ÉVACUATION DES ORDURES MÉNAGÈRES SOLIDES
Les ordures ménagères solides ne doivent pas être abandonnées sur le sol au voisinage de la maison, dans la rue ou sur un tas de fumier, comme cela se pratique encore trop souvent à la campagne et dans les petites villes. Elles seront collectées dans un récipient étanche et enlevées autant que possible chaque jour, avant qu'elles entrent en putréfaction.
Les récipients métalliques, en tôle galvanisée, sont ceux qu'il est le plus facile de nettoyer convenablement. Dans les habitations occupées par plusieurs ménages, les boîtes individuelles sont vidées chaque jour dans une boite commune, placée dans un endroit bien aéré, dans une cour par exemple. Cette manière de faire est pratiquement plus salubre que celle qui consiste à laisser tomber dans ce récipient commun les ordures de chaque étage au moyen d'une conduite commune, qui s'obstrue ou reste malpropre.
Chaque matin la boîte à ordure commune est placée sur la chaussée et les ordures sont recueillies et enlevées dans des tombereaux spéciaux. Nous verrons plus loin, à propos de l'hygiène des villes, comment on s'en débarrasse ensuite. Ce système perd toute son efficacité partout où on autorise les chiffonniers à pratiquer le triage des ordures sur place, leur premier soin étant de répandre le contenu des boîtes sur le sol.
Un procédé très simple consisterait à brûler dans le fourneau de cuisine les ordures de chaque ménage. De fait, à Paris au moins, beaucoup de cuisinières déversent régulièrement dans le fourneau déjà allumé une « pâtée » constituée par les cendres et les ordures ménagères humectées d'eau et brassées ensemble. Elles agissent ainsi beaucoup plus pour économiser le charbon, que dans un but de salubrité. Il est rare qu'on puisse assurer de cette façon la combustion de la totaUté des ordures ménagères. Dans beaucoup d'habitations des grandes villes d'ailleurs on évite d'allumer le fourneau pendant la saison chaude et la cuisine se fait alors presque entièrement au gaz, ce qui rend impossible toute combustion des ordures ménagères.
Nous nous occuperons d'abord de l'évacuation des eaux de cuisine, de lavage et de pluie, nous proposant de traiter ensuite à part la question si importante de l'évacuation des excréments. Dans les endroits où il n'existe pas de système d'évacuation générale par l'égout, les eaux ménagères s'écoulent le plus souvent hors de la maison dans un caniveau, qui les conduit au ruisseau de la rue, à une fosse à purin ou à un puits perdu. De là des stagnations donnant lieu à des odeurs nauséabondes
et une infection fatale de la nappe d'eau souterraine et des puits. On ne peut guère compter que sur les pluies pour entraîner de temps à autre toutes ces souillures jusqu'au cours d'eau le plus voisin.
Chaque fois au contraire qu'il existe un système d'égout dans l'agglomération, les eaux de cuisine, de lavage et de pluie doivent être déversées au dehors de l'habitation par des conduites étanches et éloignées aussi rapidement que possible. Le mieux est de les faire parvenir au fur et à mesure de leur production dans une canalisation branchée sur un égout. Il semble cependant qu'il n'y ait pas grand inconvénient à laisser les eaux pluviales s'écouler en dehors des égouts par des caniveaux, puis par des canaux couverts vers le plus prochain cours d'eau. C'est l'application du système d'évacuation général séparatif sur lequel nous reviendrons avec plus de détails à propos de l'hygiène des villes.
' Les différentes sortes de liquides à évacuer sont reçues chacune dans des appareils récepteurs particuliers que nous allons décrire. Mais le mode d'évacuation par l'égout
Fig. 144. - Siphon obturateur Fig. 145. - Mécanisme d'après Fig. 146. - Dispositif empô-
lequel le siphonnage s'opère. chant le siphonnage.
doit être établi de façon qu'à aucun moment les gaz et les odeurs des tuyaux de chute et de l'égout ne puissent refluer dans l'habitation. Pour cela il faut qu'immédiatement après l'appareil récepteur la conduite d'évacuation reste obturée en dehors du moment où s'écoulent les liquides qu'on veut éloigner. Ni les clapets, ni les soupapes ne permettant d'atteindre ce but; ils n'opposent pas un obstacle suffisamment étanche au retour des gaz. L'expérience a montré que l'occlusion hydraulique par un siphon obturateur était la seule efficace. Nous allons donc décrire d'abord le siphon hydraulique, complément indispensable de tout appareil récepteur.
Le siphon est une conduite incurvée en forme d'S couchée (fig. 144), de telle façon qu'd reste toujours dans la courbure du tuyau dont la concavité est tournée en haut une certaine quantité de liquide empêchant toute communication entre l'atmosphère de la canalisation en amont et celle de la canalisation en aval. La plongée du siphon est la hauteur qui sépare le niveau de la colonne d'eau obturatrice E' de l'éperon du siphon E. Cette plongée ne doit pas être inférieure à 5 centimètres. A Paris on exige 7 centimètres de plongée. Il faut en effet que la colonne d'eau ait une épaisseur suffisante pour résister aussi bien aux excès de pression qu'aux aspirations qui peuvent se produire dans la canaHsation en aval, et pour ne pas être rapidement réduite par l'évaporation.
900 l'habitation
Malgré l'épaisseur réglementaire de la plongée, il peut se produire une perte de tout ou partie de la colonne d'eau obturatrice, par un phénomène qu'on appelle le siphonnage. Celui-ci se produit surtout lorsqu'il se fait un écoulement d'eau violent dans le tuyau de chute sur lequel est branché le siphon, qui est alors vidé par cette aspiration violente (fig. 145). On évite un pareil accident en adaptant à la courbure supérieure du siphon un tuyau d'aération qui communique avec l'air extérieur et empêche le vide de se produire dans cette partie du siphon (fig. 146). Ce dispositif devient indispensable chaque fois que plusieurs siphons sont branchés à des niveaux différents sur un même tuyau de chute.
Pour le nettoyage des siphons de petit calibre on perce à la convexité de chaque courbure un orifice suffisant, que l'on obture au moyen d'un bouchon métaUique à vis.
Fig. 147. — Évier de cuisine insalubre. Fig. 148. — Évier salubre avec effet d'eau et siphon
(Extrait de La Nature.) obturateur ventilé. (Extrait de La Nature.)
Dans les cuisines les eaux de vaisselle sont déversées dans des récipients, appelés éviers (fig. 147 et 148), en pierre dure, en ciment ou en grès vernissé d'un seul morceau. Au point le plus déclive se trouve un orifice, fermé par une petite grille métallique qui est destinée à retenir les gros débris. Les eaux s'écoulent à travers cet orifice dans un siphon hydraulique, puis dans un tuyau de plomb qui rejoint le tuyau de chute des eaux pluviales.
Les tuyaux de décharge des éviers de restaurants, de charcuteries, de triperies, d'abattoirs, de savonneries sont réglementairement munis de grands siphons dans lesquels un courant d'eau froide coagule et retient les graisses, qui sans cette précaution obstrueraient les conduites et encrasseraient les égouts.
Des cuvettes en métal peint ou en grès vernissé forment des vidoirs pour les eaux de toilette et de lavage. Ces vidoirs (fig. 150) sont pourvus d'un tuyau siphonné qui les relie au tuyau de descente des eaux de pluie ; ils sont généralement surmontés d'une prise d'eau avec robinet, et souvent, dans les habitations collectives, où les eaux
sales sont très abondantes, d'un réservoir de chasse permettant un ])on nettoyage.
De même les eaux des lavabos individuels et des baignoires s'écoulent directement dans la canalisation commune des eaux ménagères et pluviales au moyen de tuyaux de décharge siphonnés. On supprime ainsi les anciens « plombs » (fig. 149), confluents de toutes les eaux sales directement branchés sur les tuyaux de chute, sans siphons obturateurs ni chasses d'eau et semblant construits pour déverser dans l'atmosphère de l'habitation tous les relents suspects de la canalisation.
Les branchements provenant des appareils récepteurs sont des tuyaux de plomb qui viennent se raccorder avec les tuyaux de chute sous un angle (|ui ne doit pas dépasser 45° avec la verticale.
Les tuyaux de chute destinés aux eaux ménagères et aux eaux pluviales sont des
Fig. 149. — « Plomb >> insalubre à usage com- Fig. 150. — Cuvette toilette munie d'un effet mun, sans eau ni interception. (Extrait de d'eau et d'un siphon obturateur ventile. (Ex- La Nature.) trait de La Nature.)
conduits verticaux, qui descendent depuis la toiture au-dessus de laquelle ils s'ouvrent librement, jusqu'au sous-sol où ils se raccordent avec la conduite principale ou égout privé, destiné à évacuer toutes les matières usées liquides de l'habitation dans l'égout public. D'après Rœchling il n'y aurait que des avantages à placer ces conduits à l'extérieur des maisons ; s'ils sont bien établis et proprement entretenus, ils ne contiendront aucun dépôt susceptible de subir l'action de la gelée et ne pourront être détériorés de ce fait. Les tuyaux de chute sont de préférence en fonte émaillée à l'intérieur et peinte à l'extérieur ou encore en fonte inoxydée, ce qui les empêche d'être attaqués par la rouille. Les joints se font à la céruse. Le diamètre généralement adopté est de 8 à 16 centimètres.
Sur les points déclives des cours se trouvent placés des appareils récepteurs destinés à recueillir les eaux de lavage et de pluie qui s'écoulent sur le sol des cours et à les conduire à l'égout privé, c'est le siphon de cour. Celui-ci en fonte ou en grès
est disposé comme l'indiquent les ligures 151 et 152. Son orifice d'entrée est fermé par une grille métallique destinée à arrêter les ordures solides d'un certain volume. De plus la concavité de son premier coude est occupée par un panier en tôle galvanisée destiné à recueillir la boue entraînée par les eaux de pluie et de lavage.
En tîn de compte toutes les eaux usées pénètrent dans l'égout privé ou partie de la canalisation souterraine qui les conduit à l'égout public. Cette distinction entre l'égout privé, ou portion de la canalisation souterraine placée sous la maison, et l'égout public, ou partie de la canalisation souterraine placée dans la rue, n'a pas uniquement un intérêt administratif; elle a aussi sa raison d'être au point de vue de l'hygiène. Nous allons voir en effet qu'un bon nombre d'hygiénistes sont d'avis d'isoler aussi complètement que possible l'atmosphère de l'égout public de celle de la
Fig. 151 et 152. — Siphons de cour.
canalisation de maison, y compris l'égout privé. Avant d'aborder cette question de doctrine, rappelons que la conduite de l'égout privé doit être disposée suivant une pente variant de 3 à 5 centimètres par mètre, pour que l'écoulement puisse se faire sous chasse spéciale. Les tuyaux de l'égout privé sont généralement en poterie, et offrent un diamètre de 15 à 25 centimètres pour la conduite maîtresse et de 8 à 12 centimètres pour les conduites accessoires. A chaque changement de direction de ces conduites est ménagé un regard destiné à rendre le nettoyage possible; dans le même but chaque section entre deux regards est rectiligne. Ces regards ne sont autre chose que des ouvertures pratiquées dans la conduite et obturées par une fermeture étanche.
Est-il nécessaire de protéger les immeubles contre les gaz provenant de l'égout public, en appHquant le procédé anglais du Bisconneciing trap, c'est-à-dire en plaçant un siphon obturateur sur la conduite principale d'évacuation (égout privé), immédiatement avant son débouché dans l'égout public? Au Congrès International de 1900, Lacau et Louis Masson ont surtout reproché au système anglais de retenir dans ce siphon terminal une grande partie (20 à 60 p. 100 d'après les expériences du Societary Institute de Londres) des matières provenant des cabinets d'aisance et de s'opposer ainsi à la rapide évacuation des matières usées, principe essentiel de
toute installation salubre. On pourrait remédier à cet inconvénient par l'établissement d'un regard de visite spécial [Disconnecting chamber) précédant immédiatement le siphon terminus et permettant de le nettoyer fréquemment. En réalité il semble ressortir de la discussion qui a suivi la lecture des rapports de Lacau et Louis Masson et de Rœchling que le Disconnecting system ne serait plus guère applicable que là où les canalisations de maison sont raccordées à des égouts publics défectueusement établis. Partout ailleurs il serait avantageux d'assurer une large ventilation de l'égout public en le laissant communiquer librement avec l'égout privé et les tuyaux de chute, s'ouvrant à l'air au-dessus des toits. Les siphons placés sur les tuyaux des appareils récepteurs suffiraient d'ailleurs à isoler rhabitation des gaz pouvant provenir des égouts.
Il peut être utile de contrôler l'étanchéité de la canahsation d'évacuation de l'habitation. Pour cela on refoule de la fumée, à l'aide d'un appareil spécial muni d'un ventilateur à héUce, dans la canalisation dont toutes les ouvertures ont été soigneusement bouchées préalablement; l'issue de la moindre quantité de fumée révèle une fuite. On peut faire ce contrôle d'une façon plus précise encore en remplissant toute la canalisation d'eau. Quand les tuyaux ont plus de 12 mètres de hauteur, on fait l'épreuve par sections pour ne pas soumettre les conduites à une pression trop forte.