III. — TRAITEMENT FINAL DES MATIÈRES USÉES LIQUIDES
Nous allons maintenant passer en revue les différents procédés de destruction ou d'utilisation des matières usées liquides.
Nous dirons d'abord quelques mots de ce que deviennent les excréments purs ou très peu dilués tels qu'ils sortent des fosses fixes ou mobiles. Ils sont le plus souvent mis en réserve pour être utilisés comme engrais, soit à Tétat frais, soit à l'état sec sous forme de poudrette. Lorsque les excréments sont employés à l'état frais, ils sont d'abord collectés dans des fosses à fumier chez les particuliers, ou dans des dépotoirs au voisinage des villes ; ces dépôts répandent dans le voisinage des odeurs nauséabondes et sont essentiellement insalubres. Au fur et à mesure des besoins les matières sont répandues sur le sol qu'on se propose de fumer. Cette pratique, extrêmement répandue dans les campagnes et dans les petites villes, est d'autant plus dangereuse que l'engrais humain est le plus souvent ainsi employé dans les jardins mêmes, des habitations, où il s'infiltre jusqu'à la nappe des puits, d'une part, et où il souille souvent, d'autre part, des fruits et des légumes destinés à être consommés à l'état cru. Que les matières contiennent les agents pathogènes de certaines maladies contagieuses, de la fièvre typhoïde par exemple, et on assiste bientôt à l'éclosion de la maladie ainsi transmise. On n'agit pas autrement en Chine ou au Japon K
Lorsqu'on se propose de transformer les excréments en poudrelte ou matière desséchée, on installe à cet effet des usines à engrais dans la banlieue des villes. Ces^ usines ont d'ailleurs l'inconvénient de répandre des odeurs extrêmement fétides dans leur voisinage. La dessiccation des matières est précédée de manipulations destinées à empêcher l'ammoniaque de s'évaporer et à conserver la totalité de l'azote des excréments, qui est le principe fertilisant. Pour cela on fixe l'ammoniaque sous forme de sulfate d'ammoniaque en traitant les matières par l'acide sulfurique. Ces manipulations laissent des résidus solides et liquides, dont il est difficile de se défaire.
Actuellement, à Paris, on déverse dans les collecteurs la plus grande partie des matières provenant des maisons qui ont des fosses ; c'est là encore la meilleure manière de se débarrasser des vidanges.
1. En Gliine, en effet, de temps immémorial, l'agriculture a fait usage d'engrais humain; le long des routes, ainsi que dans le voisinage des maisons, des récipients, destinés à recevoir des déjections de ce genre, sont placés de distance en distance. On en recueille le contenu, qu'on mélange avec de la terre, pour en faire des gâteaux desséchés au soleil; ceux-ci sont ensuite transportés, dans des charrettes à bras ou des bateaux, pour être vendus aux fermiers. L'engrais ainsi préparé est répandu à la surface du sol, et l'on s'en rapporte à l'action des pluies pour le détremper et le mélanger à la terre.
Si l'agriculture se trouve bien de ce système, il est peu probable que ses effets soient favorables à la santé publique; il est certain, du moins, que cette habitude favorise notablement la propagation des entozoaires; aussi les Chinois de toutes classes ont-ils l'habitude de mélanger à leur nourriture des semences de courge qui passent pour vermifuges.
Au Japon, le système est un peu différent. L'engrais humain, recueilli dans de petits tonneaux, est transporté par des chevaux dans la campagne où les agriculteurs lancent sur le terrain, à l'aide d'un procédé particulier, ces matières qui n'ont subi aucune préparation.
Beaucoup plus complexe est la question de rutilisation des eaux d'égout. Mais auparavant il nous faut étudier Torigine et la composition des eaux d'égout ainsi que des eaux résiduaires de l'industrie.
Composition des eaux d'égout.
Quelquefois l'eau des égouls est visiblement impure, dans d'autres cas elle est à peine trouble et pourrait à la rigueur passer pour l'eau d'une rivière. Elle contient d'ordinaire non seulement des matières en solution, mais surtout une quantité énorme de corps en suspension.
Nous avons déjà indiqué le volume approximatif des eaux d'égout par rapport au nombre des habitants, ainsi que la part proportionnelle des eaux vannes et des eaux des rues.
Il n'est pas sans intérêt de donner sur leur composition chimique quelques renseignements positifs.
D'après Letheby, l'eau des égouts de Londres présente la composition indiquée, dans le tableau suivant :