou mobiles. Les fosses mobiles, quel que soit le système de vidange adopté, sont préférables.

Dans les établissements qui comprennent des élèves demi-pensionnaires, ceux-ci y passent toute la journée et y prennent un repas. Il faut donc prévoir dans ce cas des salles d'étude, des cuisines, des réfectoires.

Les salles d'étude doivent être établies suivant les mêmes principes que les classes; mais l'espace qu'on y réserve à chaque élève doit être plus grand, car le séjour y est sensiblement plus long. On donnera au minimum 2 mètres carrés de superficie à chaque élève.

Les cuisines seront suffisamment séparées des autres bâtiments pour que les odeurs n'en soient pas incommodantes. Le sol en sera carrelé; les parois seront revê- ^ tues de briques vernissées ou de carreaux de faïence, de façon à pouvoir être maintenus dans un état de propreté constant. Il en sera de même pour les réfectoires, dont les tables seront recouvertes d'une plaque de marbre facile à laver et dont les murs seront percés de fenêtres opposées, afin de pouvoir établir une ventilation énergique après chaque repas.

Les établissements d'instruction qui reçoivent des élèves internes comprennent en plus des dortoirs et des lavabos. ;

Les dortoirs ne doivent pas renfermer chacun un trop grand nombre d'élèves; une vingtaine suffirait, avec des dimensions permettant d'avoir une trentaine de mètres cubes par Ht. La ventilation sera largement assurée par des fenêtres oppo^ sées. Les lits seront en fer à sommier métallique. Les petites chambres individuelles du collège Rollin, à Paris, sont certainement préférables aux dortoirs. ■ . '

A chaque dortoir sera joint un lavabo à sol carrelé et à parois revêtues de faïence. Les cuvettes fixes généralement adoptées ne permettent pas des ablutions générales. Il serait bien désirable que les élèves pussent faire quotidiennement usage du tub^ comme nous l'avons indiqué au chapitre des soins corporels. En tout cas, une installation de bains-douches, où chaque élève serait tenu d aller 2 ou 3 fois par semaine, devrait être annexée à tout établissement renfermant des élèves internes.

Il nous paraît inutile d'insister sur les avantages qu'il y aurait, au point de vue de l'hygiène et de la santé des élèves, à installer les internats en dehors des villes, en pleine campagne, à la condition que les moyens de communication avec les agglomérations voisines soient rapides et aisés.

La réunion dans un même établissement d'un très grand nombre d'élèves (750 dans un groupe scolaire, bien plus encore dans un lycée) constitue à notre avis une grave erreur au point de vue sanitaire. Ces grandes agglomérations sont essentiellement favorables à la transmission des maladies épidémiques, d'autant que la surveillance individuelle au point de vue médical y devient particulièrement difficile.

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