‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 272 sur 326 · I. — ÉVACUATION ET TRAITEMENT FINAL DES MATIÈRES USÉES SOLIDES · texte numérisé non relu

I. — ÉVACUATION ET TRAITEMENT FINAL DES MATIÈRES USÉES SOLIDES

Destruction d'animaux morts. — Les cadavres des animaux, soit qu'ils appartiennent à des espèces non comestibles, soit que, pour cause d'insalubrité, on les ait exclus du commerce de la boucherie, sont soumis à des opérations destinées à les convertir en produits utiles. Leur nombre est extrêmement grand. En 1869, Michel Lévy estimait le nombre des cadavres d'animaux transportés à l'abattoir municipal d'Aubervilliers à 6 ou 8 000 chevaux par an, et à 10 ou ISOOO chiens et chats. L'accroissement de la population, depuis cette époque, a sans doute augmenté la quantité de ces débris. Aujourd'hui l'abattoir municipal n'existe plus, et tous les animaux ou débris d'animaux sont livrés à l'industrie, qui les exploite dans des usines privées.

L'enfouissement des animaux morts de maladies infectieuses doit se faire très profondément, à 2 ou 3 mètres au moins, et le cadavre devra être arrosé d'un antiseptique énergique, de chaux vive ou de sulfate de cuivre par exemple. On sait en effet que les agents de contagion, ceux du charbon et de la tuberculose par exemple, pourraient sans ces précautions être ramenés à la surface du sol où ils conservent leur virulence pendant des mois.

Transportés chez l'équarrisseur, les animaux vivants sont assommés; leur sang est recueilli, desséché dans des chaudières de fonte, et vendu à l'état de poudre inodore aux fabricants de produits chimiques. Les animaux morts sont déposés immédiatement dans des stalles d'abatage ; les peaux sont enlevées pour être expédiées aux tanneries; les intestins sont crevés pour en extraire le crottin, que l'on mêle aux engrais fabriqués ; les chairs, les os et les viscères subissent une cuisson de huit à neuf heures, dans de grands cylindres de fonte verticaux qui reçoivent la vapeur s'échappant d'un générateur commun. Celle-ci, condensée, redescend dans un double fond avec la graisse liquéfiée qu'on recueille dans des barils; le bouillon s'écoule au dehors. Quant aux résidus solides, ils sont transformés en sels ammoniacaux, en gélatine, en huile, en noir animal et en engrais.

On reproche à ces usines les exhalaisons infectes qui s'en dégagent ; on les accuse aussi de représenter une industrie des plus insalubres. Les animaux morts donnent lieu, pendant leur dépècement, à des exhalaisons putrides d'une grande puissance. D'ailleurs, les chevaux atteints de morve ou de farcin, les animaux morts du charbon y sont amenés en grand nombre et produisent des accidents d'infection, quelquefois mortels, chez les ouvriers.

Un procédé moins avantageux au point de vue industriel, mais plus favorable à la santé publique, consiste à détruire entièrement les cadavres par le feu ou par les agents chimiques. On peut incinérer les corps dans des fours spéciaux; mais il ne reste plus que des cendres sans valeur. Pour conserver la graisse, on chauffe les cadavres plongés dans de l'acide sulfurique à 66° Baumé, qui les dissout. La masse fluide se recouvre de la graisse qui surnage et qu'on enlève aisément. Le reste est mêlé à de la poudre d'os, desséché et vendu comme engrais.

Dans les laboratoires on hâte la destruction des animaux d'expérience en plongeant leurs corps dans un mélange à poids égal de bichromate de potasse et d'acide sulfurique.

Enlèvement et destruction des cadavres humains. — Dans tous les pays du monde, et à toutes les époques de l'histoire, l'inhumation des morts a été une cérémonie solennelle, entourée de pompes funèbres en rapport avec la position du défunt. Les prescriptions de Fhygiène se trouvaient ici complètement en accord avec les idées religieuses et les coutumes politiques, car il est évident que toute agglomération de vivants doit faire disparaître le cadavre des morts. Au reste, il ne s'est présenté de difficultés sérieuses qu'aux époques où la population s'est multipliée et a pris une densité considérable. Les peuplades qui traversent de vastes espaces à peine habités n'éprouvent aucune difficuté à disposer des cadavres; mais dès l'antiquité la plus reculée, nous trouvons des populations fort denses et relativement civilisées, en Egypte, en Chine, en Assyrie et ailleurs.

Dans tous les pays primitifs, à l'aurore de la civilisation, c'est la religion qui a fixé le mode des funérailles. Ce sont les idées de chaque peuple sur la vie future qui déterminent le genre de sépulture qu'ils choisissent pour les leurs. En Egypte, du plus loin que l'histoire puisse remonter, la pratique des embaumements nous apparaît comme une coutume officielle et consacrée par d'antiques traditions. Cette méthode d'ensevelissement, quelle que soit son origine, se trouvait admirablement en rapport avec les conditions physiques du pays, son étendue et son climat. Une bande étroite de terrain cultivé sur les deux rives du fleuve, entourée de tous côtés par des déserts arides, devait suffire à l'alimentation d'une population beaucoup plus nombreuse qu'elle ne l'est aujourd'hui. Il fallait donc de toute nécessité éviter les dangers de la décomposition des corps sous un climat torride et transporter les sépultures dans le désert, en dehors de la zone cultivée, pour économiser un terrain précieux. Telles sont les conditions fondamentales qui ont présidé au système égyptien. Quant aux constructions qui, dans le cours des siècles, s'y sont ajoutées, et qui ont transformé de modestes sépultures en palais souterrains, il faut y voir l'empreinte des idées religieuses qui ont dominé ce pays célèbre, pendant plus de six mille ans.

En Chine, le culte des ancêtres, qui paraît aussi ancien que les rites funéraires de l'Égypte, a déterminé l'emplacement et la disposition des tombeaux, ainsi que les soins assidus dont ils sont l'objet et qui profitent directement à l'hygiène, tout en donnant satisfaction au sentiment naturel des familles. Si nous remontons plus loin encore dans l'histoire de l'humanité, à une époque antérieure à toute civilisation connue, nous voyons les peuplades préhistoriques de l'Europe entourer de cérémonies bizarres l'inhumation de leurs morts et les ensevelir d'après des règles déjà parfaitement fixées, ainsi que l'attestent les caveaux funéraires qu'ils nous ont laissés. Ce qui se passait alors, nous pouvons en juger par ce qui se pratique encore aujourd'hui chez les peuplades dont la civilisation semble être parvenue au même degré que celle des habitants primitifs des pays où vivent les Européens d'aujourd'hui. En résumé, c'est la religion; c'est, si l'on veut, la mythologie qui, à l'origine des sociétés, préside au rituel funéraire, et les prescriptions qu'elle formule sont tantôt conformes, tantôt absolument contraires aux principes de l'hygiène. Nous ne saurions qu'approuver l'embaumement pratiqué par les Égyptiens et l'ensevelissement des corps dans des terrains rocheux, sous un climat des plus secs; nous applaudissons également aux coutumes adoptées par les Chinois sous ce rapport, mais il est évident que rien ne saurait être moins digne d'éloges que l'habitude attribuée aux

|i Perses de Tantiquité, qui se continue encore, dit-on, chez les Guèbres, leurs descendants, et qui consiste à exposer les corps au sommet de tours élevées où ils sont déchirés par les oiseaux du ciel; nous approuverons encore moins la coutume qui règne chez les Persans modernes de se faire ensevelir dans des lieux renommés par leur sainteté, où les corps sont transportés, enveloppés d'un simple suaire, sans aucune espèce de précaution, et cela plusieurs mois et même des aanées après leur mort. Nous blâmerons encore davantage les habitudes des descendants dégénérés de l'Egypte antique, les Coptes chrétiens, qui enterrent, sous le mince plancher de leurs habitations, les cadavres de plusieurs générations de leurs ancêtres. Nous ne saurions approuver non plus la coutume des Turcs, qui placent leurs morts à fleur de terre ; ce qui permet aux hyènes et aux chacals de les déterrer pour s'en repaître, d'autant mieux qu'ils ont l'habitude de laisser près de la tête une ouverture pour le dégagement des gaz putrides. Nous condamnerons enfin la pratique des populations du moyen âge, depuis longtemps abandonnée par la civilisation moderne, et qui consistait à inhumer les morts sous les dalles des églises où se réunissaient presque journellement les fidèles.

Il est moins facile de dire ce qu'il convient de faire que de montrer ce qu'il convient d'éviter. Les corps doivent être évidemment hors d'état de nuire. Il est donc nécessaire de les ensevelir promptement, de creuser profondément la terre où on les dépose, et d'éloigner dans une mesure raisonnable les cimetières des endroits habités. Mais, dans les grands centres, à mesure que la ville s'accroît, elle atteint et dépasse ces cimetières qui, situés d'abord en dehors de la cité, finissent par se trouver incorporés dans la masse des bâtiments qui la composent. Reculer sans cesse n'est point toujours facile et d'ailleurs il est des questions de convenance qu'on ne saurait négliger. Peut-on imposer raisonnablement un trajet de plusieurs lieues aux habitants d'une ville lorsqu'ils rendent les derniers devoirs à leurs morts? A-t-on le droit d'imposer aux localités, situées à une certaine distance d'une grande ville, tous les inconvénients d'une nécropole immense? Enfin les conditions de transport, les conséquences directes du déplacement ne sont-elles point de nature à froisser les principes d'une bonne hygiène?

Dans presque toutes les parties du monde, nous voyons des villes immenses dont la population tend à s'accroître sans cesse et qui envahissent perpétuellement les campagnes voisines. Les nécropoles, qui résument la vie de ces populations pendant plusieurs siècles, finissent toujours par devenir insuffisantes, il faut les porter plus loin. N'y a-t-il aucun moyen de Umiter l'étendue consacrée au champ de repos et d'enterrer successivement plusieurs individus dans la même fosse?

On peut, par la destruction des cadavres, atteindre en partie ce but. A Naples on a disposé un cimetière où 366 fosses, ouvertes chacune un jour de l'année, consument, à l'aide de la chaux vive, les cadavres provenant des inhumations de la journée. Au bout d'un an la chaux a fait son office et la fosse peut servir de nouveau.

Un autre système, renouvelé des anciens, a été ressuscité de nos jours, nous voulons parler de la crémation, pour laquelle on a proposé divers procédés, en Italie, aux États-Unis, en France, etc. Il nous paraît absolument inutile d'entrer dans des détails à ce sujet. Disons seulement que le but à remplir est d'incinérer complètement les corps et de consumer en totalité les gaz qui résultent de cette opéra-

lion. Cette méthode est la plus hygiénique, car elle détruit radicalement et immédiatement toute cause d'infection.

Pour ménager les sentiments naturels et les préjugés que Thabitude a rendus respectables, Gratiolet avait proposé d'injecter dans les vaisseaux des cadavres des substances aptes à en prévenir la putréfaction, tout en facilitant leuf combustion. On se servirait d'une injection composée de trois parties d'huile lourde de houille et d'une partie de coaltar. Cette injection, qui ne coûterait que 40 centimes, serait suivie d'un enterrement provisoire de cinq années à l'expiration desquelles on pratiquerait la crémation.

Disons-le en passant : nous ne comprenons nullement les objections sentimentales et religieuses qui ont été élevées contre la combustion des corps. Un seul mot suffit pour confondre les arguments de ceux qui prétendent trouver une insulte au spiritualisme dans l'emploi de ce procédé ; c'est que pendant le premier siècle de l'ère chrétienne, dans le monde gréco-romain, les chrétiens ont universellement pratiqué la crémation des corps avec l'approbation et sous les yeux de l'Église, dont l'orthodoxie ne saurait être suspecte à une époque aussi rapprochée de son origine. On voit par conséquent que le sentiment et la religion n'ont absolument rien à voir ici, et que tout se réduit à une question d'habitude. Pendant que les païens d'Egypte embaumaient leurs morts suivant la coutume des ancêtres, les chrétiens réduisaient en cendres le corps de leurs parents. Comment s'expKquer qu'on puisse actuellement s'élever contre de telles pratiques au nom des doctrines spiritualistes? Mais il est un argument plus sérieux qu'on oppose aux partisans de la crémation : c'est que bien souvent il serait impossible de saisir la trace d'un crime si le corps de la victime avait été brûlé

En France la crémation n'est autorisée que depuis 1887; elle ne l'est pas encore en Autriche-Hongrie, ni en Hollande. En revanche au Japon elle est extrêmement répandue, puisque la ville de Tokio seule a 7 fours crématoires, où on incinère 42 p. 100 des cadavres.. En Europe la crémation ne fait pas de progrès bien sensibles depuis quelques années. On jugera par les chiffres suivants de l'importance qu'elle a prise dans chaque pays.

Italie 27 fours.

États-Unis 20 —

Allemagne 6 —

Angleterre 5 —

On peut détruire les cadavres par le feu en utilisant des appareils qui sont construits suivant 3 principes différents :

Les appareils à distillation font la crémation en vase clos, dans une sorte de cornue. Ils sont peu pratiques parce que l'opération est onéreuse et dure trop longtemps (5 heures).

Les appareils à combustion par la flamme détruisent un cadavre en une ou deux

Suède.

Suisse.

heures à peu de frais. Les fours crématoires du Père-Lachaise à Paris sont construits suivant ce principe ; le combustible utilisé est le coke. On emploie aussi les huiles minérales ou le gaz d'éclairage.

Les appareils à incinération par Vair chaud déterminent une incinération encore plus rapide, mais consomment beaucoup plus de combustible.

On a construit aussi des fours mobiles qu'on peut transporter sur les champs de batailles ou dans des agglomérations diverses en temps d'épidémie.

Un autre moyen de réduire l'espace occupé par les corps, sans les détruire, consisterait à les embaumer par des procédés économiques analogues à ceux qu'on employait en Égypte et qui permettraient de conserver, dans un espace très restreint, une immense quantité de cadavres sans aucun danger pour la santé publique.

Mais il est certain qu'en France, et dans l'état actuel des choses, aucun de ces procédés n'a la moindre chance d'être généralement adopté ; il faut donc s'occuper de Vinhumation des corps et rechercher les conditions dans lesquelles elle pourra se faire avec le moins d'inconvénient possible.

Le processus de la destruction des cadavres enfouis dans la terre est le même que celui qui régit la transformation des souillures du sol et dont nous avons déjà parlé. Il se fait un travail biologique de putréfaction et d'oxydation qui aboutit à la destruction de la matière organique et à sa transformation finale en ammoniaque et en nitrates utilisables à nouveau par les végétaux. La destruction des cadavres sera d"aiitant plus rapide que le sol sera plus sec et plus poreux et par suite plus favorable au développement des germes nitrifiants.

Un décret du 25 prairial an XII a interdit en France les inhumations dans tous les endroits consacrés au culte, ainsi que dans l'enceinte des villes, bourgs et villages. En même temps il est décidé qu'il y aura, à la distance de 35 ou 40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains consacrés à l'inhumation des morts, que les terrains les plus élevés et exposés au nord seront choisis de préférence, qu'ils seront clos de murs de 2 mètres d'élévation au moins et abrités d'arbres. Chaque inhumation aura lieu dans une fosse séparée, de 1 m. 50 à 2 mètres de profondeur sur 8 décimètres de largeur, laquelle sera remplie ensuite de terre bien foulée. Les fosses seront distantes les unes des autres de 3 à 4 décimètres sur les côtés et de 3 à 5 décimètres à la tête et aux pieds. Enfin l'ouverture des fosses n'aura lieu, pour de nouvelles sépultures, que de cinq en cinq ans, et par conséquent les terrains, destinés à servir de sépulture, devront être cinq fois plus étendus que l'espace nécessaire pour y déposer le nombre annuel des morts. On autorise cependant, par exception, certaines inhumations dans les éghses et les monuments publics ainsi que dans les propriétés privées. D'autres règlements établissent qu'il est défendu de construire des habitations dans le voisinage des cimetières à moins de 100 mètres de distance. Quant aux cimetières supprimés, il est étabU que le terrain ne pourra être mis dans le commerce que dix ans après les dernières inhumations.

Ces dispositions qui témoignent de la solUcitude éclairée du législateur sont néanmoins très insuffisantes, en raison peut-être des modifications imprévues qu'ont amenées les circonstances et surtout l'augmentation de la population. Nous exposerons donc, d'après Tardieu, les principales conditions qui doivent être remplies au point de vue de l'hygiène, dans la pratique des inhumations. C'est un type dont il faudrait autant que possible se rapprocher.

On doit placer les cimetières au nord et à Test des villes auxquelles ils sont annexés et autant que possible à Tabri des montagnes ou de forêts. En effet, il s'agit d atténuer Fintensité des émanations qui s'échappent des terrains des inhumations et de les mettre en rapport avec des vents froids et secs, dont l'influence est infiniment moins nuisible que celle des vents chauds et humides (vents du sud et de l'ouest), qui augmentent l'activité de la putréfaction. Il est toujours bon d'établir, entre un cimetière et une ville, des plantations d'arbres pour servir de rideau. Le cours d'une rivière entre une ville et un cimetière serait encore une protection très utile. La distance minima qui doit exister entre un cimetière et les habitations les plus proches a été réglementée et fixée à 100 mètres en France, 180 mètres en Angleterre, 200 mètres en Allemagne, plus d'un kilomètre en Russie. On doit aussi tenir compte de la nature des terrains destinés à l'inhumation. On doit préférer les endroits élevés, secs et aérés, aux terrains bas et humides. Mais il est surtout nécessaire de ne point ouvrir une fosse pour de nouvelles inhumations avant que la décomposition des cadavres soit complètement accompHe. Cette condition est loin d'être remplie dans beaucoup de cimetières de province et dans un grand nombre de capitales étrangères.

On peut arriver à assurer la putréfaction rapide des cadavres dans les terrains les moins favorables, comme Coupry l'a fait dans les cimetières argileux et humides de Nantes et de Saint-Nazaire en drainant le terrain de façon à l'assécher et à l'aérer en même temps. Avant que ces mesures fussent prises les corps restaient pendant des années à l'état de gras de cadavre et leur désintégration était arrêtée.

Il faut donc choisir autant que possible des terrains aptes à hâter la décomposition et ne point leur permettre d'arriver à ce point de saturation où ils deviennent incapables d'absorber les produits de la décomposition. Il faut également tenir compte de la nature du sous-sol. La proximité d'une nappe d'eau ou d'un roc dur sont deux conditions également défavorables et qu'il faut soigneusement éviter. Les eaux provenant d'une nappe sous-jacente à un cimetière et peu éloignée de la surface du sol doivent toujours être tenues pour suspectes, surtout s'il s'agit de terrains calcaires fréquemment fissurés. Il faut, en outre, s'assurer que le niveau du cimetière, par rapport aux cours d'eau voisins, est suffisamment élevé pour mettre à l'abri de toute inondation.

Certains terrains ont la propriété curieuse de momifier spontanément les corps. La nature sablonneuse des terrains de l'Egypte a puissamment contribué à la conservation des momies qu'on y retrouve en si grand nombre et dont quelques-unes remontent à plusieurs miUiers d'années. Au mont Saint-Bernard, les corps des religieux sont réunis dans une salle funéraire où ils restent dans un parfait état de conservation. L'action du froid n'y est sans doute pas étrangère. On prétend qu'en Sibérie les corps se conservent presque indéfiniment dans la terre gelée. Il y a quelques années, en pratiquant des fouilles, on découvrit le corps du prince Mentschikoff, l'ancien favori de Pierre le Grand, qui mourut exilé dans ce pays. Le cadavre revêtu d'un brillant uniforme et déposé directement dans la terre gelée, était dans un parfait état de conservation. Enfin, d'après le professeur Maggiorani de Rome, le cimetière de Ferentillo, dans les anciens États du pape, jouirait de la propriété de conserver indéfiniment les corps en les desséchant et en les momifiant, de telle sorte qu'en prenant un cadavre par la pointe des pieds, on peut le soulever et le tenir sans peine

ÉVACUATION DES MATIÈRES USÉES 959 à la main, car il est léger comme du carton sec, et la conservation des traits est assez parfaite pour qu'on puisse facilement reconnaître des ancêtres éloignés à la ressemblance de leurs descendants qui vivent encore dans le pays.

Le degré de profondeur et de largeur des fosses a été dans presque tous les pays fixé par des règlements administratifs.

Yoici quelle est la profondeur réglementaire des fosses dans divers pays de l'Europe : Autriche, 6 pieds 2 pouces; Hesse-Darmstadt, de 5 pieds 7 pouces à 6 pieds 1/2; Munich, 6 pieds 7 pouces; Francfort, 4 pieds 7 pouces; Stuttgard, 6 pieds 6 pouces, pour les adultes, 5 pieds 4 pouces pour les enfants; Russie, de 6 à 10 pieds. L'évêque de Londres prescrit de 4 à 5 pieds. D'après le docteur Sutherland, dans certaines parties de l'Allemagne, la profondeur des fosses irait jusqu'à 11 pieds.

Il est généralement admis que les plantations dans un cimetière sont utiles à l'assainissement du sol et l'usage presque universel de tous les pays du monde semble justifier cette opinion. « Les arbres dans les cimetières, dit Fonssagrives, ne sont pas seulement une tradition poétique, ils répondent aussi à un intérêt de salubrité de premier ordre. »

On admet aussi que le drainage du sol des cimetières est une précaution fort utile pour prévenir tous les inconvénients qui résultent d'un terrain humide. Les résultats obtenus à Nantes et à Saint-Nazaire par Goupry en font foi.

Comme il est nécessaire dans toutes les localités à population dense de réitérer les inhumations dans les mêmes emplacements, l'époque à laquelle ces inhumations successives peuvent être pratiquées est fixée par des règlements.

On appelle concession de terrain^ le laps de temps durant lequel il est interdit de rouvrir une ancienne sépulture pour y procéder à de nouvelles inhumations. Dans certains pays, il existe des concessions à perpétuité, qui sont respectées aussi longtemps qu'il existe des membres de la famille pouvant entourer de leurs soins pieux la sépulture des ancêtres. A l'extinction de la famille, le terrain revient (à Paris du moins) au domaine public. Dans d'autres endroits, comme à Genève, la durée d'une concession à perpétuité est Hmitée à cent ans. Passé ce délai, les sépultures sont rendues à l'usage public. L'exemple, dit-on, aurait été donné par Calvin lui-même, qui défendit formellement que sa sépulture fût marquée par aucun signe extérieur pouvant servir à la distinguer des autres et la soustraire ainsi au sort commun.

Mais le plus grand nombre des ensevelissements, à Paris surtout, se fait dans des tranchées auxquelles on donne le nom de fosse commune. Les cadavres n'y sont inhumés que pour cinq ans, durée évidemment insuffisante et qui paraît cependant justifiée par les besoins de la population. En effet, les inhumations trop nombreuses et trop rapprochées ont l'inconvénient de produire ce qu'on appelle la saturation, condition qui provient de ce que des cadavres nouveaux étant incessamment inhumés avant que les cadavres plus anciens aient été détruits, le sol devient impropre à les consumer. « Dans plusieurs cimetières que j'ai visités moi-même, dit Sutherland, le sol semble uniquement formé d'os écrasés et d'un terreau animal onctueux. Je voyais, il y a peu de jours, creuser une fosse dans un cimetière de Whitecross-street ; cette fosse avait 6 pieds de profondeur et semblait avoir été creusée dans une muraille d'os humains.;. Les ossements autour de moi, qui parais-

saient appartenir à bien des squelettes différents, étaient tellement frais, qu'il semblait que les parties molles vinssent à peine d'en être détachées. Les sacristains me disaient pourtant qu'on n'avait pas touché depuis longtemps à cette partie du cimetière. »

Il est démontré que lorsque la terre est en quantité insuffisante par rapport à la masse de cadavres qu'elle renferme, les corps subissent une saponification plus ou moins complète. Ce phénomène se produit surtout dans les fosses communes et plus spécialement dans les couches inférieures de cadavres. Il paraît donc certain qu'à un moment donné, le sol des cimetières est saturé et ne peut plus remplir son office. Dans ces conditions, il abandonne à l'atmosphère des émanations nauséabondes et nuisibles, qui peuvent porter un préjudice sérieux à la santé des habitants.

On comprend que les observations précédentes s'appliquent avec plus de force encore aux caveaux^ aux sépultures isolées^ aux monuments de famille. Lorsque plusieurs corps sont réunis dans un même espace, l'atmosphère du caveau peut devenir extrêmement insalubre, et l'on reconnaît généralement qu'il est dangereux d'ouvrir les anciennes sépultures et de remuer le terrain des vieux cimetières. De plus l'aération étant impossible, la désintégration des cadavres se trouve considérablement retardée.

Il est évident qu'une grande partie des inconvénients que nous venons de signaler tiennent à la mauvaise conservation des cercueils. Les bières doivent être construites en vue de l'usage auquel elles doivent servir. Veut-on que le cadavre se décompose rapidement, abandonnant ses éléments à la terre qui l'entoure, il faut l'ensevehr dans une bière en bois léger, à parois minces et placée directement en contact avec la terre. Veut-on, au contraire, le conserver, ou la transporter, il faut l'envelopper d'un ou de deux cercueils dont le plus extérieur doit être en plomb, avec des jointures soigneusement soudées et qui ne laissent échapper aucune vapeur délétère à l'extérieur. La loi française prescrit en outre l'introduction dans le cercueil même d'une quantité suffisante de sciure de bois, pour absorber tous les liquides du cadavre, et de matières désinfectantes destinées à en neutraUser les émanations. Il vaudrait mieux, à notre avis, puisqu'on veut conserver les cadavres, pratiquer des injections peu coûteuses qui serviraient à les préserver de la décomposition putride, et qui s'opposeraient à la plupart des inconvénients que nous venons de signaler. Conservation ou destruction, tels sont les deux termes auxquels doit tendre toute bonne police hygiénique en matière d'inhumation. Un cadavre qui tombe en poussière a cessé d'être dangereux; réduit à l'état de momie, il est également inoffensif. Ce sont les conditions intermédiaires qu'il s'agit surtout d'éviter.

Ces considérations nous amènent à discuter l'utihté des dépôts m,ortuaires^ qui existent dans plusieurs villes d'Allemagne et à Londres. Leur utilité consisterait à éviter les inhumations précipitées. Les inconvénients qu'ils présentent résultent de la conservation prolongée d'un grand nombre de cadavres accumulés dans un même local. En tout cas il vaut mieux transporter un corps dans un lieu spécial pour y attendre son inhumation, que de le laisser pendant plusieurs jours dans la maison mortuaire, où sa présence peut déterminer des accidents infectieux, et cela surtout dans les classes inférieures de la société, où plusieurs personnes partagent la même chambre.

Avant l'ensevehssement ou la destruction des cadavres les lois ont fixé une durée

minima crattente qui n'est que de vingt-quatre heures en France, de trente-six heures en Belgique, de quarante-huit heures en Italie et en Suisse, de trois jours en Allemagne et en Autriche, de quatre jours en Angleterre, en Russie et au Danemark.

En temps de guerre il est parfois nécessaire de détruire ra])idement une grande quantité de cadavres. On procède alors à Tincinération des corps à ciel ouvert après les avoir arrosés de goudron ou d'huiles minérales.

Sur les champs de bataille, l'inhumation précipitée des cadavres, qui laisse beaucoup à désirer à tous les points de vue, a souvent laissé près de la surface du sol une immense quantité d'ossements. On s'en est quelquefois servi pour construire des ossuaires^ les uns établis dans un esprit de vénération et de pieux souvenir, comme ceux que les Itahens ont élevés à Magenta et à Solferino, les autres en signe de victoire, comme l'ossuaire de Morat, construit par les Suisses après la défaite de Charles le Téméraire, ou dans un but d'intimidation, comme les pyramides de crânes que les conquérants tartares avaient coutume d'élever aux portes des villes qu'il avaient prises d'assaut.

On peut se demander si, à noire époque, des monuments de ce genre ont une utilité réelle. En tout cas, l'encombrement des cimetières oblige nécessairement les villes à construire des dépôts d'ossements semblables à ceux qui remplissent les catacombes de Paris. Peut-être vaudrait-il mieux restituer ces débris au sol, que de les .conserver, sous une forme qui ne rappelle plus aucun souvenir pieux et qui ne peut offrir aux yeux qu'un spectacle affligeant.

Enlèvement et traitement final des gadoues. — On donne le nom de gadoues aux ordures ménagères des habitations ainsi qu'au produit des balayages des rues. Cependant dans certaines villes, dont la canalisation le permet, à Paris par exemple, les boues des rues sont directement envoyées dans les égouts. Nous avons déjà vu que la destruction des ordures ménagères à domicile n'ayant pas jusqu'ici donné de résultat bien pratique, il était nécessaire de pratiquer leur enlèvement quotidien, après les avoir recueillies dans des récipients métalliques. Nous avons indiqué aussi que les voies publiques devaient être soumises soit la nuit, soit le matin de très bonne heure, à des balayages destinés à collecter les souillures des rues, de façon à ce qu'elles puissent être enlevées en même temps que les ordures ménagères.

On compte qu'une ville de 100 000 habitants fournit chaque jour de 25 à 35 tonnes d'ordures ménagères et de 35 à 45 tonnes de détritus des rues. Ce dernier chiffre est triplé en temps de pluie. La totaUté des gadoues pour 100 000 habitants représente environ de 70 à 170 tonnes, soit la charge de 7 à 17 wagons de chemin de fer.

Les gadoues contiennent des matières végétales et animales qui entrent rapidement en fermentation en dégageant des odeurs nauséabondes. Il importe donc de les éloigner rapidement des centres habités.

Le chargement et le déchargement des voitures qui enlèvent les gadoues doivent se faire sans qu'il y ait chute de débris à terre ou dégagement de poussières. Ces voitures devraient être complètement étanches, faciles à nettoyer et couvertes de façon à ne pas semer d'ordures autour d'elles en cours de route. Aucune ville en France, pas même Paris, n'utilise de voiture couverte, alors qu'elles se répandent de plus

PHOUST, TRAITÉ d'hYGIÈNBj 61

en plus en Allemagne, en Angleterre et en Suisse. Il est vrai qu'on voit encore à Paris chaque matin plus de 6 000 chiffonniers répandre à terre le contenu des boites à ordures, pour y faire leur prélèvement, au mépris de tout principe d'hygiène.

Avec de pareilles tolérances on ne peut songer à utiliser les récipients métalliques interchangeables, hermétiquement clos, de Berlin et de Vienne, qui sont chargés sur des voitures collectrices. Celles-ci emmènent les récipients pleins après avoir laissé dans chaque habitation un récipient vide. Ces boîtes métalliques se chargent facilement dans des wagons de chemin de fer ou sur des bateaux. Il ne peut s'en échapper ni détritus ni poussière.

Lorsque les récipients sont vidés dans les voitures, il est bon d'adopter un dispositif, une sorte de trémie par exemple^ qui permette de faire cette vidange pour ainsi dire sous cloche, sans qu'il se répande de poussière dans l'atmosphère, ni de débris sur le sol. Ces tombereaux doivent de plus être à bascule, pour faciliter et hâter le déchargement.

Il serait avantageux que les gadoues puissent être directement transportées aux points où elles seront utihsées, mais cela n'est pas toujours possible. Il faut en tout cas éviter de les emmagasiner sur des terrains réservés à cet effet (voiries d'immondices). Depuis 1831, il n'existe plus de voiries d'immondices à Paris; l'enlèvement de ces produits est confié à un entrepreneur.

En 1898, environ 220 tombereaux allaient se décharger dans les champs et dépotoirs du département de la Seine, 90 étaient amenés en Seine-et-Oise et Seineet-Marne. Des chalands sur la Seine recevaient la décharge d'une centaine de tombereaux. Enfin le contenu de 160 tombereaux était expédié par le chemin de fer à 30 ou 40 kilomètres de distance. Depuis 1901 les gadoues de quelques arrondissements de Paris sont conduites à des usines de broyage.

Les dépôts de gadoue destinés à approvisionner les agriculteurs sont soumis à une réglementation rigoureuse. Ils ne peuvent être établis qu'après autorisation accordée avec l'approbation du Conseil d'hygiène. Leur emplacem.ent ne doit être au voisinage ni des gares, ni des habitations et leur aménagement est déterminé par l'arrêté d'autorisation. Les dépôts particuliers ne devraient pas être placés à moins de 100 mètres des habitations.

Quelques villes enlèvent leurs gadoues par voie d'eau dans des chalands particuliers. Mais le mode d'éloignement le plus usité est celui qui s'opère par voie ferrée. Il est sans inconvénient, à la condition que les transbordements soient très rapides, que les wagons ne séjournent pas longtemps en gare. A l'arrivée les destinataires prévenus télégraphiquement doivent rapidement enlever les gadoues. Après déchargement les wagons sont lavés à la lance, et au besoin avec une solution de chlorure de zinc ou de lait de chaux.

La question du traitement final des gadoues est complexe. Les gadoues ^ présentent une certaine valeur comme engrais : il y aura donc intérêt à les céder à V agriculture dans toutes les agglomérations où leur production n'est pas trop forte pour qu'elles trouvent un écoulement facile. Mais dans les grandes villes la quantité considérable des gadoues ne permettrait de s'en débarrasser ainsi qu'à la condition de les transporter au loin.

1. Ces déchets sont appelés « refuse » en Angleterre et « garbaye » aux États-Unib.

L'utilisation agricole est donc étroitement liée à rabaissement des tarifs de chemins de fer. De plus elle présente Tinconvénient de nécessiter rétablissement de dépôts d'une salubrité discutable sur certains points, où seront mises en réserve les gadoues, soit pour attendre l'époque de leur utilisation, soit pour transformer par la fermentation la gadoue verte ou gadoue fraîche, en gadoue noire ou gadoue putréfiée, plus appréciée par l'agriculture.

Pour faciliter le transport au loin et la vente des gadoues on a eu l'idée de procéder d'abord à un triage permettant d'enlever les éléments inutihsables (verre, pierres, métaux, silicates, etc.), puis de soumettre les gadoues à un broyage mécanique, qui les réduit à un état de division plus favorable à une fermentation rapide et par suite à un bon rendement comme engrais.

Depuis quelques années une usine réservée au broyage d'une partie des gadoues de Paris fonctionne à Saint-Ouen, et la municipalité a décidé de donner une extension plus grande à ce mode de traitement des déchets de la ville.

Mais les gadoues ne présentent pas partout la même composition et leur valeur comme engrais diffère sensiblement suivant les pays. En Hollande, par exemple, leur utilisation agricole ne peut se faire; les agriculteurs n'en veulent pas. En Angleterre, elles contiennent assez de charbon pour que leur incinération devienne le mode le plus simple de destruction ; c'est d'ailleurs là la solution la plus favorable au point de vue de l'hygiène. Mais l'opération devient par trop onéreuse lorsque la composition de la gadoue ne la rend pas auto-comburante et qu'il faut y ajouter du charbon pour obtenir l'incinération : tel est le cas pour les gadoues de Berlin et de Copenhague. Le procédé de l'incinération, très répandu en Angleterre et en Amérique, ne s'est guère développé sur le Continent, où les villes de Hambourg, de Zurich et de Monaco sont à peu près les seules à l'employer en grand.

L'incinération des gadoues est obtenue au moyen de fours spéciaux (destructors), dont les plus employés sont ceux de Fryer, de Horsfall et de Warner. Les gadoues se dessèchent progressivement dans ces fours avant d'arriver au contact du foyer où elles brûlent.

Le four de Fryer comprend un fourneau à réverbère avec grille et tôle de dessiccation; pour obtenir une meilleure combustion l'inventeur y a ajouté le tirage forcé. Ch. Jones a imaginé de faire passer les gaz des gadoues brûlées sur un second four contenant du coke en combustion; on obtient ainsi une destruction complète de ces gaz.

Tous les autres destructors sont à haute température, avec insufflation d'air, tirage forcé, et adjonction de chaudières tubulaires.

Le prix de revient de ce traitement des gadoues serait de 3 fr. 15 la tonne, sans utilisation des sous-produits, et pourrait s'abaisser à 1 fr. 15 par tonne, si l'on tirait parti des sous-produits.

On peut utiHserla chaleur développée par la combustion des gadoues pour produire de l'électricité ou encore de la vapeur, qui servirait comme force motrice. Enfin les résidus solides peuvent être .employés comme matériaux de construction ou constituer un ciment, avec adjonction de chaux.

Dans l'Amérique du Nord les gadoues contiennent une quantité notable de graisse qu'il serait avantageux d'extraire. Différents procédés ont été imaginés pour arriver à ce résultat. Le plus connu consiste à traiter les gadoues par la vapeur d'eau sous pression à 4, 5 atmosphères, suivant le système Arnold employé à New- York, Phila-

delphie et Booklyn. Les gadoues sont soumises à cette action dans des cylindres verticaux à fermeture hermétique (digesteurs). Après condensation de la vapeur, on écoule l'eau qui entraîne toute la matière grasse. Le reste des gadoues est mis sous presse, puis desséché; ce résidu constitue un engrais très apprécié, qui se conserve indéfiniment en poudre sous un faible volume. La matière grasse est utiUsée par les savonneries.

Les tentatives de fusion et de distillation des gadoues n'ont pas donné de résultat pratique. Quant au déversement à la w?er, pratiqué dans certaines villes maritimes, (Dublin, Liverpool) et à V enfouissement, encore usité à Rome, ce sont des procédés essentiellement insalubres que l'hygiène ne saurait admettre.

On donne le nom de matières usées liquides, non seulement à tous les déchets liquides d'une ville (eaux de ménage, eaux de pluie, eaux de lavage, eaux de waterclosets et urines, eaux résiduaires industrielles), mais encore aux matières sohdes qui sont entraînées par les eaux (matières fécales, souillures des rues). Cet ensemble constitue ce que les Anglais appellent le « sewage ». On réserve le nom d'eaux vannes à la totaUté des eaux sales, sauf les eaux des pluies, les eaux des sources et des cours d'eaux qui s'écoulent dans les égouts de l'agglomération.

Nous avons déjà indiqué à propos de l'habitation que les matières usées liquides pouvaient être éloignées suivant deux systèmes : le premier, dit système unitaire, système du « tout à l'égout », consiste à recevoir tous les déchets liquides dans une canalisation d'égout unique ; le second, dit système séparateur, comporte un mode d'évacuation différent pour chacun des éléments du « sewage » : soit qu'il existe une double canaUsation d'égout, la plus grande partie des eaux vannes avec les excréments s'écoulant dans une des canalisations, tandis que l'autre canalisation reçoit les eaux pluviales et des eaux industrielles et reste distincte de la première; soit qu'il n'existe qu'une seule canalisation d'égout réservée aux eaux ménagères et aux eaux de pluie, tandis que les excréments sont recueillis dans des fosses fixes ou des tinettes mobiles et enlevées par la vidange.

Nous nous occuperons d'abord de chacun de ces systèmes d'enlèvement des matières usées liquides, pour étudier ensuite leur destination finale.

1° Enlèvement par le système unitaire {tout à l'égout).

Ce svstème a pour but d'évacuer à l'égout ce qui peut être entraîné par les eaux. Cette véhiculation de matières solides suppose déjà un volume d'eau considérable, qui reste cependant à peu près fixe et qu'il est facile d'évaluer. Mais, en dehors des eaux vannes, l'égout reçoit encore les eaux de pluie dont le volume, suivant les saisons, suivant les années, présente des variations considérables.

Les excréments représenteraient annuellement par 1 000 habitants 475 tonnes 5 de matières liquides et 11 tonnes de matières solides suivant Heiden. Lehmann et Wolff donnent un total un peu plus faible de 471 tonnes 46 (428 tonnes 29 d'urines et 33 tonnes 17 de matières fécales).

Quant au volume des eaux vannes évacué par l'égout il doit être sensiblement égal

ÉVACUATION DES MATIÈRES^ USÉES 965 au volume fourni par l'alimentation d'eau de l'agglomération, y compris l'eau des puits et des sources existant dans l'intérieur de la ville. On peut compter en moyenne 150 litres par jour et par habitant; ce qui donne annuellement 54 750 mètres cubes par 1 000 habitants.

L'évaluation devient bien plus malaisée lorsqu'il s'agit de déterminer approximativement le volume des eaux de pluie. D'autant qu'une forte averse d'orage projette brusquement sur le sol imperméabihsé des villes des quantités énormes d'eau (à Paris 52 millimètres en 1/^ heure le 9 septembre 1865 et 41 millimètres en 20 minutes le 20 septembre 1867). Il importe donc de connaître le régime pluviométrique du pays pour calculer la section à donner aux égouts. Il est vrai que ces eaux d'averse n'arrivent pas toutes à l'égout; une partie ruisselle directement dans les cours d'eau. On calcule en moyenne que les eaux météoriques représentent un volume 6 fois plus considérable que celui des eaux vannes; on peut donc indiquer approximativement le volume de 328 500 mètres cubes d'eaux de pluie par an et par 1 000 habitants. D'après Brin cette quantité peut encore varier du simple au double suivant l'étendue de la surface occupée par la ville par rapport au nombre des habitants, la proportion des eaux météoriques étant d'autant plus forte par rapport au nombre des habitants que les habitations sont plus disséminées.

Le système d'évacuation par le « tout à l'égout » a été adopté dans presque toutes les capitales, c'est certainement lui qui réahse le mieux l'évacuation rapide et totale de toutes les matières usées que peuvent entraîner les eaux ; c'est le procédé le plus simple et généralement le plus commode.

Il présente cependant quelques inconvénients qu'il faut signaler : Les frais d'établissement dè conduites de grand diamètre, nécessitées par l'apport considérable des eaux météoriques, sont très élevés. Les égouts à grande section exigent une pente plus forte et des dépenses d'eau beaucoup plus importantes, pour assurer l'écoulement régulier des eaux vannes. La présence des eaux de pluie dans le sewage en rend le traitement final beaucoup plus comphqué et plus onéreux.

Ces critiques n'ont de valeur qu'au point de vue économique. Il en est une autre cependant à laquelle l'hygiène ne peut rester indifférente. C'est le reproche qu'on fait au système unitaire d'être débordé au moment des averses d'une grande intensité, qui nécessitent des déversements directs en rivière, temporaires il est vrai, mais néanmoins insalubres au premier chef, puisqu'il s'agit d'eaux souillées de matières fécales humaines. A cela on répond, il est vrai, que ces déversements sont d'autant plus rares que les dimensions de la canalisation sont plus élevées. A Paris, par exemple, ces déversements ne se répètent qu'un petit nombre de fois (8 à 10 fois par an). Au moment des déversements le débit des cours d'eau eux-mêmes se trouve considérablement accru, d'où une dilution des souillures, qui en diminue beaucoup les inconvénients. Enfin la souillure banale des eaux d'égout n'est pas sensiblement augmentée par l'addition de matières excrémentitielles. Sur ce dernier point il convient de faire une réserve, car il est évident qu'on peut introduire avec les matières fécales les agents spécifiques de certaines maladies contagieuses dans l'eau des rivières. Le procédé du « tout à l'égout », malgré ses avantages incontestables, n'est donc pas absolument parfait au point de vue hygiénique.

Nous avons indiqué à propos de l'habitation comment l'égout de maison se déversait dans l'égout de rue. Les conduites des égouts de rue occupent l'axe de la

chaussée, sauf si la voie a plus de 20 mètres de large ; on dispose alors un égoul de chaque côté, au-dessous des trottoirs, de façon à ne pas doiuier trop de longueur aux branchements de maison. Les égouts de rue se rendent à des galeries princii)ales qui se déversent elles-mêmes dans les collecteurs. Ceux-ci sont les grands canaux qui amènent le sewage à sa destination finale.

Lorsqu'on se propose de doter une ville d'une canalisation d'égout, même partielle, il faut arrêter d'avance un plan général conforme aux indications fournies par la topographie de la région. On adopte en général une disposition qui correspond à un des 3 types suivants : perpendiculaire, longitudinal ou radial. La dénomination

, . , Service haut

. Service bas

Q Cheminées de ventilatiorf

Fig. 174. — Les égouts de Francfort-sur-lc-Mcin. — Plan des collecteurs (syst. parallèle). (Imbeaux.)

de chaque système est commandée par l'orientation des collecteurs par rapport à la direction du lit de la rivière qui traverse la ville.

Dans le type perpendiculaire proprement dit chaque collecteur va directement au fleuve et s'y déverse. Mais ce système, qui aboutit à l'infection du fleuve dans l'intérieur même de la ville, est généralement abandonné. Aussi l'a-t-on corrigé par un système de détournement latéral, dans lequel un collecteur est construit sur chaque rive, parallèlement au cours d'eau, et reçoit le contenu des égouts perpendiculaires qu'il conduit en dehors de la ville. Les collecteurs de Lyon le long du Rhône et de la Saône sont disposés de cette façon (fig. 173).

Lorsqu'une ville est disposée en plan incliné on la divise en zones desservies chacune par un collecteur parallèle au cours d'eau. A Francfort-sur-le-Mein, la ville haute et la ville basse sont ainsi desservies séparément sur chaque rive (fig. 174). C'est là le type parallèle.

Enfin, soit par raison topographique, la ville étant divisée par un certain nombre de vallons, soit afin de diminuer la section des égouts et de faciliter la répartition du sewage sur différents terrains d'épandage, on a recours au type radial^ dans lequel un réseau d'égout indépendant dessert chaque secteur de la ville. Paris est ainsi divisé en 4 bassins (fig. 188), Marseille en 20 zones (fig. 175). Berlin en 12 (fig. 176), avec autant de stations d'élévation.

En France on construit généralement les égouts en matériaux imperméables, en pierres siUceuses soigneusement cimentées; en Angleterre, au contraire, on a recours à des matériaux plus poreux, aux briques. Gela ne paraît pas avoir une très grande

Fig. 175. — Assainissement de Marseille : division en bassins et tracé des collecteurs. (Imbeaux.)

importance au point de vue pratique, car Wolffhûgel a montré qu'autour des égouts en brique de Munich l'inliltration du sol par les matières organiques est infiniment moindre que dans les terrains qui se trouvent au-dessous et autour des fosses d'aisances les mieux construites. D'ailleurs le courant assez rapide des eaux dans l'intérieur des conduites n'est pas favorable à une transsudation vers l'extérieur et déterminerait plutôt une aspiration de dehors en dedans.

Les galeries de dimension moyenne sont souvent construites en béton de ciment moulé dans des formes en bois. Les tuyaux de faible diamètre sont en grès vernissé, à emboîtement à collet ; l'épaisseur de leurs parois est de 2 à 4 centimètres.

Nous avons vu que l'on doit régler le calibre des égouts beaucoup moins d'après le volume des eaux vannes que d'après la quantité d'eaux météoriques qu'ils peuvent recevoir en un temps très court pendant les pluies d'orage. Ce serait évidemment aller trop loin que de proportionner leur diamètre aux chutes d'eau tout à fait exceptionnelles. Mais encore faut-il adopter des dimensions permettant l'écoulement facile des grandes averses habituelles. A Turin, à Fribourg, à Kônigsberg les égouts sont disposés de façon à pouvoir donner passage à une averse de 200 litres par seconde et par hectare; les conduites de Paris, de Rome, de Milan peuvent admettre. 1 25 htre

par seconde et par hectare (soit 45 millimètres d'eau par heure, ou moins de la moitié de la quantité d'eau déversée à Paris par l'orage du 9 septembre 1865); celles de Londres, de Berlin et de Vienne seulement 70 litres par hectare et par seconde. Dans ces dernière villes les dimensions des égouts sont évidemment insuffisantes

Fig. 176. — Plan de la canalisation et des champs d"épandage de Berlin. (Les XII systèmes radiaux

et les Rieselfelder). (Imbeaux.)

pour l'évacuation des pluies un peu fortes et nécessitent des déversements répétés en rivière.

Les conduites de 0 m. 40 à 0 m. 60 de diamètre peuvent sans inconvénient être circulaires. Avec les petites sections, les écoulements sont aussi rapides que si les tuyaux étaient ovoïdes (Bechmann) ; de plus, à la même épaisseur, les conduites circulaires présentent plus de soHdité.

Dans les diamètres supérieurs on préfère au contraire une section ovoïde, la petite

extrémité de l'œuf étant tournée en bas. On obtient ici une vitesse d écoulement qu'on n'atteindrait dans les conduites circulaires de même diamètre qu'en y déver- »sant 15 p. 100 d'eau en plus. Les égouts à section ovoïde ont généralement des dimensions qui permettent le passage d'un homme, soit au moins 1 m. 50 de hauteur, sur 1 mètre de largeur. Quant aux collecteurs, ils peuvent atteindre 6 mètres de large, sur 5 mètres de haut (collecteur de GHchy).

Dans les égouts ovoïdes de faible dimension le radier A reste à prolil continu (fig. 177). Avec des diamètres plus élevés il y a avantage à ne laisser qu'une cunette étroite A (fig. 178), qui active la vitesse d'écoulement des eaux, avec une banquette de circulation latérale B.

Enfin, dans les collecteurs (fig. 179) la cunette est médiane, bordée de deux ban-

Fig. 177. -- Profil de l'égout ovoïde de Berlin. Fig. 178. — Égout ovoïde moyen de Paris.

quelles de circulation. On ménage dans les parois des grands égouts des refuges pour assurer la sécurité des ouvriers, lorsque des pluies torrentielles viennent subitement inonder le canal.

Les égouts doivent être placés à une certaine profondeur, qui ne sera pas inférieure à un mètre pour que leur contenu reste à l'abri de l'action de la gelée. Les égouts des rues sont en moyenne à 4 m. 50 de la surface du sol, à compter du radier, afin de pouvoir donner à l'égout de maison une pente suffisante pour empêcher tout reflux des eaux de l'égout dans les caves (Lindley). Lorsque la nappe d'eau souterraine est très rapprochée du sol, il peut devenir impossible d'installer aussi profondément des conduites de grandes dimensions.

Il y a une proportion à établir entre la pente que l'on donne à l'égout et son cubage, la pente devant être d'autant plus forte que l'égout est plus petit. La pente varie entre 0 m. 05 et 0 m. 005 par mètre pour les petits égouts; elle se réduit de 0 m. 0005 à 0 m. 0003 pour les collecteurs, suivant leur diamètre. Le courant ne doit pas tomber au-dessous de 0 m. 70 par seconde, sinon les matières solides et les sables ne seraient plus entraînés et les eaux entreraient en putréfaction avant leur sortie des collecteurs.

Comme nous l'avons déjà dit, malgré les grands diamètres donnés aux égouts^ il devient nécessaire, dans les cas de très fortes pluies d'orage, de déverser le trop-plein

des conduites dans les cours d'eau voisins. Aussi amorce-t-on des conduites de décharge à la partie supérieure de la voûte des égouts, de façon à ce qu'elles n'envoient aux cours d'eau où elles aboutissent que le trop-plein, lors des crues subites provoquées par une pluie diluvienne. Ces conduites de décharge sont plus larges que hautes et leur radier est presque plat, de façon à évacuer les eaux le plus rapidement possible. Dans les villes allemandes, où les égouts ont des dimensions restreintes, on dispose une conduite de décharge par 25 à 70 hectares.

M. de Montrichet a indiqué un système de surverse ^ qui consiste à faire écouler les eaux vannes et les eaux de petites pluies dans des cuvettes établies latéralement contre les piédroits des égouts; le contenu de ces cuvettes est conduit à des champs d'épandage ou à des usines d'épuration. Dès qu'un orage vient grossir le volume des eaux d'égout, ces cuvettes débordent dans le radier, dont le contenu s'écoule

Fig. 179. — Égout collecteur do Paris.

Fig. 180. — Transformation des anciens égouts d'Épinal et de Nimes en vue de la surverse (d'après' M. de Montricher). (Imbeaux.)

dans les cours d'eau (fig. 180). Dans le même but, Richert a récemment proposé d'établir à Saint-Pétersbourg des égouts à deux étages : l'inférieur recevant les eaux

vannes et les eaux des petites pluies et le supérieur déversant directement à la rivière des eaux des grandes pluies.

Un système de déversoir-intercepteur a été appliqué dans le même but à Manchester et à Buenos-Ayres par Bateman. La figure 181 en explique le fonctionnement. Les eaux d'égout arrivent par la conduite A et s'écoulent normalement par

l'orifice vertical 0 dans l'égout A' qui les conduit au point d'épuration. Les dimensions de l'orifice 0 sont telles que lorsque le débit est augmenté par les grandes pluies, le trop-plein s'écoule dans la rivière par le conduit de déversement D D.

Les égouts communiquent avec la rue par une ouverture appelée bouche d'égout (fig. 182). A Paris la communication est généralement libre et cette disposition d'une salubrité contestable n'offre que peu d'inconvénient, parce que les produits qui circulent dans les égouts n'y séjournent pas plus de 24 heures et n'ont pas le temps d'entrer en fermentation. Mais dans les villes où la circulation du sewage est moins rapide, une odeur désagréable se répand par la bouche de l'égout et vient infecter l'atmosphère

Fig. 182. — Égout de Paris, type 12 bis, et bouche d'égout sous trottoir. (Imbeaux.)

de la rue. Aussi a-t-on essayé de combattre cet inconvénient par divers appareils qui consistent principalement en cuvettes à bascule, qui se renversent sous le poids des eaux de pluie et reviennent sur elles-mêmes après s'être dégorgées.

Lorsque les égouts sont d'un faible calibre ou dans les points où la chaussée est encombrée d'une trop grande quantité de détritus solides (voisinage des Halles centrales à Paris), on ne peut admettre les boues et les ordures des rues dans les conduites. Aussi les bouches d'égout sont-elles garnies de paniers métalliques destinés à retenir les matières solides (fig. 183). On peut encore disposer au niveau des bou-

Fig. 181. — Le déversoir intercepteur à Manchester. (Imbeaux.)

ches une grille au-dessous de laquelle se trouve un gully ou puisard dont le fond est occupé par un panier inélallique mobile, qui recueille les boues. Le trop-plein de l'eau se déverse dans Tégout par un tuyau de faible diamètre (fig. 184). Il est à craindre que les résidus solides ainsi emmagasinés n'entrent rapidement en putréfaction et ne dégagent de mauvaises odeurs.

Sur plusieurs points de la canalisation on établit des regards de visite. Ce sont des cheminées en maçonnerie qui raccordent l'égout à la chaussée. Elles sont suffisamment larges pour qu'un homme puisse pénétrer jusqu'à Tégout. Dans les conduites de faible diamètre on pratique un grand nombre de regards plus petits, permettant d'introduire dans Tégout un écouvillon pour le nettoyage.

Il est souvent nécessaire d'élever mécaniquement les eaux d'égout. On le fait au moyen d'appareils élévateurs qui ne diffèrent pas sensiblement des machines destinées à élever l'eau d'ahmentation. Il importe seulement ici d'arrêter auparavant le plus de corps en suspension possible.

Fig. 183. — Bouche d'égout avec panier-filtre. Fig. 184. — Bouche d'égout inodore, système

(Imbeaux.) Newton. (Imbeaux.)

Le curage des égouts se fait spontanément lorsque le courant des eaux est suffisant pour entraîner les matières sohdes. Il est cependant nécessaire d'étabhr sur certains points (à l'origine des petits égouts, par exemple, et 'aux points hauts) des réservoirs de chasse artificielle. Un des réservoirs les plus employés est celui de Geneste-Herscher, qui fonctionne au moyen d'un siphon automatique dont la figure 185 explique bien le fonctionnement. Les réservoirs de chasse doivent débiter une quantité d'eau égale au dixième du volume d'eau nécessaire pour remplir la longueur d'égout à nettoyer ou du moins sa cunette, s'il s'agit d'un égout ovoïde.

Au lieu des appareils de chasse fixes, on peut employer des réservoirs mobiles, fonctionnant comme l'indiquent les figures 186 et 187.

Les chasses d'eau ne sont pas les seuls moyens employés pour curer les égouts. En créant au moyen de vannes une retenue en amont, on accroît la vitesse du courant qui entraîne alors les dépôts. En ouvrant ensuite brusquement la vanne on détermine un écoulement en masse qui achève le nettoyage. On construit des vannes fixes et des vannes mobiles dont les plus compliquées sont les wagons- Vannes et les bateaux-vannes qui fonctionnent dans les collecteurs de Paris.

Les pailles et les fumiers sont retenus par des grilles que nettoient à intervalles

réguliers des râteaux ou des peignes métalliques actionnés soit à la main, soit mécaniquement. Les sables et les boues sont enlevés par des dragues.

Pour curer les tuyaux en poterie on emploie des sortes d'écouvillons ou encore des segments cylindriques ou des boules obturant les trois quarts supérieurs de la section et forçant l'eau àpasser avec force dans le quart inférieur.

Le problème de la ventilation des égouts ne paraît pas encore résolu à la satis-

4» phase 5e pi^^ge

/ Le siphon va s'amorcer. L'équilibre est rompu.

Fig. 185. — Les cinq phases d'amorçage du siphon automatique Geneste-Herscher. (Imbeaux.)

faction de tous. Il semble cependant que dans des égouts bien construits et bien entretenus, dont la circulation d'eau est suffisamment rapide, il ne se produise -pas de putréfaction organique et par suite peu de mauvaises odeurs. L'air y serait assez pauvre en germes d'après les analyses de Soyka, de Miquel et de Koch; d'ailleurs les égoutiers jouissent en général d'une bonne santé. On pourrait dans de telles conditions admettre la libre communication de l'atmosphère des égouts avec Tair extérieur au moyen des tuyaux de chute qui s'ouvrent au faîte des maisons, à la condition que l'atmosphère de la maison restât isolée et garantie par des siphons

Fig. 18G. — Réservoir de chasse sur quatre roues, employé à; New-Hawen.

(Imbeaux.)

hydrauliques au niveau de toiis les tuyaux de décharge. Encore faudrait-il que ces dispositions puissent assurer une ventilation efficace des égouts. Or des expériences faites à Fulham et à Sulton semblent bien montrer que pendant Tété, à l'époque où Tairdes égouts est plus dense que lair extérieur, le courant est nui ou même interverti au débouché des cheminées d'aérage. Mieux vaudrait trouver un moyen d'aspirer artificiellement Fair des égouts pour le purifier. Quelques villes anglaises amènent fair des égouts aux brûleurs des réverbères, de façon à le consumer; d'autres i)urifient l'atmosphère dans la canalisation môme par oxydation au moyen d'appareils imaginés par Reeves, qui dégagent de l'oxygène naissant produit par l'action de l'acide sulfurique sur le manganate de soude.

Nous terminerons ce chapitre sur le système du « tout à l'égout », en donnant quelques renseignements complémentaires sur les égouls de Paris. Cette ville est divisée en 4 bassins, desservis par les collecteurs du Nord, de Glichy, d'Asnières et Marceau. Le premier répand ses eaux sur la presqu'île de Gennevilliers, tandis que les 3 derniers se réunissent à l'usine de Chcliy pour envoyer leurs eaux aux champs d'épuration d'Achères (fig. 188).

Le réseau de la canahsation couvre 1 100 kilomètres et écoule en moyenne 580 000 mètres cubes par jour. En 1900 on comptait 48 498 branchements particuHers , 19 496 regards , 13 234 bouches d'égout et 3 500 réservoirs de chasse.

Les collecteurs

des deux rives sont réunis par des siphons passant sous le lit de la Seine. Trois usines élévaloires relèvent les eaux des régions les plus basses.

2° Enlèvement par le système séparateur.

Nous avons déjà indiqué que ce système comporte un double mode d'évacuation, les eaux vannes ou encore les excréments humains seuls étant éloignés par un procédé bien distinct de celui qui est affecté aux autres matières usées Hquides.

Fig. 187. — Hydraulie Sewer Flusher, de Merry werther. (Imbeaux.)

.Le système séparateur peut fonctionner dans une ville où on a établi une double canalisation d'égouts; c'est là le véritable « separate-system » des Anglais, le « Trennsystem » des Allemands. Le plus souvent Tune des canalisations est réservée aux eaux vannes, lautre aux eaux de pluie, aux eaux de nettoyage des rues et aux eaux industrielles. Nous verrons plus loin quelles sont les considérations qui commandent cette division. Mais retenons bien dès maintenant qu'ici, comme dans le système unitaire, l'aboutissant de toutes les matières usées liquides est encore un égout et que tous les déchets sont enlevés immédiatement et rapidement ainsi que l'exige l'hygiène.

Dans beaucoup de villes, où les municipahtés ne peuvent faire les frais soit du

Fig, 188. — Division de Paris en^4 bassins principaux. (Imbeaux.)

tout à l'égout, soit d'une double canalisation, on voit encore fonctionner un système séparateur, mais bien différent du précédent au point de vue de la salubrité. En pareil cas, en effet, les eaux ménagères, industrielles et pluviales s'écoulent dans une canalisation plus ou moins rudimentaire, tandis que les excréments humains recueilUs et emmagasinés dans des fosses fixes ou dans des tinettes mobiles ne sont enlevés qu'à intervalles plus ou moins éloignés. Nous avons déjà suffisamment insisté sur le peu de sécurité que donne ce mode d'évacuation, sur les inconvénients multiples de la vidange et du transport des matières, pour y revenir ici. Nous n'aurons donc plus en vue dans ce paragraphe que le système séparateur à double canalisation.

Le système séparateur à double canalisalion a été imaginé pour les cas où la réalisation du système unitaire rencontre des difficultés trop grandes. Le principal inconvénient du système unitaire est d'exiger l'établissement d'égouts de grande section capables d'admettre les énormes masses d'eaux météoriques qui s'y déversent au moment des fortes pluies. De là des frais considérables, des difficultés matérielles, insurmontables dans certains cas, qui ont conduit à la recherche d'un procédé différent; Nous avons vu que les eaux vannes représentaient seulement le

septième du volume total de déchets liquides reçus dans la canalisation du système unitaire. On a pensé qu'il serait possible de recevoir dans une canalisation spéciale, n'exigeant plus que de faibles diamètres, et par suite sensiblement moins coûteuses, les eaux vannes seules, qui seraient ainsi conduites aisément au point d ei)uration. Quant aux eaux de pluie, aux eaux de nettoyage des rues, aux eaux résiduaires peu souillées et déjà épurées des usines, on pourrait sans inconvénient, par suil(^ de leur faible impureté, les déverser directement dans les cours d'eau. Il va sans dire qu autant la première canalisation presque entièrement formée de tuyaux de grès de 0 m. 10 à 0 m. 40 (les collecteurs seuls restant à grande section) sera établie avec soin, autant la seconde pourra rester rudimentaire ; on utilisera pour elle de simples caniveaux à ciel ouvert, avec quelques grands émissaires couverts, des égouts anciens par exemple, insuffisants pour assurer Técoulement convenable des eaux vannes. Si en effet le système séparatif devait aboutir à la construction d'une double canalisation complète, les frais seraient encore plus considérables qu'avec le système unitaire, qui restera toujours plus simple.

Les conditions qui peuvent conduire à préférer le système séparatif au système unitaire sont soit d'ordre économique, soit d'ordre topographique. Une ville dont les ressources sont limitées pourra réaliser des économies notables en adoptant le système séparateur. Ce sont d'abord des économies de premier établissement, dues aux diamètres plus faibles de la canalisation des eaux vannes; ce sont ensuite des économies dans les frais d'entretien par suite du volume réduit et fixe du sewage à élever ou à épurer; ce sont enfin des économies d'eau très appréciables pour les agglomérations ne disposant que d'une alimentation restreinte, le faible diamètre des conduites dans le système séparatif nécessitant des chasses d'eau beaucoup moins copieuses, que les égouts à grande section du système unitaire.

Quant aux conditions topographiques, elles sont d'ordres divers. Gomment étabhr les pentes qu'exigent les grands égouts, dans une région absolument plate? Comment descendre de vastes conduites à une profondeur suffisante là où la nappe d'eau est très superficielle? N'est-on pas conduit, en pareil cas, à adopter le système séparateur dont la canahsation à diamètre réduit n'exige que des pentes plus faibles et des profondeurs moindres?

D'autre part, l'application du système séparateur est toute indiquée dans une petite ville, où les habitations sont disséminées, ce qui rend la proportion du volume des eaux météoriques par rapport aux eaux vannes encore plus élevée ; dans une localité où les pentes très rapides et les cours d'eau très nombreux favorisent l'éloignement immédiat de ces eaux; là enfin où il n'existe pas d'établissement industriel fournissant un apport d'eaux suspectes.

On a encore fait valoir qu'avec le système séparateur on n'a plus à redouter que l'air de la canalisation vienne souiller l'atmosphère des rues, en s'y déversant par les bouches d'égout, puisque celles-ci sont supprimées, ni que les eaux des conduites puissent refluer jusque dans les caves des habitations, à la suite d'une crue provoquée par le déversement brusque d'une pluie d'orage, puisque celle-ci s'écoule par une autre voie.

Mais examinons maintenant le principe même du système séparateur et vovons s'il est admissible au point de vue hygiénique de déverser directement dans les cours d'eau des eaux qui constituent en somme des déchets hquides entraînant de nombreuses souillures.

PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE.

•Les eaux de piuic, les eaux de lavage des rues sont généralement très chargées de matières minérales et aussi de microbes. Mais ceux-ci ne sont qu'exceptionnellement des organismes pathogènes ; à ce point de vue la différence avec les eaux vannes est très nettement marquée. Les eaux qui ont simplement ruisselé sur les toits des habitations ou sur la chaussée des rues bien entretenues, surtout si la circulation n'est pas très dense, peuvent donc sans trop d'inconvénient s'écouler directement dans les cours d'eau, à la condition que ceux-ci remplissent des conditions de débit et de courant favorables à l'épuration spontanée, que nous étudierons en détail lorsque nous parlerons de la destination finale des eaux d'égout.

Quant aux eaux industrielles, on ne pourrait les déverser aux cours d'eau qu'à la condition ou bien qu'elles soient extrêmement peu souillées (eaux de rinçage de certaines industries), ou bien qu'elles aient subi une épuration suffisante et qu'elles soient débarrassées des substances toxiques.

Il est certain que le système séparateur ne donne pas une solution absolument satisfaisante au point de vue hygiénique. Mais n'en est-il pas de même du système unitaire avec ses déversements de matières fécales diluées dans les cours d'eau, lors des grandes averses? Gartner (d'Iéna) et Herzberg ont très heureusement formulé les inconvénients respectifs de l'un et de l'autre système à ce point de vue : « Le système séparateur a, relativement au système unitaire, le désavantage de conduire aux rivières en temps de pluie toutes les saletés des rues, tandis que le système unitaire y déverse par les orages une partie de ces saletés, mais après mélange avec les matières fécales et les eaux usées ; ce dernier inconvénient peut être, suivant les cas, plus sérieux que le premier. »

En résumé, l'un et l'autre système présentent des avantages et des inconvénients. Il ne s'agit pas de substituer définitivement l'un des systèmes à l'autre, mais bien de déterminer suivant chaque cas lequel sera d'une apphcation plus avantageuse, en tenant compte des conditions hygiéniques, topographiques et économiques locales Il pourra même être indiqué de combiner les deux systèmes et d'utiUser le système séparateur dans certains quartiers où la pente est trop faible, où la nappe d'eau souterraine est trop voisine de la surface du sol, alors que le reste de la ville sera desservi par une canalisation unique.

Le système séparateur est depuis longtemps mis en pratique dans nombre de villes d'Angleterre, d'Amérique et d'ItaUe, et depuis quelques années dans quelques centres allemands. En France, Cannes et Trouville possèdent une double canalisation; plusieurs villes ont mis à l'étude différents procédés de système séparateur. Il semble qu'il y aurait surtout lieu d'encourager dans cette voie les villes moyennes dont la population n'est pas très dense.

Disons en terminant quelques mots des différents modes d'évacuation des eaux qui ont été employés avec le système diviseur. Chacun d'eux trouve son apphcation suivant les conditions topographiques.

Les eaux vannes peuvent s'écouler dans la canahsation par simple gravitation, comme dans le système Waring^ utihsé en Amérique et en Angleterre, et aussi dans le quartier du Marais à Paris. La ventilation indispensable des conduites se fait par des cheminées d'appel s'élevant au-dessus des toits et par des prises d'air s'ouvrant dans la rue. Il n'existe pas d'obturation hydraulique entre le branchement particuher et la conduite. Les égouts sont quotidiennem.ent lavés au moyen de

chasses d'eau pour lesquelles ou utilise des réservoirs placés aux poinls les plus élevés de la canalisation. Lorsque les pentes ne sont pas suffisantes, il faut recourir

soit à la propulsion, soit à l'aspiration. Le système Shone a pour] but d'élever mécaniquement les eaux vannes à partir de points centraux où elles arrivent par

gravitation. La ville à assainir est divisée en districts, chacun ayant sa station d'élévation. Cette division permet de recueillir les eaux en des points plus élevés et par suite d'économiser la force motrice; le nettoyage par réseau est d'ailleurs plus facile.

A chaque station est installé un éjecleur automatique au-dessous du sol. C'est un récipient en fonte ou en tôle qui recueille les eaux vannes du district. Chaque fois qu'il est plein, une certaine quantité d'air comprimé venant de la station centrale

Flotteur

Grille intérieure

par un tuyau spécial pénètre dans l'appareil et refoule violemment le sewage dans le tuyau de sortie qui aboutit à une conduite générale collectant les liquides de tous les districts et les conduisant au lieu d évacuation finale. Plusieurs villes anglaises usent de ce système. En France les villes de Rouen et de Toulon ont mis à l'étude des projets d'assainissement par le système Shone.

Nous dirons enfin quelques mots des procédés qui déterminent l'évacuation par aspiration pneumatique. Ils ont le défaut de laisser séjourner les matières un certain temps (généralement vingt-quatre heures) dans un récipient placé dans les caves des maisons.

Le système Liernur (fig. 489) est établi suivant le principe suivant : les tuyaux de chute des latrines (et des éviers à Trouville), prolongés au-dessus des toits pour la ventilation, se déversent dans un récipient métallique installé dans la cave de la maison. Ce récipient est muni d'une grille destinée à arrêter les corps étrangers qui pourraient obstruer la canalisation. De ce récipient partent les branchements de maison, en fonte, de 0 m. 10, plusieurs fois infléchis en siphon, qui aboutissent à des conduites de rue de 0 m. 12 à 0 m. 15. Celles-ci forment dans chaque district un réseau qui aboutit à un réservoir de district. Une usine réceptrice éloignée de la ville fait le vide une ou plusieurs fois par jour dans les réservoirs à l'aide de conduites spéciales, et des conduites collectrices amènent le contenu des réservoirs à cette usine (fig. 190). Le système Liernur a été appliqué dans quelques villes de Hollande, où on ne versait pas plus de 2 ou 3 litres d'eau par jour

et par personne dans la canalisation, et récemment à Trouville, où les eaux d'évier sont admises dans les conduites.

Dans le système Berlier^ récemment simplifié et perfectionné par la Compagnie de Salubrité qui l'a installé à Levallois-Perret, les matières sont également reçues dans un récipient qui se trouve dans les caves. Cet appareil (fig. 191) est actuellement en ciment armé et pourvu d'une grille intérieure qui arrête les corps solides amenant des obstructions. Les matières s'y accumulent jusqu'à ce qu'elles soulèvent un flotteur, ouvrant un clapet qui obturait l'orifice de la conduite aspiratrice. Le récipient se vide alors brusquement. De plus, un appareil de chasse lave une fois toutes les vingt-quatre heures le récipient. Ici l'aspiration se fait directement au point de départ des matières, qui sont entraînées en dehors de la ville dans un réservoir, où les machines font le vide.

Ce système, appliqué jadis dans quelques établissements de Paris et de Lyon, puis abandonné, fonctionne maintenant réguKèrement dans la banlieue de Paris, à Levallois-Perret.

Boulet. obturareur

Fig. 191. — Coupe du récipient de la Compagnie de Salubrité, à Levallois- Perret (système Berlier).

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