‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 278 sur 326 · I - ■ I = 1 = " i il · texte numérisé non relu

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exhalaient produisissent des maladies parmi les soldats occupant les casernes situées près de là. Des médecins militaires prirent les états constatant les maladies et la mortalité observées pendant les vingt dernières années dans des casernes situées dans différentes parties de la Grande-Bretagne, où se trouvaient des troupes de même nombre et chargées du même service, réduisirent ces états en tableaux et reconnurent que les casernes voisines des prairies arrosées d'eaux d egout, à Edimbourg, présentaient le chiffre de malades et de mortalité le plus faible de tout Tensemble.

Ainsi furent réduites à néant les allégations portées contre les prairies de Craigenlinny.

<c A Norwood, dit le D'" Alfred Creswell, un grand nombre de mes clients habite des maisons qui ne sont qu'à 150 yards (137 mètres) des champs d'irrigations. 11 y a entre autres une grande école de filles habitée par plus de trente personnes. Il n y a pas eu un seul cas de maladie dans cette école qui pût être attribué aux irrigations. »

La citation suivante du D'' Carpenter nous paraît aussi extrêmement importante :

« Si Ton visite Beddington, on peut voir plusieurs maisons de campagne, occupées depuis quelques années, qui ont sur le devant et sur le derrière des champs arrosés d'immondices, sans que jamais il y ait eu trace de maladie due aux exhalaisons. »

A Norwood, la population est bien plus nombreuse et plus voisine des champs. 11 y a peut-être 400 personnes demeurant à 200 ou 300 yards (180 à 270 mètres) (le la ferme.

Avant son établissement dans cette partie du pays, les cas de fièvre étaient fort nombreux; depuis lors cette maladie a disparu et la mortalité a toujours été en diminuant. Voici, d'après les tables du D*" Westall, quelle a été, pendant six ans, la mortalité pour la population de Norwood, qui comprend environ 5 000 âmes :

1865 18,17 création de la ferme.

« Je ne prétends pas affirmer, dit le D"" Carpenter, que cette décroissance de mortalité à Norwood soit due à la création des prairies à irrigation, et je ne m'atlends pas à voir le chiffre de la mortahté rester aussi bas, mais je soutiens que, si les fermes où l'on emploie l'engrais liquide produisaient des miasmes, la mortalité aurait été plus fréquente qu'auparavant; or, c'est le contraire qui est arrivé. »

Nous avons tenu à donner toutes ces citations pour montrer qu'en Angleterre le système des irrigations n'est pas accusé de provoquer des fièvres intermittentes. L'opinion, à cet égard, est unanime dans le Royaume-Uni. Il n'en est pas de même en France; ou, du moins, ce qui s'est passé à Gennevilliers a donné lieu jadis à d'assez vifs débats.

G. Bergeron, tout en admettant qu'il y avait à Gennevilliers un certain nombre de fièvres intermitteates, a fait observer que les individus atteints demeuraient très loin des champs irrigués à l'eau d'égout (Grésillon). L'infection palustre lui paraît duc à l'existence des mares et d'eaux stagnantes autour desquelles vivaient les individus affectés.

La discussion sur l'existence des fièvres intermittentes à Gennevilliers a produit

jadis une émotion qui nous paraît excessive. S'il se fût agi exclusivement de la question sanitaire, nous n'eussions pas eu sur ce sujet autant de mémoires à consulter. Quelques intérêts ont été lésés, de là sont venues les pétitions en sens inverse, également nombreuses de part et d'autre. Joignez à cela les effets de la routine, les opinions préconçues et on s'expliquera l'agitation produite par cette affaire qui envahit même l'enceinte législative. Ajoutons que depuis nombre d'années on n'a plus signalé de nouveaux cas de lièvre intermittente à Gennevilliers.

Les plaintes qui se sont élevées au sujet de cette grande opération nous paraissent donc peu fondées, et d'ailleurs, le principe étant démontré, tout se réduit à une question de proportion et d'application. Il est évident qu'un terrain quelconque, surtout s'il n'est pas drainé, ne peut absorber et détruire, dans un temps donné, qu'une quantité donnée de matières organiques.

Mais, cette réserve étant faite, ajoutons que le sol soumis pendant plusieurs années à des irrigations nombreuses, conserve son pouvoir filtrant et continue à remplir sa fonction d'épurateur. Il n'y a pas à craindre son obstruction par les matières organiques des eaux d'égout.

D'après Duclaux le pouvoir nitrificateur du terrain ne s'affaiblit pas à la longue ; il va même au contraire en croissant.

L'utilisation agricole est si peu nécessaire pour obtenir une bonne épuration des eaux d'égout, qu'il y a déjà plus de trente ans que Frankland avait montré qu'en amenant par intervalles le sewage sur un terrain non cultivé, l'épuration se produit par suite d'un processus d'oxydation qui se passe dans la profondeur du sol à la faveur de l'aération qui alterne avec la submersion. Il réalisait ainsi ce qu'il appelait la fîltration intermittente, procédé que Beiley-Denton mit en pratique sur plusieurs points en Angleterre. D'ailleurs dans l'épandage, avec utilisation agricole, le contact des eaux à épurer avec le sol est également intermittent et l'aération du terrain y succède de même à la submersion. Dans l'un et l'autre cas, si l'on essaie de faire de la fîltration continue, le sol se colmate et ne débite plus. Les repos sont toujours nécessaires pour permettre à l'air de pénétrer à nouveau les pores de la substance filtrante et d'assurer la reprise du processus oxydant.

La filtration intermittente de Frankland est particulièrement applicable à l'épuration de certaines eaux résiduaires de l'industrie qui contiennent des substances nuisibles à la végétation. Elle peut d'ailleurs, à surface égale et dans le même temps, épurer une plus grande quantité (environ 10 fois plus) de matières usées liquides que l'épandage agricole, à la condition que par des labours fréquents on ameublisse la couche superficielle du sol, ce qui favorise à la fois l'absorption de l'eau et l'aération du terrain. Ce procédé est donc applicable là où on ne dispose que d'étendues de terrain limitées.

Quant au mécanisme de l'épuration, il reste identique que le terrain soit couvert de cultures ou non; il s'agit toujours d'un processus biologique naturel, le travail microbien déterminant l'oxydation de la substance organique et sa nitrification.

Épuration biologique artificielle intermittente. — Entre l'utilisation de terrains non cultivés, agissant comme un filtre naturel, et la réalisation des mêmes processus biologiques d'épuration au moyen d'un support artificiel, la distance est bien faible-

Aussi n'est-il pas étonnant qu'elle ait été aisément franchie, et qu'on ait recherché à concentrer sur une étendue restreinte les actions purifiantes des microbes disséminées sur une vaste surface par Tépandage.

C'est surtout en Amérique, à la station de Lawrence, qu'on a bien étudié expérimentalement les conditions à réaliser pour obtenir les meilleurs résultats de la filtration intermittente artificielle. Ces recherches ont montré qu'un hectare de sable ou de gravier peut arriver à épurer pendant toute l'année plus de 900 mètres cubes par jour, à condition qu'il soit laissé au repos dix-huit heures sur vingt-quatre. Si on diminue les périodes de repos, on peut arriver à épurer 2 000 et même 4000 mètres cubes de sewage par jour, mais au bout d'un temps variable suivant la nature de la substance filtrante, le support s'encrasse et le débit diminue, puis devient nul. Cet engorgement du fdtre est sensiblement retardé, soit qu'on fasse passer d'abord les eaux sales sur du gros gravier ou des morceaux de coke, soit qu'on pratique l'aération forcée du filtre. On revivifie celui-ci, lorsque la surface en est colmatée, en enlevant la couche superficielle, ou en la retournant, ou en la repiquant par le râteau, de façon à faire pénétrer de nouveau dans la profondeur l'air nécessaire aux actions biologiques oxydantes. Il s'agit en effet ici des mêmes interventions juicrobiennes que dans l'épandage, le support artificiel servant, comme le sol, de substratum indispensable à l'action oxydante et nitrifiante des microorganismes.

C'est à la suite de ces expériences de Lawrence qu'une douzaine de villes des États-Unis ont étabh des bassins de filtration intermittente pour l'épuration des eaux d'égout. Le fond de ces bassins est formé par un terrain sablonneux ou graveleux au-dessous duquel des drains collectent ces eaux épurées. On rompt de temps à autre le colmatage du filtre au râteau ou à la herse.

Nous voici ainsi insensiblement conduits à l'intelligence des méthodes d'épuration biologique artificielle les plus récentes. Puisque Fépuration de la matière organique soluble n'est que la conséquence d'une oxydation microbienne, il était tout indiqué d'adopter les dispositifs les plus favorables à ce processus, après avoir débarrassé le sewage des substances insolubles qui ne se prêtent pas à cette oxydation. C'est ainsi que Dibdin et Tudichenn furent conduits en 1891 à tenter leurs premières expériences de Barkine. Prenant des eaux du sewage de Londres, déjà débarrassées de la majeure partie des matières en suspension par une précipitation chimique due à la chaux et au sulfate ferreux, Dibdin les faisait écouler d'une façon intermittente à travers une couche de coke, d'argile cuite concassée ou de mâchefer. L'opération était répétée 3 fois par jour, en laissant à chaque fois cinq heures de repos au support. L'expérience avait montré que ce dispositif était particulièrement favorable à l'oxydation de la matière organique soluble par les microbes aérobies ; de là le nom de lits bactériens aérobies qu'on a donné à ces bassins. A Barking, les eaux à épurer ne subissaient qu'une fois cette opération (contact simple); à Sutton, où Dibdin installa des lits bactériens à double contact, les eaux renouvelaient deux fois le passage à travers le support oxydant.

Plus tard Dibdin remplaça la précipitation chimique des matières insolubles, par une sédimentation dans des bassins de décantation. Mais ce premier temps de l'opération aboutit à la disparition des substances insolubles par un double mécanisme : d'une part par la sédimentation, de l'autre par une véritable dissolution des matières due à la fermentation anaérobie, qui se développe, à l'abri de l'air, sous la croûte

qui ne tarde pas à se former à la surface des eaux séjournant dans ces bassins de dégrossissage. L'hydrolyse* anaérobie, qui est intentionnellement provoquée dans Tappareil de Scott-Moncrieff (1891) et dans le septic tank de Gameron (1895), se trouve donc implicitement réalisée dans les bassins de sédimentation, qui précèdent les lits aérobies de Dibdin ; et l'on voit ainsi que la fermentation anaérobie d'abord qui liquéfie les substances organiques insolubles, la fermentation aérobie ensuite, qui oxyde la matière organique soluble, sont les deux étapes nécessaires par lesquelles doivent passer les eaux d'égout brutes pour arriver à l'épuration par les seuls agents biologiques.

Calmette^ résume très clairement les transformations que doivent ainsi subir les souillures contenues dans le sewage :

« Les eaux d'égout et la plupart des eaux résiduaires industrielles renferment deux groupes principaux de substances qui doivent être décomposées. Ce sont d'abord les substances dites ternaires, telles que la cellulose, le sucre, l'amidon, les acides organiques. Ces substances existent en abondance dans les résidus de légumes ou de fruils, dans l'herbe, dans le papier, le linge, dans les débris de bois ou de végétaux ligneux, dans les eaux résiduaires de sucreries, de distilleries, d'amidonneries. Elles doivent être transformées en éléments minéraux simples par l'intervention successive de microbes qui, le plus ordinairement, préfèrent vivre à l'abri de l'air, c'est-à-dire à l'état anaérobie. Les derniers termes de ces décompositions successives sont l'acide carbonique, Thydrogène, l'azote et le méthane ou formène (GH*).

« Le second groupe de substances, dites quaternaires, comprend toutes les matières azotées qui sont particulièrement abondantes dans les déjections humaines et animales et dans les résidus ménagers. Les principales sont les albumines du sang, les débris de viandes, les déchets d'abattoirs et de laiteries. Toutes ces matières azotées, quand elles deviennent la proie des ferments, commencent par se liquéfier si elles étaient sohdes, puis elles se transforment en peptones; d'autres ferments interviennent alors pour les dégrader davantage et en faire des acides amidés, de la leucine, du glycocolle, de la tyrosine, de furée et surtout de l'ammoniaque. A leur tour les acides amidés et l'ammoniaque subissent une désintégration plus complète sous l'influence des ferments nitrificateurs, et ceux-ci aboutissent en dernier lieu à la formation de nitrates que les plantes peuvent assimiler directement pour construire leurs tissus. C'est donc sous cette forme de nitrates assimilables par les plantes que l'azote rentre dans la rotation générale du monde vivant.

« Une eau d'égout est épurée, lorsque toutes les matières organiques ternaires ou quaternaires qu'elle renferme ont subi ces désintégrations successives et sont devenues des substances minérales. »

Revenons maintenant à la description des procédés d'épuration qui emploient les lits bactériens. Les lits bactériens anaérobies les plus pratiques et les plus fréquemment utilisés sont ceux qu'a construits Cameron sous le nom de fosses septiques (septic tank). En principe il s'agit d'un récipient fermé, analogue à la fosse Mouras, dans lequel les eaux d'égout s'accumulent à l'abri de l'air. L'expérience a montré qu'on peut employer aussi bien des bassins ouverts. Il se forme en

1. On donne le nom d'tiyclrolyse ou bactériolyse au processus qui a pour eiïet de solubiliser les substances organiques en les digérant en quelque sorte à l'aide des diastases.

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