‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 30 sur 326 · MS · texte numérisé non relu

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La comparaison d'ailleurs est difficile entre les divers pays ; aussi nous ne pouvons qu'applaudir à la création, proposée par le Congrès d'Hygiène de Bruxelles, d'une

commission internationale chargée d'indiquer une base uniforme d'une statistique de la mortalité du premier âge chez les différentes nations.

Les chances de mort dans la première année pèsent sur le sexe mascuhn, dans la proportion de 116 à 117 décès (garçons) contre 100 (filles). Le fait se reproduit dans presque tous les pays.

Dans une collectivité, en un pays salubre, à climat froid ou tempéré, ton le mortaUté infantile qui dépasse 95 à 100 décès annuels par 1000 enfants de 0 à 1 an, renferme des causes contingentes de morts que peuvent supprimer ou atténuer les mesures d'hygiène actuellement en notre pouvoir ; cette limite minima provisoire doit descendre encore pour les classes aisées. (Berlillon.)

Mortalité comparée des enfants légitimes et illégitimes. — Dès la première semaine de la vie, la mortalité des enfants légitimes étant prise pour 100, celle des enfants illégitimes donne 193 pour les villes, 215 pour les campagnes. Tandis que la morlaUté des enfants légitimes décroît de la l''^ semaine à la 2% ainsi que le font prévoir les conditions physiologiques des nouveau-nés, la mortalité des illégitimes au contraire s'accroît de la premièrè semaine à la seconde, environ de 10 p. 100 dans les campagnes et de 15 à 18 dans les villes.

De 1836 à 1865, en France, les décès des enfants légitimes et illégitimes ont été dans le rapport de 100 à 195.

Le nombre des enfants trouvés s'élève en France à 76 000, de 0 à 12 ans, âge auquel ils cessent de recevoir des secours. De 1843 à 1855, le chiffre de la mortahté parmi eux s'est élevé annuellement à 100 p. 1000, tandis que la population générale de cet âge présente une mortalité de 35 p. 1000, trois fois moins considérable par conséquent.

Influence des saisons sur la mortalité de la première enfance. — En représentant par 100 la mortahté du mois moyen de la première année d'âge, abstraction faite du premier mois de la vie, que l'auteur écarte de son calcul, Bertillon trouve que la période de mortalité maxima pour cette première enfance, commençant en juillet, 115,4, offre son apogée en août, 178, se poursuit, tout en s'atténuant, en septembre, 153, puis prend fin en octobre, 108,6. Deux minima sont manifestes : l'un commence en mars, 92, continue en avril, 79,5, s'accentue en mai, 68,5, et est encore sensible en juin, 73,7. Le second minimum prend naissance en novembre, 72, et se prononce en décembre, 60,5.

Ces résultats généraux (1857 à 1866) s'appliquent expressément à la population rurale. La population infantile des villes (Paris excepté) accuse la nocuité de l'été par une mortahté encore plus marquée. Tandis que la moyenne des décès mensuels est de 100, on en compte durant le mois d'août 191.

Cependant, si nous considérons l'influence de la saison limitée aux premières semaines de la vie, nous assistons durant cette période à des résultats opposés. Les chaleurs qui terminent l'été ne constituent plus le moment redoutable, et c'est en hiver, lors des froids rigoureux, que se trouve le summum du danger. Ce fait, établi pour l'Autriche par le docteur Lombard de Genève, a été également observé en Hollande, en Italie et en Suisse. Marmisse, à Bordeaux, Maher (Statistique médicale de Rochefort, 1874) sont arrivés à la même conclusion.

Influence des mois sur la mortalité de 1 à 5 ans. — S'il s'agit de la mortalité de 1 à 5 ans, on retrouve l'influeiiee saisonnière qui s'est manifestée durant les dix premiers mois de la vie. C'est encore août et septembre, puis octobre, qui sont le plus chargés de décès.

Un peu plus prématuré dans les villes, le maximum s'y trouve aussi plus intense. Toutefois, dans le département de la Seine, la mortalité se répartit différemment à la fin de l'été. Le mois d'août n'offre qu'un léger excès de décès; le maximum est reporté vers la fin de l'hiver elle commencement du printemps.

La mortalité des petits enfants est généralement moindre à la campagne qu'à la ville. Ce fait, évident en Suède, ne se produit en France qu'après le troisième mois pour les enfants légitimes. Quant aux illégitimes, leur mortahlé, en France, demeure bien plus considérable à la campagne qu'à la ville.

Bertillon proteste contre certaines institutions qui semblent intéressées à la perte des enfants. Il cite les mutualités dites d'enterrement qui existent en Angleterre. Là, les familles reçoivent une prime à la mort de l'un de leurs enfants, afin de pourvoir aux frais de sépulture. Si la prime dépasse les frais, il y a un excédent, un profit pécuniaire à chaque décès ; or, d'après le président du Congrès international tenu en 1874 à Glasgow, la statistique a montré que la mortalité des enfants de ces mutualités est très supérieure à la mortalité habituelle des enfants des mêmes classes.

Influence des sexes sur la mortalité. — Le tribut payé à la morlahté par le sexe masculin durant la première enfance dépasse beaucoup et dans tous les pays, comme nous l'avons vu, celui du sexe féminin. Mais cette loi générale ne paraît applicable qu'au premier âge de la vie. En Angleterre, la mortalité des femmes est supérieure à celle des hommes, tandis que nous assistons à des phénomènes inverses en Suède, où la mortalité masculine remporte à tous les âges et particulièrement dans les villes. C'est donc un sujet qu'il faut étudier pays par pays.

C'est toujours de 10 à 15 ans que le danger de mourir dans l'année est à son minimum; une accélération subite se manifeste de 15 à 20 ans pour les femmes, de 20 à 25 ans pour les hommes et ce brusque accroissement est surtout marqué en France chez ces derniers.

C'est toujours dans le sexe féminin que se produit la plus faible mortalité.

Influence de l'habitation à la ville ou à la campagne. — La comparaison des villes et des campagnes en France montre d'une part que la mortalité des enfants pendant le premier mois de leur vie est plus élevée à la campagne qu'à la ville; que la campagne ne commence guère à profiter aux jeunes enfants qu'après le troisième mois (pour les enfants légitimes). Mais, pour les enfants illégitimes, leur mortalité est toujours beaucoup plus élevée à la campagne et tandis que dans les villes l'écart qui sépare la mortalité illégitime de la mortalité légitime va en diminuant avec l'âge, si bien qu'après le sixième* mois de la vie la différence est à peu près nulle,* cet écart va au contraire en s'accroissant dans les campagnes.

La prédominance de la population urbaine dans la mortaUté générale a été en France, non compris le département de la Seine, pour la période de 1861-1865, dans le rapport de 100 à 121,4; l'excédent pesant surtout sur les hommes, dont le rapport de 100 à 122; pour les femmes, 100 à 118.

A Paris la mortalité paraît inférieure à celle des autres villes de France ; ce fait s'explique par les migrations, qui, en changeant Feffectif numérique des âges dont la mortalité est le moindre, modifient par cela même la mortalité générale. Ainsi la population parisienne s'enrichit d'une immigration incessante des âges adultes qui sont aussi les âges de faible mortalité, tandis qu'il y a une émigration importante d'enfants et de vieillards, dont la mortalité est beaucoup plus élevée et cependant, comme nous l'avons vu, la mortalité de Paris reste proportionnellement plus considérable que celle de la province.

La plus grande mortalité des villes est manifeste en Suède, où l'accroissement est dans la proportion de 100 à 134,8.

La statistique établit également combien l'aggravation à chaque âge y est plus marquée pour le sexe masculin. De 30 à 50 ans chez les hommes, les chances de mort sont plus que doublées; c'est de 20 à 25 ans, malgré les dangers de parturition qui pèsent alors sur le sexe féminin, que la mortalité des hommes domine dans la proportion la plus importante; l'inégalité est plus grande à la ville qu'à la campagne.

Influence de la séquestration. — En tenant compte des éléments très insuffisants que nous possédons, dit Bertillon, il ressort qu'un groupe de vivants, ayant la même composition d'âge que celle des maisons centrales, aurait pour mortalité générale et normale 15 décès annuels par 1 000 vivants hommes, et 14,04 par 1 000 femmes. Or, la mortalité des maisons centrales est de 44, avec oscillation de 54,37 pour les hommes comme pour les femmes, c'est-à-dire 3 fois plus élevée que la mortalité commune ^

La population des établissements d'éducation correctionnelle dont l'âge est compris entre 7 et 21 ans, donne une mortalité qui, relativement à la mortalité commune, est plus que doublée pour les garçons, triplée et presque quadruplée pour les tilles.

Influence de V aisance. — A Mulhouse, Villermé, ayant relevé à part les mortuaires des manufacturiers et des ouvriers tisserands (1823-1854), a trouvé que la moitié des décès survenait avant 28 ans chez les patrons, avant 10 ans chez les ouvriers les mieux rétribués ; enfin, les plus pauvrement salariés de ceux-ci n'atteignaient que la moyenne de 1,5. Mais si l'on ne considérait les décès qu'à partir de la deuxième année, l'âge probable devenait 43 chez les patrons et 15 chez les ouvriers. '

La population très agglomérée, mais composée pour la plupart de négociants relativement aisés, qui habite le W arrondissement de Paris (Bourse), fournit un chiffre de décès de 13 à 16 par an et par 1 000 habitants, tandis qu'il atteint 25 à 31 par 1 000 dans le XIX*' arrondissement (Buttes-Chaumont), peuplé de pauvres. Le docteur Marmisse, à Bordeaux, est arrivé à des résultats analogues ^.

1. D'après le même auteur, la mortalité dans les mutualités ouvrières, population dont l'âge est compris entre 16 et 60 ans, et même 75 ans, a oscillé (1852-1864) entre 15,6 et 11,6 par 1000 (moyenne 13); tandis que la population française de même âge et de même composition fournirait une mortalité de 16,55.

2. La mortalité de l'ensemble des enfants anglais de 0 à 5 ans (qui se rapproche fort de la nôtre) est à la mortalité des enfants de l'aristocratie comme 8 est à 3.

La mortalité moyenne de 0 à 1 an étant en France de W p. 100 environ, celle des enfants aisés de la bourgeoisie ne paraît être que de 7,6 p. 100. Cette proportion est encore supérieure à celle que Devilliers a constatée dans certaines parties du département du Rhône, particulièrement dans des groupes agricoles, où elle ne dépasse pas 5 p. 100.

Certaines maladies contribuent plus particulièrement à élever la mortalité dans la classe pauvre; ce sont les maladies zymotiques : variole, rougeole, scarlatine, coqueluche, diphtérie, phtisie, méningite, inflammations diverses du poumon, diarrhée infantile. A Paris, cette dernière affection est 9 ou 10 fois plus répandue dans les arrondissements pauvres que dans les riches.

Influence de la profession. — Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'apprécier avec une rigueur absolue l'influence que les professions exercent sur la durée moyenne de la vie. Cependant, d'après les statistiques généralement acceptées, on en est arrivé aux résultats suivants :

De 35 à 45 ans, pour 1 000 individus de chaque profession, il succombe annuellement 6 ministres du culte ou magistrats, tandis que la mortalité atteint 9,10 à 12 pour les ouvriers des divers métiers, près de 13 pour les mineurs, 13 à 14 pour les médecins, 19 pour les aubergistes et marchands de spiritueux.

Si les lords et hauts rentiers offrent une mortalité infantile et sénile des plus restreintes, aux âges de force et de virilité (35 à 45 ans) leur mortalité égale ou dépasse celle des professions ouvrières les moins favorisées. Il faut tenir compte, dans cette enquête, non seulement de la profession, mais des âges différents qui composent chaque collectivité professionnelle. (Bertillon, art. Grande-Bretagne, Dict. encycL)

Le Congrès de Bruxelles a discuté (1876) la question de la statistique mortuaire des professions. A cette réunion Proust a essayé d'établir que la classification des professions, envisagée au point de vue de la mortahté, devait reposer sur une base unique, à savoir leur groupement suivant les troubles morbides qu'elles provoquent dans l'organisme.

Depuis, Tatham a publié, dans le « Supplément to the fifty fifth annual report of the Registrar gênerai » (Londres, 1897), un très important travail sur la mortalité dans un certain nombre de professions. Nous trouvons aussi dans V Annuaire statistique de la ville de Paris pour i 889 une étude de J. Bertillon sur la morbidité et la mortalité par professions. Cette étude, dans laquelle il a surtout recherché le degré de nocivité des différentes professions, l'a conduit aux conclusions suivantes :

Les professions, considérées au point de vue de leur salubrité, peuvent être classées sous les chapitres suivants :

1° Professions exposant Vhomme aux intempéries^ tout en le contraignant au repos. — Telles sont notamment les professions de cocher et, à un moindre degré, de charretier. Ce sont les plus malsaines de toutes.

2° Professions exposclnt tliomme aux intempéries^ mais sans le contraindre au repos. — Autant les précédentes sont dangereuses, autant celles-ci sont généralement salubres ; telles sont les professions de cultivateur, maraîcher, pépiniériste, garde-chasse, etc. Les pêcheurs sur mer, les bateliers rentrent à certains égards dans celte catégorie.

PARIS (l886-9o)

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