INHALATION DE MATIÈRES OU DE GAZ IRRITANTS
Il ne suffit pas de faire sortir les poussières de l'atelier. Il faut empêcher qu'elles y rentrent. Il faut qu'elles ne soient pas une source de gêne pour le voisinage. Dans un grand nombre d'usines, l'air au sortir de l'usine traverse des chambres
Fig. 199. — Aspiration des poussières industrielles sur le lieu de production.
de dépôt où il se débarrasse des poussières. Il suffit pour cela, dans certains cas, d'interposer aux canaux d'évacuation des chambres vastes dans lesquelles l'air perd de sa vitesse. Ailleurs on multiplie les obstacles en forme de chicanes pour multiplier les surfaces en contact. L'interposition d'une chute d'eau sous forme de pluie, le dégagement de jets de vapeur favorisent aussi la précipitation.
7^ Affections pulmonaires succédant à V inhalation des poussières d'engrais et à rinhalation des poussières chez les chiffonniers. — Maladie des chiffons.
Benoislon, de Châleauneuf, a rangé la profession de chiffonnier parmi celles qui exposent les poumons à Taction d'un air chargé de molécules mixtes et disposent à la phtisie. Cette influence paraît avoir été exagérée : la saleté dans laquelle croupissent les chiffonniers, leurs hahitudes abjectes, leurs excès de toute nature doivent surtout être considérés comme nuisibles. Les chiffons qu'ils manient peuvent, dans certains cas, servir de moyen de transmission de maladies contagieuses. La préparation des chiffons, comme opération préliminaire à la fabrication des papiers, expose les ouvriers à une certaine absorption de poussière.
Levy a décrit, sous le nom de maladie des chiffons (die Hadernkrankheit) \ une affection ({iii a été surtout observée par les médecins de la basse Autriche; on ne la voit guère que dans les fabriques de papier. La maladie débute par de la faiblesse, de Tanorexie, de Tinsomnie, des vomissements, une sensation de pesanteur à l'épigaslre; dès le second jour ou quelquefois au tioisième, on oljserve de la cyanose des lèvres, des joues, des ongles; des sueurs froides; de Pœdème des poumons; rien du côté du cerveau. Généralement la mort est tranquille, excepté dans les cas où il y a de la stase pulmonaire. Pas de i)héiiomènes abdominaux, pas d'albumine dans l'urine. A l'autopsie on trouve des lésions diverses du poumon sans caractère spécial. Cette maladie ne fra[)pe que les femmes occupées à trier les chiffons blancs; celles qui ont d'autres occui)alions, ou qui trient les chiffons de couleurs sont entièrement épargnées. Les autorités de la basse Autriche ont cherché par une loi à combattre les causes de ces accidents. Levy a conseillé en outre d'instiuire les ouvrières du danger des poussières qu'elles sont exposées à inhaler. Les salles de triage doivent être soumises à une ventilation énergique. Chaque ouvrière doit être munie d'un a[)pareil respirateur. Mais le point essentiel qu'il conseille et dont l'exécution rendrait les autres conditions inutiles, est de ne faire trier que des chiffons lavés et à l'état humide.
Les recherches d'Ei)pinger ont établi définitivement, comme on l'avait déjà pressenti, la nature réelle de cette maladie. Il s'agit d'une forme de charbon causée par la bacléridie charbonneuse.
Hirt signale encore, comme engendrant une grande quantité de poussières, l'industrie, nuisible i)ar conséquent, qui consiste à déchirer les chiffons de laine pour les rehler ensuite. Si la durée du séjour dans les ateliers est prolongée, on voit se développer les pneumonies aiguës et chroniques. Il ajoute que, sous ce rapport, la situation n'est pas aussi mauvaise en Allemagne qu'en Angleterre, tant à cause d'une ventilation énergique qu'en raison de la grande quantité des matières grasses adhérentes aux chiffons, par suite des habitudes malpropres de la population. Quant à l'inHuence de la poussière provenant d'engrais de fumier ou des routes., sur la santé des ouvriers, elle est très atténuée par le travail au grand air. En revanche, ils sont beaucoup i)lus e\])0sés aux maladies j)rovoquées par le froid, la pluie et les changements de température.
1. Deutsche Vierteljakresschrift fur Gesundheitspfler/e, 1877, p. 716.