AGRICOLES
4° Affections pulmonaires succédant à Vinhalation des poussières de silice.
Chalicosis.
Les altérations aiiatomiques que nous venons de décrire nous ont montré la présence du fer et de la silice dans les poumons. Les cas dans lesquels le silex est absorbé pur sont en moins grand nombre.
Le chalicosis pathologique, ou pneumoconiose professionnelle produite par la poussière de silex, a surtout été observé chez les tailleurs de pierre depuis fort longtemps, comme Findique le nom populaire de maladie de Saint-Roch qui servait à le désigner. La grande mortalité qui sévit chez ces ouvriers a été remarquée d'abord en Angleterre par Wepfer. Peacok signale le danger qu'entraîne la taille de la pierre meuhère ou silex molaire qui, de nature extrêmement dure, est travaillée à sec au ciseau et au marteau, et charge l'atmosphère d'un nuage de poussière siliceuse très fine. L'âge moyen de ces ouvriers n'est, d'après lui, que de vingt-quatre ans ; celui des tailleurs de marbre ne dépasse guère trentesix ans.
La poussière de marbre expose les ouvriers qui l'inhalent aux mêmes maladies que les précédentes. Il en est de môme du granit^ du basalte^ du gneiss et du mica; le polissage de Y agate est également nuisible ; mais la poussière développée pendant cette opération est peu considérable. Un certain nombre de ces ouvriers, les cantonniers entre autres, sont, en outre, exposés aux lésions que peuvent occasionner des fragments de la poussière sihceuse qui fait le danger de l'empointage des aiguilles, que nous avons dû ranger dans les professions à poussières ferro-sihceuses, mais où la poussière inspirée est pres(jue exclusivement siliceuse, la pointe de l'aiguille se faisant à l'aide de meules de grès quartzeux.
Gomme la phtisie siHco-métallique, la phtisie siliceuse, que l'on a nommée phtisie calculeuse, présente les symptômes de la phtisie pulmonaire. On a trouvé les lésions de la pneumonie chronique * et des masses dures, que l'analyse chimique a démontré être formées surtout de silice. Meynel, qui a donné à l'affection le nom de chahcosis a trouvé que, dès l'apparition des petites masses grisâtres, la richesse du tissu pul-
sieurs de dimensions variables; les unes, très petites, sont ce qu'on peut appeler des cavernules; d'autres ont des dimensions telles qu'elles pourraient loger le poing d'un adulte (Desayvre).
1. Voir la thèse d'agrégation du professeur Charcot {De la pneumonie chronique).
monaire en silice augmentait proportionnellement à leur nombre. Il y avait, en outre, des adhérences et des épaississements de la plèvre ^ Dès 1763, Clozier s'exprimait en ces termes sur cette maladie : « Quelque forts et robustes que soient ces ouvriers, les uns plus tôt, les autres plus tard, mais ordinairement avant quarante ans, sont attaqués, d'abord d'une toux sèche et presque sans crachats pendant quelques mois. Cette toux devenant ensuite plus grasse, ils crachent beaucoup; d'abord les crachats sont blancs, savonneux et fouettés; ces crachats s'épaississent par la suite, deviennent sanguinolents, puis | purulents. Les uns (les malades) sont beaucoup oppressés, les autres presque point. Ils ont très peu de douleur aux poumons, mais beaucoup plus d'ardeur et de feu à la trachée-artère; leur voix devient rauque; la fièvre est presque continuelle, mais faible. Ils se plaignent assez ordinairement de pesanteur à la région du foie, que j'ai toujours trouvée dure. J'ai aussi remarqué que, dans la plupart, le ventre était considérablement tendu dès les commencements du mal, sans que les jambes ni les mains le fussent alors, ce qui arrive par la suite, sur la fin de la maladie; cependant, i)armi ces ouvriers, il y en a qui vivent aussi longtemps que les autres hommes et qui ont soixante et soixante-dix ans; entre autres un fdleul de ma mère, qui travaille à ce métier (le])uis l'âge de douze ans, sans interruption, et qui, à soixante-sept ou soixante-huit ans qu'il a actuellement, est aussi fort, aussi robuste et aussi vigoureux qu'à trente. Mais ce sont de ces élus peu communs qui ont des grâces particulières. Ces malades conservent assez longtemps leur appétit et ne le perdent que quelques mois avant de mourir, c'est-à-dire lorsque la diarrhée leur survient; pour lors, ils maigrissent horriblement et deviennent comme des spectres; les jambes et les pieds leur enllent un peu, ainsi que les mains, et ils périssent peu après que rentlure de ces parlies paraît. Ils ne crachent presque plus lorsqu'ils sont atteints de dévoiement. Ils perdent leurs cheveux dans ce temps et la plupart dos poils de tout le corps : pour lors, il n'y a plus de sommeil la nuit et s'ils en attraiient quelque peu, ils sont tourmentés de fortes sueurs. Enfin cette cruelle maladie a beaucoup d'affinité et les symptômes sont presque les mêmes que dans la pulmonie ou phtisie ordinaire. Il périt beaucoup de ces gens de la maladie chronique ci-dessus détaillée qui les lient languissants pendant six mois, un an, et même plusieurs années ^
L'attention a été attirée dans ces dernières années sur une forme de pneumonie qui sévit sur les ouvriers occupés au broyage des scories provenant de la déphosphoration de l'acier. Cette pneumonie, qui sévit habituellement sous forme épidémique, a été d'abord décrite en Allemagne : « Thomaschlaken pneumonie », et en Angleterre. Attimond, Ghartier et OUive ont étudié une épidémie de même ordre à Nantes. Il
1. Pour empêcher la pénétration des particules siliceuses, Beltz père a proposé un petit masque très léger, composé d'une mince tranche d'éponge fixée à une voilette métallique qui la maintient au-devant de la bouche et des narines. Eulenberg, de Cologne, rejetant l'éponge mouillée, préfère un grillage métallique en forme de masque, recouvert d'une gaze à claire voie; la quantité de poussière qui s'amasse dans les mailles de la gaze fait comprendre l'influence nuisible qu'elle aurait exercée si elle avait pénétré dans les bronches. L. Beltz, Recherches sur les causes de la mortalité des tailleurs de pierre et sur les moyens de les prévenir (Thèse de Strasbourg, 1862, n° 600).
2. Sur la formation et l'endurcissement du grès, avec la description de la maladie singulière qui attaque les ouvriers qui piquent ou taillent cette sorte de pierre. Leblanc, L. in Précis d'op. de chir., t. I, p. 561. Paris, 1775, in-8.
s'agit de véritables pneumonies ou broncho-pneumonies causées par les agents habituels de ces maladies. Les poussières minérales jouent un rôle provocateur non douteux dans lequel interviennent tout à la fois leurs qualilés physiques et chimiques.
IV — ÂFFECTrONS PULMONAIRES SUCCÉDANT A l'iNHALAT[ON d'uN MÉLANGE DE POUSSIÈRES ORGANIQUES ET INORGANIQUES.
l'^ Affections pulmonaires succédant à Vinhalation de la poussière de verre
et de cristal.
La siHce, à Tétat de cristal de roche, est mêlée à des fondants (oxydes métaliques), puis ramollie au feu pour former enfin une pâte fusible nommée verre. Dans le verre ordinaire français qui produit les vitres, les glaces, la verrerie commune, la sihce a pour fondants la soude et la chaux. Le cristal est un sihcate double de potasse et de plomb, préparé par la fusion de trois parties de sable pur avec deux parties de minium et une partie de carbonate de potasse.
Le broyage et le blutage de ces matières premières, la pulvérisation et le tamisage de l'émeri employé pour polir les glaces, le polissage, enfin le travail consistant à composer, à laide de la batte, les mélanges nécessaires, exposent l'ouvrier verrier à une absorption considérable de poussières, parmi lesquelles les poussières siliceuses sont prédominantes.
L'opération pénible du soufflage a l'emphysème pulmonaire pour conséquence fréquente. Trois ouvriers doivent souffler tour à tour, sans qu'il y ait d'interruption, et de toute leur force, dans une longue canne ou tube de fer; cette opération, outre la fatigue et l'épuisement qu'elle provoque, amène souvent des blessures et des lésions aux lèvres. Il n'est pas rare de voir la syphilis se transmettre ainsi. Un médecin de Lyon, Chassagny, a imaginé de donner à chaque souffleur un embout destiné à son usage exclusif, qui s'adapte facilement et rapidement à l'extrémité de la canne, laquelle, ne recevant plus l'application directe des lèvres, cesse d'être un agent médiat de contagion. Les ouvriers verriers ont bien vite renoncé à l'emploi de cet instrument et ils ont résolu la question d'une façon plus simple. Ils se sont imposé spontanément l'obligation de la visite médicale. Avertis du danger, les ouvriers se surveillent et exercent les uns sur les autres une inquisition permanente qui permet difficilement aux malades de dissimuler leur état. De plus, ils vont à jour fixe réclamer du médecin de l'usine une visite corporelle minutieuse. Ces remarques du professeur Bouchard sont confirmées en partie par Diday, qui a cependant vu encore récemment plusieurs exemples de syphilis verrière et qui proteste avec raison contre le laisser-aller des ouvriers, l'indifférence de certains patrons et de quelques administrations locales.
Les ouvriers qui taillent le verre sont surtout exposés aux poussières. Les particules de cristal sont absorbées par l'ouvrier, qui subit ainsi le double danger des affections des organes respiratoires, en même temps que celui des accidents saturnins, sur lesquels nous aurons à revenir. Le verre nommé verre înousseline est le plus souvent orné de dessins produits par un émail qui renferme une quantité considérable de plomb; il y a là encore une source d'accidents très iuqiorlants,
IMIOHST, TIIAriK 1 )' 1 1 V C; I ION K.
dont nous nous réservons également l'étude avec celle des autres accidents saturnins.
La fréquence des affections thoraciques chez les verriers est dans la proportion de 80 p. 100. Ils sont souvent obligés de suspendre leurs travaux, qu'ils interrompent d'ailleurs régulièrement, par suite des relais, de six en six heures. Sur cent polisseurs^ on compte trente-cinq phtisiques, ou plutôt trente-cinq individus atteints de pneumonie chronique. La vie moyenne chez eux ne dépasse pas quarante-deux ans. La phtisie professionnelle qui sévit chez les polisseurs de glace et les tailleurs de cristal peut être rapprochée de la phtisie des aiguiseurs.
2° Affections pulmonaires succédant à V inhalation de poussières chez les carriers et les ouvriers employés aux fours à chaux.
Les accidents juilmonaires sévissent chez les plâtriers, engendrés surtout par la ])0ussière iriilanic qui se dévelo|>])e durant le hroyage à sec de la pierre calcaire et le tamisage (hi iilàlre. Gliez les carriers, les inconvénients de la poussière sont atténués en partie par l'humidité de l'atmosphère qui empêche la suspension dans l'air de molécules pulvérulentes et, d'après Tardieu \ les accidents de blocs qui se détachent, d'éhoulements, font ])his de ravages chez eux que les affections pulmonaires et la j)htisie. Les ouvriers des fours à chaux sont également soumis à ces intluenses que Ghevalher a résumées ainsi :
1° Odeur désagréable et incommode de la fumée de charbon de terre, odeur qui varie selon la nature des charbons employés;
2° Production d'une certaine quantité d'acide sulfureux, résultant de la combustion des sulfures qui existent dans les houilles ;
3° Dégagement d'une très grande quantité de vapeur d'eau, qui entraîne avec elle les produits de la décomposition des matières organiques qui se trouvent en petite quantité dans le carbonate calcaire destiné à la fabrication de la chaux vive;
4° Dégagement d'une grande quantité d'acide carbonique;
5° Enfin, continuité obligée du travail qui aggrave toutes ces mauvaises conditions.
3° Affections pulmonaires succédant à l'inhalation de la poussière d'argile.
La poussière à' argile a été rapprochée de la poussière du plâtre et de la craie, bien qu'étant, en raison de la forme mousse de ses éléments, beaucoup moins dangereuse. Nous pouvons observer ses effets chez le maçon et le charpentier qui paraissent tous deux soumis à des conditions d'hygiène et de longévité à peu près identiques; chez les hriquetiers, les tuiliers, etc. Enfin, nous avons surtout à étudier l'argile comme agent de la fabrication de la porcelaine et de la faïence, dont elle constitue un des éléments les plus importants.
1. Tardieu, Des lésions produites par les éboulements accidentels, Ann. (Thyg. publ., t. XXXVI, 2"- série, 18" l.
2. Voir aussi Delcominète, De l'action des fours à chaux chauiïant à la houille sur le vin des vi^j^nes voisines, in Revue d'fvjgiène, 1879, n° 9. M. Delcominète considère comme cause de dommage pour les propriétés voisines la production de vapeurs chargées de produits pyrogénés et carbonés.
Les argiles sont composées de silicate d'alumine hydraté ; quelques-unes renferment, en outre, du sable, de la chaux et de Foxyde de fer. C'est ce corps qui leur donne la couleur rouge qu'on remarque dans les tuiles ou les briques. Les préparalions de l'argile dans les travaux de briqueterie et de tuilerie entraînent des efforts musculaires et exposent l'ouvrier aux refroidissements. Mais il n'y a développement de poussière que dans cerlaines briqueteries où la terre employée est très sèche et se pulvérise à la batte. Les accidents engendrés sont ici encore les irritations des voies respiratoires et les blépharites.
V argile plastique^ appelée aussi terre glaise ou terre à potier^ mélangée à l'eau, prend du liant et donne une pâte malléable, susceptible d'être taillée, et qui, solidifiée par l'addition de substances dégraissantes, avant d'être durcie au feu, devient la base de la poterie et de la faïence. Ces argiles ne doivent pas contenir de carbonate de chaux; car ce sel, au feu, deviendrait de la chaux pure, qui, par son avidité ])our l'eau, détruirait la vase pour peu que l'atmosphère fût humide.
Les poteries grossières se font avec des argiles communes et des terres glaises que l'on cuit à petit feu ; comme ces poteries sont poreuses, il faut, pour qu'elles ne laissent pas filtrer les liquides, les recouvrir d'un vernis métallique que l'on apphque par la fusion. Il a ordinairement pour base l'oxyde de plomb. On laisse quelquefois sans vernis certaines poteries rouges que l'on fabrique avec des argiles ferrugineuses et auxquelles on donne la forme d'anciens vases étrusques.
La faïence fine est formée d'une argile blanche qui ne contient pas d'oxyde de fer; le vernis dont on la recouvre a pour base l'oxyde de plomb ou d'étain.
Le kaolin ou terre à porcelaine est une des argiles les plus réfractaires, mais qui fait difficilement pâte avec l'eau. Il est formé de silicate d'alumine hydraté, à peu près pur. Mélangé au pétunzé ou feldspath fusible, le kaolin fait, avec le pétunzé qui lui sert de fondant, la base de la pâte de porcelaine. Les vases travaillés avec cette pâte sont en outre recouverts d'un vernis, sorte d'émail blanc produit par le pétunzé seul.
La pâte ordinaire de Sèvres est formée de : kaolin, 64; sable quartzeux, 20; sable feldspathique, 10; craie, 6. Cette pâte est abandonnée pendant plusieurs années dans des caves humides où elle subit une sorte de putréfaction qui dégage des gaz et notamment de l'acide sulfhydrique, ce qui donne plus d'homogénéité au mélange. On la travaille ensuite par trois procédés : le tournage, le moulage ou le coulage; puis on lui fait subir deux cuissons ^
La fabrication de la poterie et de la porcelaine entraîne, pour les ouvriers, les conditions hygiéniques généralement déplorables d'atehers mal aérés, mal ventilés, peu spacieux : l'humidité résultant du lavage de l'argile et du kaohn, et, par-dessus tout, l'action funeste des poussières minérales produites durant le broyage des matières premières. Les ouvriers appelés useurs de grains et qui doivent, lorsqu'une pièce est sortie du four, gratter les particules siliceuses qui résident à sa
1. Le vieux Sèvres fabriqué avant la découverte des gisements de kaolin n'avait pas pour base l'argile. La composition de la pâte était :
Sable de Fontainebleau 60,0
Nitre 22,0
Sel marin 7,2
Alun
Soude d'Alicante
Gypse de Montmartre.
Ii08
surface, sont particulièrement exposés à Tinhalation poussiéreuse. Le service des étuves expose l'ouvrier au rayonnement d'une chaleur excessive et amène des déperditions sudorales continues, provoquant un affaiblissement considérable, des maladies aiguës des poumons et du tube gastro-intestinal. Du})eret-Moret signale ces inconvénients et insiste surtout sur cette influence désastreuses des poussières fines, nombreuses qui, régnant en permanence dans les ateliers et recouvrant les murs, cloisons, planchers, appareils et instruments de travail, d'une couche épaisse que la moindre impulsion dissémine dans l'atmosphère, pénètrent dans l'organisme, et souvent même sont introduites dans le tube digestif i)ar le fait des repas pris dans l'atelier. Les ouvriers porcelainiers sont sujets à la toux, à la dyspnée, à la fréquente récidive des bronchites, des laryngites, des pneumonies qui aboutissent par une pente plus ou moins rapide, mais presque fatale, à la phtisie.
Nous empruntons à Paté * la statistique suivante recueillie dans une faïencerie de Montereau :
En 1881), la fabrique occupait ^07 ouvriers, dont 112 exposés aux poussières. Il y a eu 10 décès, dont 9 parmi les ouvriers exposés aux poussières;
En 1890, avec un ell'eclif de 461) ouvriers, dont 112 exposés aux i)oussières, il y a 11 décès, dont 9 })armi les derniers;
En 1891, les 112 ouvriers exposés aux poussières comptent 8 morts, tandis qu'il n'y en a que 3 chez les 158 autres, soit :
1889 8,03 contre 0,64
4° Alfect'ions pulmonaires succédant à l'inhalation de différentes poussières [bleu d' outre-mer^ bichromates).
Pour obtenir le bleu, dit bleu d' outre -mer ^ on emploie la soude caustique liquide saturée de silice, à laquelle on ajoute de l'alumine en gelée. Le produit est pulvérisé, puis projeté dans du sulfure de sodium fondu au feu. On chauffe pendant une heure et demie et on refroidit. La masse pulvérisée est traitée par l'eau bouillante pour enlever le sulfure de sodium; on lave avec la soude le résidu qui est déjà bleu. On chauiïe cette poudre bleue dans un creuset pour lui enlever un excès de soufre qu'elle contient ; on la broie enfin avec de l'eau et on la soumet à la dilution et à la décantation, pour l'obtenir de la plus grande finesse et de la plus belle couleur possible.
Cette fabrication dévelo|)pe une assez grande quantité de poussière bleue très fine. Elle varie de composition et de forme suivant la préparation. Aussi les ouvriers sontils exposés aux bronchites et aux pneumonies chroniques. Hirt fait observer que les amas de poussière trouvés dans les poumons n'ont pas de couleur bleue-. Les fabriques d'outre-mer sont rangées dans la première classe des établissements insalubres, en raison de l'odeur fétide qu'elles développent.
1. Paté, La phtisie des faïenciers, Annales cVhygiène, mai 1892.
2. Cependant Merkel cite une autopsie ayant démontré le dépôt de bleu d'outre-mer dans les poumons qui étaient d'une teinte bleu-noiràtre. L'individu avait été occupé à la préparation de l'outre-mer. Il avait succombé à une pneumonie chronique.
Le sulfate de baryte^ la ivithérite^ la pierre ponce et Vhématite exercent également, en raison de la finesse et de la dureté de leurs molécules pulvérulentes, une action très nuisible sur les poumons. Quant à la poussière formée par la pierre composée d'oxyde de fer et de chrome, elle produit plus rarement d'accidents du côté des voies aériennes, mais elle provoque le catarrhe des fosses nasales et la perforation de la cloison chez les ouvriers. Ce fait a été établi par Delpech et Hillairet, qui ont démontré, en outre, que tous les ouvriers chromateurs étaient exposés aux mêmes accidents et présentaient des ulcérations de la gorge, des céphalalgies fréquentes, de l'amaigrissement ^ Chevallier et Bécourt avaient déjà remarqué que lorsqu'on transforme, par le moyen d'un acide et par l'ébullition, le chromate neutre de potasse en bichromate, la vapeur entraîne avec elle une infinité de molécules pulvérulentes de ce produit, qui se répandent dans l'atelier. Ces molécules aspirées en abondance par les ouvriers donnent au palais une saveur métallique très désagréable, mais elles n'agissent pas d'une manière fâcheuse sur la bouche. Il n'en est pas de même pour la muqueuse du nez. Il se développe un coryza très intense suivi de la destruction de la cloison cartilagineuse. On a remarqué que les priseurs de tabac étaient indemnes. Si le bichromate est mis en rapport avec des excoriations, il y produit l'effet d'une véritable cautérisation très douloureuse pénétrant quelquefois jusqu'à l'os. Les parties découvertes peuvent devenir le siège d'éruptions pustulo-' ulcéreuses; il faudrait obtenir un isolement complet des parties de peau ulcérée et, au moyen d'un appareil d'interception, empêcher l'action sur les fosses nasales.
De toutes les poussières minérales auxquelles sont exposés les ouvriers, c'est la poussière de graphite qui ])araît être le plus inoffensive; les ouvriers travaillent des années sans ressentir aucun trouble du côté des organes de la respiration.
5° Affections pulmonaires succédant à Vinhalation des poussières de "plomb.
Nous réservons pour l'article de Yintoxication saturnine l'action des poussières de plomb. Nous remarquerons ici toutefois qu'elles produisent sur les poumons une irritation mécanique semblable à celle des autres molécules pulvérulentes. Les altérations engendrées sont les mêmes et nous avons affaire à une véritable pneumoconiose métaUique.
6° Affections pulmonaires succédant à l'inhalation des poussières de cuivre.
L'action du cuivre sur l'économie sera traitée au chapitre des professions agissant par intoxication et nous ne nous occuperons que des poussières provenant de ce métal. Que Ton se transporte, dit Bailly, dans un atelier de polisseurs et de limeurs de cuivre, pour peu qu'un rayon de soleil vienne hltrer à travers l'ouverture et traverser l'atmosphère chargée de poussière, on voit dans celte traînée lumineuse les particules cuivreuses briller et reluire, et déceler ainsi, par leur miroitage, leur
l.Voir, pour plus de détails, l'important mémoire de Delpech et WiWaÀTQi, Accidents auxquels sont soumis les ouvriers employés à ta fabrication des chromâtes {A7i?i. d'hyg.^ t. XXXI et XLV). Ces auteurs insistent surtout sur l'action irritante toute locale des chromâtes, et ils notent cette particularité intéressante de la conservation de l'odorat et même de sa finesse plus grande chez certains ouvriers qui étaient atîeclés de perforation de la cloison cartilagineuse des fosses nasales.
présence dans Fair ; ces particules métalliques voltigent sans cesse et pénètrent dans la bouche des ouvriers.
Ces poussières peuvent agir sur les poumons ; le danger varie suivant le volume de leurs particules. Les poussières les plus nuisibles sont celles qui proviennent du limage du laiton. Les ouvriers qui sont surtout atteints sont les chaudronniers, les tourneurs et surtout les ouvriers qui fabriquent les couleurs de bronze, industrie dans laquelle il se développe une poussière cuivreuse formée par du laiton, poussière qui est d'une extrême ténuité.
Des moyens préservateurs des poussières industrielles.
Nous avons vu combien sont nombreuses les maladies causées par les poussières. On conçoit que l'iiygiéniste ait cherché à soustraire le plus possible l'ouvrier à leurs conséquences fâcheuses.
Les moyens dont on dispose sont variés :
1° Dans un grand nombre (h cas k^s opérations dans lesquelles peuvent se dégager des poussières ont lieu mécani(|ii(Mnent en Tabsence de l'ouvrier.
Là où le travail ou la surveillance de l'ouvrier sont indispensables les dispositions peuvent encore se trouver réalisées pour mettre le corps et le visage à l'abri de tout dégagement visible. C'est le dispositif des hottes, des cages vitrées. Ce sont des caisses avec des regards en verre permettant de voir ce qui se passe, avec des trous munis de bourrelets, par les(juelles il introduit les bras. Le dégagement des poussières et vapeurs présentes dans la hotte se fait par un tuyau s'échappant à la partie supérieure. L'ouvrier est dans ce cas tout à fait soustrait aux poussières;
2** La i)rolection de l'ouvrier peut encore être obtenue par le port de masques ou respirateurs. Gosse, de Genève, se servait de tranches d'éponge cousues ensemble et humectées d'eau. Ce masque a l'inconvénient de se nettoyer difficilemeni et d'être fort gênant.
On peut, suivant les cas, recourir aux voiles de mousseline, aux masques en toile métallique avec ou sans interposition d'épongés, de coton. Dans les respirateurs de Layet et d'Henrot il y a deux chambres successives : la chambre à air immédiatement apph<[uée sur le visage, la chambre à filtration })lacée en avant de la chambre à air;
3° On diminuera dans une large mesure le mouvement des poussières en arrosant fré(|uemment le plancher, en balayant avec une serpiUière humide, en supprimant les espaces morts où les poussières s'accumulent et dont elles sont chassées ultérieurement.
Dans un certain nombre d'industries la saturation d'air par l'humidité, l'aspersion répétée d'eau, le dégagement de vapeurs diminuent beaucoup les poussières.
On aura enfin recours à la ventilation. On s'efforcera de limiter le champ d'expansion des poussières en adaptant au point même où elles se produisent des enveloppes collectrices dont le fond communique avec les conduits de refoulement ou d'aspiration.
L'aspiration se fera de bas en haut pour les poussières ténues et légères, de haut en bas par descente pour les poussières lourdes.
L'aspiration sera obtenue par une cheminée d'appel alimentée i)ar un foyer spécial ou, préférablement, par la cheminée des appareils à vapeur employés dans l'usine. Dans d'autres cas on aura recours à des ventilateurs mécaniques.