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ONZIÈME PARTIE

Ce serait une profonde erreur de croire que le hasard a présidé à la distribution de l'espèce humaine sur le globe. De tout temps, il s'est rencontré des localités plus favorisées que les autres par la nature, qui de bonne heure ont invité les hommes à s'y fixer, et qui plus tard sont devenues l'objet des plus ardentes convoitises et le théâtre des grandes luttes historiques. La Chine, l'Inde, l'Egypte, nous apparaissent dans l'antiquité comme les pays bénis du ciel, que les diverses familles de la race humaine se sont longtemps disputés les armes à la main, et l'histoire moderne est rempKe tout entière des luttes des diverses races, qui peuplent notre continent, pour la possession de ces provinces de l'Europe occidentale, qui constituent l'un des plus beaux séjours du globe.

Mais à l'attrait de la fertilité succède le besoin de sécurité. De tout temps, l'habitant d'un pays riche a dû se défendre contre les convoitises de ses voisins. De là, ['importance attachée à la possession de lieux escarpés, stériles, quelquefois insaiubres, mais d'un accès difficile. La plupart des fondateurs de cités, aux époques reculées et dans les temps troublés, ont cédé à cette préoccupation.

D'un autre côté, le développement de la civilisation, le besoin des échanges, enfin .'essor du commerce, ont fait rechercher les situations facilement abordables et placées sur le trajet des grandes voies de communications naturelles. Voilà pourquoi ;ant de villes sont situées sur les bords des fleuves, ou dans les parties les plus favorablement disposées des côtes maritimes. L'immense majorité des grandes villes 3ommerciales se trouve placée dans le voisinage immédiat de l'eau. Les deux condiions dont nous parlons se trouvaient souvent réunies dans les grandes cités de Taniquité, et c'est ainsi qu'aux beaux jours de la Grèce presque toutes les grandes ailles, situées auprès de la mer, correspondaient avec un port plus ou moins éloigné. Ze dernier répondait aux besoins du commerce, tandis que l'enceinte fortifiée, Dlacée à quelque distance de la mer, offrait aux habitants une sécurité qu'ils n'au- 'aient point trouvée sur le rivage. C'est ainsi qu'Athènes avait le Pirée, c'est ainsi ju'Argos avait Nauplie, et que presque toutes les capitales de ces petits États obéissaient à ce duahsme nécessaire.

Il est enfin des circonstances qu'on pourrait dire artificielles, qui créent la prospérité d'une ville, en la rendant le centre où se réunissent des éléments importants le commerce. Quelquefois le voisinage d'un district minier, d'autres fois la réunion, l'abord fortuite, plus lard calculée, de grandes manufactures, enfin le simple fait

de se trouver sur la ligne et dans la direction que prend le commerce, suffisent pour créer un centre de population dans une localité que rien ne désignait dans le principe pour un semblable choix.

On le voit, l'emplacement des villes se trouve déterminé par des considérations dans lesquelles l'hygiène ne prend aucune pari. On ne recherche point sans doute les localités insalubres, mais on ne songe nullement à les éviter, lorsqu'elles paraissent réunir certains avantages. Il en résulte qu'au point de vue de V hygiène des villes il est deux points à considérer, d'abord les règles générales qui doivent gouverner la pohce sanitaire de toute agglomération nombreuse, ensuite les conditions particulières qui résultent pour chaque localité de la configuration des terrains et des autres circonstances dans lesquelles elle est placée. C'est ici que les administrateurs doivent se rappeler cette belle pensée, que pour accomplir de grandes choses il faut vivre comme si l'on ne devait pas mourir.

Mais dans aucun pays, même dans ceux où l'industrie est portée à son plus haut degré de développement, dans aucun pays, disons-nous, la population urbaine ne constitue la majorité. Les campagnes renferment une population infiniment moins dense, occupée principalement aux travaux agricoles, réunie habituellement dans de petits centres, et habitant quelquefois des fermes complètement isolées. Les conditions de Vhygiène des campagnes sont entièrement différentes en pareil cas de celles que nous rencontrons dans les villes. Sous beaucoup de rapports, sans doute, la santé des habitants y gagne, mais tout n'est pas profit dans l'existence du paysan, et, comme nous le verrons plus loin, la vie à la campagne présente aussi des causes d'insalubrité. Nous aurons donc à envisager séparément ces deux conditions de vie si différentes, et c'est par l'hygiène des villes que nous commencerons cette étude.

On admet généralement qu'il faut ranger dans la population rurale tous les groupes de moins de 2000 âmes. En acceptant cette division, évidemment artificielle, on pourrait admettre qu'en Europe il existe en moyenne trois paysans pour un citadin. La population, au reste, est extrêmement variable suivant les divers pays.

En 1861, les divers États de l'Europe présentaient les chiffres suivants :

France ^ 2,4 paysans pour 1 citadin.

Belgique 3,3 — —

Espagne 10,2 — —

1. Actuellement, en France, les paysans représentent moins des deux tiers de la population totale.

Russie d'Europe ?

Grande-Bretagne (Angleterre, Ecosse) Irlande

Prusse.

Suède .

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On voit, par conséquent, que la France est Tun des pays de TEnrope qui renferme le moins de paysans relativement aux citadins.

Dans tous les pays du monde, la population des villes tend à s'accroître rapidement, et, sans chercher à en découvrir la cause dans des considérations transcendantes, nous nous hornerons à signaler ce fait que la facilité des communications et la diffusion des lumières apprennent au paysan qu'il peut gagner davantage dans les villes. Il nous paraît inutile d'invoquer d'autres causes pour expliquer ce déplacement.

On connaît l'énorme développement qu'ont pris dans ces derniers temps les grandes capitales de l'Europe occidentale. Londres n'avait en 1801 que 958 863 habitants; la population de celte ville est presque quadruplée aujourd'hui. Celle de Paris, qui s'élevait à 627 000 habitants au commencement du siècle dernier, a plus que quatruplé, car elle était au dernier recensement de 2 714 068 et les autres capitales de l'Europe ont également suivi un mouvement progressif.

Les causes qui président à ce grand déplacement sont de l'ordre de celles que l'on constate sans pouvoir les modifier. Qu'on applaudisse à cette concentration, ou bien qu'on la déplore, il est impossible de remonter le courant. Il s'agit pour l'hygiéniste d'en régulariser les effets et d'obtenir les meilleurs résultats que comportent les circonstances dans lesquelles il est placé.

Lorsqu'on étudie l'hygiène des villes, il faut en considérer tout d'abord la situation^ Valtitude, étudier la constitution du so/, la distribution des eaux et la prédominance des vents régnants. Chacune de ces considérations exerce une influence considérable sur la santé des habitants.

D'après Fonssagrives, on peut diviser les grandes agglomérations humaines en villes de plaines, villes de vallée, villes pélasgiennes ou maritimes, villes fluviatiles, villes lacustres et villes paludéennes.

Les villes de plaine sont celles qui reposent sur un sol peu élevé au-dessus du niveau de la mer et qui, se trouvant en pays plat et à une assez grande distance des cours d'eau, ont pu se déployer à l'aise sans obéir à des nécessités de configuration. On pourrait indiquer Chartres comme un type, à cet égard, bien que la présence de l'Eure puisse le ranger parmi les villes fluviatiles. Mais ce cours d'eau n'a pas en cet endroit l'importance qu'il aura plus tard. En thèse générale, les villes de plaine jouissent de conditions hygiéniques favorables, à la condition que le sol y soit disposé de manière à empêcher la stagnation des eaux.

Les villes de vallée sont situées dans des couloirs plus ou moins étroits qui ne reçoivent que très imparfaitement les rayons solaires. Plus la vallée est étroite et profonde, plus elle est insalubre, et il n'est pas douteux que le crétinisme et le goitre, que l'on rencontre, à des degrés divers, dans plusieurs localités de cet ordre, ne soient dus en partie à l'action de cette cause fondamentale.

Les villes maritimes se trouvent placées au contraire dans des conditions absolument opposées. Elles offrent, comme le dit Fonssagrives, les avantages et les inconvénients du bord de la mer sous le rapport de la température, de la pureté et de l'humidité de l'air, du régime des vents et des émanations pélasgiennes. Les villes maritimes sont tantôt placées sur des mers qui offrent de grandes variations de niveau, tantôt au contraire dans des endroits où la marée ne se fait pas sentir. Le mouvement de l'eau occasionne un grand apport de matières organiques, qui se putréfient sur le rivage en empoisonnant l'atmosphère. Elles sont plus malsaines

que celles qui sont situées aux bords des mers qui n'ont pas de marée, à moins cependant que la disposition du port ne soit un obstacle à Taménagement convenable du régime des égouts. C'est ce qui existe à Marseille, par exemple, où l'infection du port est devenue l'une des principales préoccupations de la cité.

Les villes fluviatiles sont quelquefois situées sur un seul côté d'un fleuve, quelquefois sur les deux côtés, quelquefois au milieu sur une île environnée par les eaux. Telle a été l'origine de Lutèce qui, se développant plus tard sur les deux rives du fleuve, est devenue Paris. En thèse générale, la présence d'un fleuve est pour une ville un élément de salubrité ; il crée, en effet, dans le sens du courant, un déplacement d'air qui correspond à une cheminée d'appel, et constitue un agent de ventilation des plus énergiques. En même temps la présence d'un cours d'eau est une ressource précieuse pour l'approvisionnement de la ville, aussi longtemps que son développement ne devient pas disproportionné aux dimensions du fleuve qui la traverse. Mais, lorsque le fleuve est converti en égout par toutes les déjections d'une population nombreuse, par toutes les immondices d'une grande ville, il devient une cause d'insalubrité, non seulement pour la ville qu'il traverse, mais encore et surtout pour les localités situées au-dessous de ce grand foyer d'infection. Nous aurons Toccasion d'étudier ce sujet à propos de la pollution de la Tamise à Londres et de la Seine à Paris.

Les villes lacustres^ situées au bord d'un lac ou construites sur pilotis comme Venise, se rapprochent beaucoup des villes paludéennes, avec cette différence que l'humidité y est bien plus grande et l'absence des poussières beaucoup plus remarquable. Cette influence de l'humidité, évidemment fâcheuse au point de vue de l'hygiène, peut être combattue par l'activité des vents, et c'est, précisément ce qui arrive à Genève, où l'action successive des vents du nord et du sud produit un cHmat rude, mais relativement sain. Au reste, l'influence de [la température doit entrer ici en ligne de compte, car plusieurs des villes de la Hollande, situées dans des conditions presque identiques à celles de Venise, ne présentent point la même insalubrité. On critique cependant très sérieusement la condition hygiénique de Lille et celle d'Amiens, qui sont aussi des villes de canaux^ et qui peut-être n'offrent point toutes les garanties que devrait présenter une bonne administration.

Quant aux villes palustres, il est inutile d'insister sur l'insalubrité de leur situation; mais ce qu'on ne sait pas généralement, c'est que presque toutes les villes situées à l'embouchure des fleuves se trouvent plus ou moins complètement au milieu d'un marais. Du reste, il n'est point de condition sur laquelle des travaux bien dirigés aient une influence plus puissante, et l'on sait parfaitement que les localités rendues les plus malsaines par l'influence paludéenne peuvent être assainies à coup sûr, si les capitaux ne manquent pas à l'appel.

A côté de la situation que peuvent occuper les villes et qui joue un rôle si important au point de vue de leur salubrité, il faut placer leur altitude. Celte circonstance, dit Fonssagrives, influe directement sur leur hygiène, et à tel point qu'il y a souvent entre deux quartiers d'une même ville, qui ont des différences de niveau de 20 à 40 mètres, des conditions d'hygiène très dissemblables.

Le point le plus élevé du globe habité d'une manière permanente est un couvent du Thibet, placé à 5 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. La ferme d'Antisala, en Bolivie, est à 4 500 mètres de hauteur. Il paraît démontré qu'une bonne

santé peut fort bien coïncider avec Thabitation de ces localités. Cependant il n'est aucune ville qui soit assise à une pareille hauteur. La cité la plus élevée du globe est celle de Potosi, en Bolivie, à plus de 4000 mètres. Sa population était, dit-on, de 250 000 âmes au xvii'^ siècle, à l'époque de la grande prospérité des célèbres mines d'argent qui portent son nom. Aujourd'hui, le minerai se trouve presque complètement épuisé, et la population est tombée à 20 000 âmes environ. Mais cette réduction ne paraît nullement occasionnée par l'insalubrité du climat.

Plusieurs villes dans le Pérou et la Bolivie sont situées à une hauteur de plus de 3 000 mètres. La capitale de ce dernier État, La Paz, esl à une hauteur de 3 726 mètres. A une élévation de plus de 2 000 mètres, nous trouvons : Quito, capitale de l'Equateur, à une hauteur de 2 908 mètres; Santa Fé de Bogota, avec une population de 72 000 âmes, à 2 661 mètres, et enfin Mexico, avec une population de plus de 200 000 habitants, à 2 277 mètres au-dessus de la mer, c'est à-dire à 400 mètres seulement au-dessous de l'hospice du grand Saint-Bernard.

Gomme on le voit, toutes ces villes, situées sur de hauts plateaux, appartiennent au continent américain. Nous trouvons en Europe et en Asie des cités situées à une altitude considérable, mais qui est loin d'égaler celle que nous venons d'indiquer. Briançon, chef-lieu des Hautes-Alpes, à 1 321 mètres au-dessus de la mer, est la ville la plus élevée de cette catégorie en Europe; Chambéry n'est en effet qu'à 1 270 mètres. Ispahan est à 1 345, Téhéran à 1 230.

On comprend que des villes aussi élevées ne peuvent exister que sous des latitudes plus ou moins rapprochées de l'équateur; car le cUmat y est naturellement de plus en plus rigoureux à mesure qu'on s'élève vers le nord. A Quito, presque immédiatement sous l'équateur, on trouve un climat plus rigoureux que celui de la France. Mais le fait capital, pour les cités fort élevées, est la diminution de la pression atmosphérique qui décroît très rapidement, à mesure qu'on s'élève au-dessus du niveau de la mer. Il en résulte que l'atmosphère est moins oxygénée, circonstance qui amène de profondes modifications dans la santé, ainsi que l'ont démontré les travaux de plusieurs médecins qui ont étudié ces questions sur les lieux mêmes. Leurs conclusions ont été confirmées par les expériences si remarquables de P. Bert.

Quant aux cités moins élevées, comme Briançon, Pontarlier, Grenoble, Lausanne et Genève, elles offrent en général un climat rigoureux qui aguerrit les santés vigoureuses, mais qui est périlleux pour les constitutions faibles. Au reste, il faut ici tenir compte de la latitude et de la configuration du sol, qui jouent un rôle immense au point de vue de la température. Quant à la pression de l'air, elle n'est pas suffisamment diminuée à ces hauteurs relativement médiocres pour qu'il soit possible d'en tenir compte.

L'altitude ne paraît jouer aucun rôle appréciable au point de vue du chmat, lorsqu'il s'agit de villes dont l'élévation varie entre 50 et 300 mètres. Il en est autrement lorsque le niveau descend à quelques mètres au-dessus de la mer et même à quelques mètres au-dessous. G'est la condition qui se rencontre dans quelques villes de France et dans une grande partie des villes du nord de l'Europe. G'est ainsi que Nantes, Bordeaux, Gaen, Narbonne, sont à peine élevées de quelques mètres audessus du niveau marin. Saint-Brieuc, la moins élevée de toutes les villes de France, n'est qu'à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer. La plupart des villes de la Prusse sont à une très médiocre hauteur, et Berlin n'a que 34 mètres d'altitude

au-dessus du niveau de la mer. Tout le lilloral des Pays-Bas et de la Belgique est dominé par la mer qui s'élève à un mètre au-dessus du niveau d'Ostende et qui domine la Hollande tout entière à une hauteur moyenne de 4 mètres. Les cités placées dans ces conditions sont exposées naturellement aux inconvénients d'un climat humide. Elles sont situées en général dans des climats pluvieux, et le peu d'élévation du sol rend difficile l'écoulement des eaux. A part ces causes d'insalubrité, elles ne paraissent point avoir de notables inconvénients pour la santé.

L'altitude n'est qu'un élément qui influe puissamment sur la salubrité des villes, mais qui joue un rôle beaucoup moins important que la nature et la disposition des terrains sur lesquels elles sont assises.

Au point de vue géologique, Fonssagrives divise les villes en cinq catégories : villes rocheuses^ villes sablonneuses^ villes argileuses et alluvionnaires^ villes assises sur des terrains artificiels^ villes sur jiHotis. Il est incontestable que les villes assises sur le roc sont les plus salubres de toutes, pourvu que d'autres conditions ne viennent point altérer la santé des habitants. En effet l'imperméabilité et la pente du sol ne permettent pas au terrain de s'imprégner de matières infectieuses. Quant aux villes assises sur un fond sablonneux, elles sont saines, si le sous-sol est perméable. Lorsqu'au contraire il est argileux, la stagnation des eaux peut infecter le sol. On conçoit, par conséquent, que la salubrité de ces villes soit très inférieure à celle des cités bâties sur le roc. Les villes situées sur des terrains d'alluvion présentent, comme nous l'avons déjà dit, tous les inconvénients des localités marécageuses. Leur position est incontestablement insalubre. Toutefois, c'est ici que l'art peut le plus aisément corriger la nature, et l'on sait, par exemple, quel progrès ont fait faire à la santé publique les travaux entrepris à Calcutta par le gouvernement anglais. Les villes assises sur des terrains artificiels ont ordinairement un sol poreux, humide et sujet à s'infecter soit par les détritus qui y pénètrent, soit par la nature môme de ces terrains artificiels. Plusieurs quartiers de Calcutta sont bâtis sur des élévations produites par l'accumulation des immondices de cette ville. Mais, au dire de certains observateurs, ces détritus organiques, mêlés de poussières minérales, prennent très rapidement l'aspect de la terre et perdent leurs propriétés délétères au bout d'un court espace de temps. Il n'en est pas ainsi pour le sol factice constitué par les cendres des savonneries, sur lequel s'élèvent certains quartiers de Marseille. Ces résidus sont constitués par un mélange de sulfate de chaux, de sulfate de calcium, de craie et de fragments de houille. Dans un intéressant mémoire, le D"" Maurin caractérise de la manière suivante les effets produits par ces détritus industriels : « Si l'on utilise ces cendres pour remblayer des terrains, toute trace de végétation disparait, et, pendant les premières années, de petits feux volcaniques apparaissent çà et là sur Leur surface. Les flammes résultent de l'excessive chaleur produite sur certains points par la réaction qui s'opère sous l'influence de l'humidité et de la combustibilité du gaz sulfhydrique qui en est le produit. Plus tard, ces volcans en miniature ne se rencontrent plus. Les sulfures des résidus de la couche extérieure exposés à l'action de l'air ambiant, de l'humidité et de la lumière, perdent leurs caractères physiques et leur action spéciale. Les terres qui constituent cette couche extérieure désagrégée, blanchâtre, ne conservent pas moins, malgré cette transformation, des propriétés malfaisantes. »

Quant aux villes bâties sur pilotis, elles ne peuvent conserver un certain degré de

salubrité que grâce à des travaux incessants et à une police sévère, qui entretien! une propreté absolument indispensable, dans de pareilles conditions, à la santé publique.

Une condition des plus importantes est la situation des villes par rapport aux eaux souterraines. Une ville placée au fond d'une cuvette, dominée par les hauteurs qui Tentourent, est nécessairement humide. Mais il en sera de même, quelle que soit la situation de la cité, quand la première couche imperméable est superficielle. L eau, retenue à une faible profondeur, remonte aisément jusqu a la surface où elle entretient une végétation d'ordre inférieur; lorsqu'au contraire la couche argileuse est profonde, les eaux souterraines sont assez éloignées de la surface du sol pour n'y exercer aucune influence fâcheuse. On peut donc dire, avec Fonssagrives, que la profondeur des puits d'une ville est la mesure de la salubrité du sol.

Occupons-nous maintenant des conditions que doit remplir toute ville, quel que soit le terrain géologique sur lequel elle repose, pour jouir d'une salubrité au moins relative.

Il est à peine nécessaire de rappeler que le premier de tous les éléments de l'hygiène est la propreté. Des soins assidus, une surveillance et un volume d'eau proportionné aux besoins de la ville, sont des conditions que rien ne peut remplacer. Ces données une fois étabhcs, voyons quelles sont au point de vue théorique les meilleures dispositions à prendre.

Une ville se compose essentiellement de rues et de maisons. Nous avons déjà parlé des règles qui doivent présider, au point de vue hygiénique, à la construction des édifices privés et publics. Il nous reste à étudier les voies de communication qui les relient.

Une rue est en général un intervalle laissé entre deux rangées de maisons. Des dispositions accessoires peuvent en modifier l'économie générale, mais d'une manière habituelle les rues répondent à la définition que nous venons de donner : leurs dispositions seront donc subordonnées, en grande partie, à la construction des maisons, aux mœurs des habitants et aux besoins du climat.

Dans la plupart des villes d'Orient, des couloirs étroits, tortueux, irréguliers et malpropres, séparent les maisons qui n'ont point accès sur la rue, si ce n'est par une porte basse, et dont les fenêtres donnent sur une cour intérieure. Cet état de choses, qui se rattache en partie au climat, en partie aux mœurs et à l'état de civilisation, ne diffère pas sensiblement de celui que présentaient au moyen âges les cités les plus importantes de l'Europe. Des maisons irrégulièrement construites, souvent disposées de manière à empiéter, par leurs étages supérieurs, sur le peu d'air et de lumière que laissaient les parois par trop rapprochées, une chaussée non pavée, des immondices partout, telle était la physionomie de la plupart des villes, même les plus célèbres, il y a quelques siècles, et les vestiges de cet état de choses nous entourent encore aujourd'hui. Parcourez les vieux quartiers d'Edimbourg, ou les quartiers pauvres de Londres, et vous y trouverez, à quelques pas des constructions les plus splendides, les restes d'un état de choses qui tend à disparaître. A Paris même, malgré les améliorations incontestables qui s'y sont produites, on trouve encore des rues étroites, au point de nous paraître inhabitables, au centre des quartiers les plus opulents. Nous nous contenterons d'en citer un seul exemple : la rue Yisconti, où mourut Jean Racine, ne semble guère faite maintenant pour loger un honnête bourgeois de Paris.

HYGIÈNE DES VILLES ET DES CAMPAGNES Aujourd'hui, dans toutes les villes d'origine nouvelle, ainsi que dans les quartiers nouveaux des villes anciennes, on s'est occupé de donner un développement suffisant aux voies de communication qui servent à la circulation urbaine et l'on a cherché, par des travaux régulièrement poursuivis, à améliorer les dispositions déjà existantes. Pour étudier cette question dans tous les détails qu'elle comporte, nous suivrons la division adoptée par Fonssagrives, et nous examinerons successivement la longueur des rues, leur largeur, leur profondeur, leur forme, leur pente, la nature de leur revêtement, enfin, les accessoires.

La longueur habituelle des rues dans les grandes villes varie de 500 mètres à 1 kilo- . mètre. Il en est cependant plusieurs, soit à Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, etc., qui dépassent considérablement ces proportions, surtout si l'on tient compte des rues qui, s'ajoutant les unes aux autres et, poursuivant toujours la même direction, finissent par constituer, sous des noms divers, un canal d'une longueur presque indéfinie. Cette disposition n'est pas sans offrir quelques inconvénients pour l'hygiène. La ventilation se fait mal dans ces longs couloirs, malgré les rues transversales qui les coupent. Il faudrait, sous le rapport de l'hygiène, que des jardins, des squares, des places, vinssent interrompre de temps en temps la continuité de cette ligne droite. Cette condition, qui se trouve à peu près remplie pour la rue de Rivoli, n'est que très imparfaitement observée pour la plupart des longues rues de Paris.

Si la longueur des rues peut, dans une certaine mesure, être abandonnée aux inspirations individuelles, il est évident que leur largeur est soumise à des règles plus étroites. Il est incontestable que dans le Nord des rues spacieuses sont indispensables à la salubrité d'une ville, leur ouverture favorise l'évaporation, vient en aide à la ventilation et permet à la lumière, dont le climat est avare, de pénétrer jusqu'au fond des cours et des maisons. Des conditions différentes semblent être préférées dans le Midi. Ici l'on recherche, là on évite le soleil : aussi les rues des villes méridionales sont-elles en général beaucoup plus étroites que dans les pays du Nord. Il est cependant probable qu'avec le développement de la civihsation et l'augmentation du mouvement on tendra toujours de plus en plus à élargir le diamètre des voies urbaines. D'après Fonssagrives, dans les pays chauds, le maximum de largeur d'une rue ne doit pas dépasser 12 mètres; lorsqu'elle est portée au delà de ce chiffre, elle doit être bordée d'arcades latérales, comme celles de la rue de Rivoli, qui ménagent aux passants un abri contre les ardeurs du soleil. Dans les pays froids, il ne saurait évidemment y avoir aucune limite hygiénique à la largeur des voies publiques. Quant aux impasses et aux passages^ qui jouent encore un très grand rôle à Paris, l'hygiène doit les proscrire, ce sont des réservoirs d'air confiné, qui ne présentent, au point de vue de la salubrité, que des inconvénients sans aucune compensation.

La profondeur des rues est déterminée par la hauteur des maisons. Comme le dit Fonssagrives, « les maisons transforment une rue en une vallée plus ou moins creuse, dont le fond est figuré par la chaussée, le gave par les ruisseaux, les collines adjacentes par les maisons ». Or, comme les vallées encaissées sont notoirement insalubres, on doit évidemment établir une proportion convenable entre la hauteur des maisons riveraines et la largeur de la chaussée. En thèse générale, les maisons les plus élevées se trouvent dans les villes dont la population, pour un motif quelconque, a dû se concentrer sur place sans pouvoir s'étendre librement en

plaine. C'est ce qui arrive, par exemple, à Genève, à Lyon, à Edimbourg et surtout en Amérique, à New-Yorlc et Philadelphie.

Il est indispensable qu'une rue présente une pente qui puisse permettre l'écoulement des eaux. On admet que cette pente doit être, au minimum, de 5 millimètres par mètre. Il n'existe aucun avantage à exagérer cette inclinaison, qui détermine chez les piétons un certain degré de fatigue musculaire. Au reste, on sera guidé, sous ce rapport, par la configuration du terrain.

Mais toutes les conditions dont nous venons de parler n'offrent qu'un intérêt secondaire par rapport à la question principale. Nous voulons parler du revêlement de la chaussée. Il est incontestable qu'un revêtement étanche est une condition absolue de salubrité pour les maisons qui bordent une rue. Chose étrange, et qui montre bien la susceptibilité de l'organisme à certaines influences : on a vu les travaux de démolition, entrepris à Paris sur une vaste échelle, il y a quarante ans, déterminer des fièvres intermittentes dont quelques-unes ont été pernicieuses chez une population qui paraissait jouir à cet égard d'une indemnité presque absolue. Ce seul fait suffirait pour montrer combien sont grands les inconvénients d'un mauvais revêtement des voies publiques.

Il nous paraît inutile d'étudier les systèmes en usage chez les anciens; nous nous contenterons de faire observer que Philippe-Auguste, en 1185, fit paver pour la première fois quelques-unes des rues de Paris. Le pavé était alors composé de grosses dalles en grès de 3 pieds 1/2 environ en longueur et en largeur sur 6 pouces d'épaisseur. On appelait ces pierres des carreaux. Malgré ce commencement d'exécution, l'idée de Philippe-Auguste ne fut complètement réalisée que longtemps après, car, sous Louis XIII, il existait encore des rues non pavées. Aujourd'hui, des travaux non interrompus ont achevé tout ce qui restait à faire sous ce rapport; mais les systèmes employés ont été fort différents.

Il s'agit de créer une chaussée solide, pouvant résister à l'usure que produisent les roues des voitures et les poids souvent considérables dont celles-ci sont chargées. Il s'agit aussi d'obtenir, autant que possible, une surface unie et qui évite le cahotement. Disons-le tout d'abord, en présence d'un énorme trafic, il n'est pour ainsi dire aucun genre de pavé qui présente une solidité suffisante. Dans le Poultry de Londres, on a successivement essayé la pierre, le bois, le macadam, la fonte. Aucun de ces pavages n'a pu résister à la fatigue qui lui était imposée. Enfin il faut que la chaussée soit autant que possible imperméable pour éviter les infiltrations des eaux superficielles dans le sol.

En France, le pavage des chaussées consiste habituellement en pierres assez dures, le grès de Fontainebleau, par exemple^ et qui ont été de forme cubique jusqu'en 1830. A partir de cette époque, on a préféré employer des pierres rectangulaires d'une plus petite dimension. On place le pavé par rangs perpendiculaires à l'axe de la chaussée, pour éviter la production de sillons longitudinaux parallèles. On doit asseoir le pavage sur un Ut uniformément résistant ; c'est ce qu'on cherche à obtenir à l'aide d'une couche de sable qu'on peut remplacer par des pierres cassées, fortement comprimées et recouvertes d'une mince épaisseur de sable. Enfin, on cherche à lier les pavés pour empêcher l'infiltration des eaux en remplissant les joints par du mortier hydraulique ; mais, en thèse générale, ce système est généralement abandonné, sauf pour la partie immédiatement voisine du trottoir.

PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE. 60

Le 'pavage en grès dure de 20 à 60 ans, suivant les circonstances; il exige des réparations fréquentes et présente, en outre, des inconvénients qu'il est facile d'apprécier et qui ont fait chercher d'autres moyens. Dans certains pays, en Hollande et à Venise, on emploie des briques. On a essayé aussi un pavage en fonte ^ constitué par des tubes, placés de champ, remplis de cailloutis et reliés ensemble. Enfin, un système qui a pris une grande extension, surtout en Angleterre, est l'empierrement ou macadam. Ce procédé n'a pas donné, à Paris du moins, des résultats satisfaisants. Dans une ville où la circulation est si active, l'usure en est très rapide. En outre, il est nécessaire de procéder à un balayage très exact en temps humide, et pendant les sécheresses, il faut arroser le macadam .pour empêcher la désagrégation des éléments qui le constituent : aussi ce genre de pavage qui donne de la boue en hiver, de la poussière en été, et qui exige à Paris un renouvellement complet tous les trois ans, ne paraît satisfaire à aucune des conditions de propreté et d'économie qu'une bonne administration cherche à réaliser. Les villes du Midi, qui ne disposent que de pierres calcaires très friables, doivent au macadam d'être couvertes d'une poussière qui détermine parfois des maladies des yeux, du larynx et des poumons.

Citons encore une autre catégorie de chaussées, ce sont celles qui sont recouvertes à' asphalte ow de ciinent. L'asphalte est un calcaire bitumineux qui contient environ 7 à 15 p. 100 de matière bitumineuse. Il faut, pour s'en servir, procéder au macadamisage de la voie. On se servait autrefois d'un béton calcaire, méthode abandonnée aujourd'hui en raison des boursouflures qui peuvent se produire dans la fondation et qui altèrent le revêtement. Nous ne décrirons pas les divers modes d'emploi de ce nouveau pavage, qui présente l'avantage de fournir des chaussées unies, exemptes de poussière et peu glissantes, quand on a soin d'enlever, par de fréquents lavages, la boue qui s'y accumule. Enfin la traction y est facile, surtout par les temps froids; c'est un grand avantage sur le macadam, qui offre, lorsqu'il est récent, une grande résistance à la progression des voitures. Les inconvénients de l'asphalte sont sa fusibiUté, sa fragilité et la propriété singuHère qu'il offre de se ramolUr quand il est atteint par une fuite de gaz. On constate que les frais de pose et d'entretien sont à peu près équivalents à ceux du macadam.

On doit rapprocher des chaussées asphaltées celles qui sont revêtues du ciment de Portland; ce moyen de revêtement est employé tantôt pour les trottoirs, tantôt pour la chaussée. Il est utilisé dans plusieurs rues de Grenoble.

Actuellement on emploie de préférence dans les grands centres le pavage en hois^ au moyen de parallélipipèdes de sapin du Nord ou plus rarement de hêtre. Ces pavés sont imprégnés à chaud soit d'huile lourde de houille, soit d'un mélange de coaltar, de créosote et de craie argileuse, soit d'un mélange de chlorure de zinc et d'acide phénique impur. Le pavage est posé sur un lit de béton; les intervalles sont comblés avec de la créosote ou un mélange d'asphalte et de goudron, puis avec un coulis de sable fin et de ciment de Portland. On obtient ainsi un pavage étanche, très résistant à l'usure et à la putréfaction et donnant peu de poussière.

Au point de vue de la forme, il est évident que la chaussée ne doit pas être absolument plate, elle doit offrir une inchnaison pour l'écoulement des eaux. Autrefois elle présentait une concavité centrale qui réunissait les eaux de la rue en un seul ruisseau. Aujourd'hui on adopte en général le système inverse; la chaussée est légèrement bombée, et les eaux se partagent en deux ruisseaux qui coulent le long

des trottoirs. De dislance en distance s'ouvrent des bouches d'égout par où les eaux s'écoulent dans les conduites souterraines.

Les trottoirs, réservés aux piétons, sont surélevés de 15 à 20 centimètres; ils sont imperméables et légèrement inclinés de façon à favoriser l'écoulement des eaux de pluie ou d'arrosage dans les ruisseaux. Quant aux accessoires de la voie publique, ce sonl surtout des moyens d'irrigation ; nous en avons parlé plus haut, nous n'y reviendrons pas ici.

Le bon entretien de la voie publique ne peut être maintenu que par des soins incessants. On s'est depuis longtemps préoccupé à Paris de cette question, qui a motivé un grand nombre d'ordonnances royales. On contraignait autrefois chaque habitant à nettoyer la portion de la rue située devant sa propre demeure, et ce système est encore en vigueur pour les temps de neige et de verglas. Mais l'enlèvement des boues est régularisé par un service de balayage qui constitue l'une des grosses dépenses du budget municipal. Le balayage débarrasse la chaussée des immondices de toutes sortes, de la neige, de la boue, de la poussière, enfin des résidus domestiques. Pour éviter le dégagement de poussières nocives le balayage doit être toujours précédé d'un arrosage. On fait celui-ci à la lance, chaque fois qu'il existe des prises d'eau en nombre suffisant, sinon on emploie des tonneaux d'arrosage, qui laissent écouler l'eau par un tuyau transversal perforé, fixé près du sol. Dans les ports on pourrait avec avantage employer l'eau de mer à l'arrosage, comme cela se pratique en Angleterre. On utilise en général un litre d'eau pour arroser un mètre carré.

Pendant la saison chaude on doit répéter les arrosages assez souvent pour que la chaussée ne se dessèche pas complètement.

Le nettoyage des rues se fait au moyen de balais de bouleau, de brosses en piazzava ou palmier du Brésil à fibres rigides, Irès résistantes. On obtient une économie de 40 p. 100 en utihsant des balayeuses mécaniques, traînées par un cheval, qui nettoient la chaussée au moyen d'un balai animé d'un mouvement rotatoire, dès que la voiture est mise en marche. Lorsque le nettoyage des rues est assuré par la municipaUté elle-même il peut se faire de nuit ou le matin de très bonne heure.

Toutes les souillures de la voie publique sont ensuite recueillies et enlevées dans des voitures spéciales, en même temps que les ordures ménagères.

On a fait récemment des essais à Paris avec la Balayeuse-ramasseuse-arroseuse « Salus », employée à Cologne et à Elberfeld (fig. 172). Elle se compose d'un chariot à 4 roues portant sur l'avant un tonneau d'arrosage à débit réglable à volonlé* L'essieu arrière actionne le mécanisme du cylindre balayeur et de Télévaleur à godets. Le cylindre balayeur ramène les balayures sur un plateau placé en avant du balai. L'élévateur les recueille sur ce plateau, les monte et les déverse dans un tombereau attelé à l'arrière et recouvert d'une bâche. Le cylindre balayeur n'arrivant au contact du sol qu'après que celui-ci vient d'être arrosé, le balayage et l'enlèvement des ordures s'opèrent sans aucun dégagement de poussière.

On sait que Venlèvement des boues et des neiges, opération autrefois dispendieuse, est devenue lucrative par l'emploi qu'on en fait comme engrais pour la culture maraîchère. Le pouvoir fertilisant de ces substances s'explique assez par l'énorme

proportion de matières organiques qu'elles renferment (plus de 10 p. 100), et cette seule considération suffit pour montrer combien l'enlèvement régulier de ces substances est nécessaire à la santé publique.

Il est à remarquer qu'au point de vue des procédés pratiques mis en usage, la ville de Paris offre une supériorité marquée sur toutes les autres capitales de l'Europe, en raison du développement immense de ses égouts. On peut alors y projeter les boues qui encombrent la chaussée, tandis qu'à Londres, et dans les autres capitales, on est obligé d'employer de lourdes charrettes pour cet usage. Nous ne parlons pas, bien entendu, des villes comme Constantinople, où la boue reste stagnante dans les rues et où les chiens sont chargés d'entretenir la propreté de la voie publique, en se nourrissant de toutes les immondices qu'ils y rencontrent. A la Vera-Cruz, cet office est rempli par d'affreux petits vautours qu'on nomme des zopilotes^ et qu'il est défendu de tuer, sous peine d'amende, en raison des immenses services qu'ils rendent à l'hygiène publique. Aussi la Vera-Cruz, première patrie de la fièvre jaune, est -elle justement considérée comme Tune des cités les plus insalubres du monde entier.

A côte des soins indispensables pour le bon entretien de la voie publique, il est des conditions qui en améliorent sensiblement la tenue au point de vue de l'hygiène et de l'agrément. Dans plusieurs villes on s'est plu à créer de belles promenades^

ornées de grands végétaux, qui sont un lieu de rendez-vous pour les habitants et qui entretiennent par leur action bienfaisante la pureté de ratniosphère. L'immense cité de Londres a réservé de vastes espaces pour servir de parcs; à Paris les jardins publics sont beaucoup moins étendus, mais le grand nombre d'arbres qui bordent les principales artères les remplacent avantageusement, en transportant un peu partout les agents purificateurs de latmosphère qui manquent complètement à Londres dans les quartiers populeux. 11 est vrai que les arbres de nos rues ne peuvent jamais atteindre un grand dévelop})ement en raison du sol dans lequel plongent leurs racines. Tels qu'ils sont, ils rendent d'éminents services et reposent agréablement la vue.

Mais, si Ton veut voir prospérer ces plantations, il est absolument nécessaire de combattre les poussières qui flottent dans Tair en temps de sécheresse et qui ne sont pas moins nuisibles aux végétaux qu'à l'homme. On leur attribue une fâcheuse influence sur le développement de la phthisie, des affections pulmonaires et de plusieurs autres maladies. On a probablement exagéré leur rôle, mais il est bien certain qu'elles prédisposent tout au moins à ces ophtalmies qui sont si fréquentes à Berlin, en raison de cette poussière abondante qui rend cette ville l'un des séjours les plus désagréables de l'Europe. Pour se préserver de la poussière dans les rues, il faut choisir autant que possible les matériaux de la chaussée, qui fourniront d'autant moins de molécules pulvérulentes qu'ils seront moins friables. On pourra, par des plantations bien choisies, s'opposer à l'arrivée du sable qui est apporté par les vents. Il est fort utile de paver les routes qui conduisent directement aux centres populeux; enfin, l'on doit veiller à l'enlèvement des boues. Mais toutes ces précautions sont insuffisantes, lorsqu'on n'y joint pas un bon système d'arrosage, dont les moyens pratiques peuvent être laissés au choix des municipalités et varient suivant les climats.

Enfin, il est absolument nécessaire, dans toute grande ville, d'établir des urinoirs et des îvater-closets pubhcs, en nombre suffisant, pour parer aux besoins immédiats, afin que la malpropreté n'ait point d'excuse. Comme le dit Fonssagrives, « il est des quartiers dans certaines grandes villes du Midi, dans lesquels les latrines sont considérées comme une superfluité vaniteuse, et où les vidanges s'accomplissent par le procédé sommaire dont une fenêtre et une porte ouverte font tous les frais. » Il serait à désirer que les urinoirs et les water-closets publics fussent étabUs sous terre, comme cela se pratique à Londres.

Pour assainir l'atmosphère des villes non seulement il faut entretenir la propreté des rues et empêcher au moyen d'arrosages répétés le dégagement des poussières, mais encore il faut interdire aux habitants de battre et de secouer au dehors les tapis, les linges et les vêtements. Le contenu des matelas ne pourra être battu qu'en dehors des agglomérations.

Nous avons déjà indiqué, dans le chapitre sur l'air, les inconvénients qu'il faut attribuer aux dégagements des fumées et des mauvaises odeurs dans les villes, et les moyens qu'on a proposés pour remédier à ces causes d'insalubrité de l'atmosphère urbaine.

\j' éclairage naturel d'une ville dépend de l'orientation des rues et de leur largeur par rapport à la hauteur des constructions. Nous avons déjà dit que dans la plupart des grandes villes existaient des réglementations spéciales sur ces différents points.

Véclairage artificiel doit être libéralement réparti sur tous les points d'une ville pour y faciliter les communications après la chute du jour et en assurer la sécurité. On a généralement abandonné l'éclairage des rues par des lampes à huiles végétales ou minérales, qui ne fournissent qu'une lumière insuffisante. Actuellement le gaz et l'électricité servent à peu près exclusivement à l'éclairage des villes.

Le gaz d'éclairage est distribué dans toutes les voies de la ville au moyen de conduits souterrains en tôle bitumée ou en fonte à joints étanches; des conduites secondaires plus petites vont aux maisons où des tuyaux de plomb amènent le gaz à tous les étages. Il est souvent nécessaire, surtout lorque le sol des villes est recouvert d'un revêtement très imperméable, d'assurer une issue au gaz qui pourrait fuir hors de la canahsation, car il peut diffuser à travers la terre à une distance horizontale de plus de 50 mètres. Dans ce but on fait passer les branchements secondaires dans des conduites de poterie. Pour la canalisation principale on se contente d'entourer les conduites du gaz d'une couche de sable, au dessus de laquelle on dispose bout à bout des tuyaux de poterie, sans joints. Le gaz qui s'est échappé des conduites traverse le sable et pénètre dans ces drains de poterie, d'où part de distance en distance un tuyau vertical qui assure la communication avec l'air extérieur.

L'électricité est de plus en plus usitée pour l'éclairage des villes. On obtient une intensité lumineuse très vive avec les lampes à arc, qui conviennent d'autant mieux à l'éclairage des rues et des places pubhques que le prix de revient est beaucoup moins considérable qu'avec les lampes à incandescence.

L'électricité produite dans une ou plusieurs usines centrales est distribuée au moyen de gros conducteurs qui suivent en général un parcours souterrain et doivent être bien isolés.

L'établissement de ces conducteurs se fait suivant des règlements destinés à éviter les contacts accidentels, qui pourraient entraîner mort d'homme par suite de l'intensité des courants qui les traversent.

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