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APPAREILS CIRCULATOIRE, DIGESTIF, NERVEUX, GÉNITO-URINAIRE

tibles. Mais pour qu'ils s'enflamment deux conditions sont nécessaires : 1" leur mélange à Tair en proportion convenable; une haute température de ce mélange. Si ces deux conditions ne sont pas réalisées dans le foyer lui-même ou dans les conduits que parcourent les produits gazeux de la combustion, les. carbures d'hydrogène subissent une décomposition dont le résultat est un dépôt abondant de suie ou de charbon en particules ténues qui sont entraînées dans le courant de gaz et sortent par l'orifice de la cheminée.

Tous les appareils fumivores ont par but de réaUser les deux conditions que nous avons indiquées comme nécessaires, pour opérer Tinflammation et la combustion complète dans le fourneau, des carbures d'hydrogène.

Ces conditions ont été réaUsées, pour trois iypes de grandes usines, par des appareils dont les dispositions étaient commandées par la nature des opérations à effectuer. Ces appareils sont :

1° Les fours Siemens, dans lesquels la fumivorité est obtenue au moyen d'un artifice consistant à distiller le combustible pour chauffer au moyen des gaz qui, dans le foyer, au contact de lair, sont transformés complètement en oxyde de carbone et hydrogène carboné. A mesure que la température s'élève, Toxyde de carbone et l'hydrogène carboné sont eux-mêmes brûlés et les gaz rejetés par la cheminée sont absolument incolores.

2° Les fours à puddler de Johnson, dans lesquels les gaz sont ramenés sous la chaudière d'où un tuyau commun les amène dans une cheminée d'appel. Une prise d'air, de dimension calculée, existe à un demi-mètre du four sur le tuyau de sortie, et un registre, placé à l'entrée de la chambre ménagée sous la chaudière, permet de régler à volonté le tirage et la combustion des gaz.

3° Les fours à poteries de Doullon, dans lesquels lair arrive à travers une cloison en briques réfractaires placée sur la voûte de chaque foyer. L air est ainsi porté à une haute température avant de rencontrer les gaz de la houille, avec lesquels il se mélange et qu'il brûle complètement.

Mais ces constructions, spéciales pour chaque genre d'industrie, ne sont pas applicables dans d'autres conditions. Dans les foyers des machines fixes, où l'on peut modifier à volonté l'arrangement du fourneau, on a bien vite reconnu qu'aucun type n'est exclusivement fumivore, mais que la destruction de la fumée dépend de l'observation des principes suivants :

1° Avoir sur la grille une épaisseur de charbon de 10 à lo centimètres au plus; Éviter tout ce qui peut abaisser la température du foyer et pourrait favoriser la brusque formation d'une trop grande quantité de gaz froids :

3° Introduire de l'air supplémentaire dans la zone de combustion:

4° Avoir un cendrier et une chambre de combustion suffisamment hauts; éviter les foyers longs et étroits; avoir une bonne cheminée;

0° Choisir si possible des houilles non fumeuses.

Il convient d'avoir un bon chauffeur.

On peut faire intervenir l'eau comme moyen de fumivorité soit en injectant de la vapeur d'eau dans le foyer, soit en faisant passer la fumée dans des conduits où elle est lavée par une pluie continuelle.

TROUBLES PROFESSIONNELS DU COTÉ DES APPAREILS CIRCULA- TOIRE, DIGESTIF, NERVEUX, G É N I TO- U R I N A I R E ET PROFESSIONS QUI LES PROVOQUENT

La |»luparl des accitlents provo(jii('s du colé de ros a|»]»areils par un travail professionnel quelconque seront étudiés dans le eliapitre consacré aux professions qui agissent par intoxication. On ne saurait en effet, sans inconvénients, dissocier les divers symptômes d'un empoisonnement et fractionner ainsi une étude d'ensemble.

Nous remarquerons toutefois, au point de vue des atteintes que peut recevoir l'appareil circulatoire^ que les professions exigeant un déploiement de forces considérable, entraînant un effort répété, provoquent souvent des affections du cœur. Ce fait a été signalé chez les boulangers^ les batteurs de métaux (Shann, Halfort). La station verticale a été considérée comme pouvant devenir la cause de varices. Les professions sédeiitaires occasionnent un ralentissement de la circulation abdominale : de là des congestions du côté du foie, de l'estomac et des intestins, et, par suite, des troubles digestifs, de la dyspepsie, de la constipation, des hémorroïdes.

La plupart des accidents de ra])pareil nerveux sont la conséquence des phénomènes d'intoxication. Quelquefois, cependant, ils résultent d'une action en quelque sorte mécanique. Ainsi chez les ouvriers des hauts fourneaux., les forgerons et les verriers, rinllammation de l'encéphale et de ses enveloppes a pu être rap()ortée à l'action intense du calorique. Une telle action continue peut devenir, par le passage brusque d'une chaleur très vive au froid, la cause de néphrites et d'albuminuries aiguës.

Melchiori a observé les fâcheuses conséquences de l'attitude sui' la grossesse chez les dévideuses de cocons. Gubian avait déjà remarqué que des obliquités du bassin pouvaient résulter de telles altitudes contractées dès le jeune âge. Melchiori a observé également des troubles de la menstruation, soit qu'elle fût trop abondante, ou que les époques en fussent trop ia})prochées. Il a signalé également des avorlements et des accouchements prématurés. Nous verrons, au chapitre des intoxications, l'influence désastreuse de certains agents sur le produit de la conception ())lomb, mercure). Kostial a constaté chez les femmes employées aux fabriques de cigares des avortements; d'après lui, le lait de ces ouvrières nourrices a une odeur de tabac très prononcée.

TROUBLES PROFESSIONNELS DU COTÉ DE L'ORGANE DE LA VISION ET PROFESSIONS QUI LES PROVOQUENT- INFLUENCE DE L'ÉCOLE SUR LA VUE. HYGIÈNE SCOLAIRE

Un certain nombre de travaux, de professions ou de conditions d'existence peuvent exercer sur les yeux une influence nuisible. Les désordres qu'ils produisent sont de deux sortes : les uns résultent d'nne modification survenue dans l'ensemble de l'organisme et doivent être considérés comme des manifestations de l'état général mauvais dans lequel sa manière de vivre place le malade. Les autres, au contraire, sont isolés ou du moins primitifs; ils proviennent directement du travail exagéré

auquel est soumis l'appareil visuel et des mauvaises conditions dans lesquelles cet appareil fonctionne. Cette distinction, moins rigoureuse qu'elle n'en a Fair au premier abord, mais cependant naturelle, sera observée, autant que possible, dans ce chapitre.

Nous devons nous excuser d'avance, auprès de nos lecteurs, de l'étendue assez considérable que nous avons cru devoir accorder à ce sujet. Son importance pratique, son application directe à un grand nombre de questions qui sont à Tordre du jour, enfin les nombreux travaux dont il a été l'objet, nous ont engagé à dépasser, dans une certaine mesure, les limites que nous nous prescrivons habituellement. Il ne s'agit pas, en effet, comme dans les chapitres précédents, d'une simple question d'hygiène professionnelle : les dispositions qu'il convient de prendre dans les écoles^ dans l'intérêt de la santé de nos enfants, y sont également discutées. C'est là, ce nous semble, une justification suffisante.

T. — Ktudions d'al)or(l les lésions oculaires qui résultent directement des conditions dans lesquelles s'exerce la vision : ce sont de beaucoup les plus importantes parmi celles dont nous avons à nous occuper ici. Loin de n'intéresser, en effet, qu'un petit nombre d'ouvriers spéciaux, comme la plupart des maladies professionnelles, elles menacent des classes d'individus extrêmement nombreuses. Pour s'en convaincre, il suffit de savoir qu'elles peuvent être amenées par toutes les occupations qui, exigeant le concours de la vision de près, nécessitent des efforts longtemps soutenus d'accommodation.

On sait que dans un œil bien conformé, c'est-à-dire emmétrope, les rayons lumineux émanés d'objets éloignés, arrivant vers la cornée dans une direction sensiblement parallèle tendent, [)ar suite de la réfringence des milieux de l'œil, à converger naturellement sur la rétine où ils forment une image tout à fait nette. Au contraire, si l'œil est dirigé vers un objet placé à peu de distance, les rayons lumineux qui en émanent tombent sur la cornée dans une direction divergente ; si rien n'est changé aux conditions de réfringence, ils iront donc former leur foyer au delà de la rétine, et ne donneront sur cette membrane qu'une image confuse et brouillée. Pour que les objets rapprochés soient vus nettement, il faut que les conditions dioptriques de l'œil soient modifiées, et elles ne le sont qu'au prix d'un effort d'autant plus considérable que le point à voir se rapproche davantage. Aussi, tandis que la vision de loin, si prolongée qu'elle soit, n'a jamais sur l'œil aucune influence fâcheuse, la vision de près entraîne, à la longue, une fatigue, puis certaines altérations particulières que nous allons préciser.

Myopie. — On a remarqué, depuis longtemps, que la myopie est très fréquente chez les individus qui se livrent à des travaux assidus et sédentaires; qu'elle se développe surtout pendant le temps d'école et qu'elle n'est nulle part plus fréquente que dans les écoles supérieures du gouvernement, et en particulier VÉcole poLytechnifjue, VEcole des Chartes, etc. ; on sait également qu'elle est beaucoup plus commune dans les villes, où tout le monde lit plus ou moins, qu'à la campagne, où, même dans les régions les plus favorisées, la lecture n'est jamais qu'une occupation exceptionnelle et de courte durée.

Cet ensemble de faits d'observation courante et vulgaire serait certes déjà suffi-

sant pour indiquer dans quel sens agissent sur Toeil les efforts prolongés d'accommodation. Cependant, on pourrait se demander s'il n'y a pas là certaines coïncidences dont on ne se rend pas bien compte au premier abord. Au point de vue de l'apparition de la myopie, pendant le temps d'école en particulier, on pourrait supposer que dans d'autres conditions les mêmes lésions se produiraient peut-être sous la seule influence de l'âge et du développement. Mais des enquêtes ont été faites qui ne laissent subsister aucun doute.

Il a été démontré jusqu'à l'évidence que c'est bien à la vie d'école qu'il faut attribuer le développement de la myopie chez les enfants. Nous nous contenterons de rapporter ici le résultat des intéressantes recherches de F. Erisman, de Saint- Pétersbourg ^ et de Gohn, de Breslau^. Ce sont, croyons-nous, les plus importantes qui ont été faites sur ce sujet.

Le travail de Erisman porte sur le nombre considérable de 4 358 enfants, pris dans sept écoles russes diverses et quatre écoles allemandes. Dans les premières, l'âge variait de 10 à 21 ans; il était de 8 à 20 ans dans les secondes. La détermination de la réfraction était faite par le i)rocédé ordinaire, au moyen des tables de Snellen; pour chacun des sujets on nota Tâge, le nombre d'années d'étude, l'éclairage employé et le nombre total d'heures de travail.

Voici les principaux résultats obtenus :

Sur un total de 4 358 sujets, il y avait :

Myopes 1 347 soit 30,2 p. 100

Emmétropes 1 122 — 26 —

Hypermétropes 1 889 — 43,3 —

Amblyopes 20 — 0,5 —

Sur 3 266 garçons, on trouva :

Myopes 1 017 soit 31,1 p. 100

Emmétropes 867 — 26,5 —

Hypermétropes 1 369 — 42 —

Amblyopes 13 — 0,4 —

Sur 1 902 filles :

Myopes 300 soit 27,5 p. 100

Emmétropes 265 — 24,2 —

Hypermétropes 520 — 47,7 —

Amblyopes 7 — 0,46 —

Sur 2 534 élèves russes, il y avait :

xMyopes 866 soit 34,2 p. 100

Emmétropes 054 — 23,8 —

Hypermétropes 1 001 — 39,5 —

Amblyopes 13 — 0,5 —

Sur 1824 élèves allemands, il y avait :

Myopes 451 soit 24,7 p. 100

Emmétropes 478 — 26,2 —

Hypermétropes 886 — 48,6 —

Amblyopes 9 — 0,5 —

1. Recherches sur les yeux de 4 358 écoliers, in Arch. fur Ophtalm. et Annal. d'ocuL, 1871.

2. Examen dioplrique des yeux de 10 000 écoliers, in Congrès ophtalmo logique d'Heidelherg^ 1865.

Ainsi les garçons, généralement soumis à des travaux plus assidus et plus sérieux, donnaient une proportion de 31,1 myopes p. 100, tandis que les filles ne donnaient que 27,5 p. 100. De plus, la différence entre les écoles russes, avec 34,2 p. 100 de myopes, et les écoles allemandes, avec 24,7 p. 100 seulement, était très marquée, ce qui doit être attribué à ce que les premières renfermaient exclusivement des pensionnaires, et les autres exclusivement des externes. En effet, ces derniers sont soustraits, dans une certaine mesure, à Tinfluence de Técole; ils sont d'habitude moins surchargés de travail et se trouvent placés dans de meilleures conditions hygiéniques générales; enfin, et surtout, ils passent chaque jour un certain nombre d'heures en plein air et peuvent alors relâcher complètement leur accommodation, tandis que les pensionnaires, toujours enfermés dans les salles d'étude, ou dans des cours plus ou moins étroites, ne fixent jamais les yeux que sur des objets rapprochés et ne peuvent, à aucun moment, détendre tout à fait leur muscle ciliaire. L'influence fâcheuse de l'internat a, du reste, été établie directement. Dans une même école, sur 397 pensionnaires, on trouva 167 myopes, c'està-dire 42,1 p. 100, tandis que sur 918 externes on n'en trouva que 325, c'està-dire 35,4 p. 100.

Erisman ne s'est pas arrêté à ces résultats généraux : divisant les sujets par classe et par âge, il a constaté que dans les classes inférieures, chez les enfants de 6 à 7 ans, le nombre des hypermétropes allait jusqu'à 76 à 78 p. 100. L'hypermétropie est donc l'état normal et physiologique à cet âge; un enfant de 6 à 7 ans, placé à vingt pieds du tableau de Snellen, et lisant couramment le 20 de ce tableau, doit pouvoir le lire encore malgré l'interposition de verres convexes faibles. L'emmétropie et la myopie sont, au contraire, l'exception. Bientôt les proportions changent, quelques-uns restent hypermétropes, la plupart deviennent emmétropes pour rester en cet état ou devenir myopes un peu plus tard. A mesure qu'on s'élève dans les classes supérieures, on voit en effet la myopie devenir plus fréquente et atteindre un plus fort degré; nous savons qu'elle est extrêmement répandue dans les écoles d'enseignement supérieur, auxquelles on ne parvient que par un travail excessif et un véritable surmenage de la vue. Giraud-Teulon cite une promotion de l'École polytechnique qui contenait 35 myopes sur 100 conscrits.

Cet auteur a complété ses intéressantes recherches en déterminant d'une manière systématique l'acuité visuelle chez les myopes examinés. Il l'a trouvée en moyenne plus faible que chez les hypermétropes et les emmétropes de même âge. La différence, inappréciable dans les faibles degrés de myopie, devient frappante à mesure qu'on arrive aux degrés élevés, au delà de 1/12^ par exemple. Il en est de même des lésions du fond de Toeil; à partir du même degré il y a toujours un peu d'atrophie choroïdienne de la partie externe de la papille et ce staphylôme augmente rapidement à mesure que la myopie devient plus forte.

Les relevés antérieurs du docteur Hermann Gohn, de Breslau, avaient déjà donné les mêmes résultats. Sur 10 000 étudiants et élèves de toutes catégories, cet auteur a trouvé 1 004 myopes. Toutes les écoles dans lesquelles il a fait ses recherches en renfermaient; mais dans les écoles de villages la proportion était de 1,4 myope pour 100 élèves, tandis qu'elle était de 11,4 p. 100 dans celles des villes. Dans ces dernières la proportion s'élevait en raison du degré d'instruction :

PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE.

Écoles primaires Ecoles moyennes Écoles normales.

Gymnases

Dans les gymnases, plus de la moitié des élèves de la première classe sont myopes. Cohn a constaté, de plus, que le degré de myopie s'élève assez régulièrement de deux en deux ans dans les diverses écoles; il n'a pas trouvé de myopes parmi les élèves qui n'avaient pas un demi-semestre révolu de scolarité. Il est donc bien démontré aujourd'hui que ce sont surtout les travaux de lecture et d'écriture qui amènent à la longue le développement de la myopie.

D'autre part, il est certain que la myopie est héréditaire ; les enfants de parents myopes sont prédisposés au développement de cette affection par la structure même de leurs yeux; ils deviendront donc certainement myopes, s'ils se trouvent placés dans des conditions suffisamment mauvaises pour faire naître la myopie dans des veux naturellement emmétropes. Nous sommes ainsi menacés d'un accroissement illimité du nombre des myopes, si des mesures sérieuses ne sont prises pour diminuer, autant que possible, l'influence nuisible de l'école sur la vue.

Mais avant de nous occuper de ces mesures qui sont en parfait accord, comme on le verra, avec ce que prescrit l'hygiène générale de l'enfant et de l'écolier, nous (levons exposer rapidement le mécanisme i)ar lequel les efforts répétés d'accommodation amènent le résultat fâcheux que nous révèle la statistique. Se contenter de l'énoncé du fait serait insuffisant dans une question aussi importante.

On sait que les efforts continus d'accommodation, exigés par la vision de près, ne se font (ju'au i)rix de la contraction énergif^ue et prolongée du muscle ciliaire. Or les expériences de Donders et Griinhagen ont établi que la contraction de ce muscle, placé horizonlalemeul autour de l'éciuateur du cristallin, fait augmenter la tension intra-oculaire. Donders a vu diminuer le calibre des veines de la papille d'un cliien (piand il lui faisail fixer des objets rapprochés; Griinhagen excitant (lireclemenl les lilcls neiveux (jui se rendent au muscle ciliaire sur un œil, dans le(piel on avait introduit la branche libre d'un manomètre, a mesuré l'excès de lension ainsi piodiiil et l'a trouvé assez considérable. Ce phénomène est dû à la disposition analonii<|ue des artères destinées aux parties antérieures de l'a^il; ces rameaux traversent presque tous le muscle ciliaire et se trouvent par suite comprimés lorsqu'il se contracte, d'où l'accumulation du sang en arrière et l'augmentation de la tension intra-oculaire.

Celte cause de distension est sans doute bien légère, mais, comme elle se reproduit sans cesse, elle doit finir par vaincre la résistance des enveloppes de l'œil, alors surtout que la sclérotifpie incomplètement développée n'a pas encore acquis la rigidité qu'elle aura plus lard. De plus le globe oculaire, étant soutenu latéralement par des muscles droits, ne cède pas dans toutes les directions, mais seulement dans le point le jdus faible, c'est-à-dire en arrière : d'où l'allongement de son axe anléro-postérieur et par suite la production de la myopie.

Si telle est la situation pour les individus dont l'œil est bien conformé, elle est beaucoup plus grave encore pour les myopes de naissance. Chez eux, en effet, par suite d'un vice de développement particulier, étudié par Iwanoff, le muscle ciliaire,

6,7 myopes p. 100 10,8 — — 19,7 — — 26,2 — —

au lieu de comprendre des fibres circulaires et des fibres radiées coïnme dans l'œil normal, est presque exclusivement composé de ces dernières; or leur contraction produit bien plutôt le tiraillement de la choroïde que la détente de la zonule de Zinn et le changement de courbure du cristallin.

Le myope qui semblerait au premier abord être favorisé pour la vision de près, puisqu'il voit nettement, sans effort, des objets rapprochés que femmétrope ne distingue qu'avec le secours de l'accommodation, est en réahté fort mal partagé. La structure défectueuse de son muscle ciliaire l'oblige à faire des efforts considérables et à exercer sur sa choroïde des tiraillements qui se font sentir jusqu'à l'insertion de cette membrane autour du nerf optique. Ces tiraillements ne sont pas sans influence sur le développement du staphylôme postérieur en ce point. On a, du reste, démontré qu'ils se produisent réellement, en implantant des aiguilles dans des yeux fraîchement énucléés, un peu en arrière de l'insertion du muscle ciliaire sur la choroïde, et en excitant ensuite les nerfs ciliaires. Aussitôt que le muscle ciliaire se contractait, on voyait l'extrémité libre de l'aiguille se déplacer en arrière, preuve manifeste que la pointe, attirée par le déplacement de la choroïde, se portait en avant. Cette nouvelle cause de détérioration de l'œil vient s'ajouter, dans une certaine mesure, même chez les emmétropes, aux effets de l'augmentation de la tension intra-oculaire amenée par l'acte de l'accommodation.

Ce n'est pas tout. Lorsque nous regardons un objet éloigné avec les deux yeux, les rayons lumineux arrivant dans une direction sensiblement parallèle, les deux axes optiques restent aussi parallèles, et les muscles extrinsèques n'ont d'autre tâche que de diriger les yeux vers l'objet à examiner. Au contraire, quand nous regardons de près, il faut que nous fassions converger les deux axes optiques de façon qu'ils se croisent précisément sur le point que nous voulons voir. Le premier effet des efforts de convergence longtemps prolongés est d'augmenter la pression normalement exercée par les muscles droits et par les muscles obliques sur le globe oculaire; il en résulte encore une augmentation correspondante de la tension intraoculaire. Elle vient s'ajouter à celle que produisait déjà la contraction du muscle ciliaire et contribue avec elle à produire l'allongement de l'axe antéro-postérieur de l'œil.

De plus la cornée étant dirigée en dedans, l'extrémité postérieure de l'œil se trouve forcément portée en dehors, et il en résulte un tiraillement assez violent sur le côté temporal du nerf optique dont l'extensibihté est très limitée. Par suite de cette traction la gaine externe de ce nerf tend à se détacher de sa gaine interne ; la sclérotique est entraînée avec elle et l'œil se trouve de plus en plus affaibli vers son pôle postérieur. Cet affaiblissement a son importance, car c'est précisément au point où il se produit que se manifeste de préférence l'atrophie choroïdienne dans la myopie avancée; souvent même le staphylôme a exactement la même étendue que le décollement sclérotical.

Toutes ces causes réunies nous expliquent facilement comment la vision de près, longtemps prolongée, peut amener la myopie chez les enfants hypermétropes ou emmétropes et augmenter progressivement les lésions déjà existantes chez les myopes de naissance.

Il y a donc là un danger considérable sur lequel l'attention doit être appelée. Mais comment combattre le mal? La statistique, la théorie et l'expérience démon-

trent que la véritable cause de la myopie est dans le travail forcé auquel sont soumis les enfants dans les écoles; cependant il est impossible de supprimer ce travail; loin de songer à le restreindre, on Taugmente incessamment et on l'impose chaque jour à un nombre d'enfants plus considérable. Tâchons donc au moins qu'il se fasse dans les conditions les moins désavantageuses.

Les inconvénients du travail de près sont en effet singulièrement augmentés par l'insuffisance et la mauvaise distril)ulion de Véclairage, ainsi que par la mauvaise disposition des pupitres et des bancs dont se servent les écoliers.

Examinons d'abord les conditions d'éclairage.

En premier lieu, les classes et les salles d'étude devront être très bien éclairées le jour et surtout le soir. Il est évident, en effet, qu'un éclairage médiocre ou mal disi)Osé nous oblige à diminuer la distance entre l'œil et le livre pour lire et écrire ; or nous ne pouvons voir distinctement de près qu'au prix d'efforts considérables d'accommodation et de convergence dont nous connaissons tous les mauvais effets;

La lumièi-e arrivera latéralement et du coté gauche. La lumière venant de face est mauvaise, parce qu'elle est éblouissante. Les enfants, en cherchant instinctivement à l'éviter, inclinent la tète aussi bas que possible pour abriter leurs yeux à l'ombre de leurs arcades sourcillières, ou bien se tournent de côté et se placent dans une position fatigante et vicieuse. La lumière arrivant par derrière est complètement insuffisante, puisqu'elle est masquée par l'ombre portée de la tôte et de la partie supérieure du corps. Enfin celle qui vient de droite ne vaut i)as celle qui vient de gauche, parce que l'ombre de la main qui écrit cache le })oinl (jue l'on doit regarder.

La disposition la plus favorable consiste donc à avoir des salles d'école pourvues de larges et liantes fenêtres placées sur un des côtés longs, et d'y disposer les tables perpendiculairement à ce côté, de façon que la lumière tombe sur le côté gauche des élèves *. On a ainsi plusieurs rangs de tables parallèles, mais la surveillance n'en est pas plus difficile pour cela, si l'on a la précaution, soit d'élever un peu les bancs les uns au-dessus des autres en gradins, soit d'exhausser d'une façon suffisante la place du surveillant.

Nous avons dit que les fenêtres doivent être non seulement larges, mais très hautes. En effet, la lumière qui vient de haut est toujours la meilleure; c'est celle dont la distribution est le plus uniforme, quel que soit le côté d'où elle vient. Si l'on ne pouvait adopter la disposition indiquée, on compenserait, dans une certaine mesure, la position défectueuse des fenêtres par leur élévation.

Cependant, nous devons signaler ici un autre danger : la lumière venant directement d'en haut, comme celle que donne un plafond vitré, n'est bonne en aucun cas. Elle porte à [)lacer. le livre horizontalement pour qu'U reçoive le plus de lumière possible, et nous verrons plus loin que cette disposition entraîne une attitude funeste, non seulement à la vue, mais encore à la santé générale; de plus, les rayons lumineux, réfléchis par la surface blanche du livre, sont directement renvoyés vers l'œil; d'où la même sensation d'éblouissement que quand la lumière vient d'en face et les mêmes inconvénients que dans ce cas.

Le soir, les lampes doivent être, autant que possible, disposées de façon à produire un éclairage semblable à celui dont nous venons d'indiquer les conditions. On ne

i. Voir E. Trélat, Sur la nécessité d'éclairer les salles d'école par un Jour unilatéral.

doit pas employer les becs de gaz à feu nu qui ne donnent qu'une lumière vacillante, mais les entourer d'un cylindre de verre qui rend la flamme plus fixe et plus brillante ; des réflecteurs amélioreront encore l'éclairage sans augmenter la dépense de combustible. On les disposera de façon à ce que la lumière arrive en abondance sur les tables, mais ne frappe pas directement les yeux. Enfin, si l'on a le choix, on préférera toujours la flamme riche en rayons jaunes de la lampe à l'huile à la flamme trop blanche du gaz; la lumière qu'elle donne est aussi éclairante sans être aussi éblouissante.

Le verre dépoli qu'on pourrait être tenté d'employer serait très mauvais. La remarquable propriété qu'il possède de diffuser la lumière peut être utilisée pour l'éclairage général d'une chambre, mais pour le travail il ne donne qu'un éclairage insuffisant. Il est même nuisible, s'fl est placé directement devant les yeux, parce qu'il forme une surface d'un blanc éblouissant dont la vue est insupportable. Aussi ne faut-fl jamais s'en servir, comme on le fait quelquefois, pour empêcher les écohers de regarder au dehors par les parties inférieures des fenêtres. Il vaut mieux fermer ces parties, d'ailleurs peu utiles au point de vue de l'éclairage, avec un écran tout à fait opaque. Le verre dépoli doit être réservé pour les plafonds dans les salles de dessin, par exemple, et pour les parties les plus élevées des fenêtres lorsqu'on veut faire parvenir la lumière dans des points mal éclairés directement.

Les tables horizontales ou peu inclinées, dont on se sertie plus souvent, favorisent le développement de la myopie en exigeant pour la lecture ou l'écriture une forte inclinaison de la tête en avant. Cette position amène bientôt, par l'effet de la pesanteur, une congestion passive de toute la tête et de l'œil ; il en résulte une augmentation de la tension intra-oculaire, dont les effets insensibles en apparence deviennent très marqués par suite de son action incessante. D'autre part l'enfant, prenant l'habitude de se tenir constamment penché en avant, approche plus qu'il ne devrait ses yeux du livre et est obligé, par suite, à des efforts exagérés d'accommodation, de sorte que la position vicieuse entraîne l'apparition de la myopie et que celle-ci aggrave les déformations causées par celle-là.

Il y a là une sorte de cercle vicieux qui nous force à élargir la question. Nous ne pouvons, dans la recherche de la meilleure forme à donner au mobilier scolaire^ nous borner à ce qui intéresse les yeux ; l'enchaînement des faits nous oblige à examiner, au moins rapidement, la question tout entière. La mutiplicité des recherches, faites à ce sujet dans les pays où l'on apporte le plus de soin à l'aménagement et au développement des écoles, est une preuve de l'importance de la question qui nous occupe. L'unanimité des conclusions, quant aux causes du mal et aux moyens d'y remédier, est une garantie de leur exactitude.

Les principaux inconvénients du mobilier ordinaire sont :

1° L'absence de dossiers;

2° L'écartement exagéré du siège et du pupitre ;

3° Le défaut de proportion entre la hauteur du siège et celle du pupitre ;

4° La mauvaise forme et la mauvaise inclinaison du pupitre.

Le dossier est nécessaire pour soulager les muscles sacro-lombaires, qui ne peuvent maintenir le tronc dans la position verticale pendant les classes de deux ou même trois heures de durée. Quand il manque, le corps finit forcément par se pencher en avant en comprimant les viscères elles poumons, dont le libre jeu se trouve entravé.

Si l'enfant est obligé de placer son livre sur une table trop éloignée du banc où il est assis, il est amené à se mettre tout au bord de son siège et à faire porter tout le poids de son corps sur les coudes, d'où une projection des épaules en avant encore augmentée parla disproportion existant souvent entre la hauteur du banc et celle du pupitre. Bientôt cette position devient intolérable, la tête s'incline en avant et vient s'appuyer, soit sur une des mains placée sur la joue, soit sur les deux mains soutenant les tempes, ou bien c'est le menton qui vient prendre son point d'appui sur les deux bras croisés et placée sur la table. Dans ces différentes postures familières à ceux qui se rappellent la fatigue de longues heures d'étude, le livre ne se trouve qu'à dix

Fig. 200. — Cctto liguro représente un type de disposition à donner au matériel scolaire. Le support S est mobile, il se relève pour soutenir le livre daus la lecture et s'abaisse quand l'élève veut écrire.

ou quinze centimètres des deux yeux, ou bien il est placé de côté et par conséquent à une distance inégale de chacun d'eux.

Si l'on veut écrire, les inconvénients ne sont pas moindres. Le bras droit seul s'appuie solidement sur la table; le bord du papier, au lieu d'être parallèle à celui de la table, devient oblique ou même perpendiculaire, et la partie supérieure du corps se plaçant toujours directement en face du papier, tandis que la partie inférieure est fixée par le banc, il en résulte une inclinaison et une distorsion croissantes de la colonne vertébrale. Cette position maintenue chaque jour pendant plusieurs heures de suite au moment du développement finit par amener des déformations définitives. En Suisse, 20 p. 100 des écoliers, 40 p. 100 des écolières ont une épaule plus haute que l'autre.

Enfin l'inclinaison à donner aux pupitres a la plus grande importance. On sait que les systèmes musculaires des deux yeux ne sont indépendants qu'au point de vue anatomique. Les muscles des deux côtés se contractent toujours synergiquement, et de plus ils ne peuvent produire qu'un certain nombre de mouvements déterminés

d'avance; par exemple, il nous est impossible de contracter isolément les deux droits externes de façon à faire diverger les deux axes optiques; au contraire, nous contractons instinctivement les deux droits internes pour faire converger les yeux sur un objet rapproché. Mais parmi les combinaisons possibles il faut encore distinguer : les unes sont durables et peuvent être maintenues longtemps sans fatigue, tandis que les autres ne peuvent exister que pendant un temps plus ou moins court. Ainsi nous ne pouvons examiner qu'avec effort un objet rapproché, s'il est un peu au-dessus de l'œil, tandis que nous le regardons sans peine s'il est en face et surtout s'il est un peu au-dessous. Chacun sait qu'il est très difficile de regarder longtemps un plafond peint et que, dans une galerie de peinture, les tableaux les plus élevés sont de beaucoup les plus fatigants à voir.

C'est pour la même raison qu'il est très mauvais de lire couché sur le dos. Outre la faiblesse de la vue, l'asthénopie, que produit l'habitude de hre au ht, elle prédispose à la myopie, parce qu'elle nous obhge à maintenir longtemps les yeux dans une position instable. En effet, les muscles de l'œil fatigués se contractent bientôt tétaniquement, comme il arrive toujours en pareil cas, et le muscle ciliaire, participant à l'état de tension violente où se trouvent toutes les forces motrices de l'œil, se contracture à son tour, d'où l'augmentation de la pression intra-oculaire et la distension des enveloppes de l'œil.

Il est donc nécessaire, si nous voulons regarder longtemps et avec le moins de fatigue possible une surface plane comme celle d'un livre, de placer celui-ci directement en face des deux yeux et un peu en bas, de façon que les axes optiques soient inclinés de 45 degrés environ au-dessous de l'horizontale. Telle est la véritable raison qui rend indispensable l'usage des tables inclinées.

En résumé, les bancs doivent être pourvus de dossiers droits, consistant en une pièce de bois de 10 cent, de large environ, fixée juste à la hauteur des reins audessus des hanches. De cette façon les enfants les moins forts pourront se tenir tout a fait droits ; ils seront soutenus même en lisant et en écrivant, sans cependant être tentés de se renverser en arrière, comme dans un fauteuil. Le siège doit être assez large pour supporter presque toute la longueur de la cuisse, et sa hauteur doit être calculée de façon que la plante du pied se place naturellement sur une planche destinée à la recevoir. Le rebord inférieur du pupitre doit se terminer juste au niveau du bord antérieur du banc, sa hauteur doit correspondre à celle du coude, de façon que l'avant-bras s'y pose sans effort. Trop bas ou trop éloigné du banc, il oblige le corps à se voûter en se penchant en avant; trop élevé, il repousse le coude et l'épaule en haut. Enfin, il faut que le pupitre soit inchné pour hre d'au moins 40 à 45 degrés au-dessus de l'horizontale. Au point de vue optique, la même inclinaison serait excellente pour écrire; mais comme elle rendrait les mouvements de la main et de la plume très difficiles, on sera obhgé de se contenter d'un angle de 20 degrés environ.

Ces conditions paraîtront peut-être difficiles à réaliser rigoureusement dans des écoles qui contiennent souvent des enfants d'âge et de taille différents. C'est là une grave difliciilté pratique. Le système américain dans lequel chaque enfant a son siège et son pupitre, faits à sa mesure, et le système suisse qui admet un mobilier de sept grandeurs différentes, pour suffire à toutes les conditions de taille, sont en partie appliqués en France. Une notice du Ministère de l'Instruction publique

prescrit pour les établissements scolaires 4 types différents de tables-bancs proportionnés à la taille des élèves.

L adjonction des dossiers, Télargissement et la rectification de la hauteur des bancs, l'inclinaison à donner aux pupitres, n'entraînent pas de dépenses exagérées. On fixe la pente des tables à 15 à 18 degrés; on pourrait de plus munir chaque place d'un support destiné à maintenir le livre à 40 ou 45 degrés pendant la lecture. Les sièges pourraient s'élever ou s'abaisser à volonté, au moyen d'une vis, le dossier pourrait être avancé ou reculé en proportion. Si ces derniers perfectionnements semblaient trop compliqués ou trop coûteux, on se contenterait des résultats très satisfaisants obtenus en tenant comj)te de la taille moyenne des enfants destinés à séjourner dans chaque salle.

Quand l'éclairage et le mobilier scolaire seront aussi bien établis que possible, il fau(h'a encore s'occu})er de quehjues points accessoires qui ont bien leur importance.

On ne devra placer entre les mains des enfants que des livres imprimés en caractères assez gros et parfaitement nets ; les caractères trop fins, ou indistincts, par suite de la mauvaise qualité de l'encre et du ])apier, ou encore de leurs formes trop grêles, ne peuvent être distingués (ju'en approcliant le livre des yeux et entraînent ainsi des efforts exagérés d'accommodation. D'importantes réformes seraient nécessaires à ce point i\e vue, dans rinii)ression des Hvres classiques, trop souvent mauvaise, parce qu'elle est al)andonnée à l'intérêt ou à la fantaisie <les éditeurs.

Il sera avantageux d'iiahitiier les enfants à placer perpendiculairement au bord de la table le i>apier sur lequel ils écrivent. On se privera peut-être ainsi des élégances de l'écriture dite anglaise, mais la position du corps sera meilleure et l'on aura ces lettres droites, vigoureuses et facilement lisibles de la vieille écriture française.

La longueur des classes et des études ne sera pas exagérée, et l'on séparera chaque heure de travail assidu par des intervalles de repos d'un quart d'heure; le travail intellectuel n'y perdra rien, bien au contraire.

On renoncera aussi aux i)unitions consistant à priver les enfants de récréation ou de promenade au dehors, punitions bien plus corporelles en réalité que les coups mêmes, que nous sommes loin de conseiller, ])uis(ju'elles contribuent à entraver le développement du corps et à le déformer j»our toujours, au lieu de ne plus infliger comme ceux-ci (ju'une douleur passagère et vite oubliée.

Enlin, les promenades au dehors et autant que possible dans la campagne devront être multipliées. Rappelons-nous, en effet, ce que nous avons dit de la fréquence l)lus grande de la myoj)ie chez les pensionnaires toujours enfermés et de sa rareté relative chez les externes, qui, se trouvant en plein air un certain nombre d'heures par jour, peuvent de temps en tem])S relâcher complètement leur accommodation.

L'hygiène jiarliculière de la vue, loin d'être en désaccord avec l'hygiène générale de l'enfance, ne donne aucun conseil que celle-ci ne doive hautement approuver. Tout est donc d'accord pour nous faire désirer que ces considérations si bien étudiées dans certains pays tiennent une place de plus en plus large dans l'organisation de nos écoles.

Dans tout ce (|ui i»récède, nous nous sommes toujours placés au point de vue sj)écial du jeune; âge. Il n'en est pas moins vrai que si après 22 ou 23 ans un œil emmétrope ne risque i)lus guère de devenir myope, })arce que ses enveloppes ont

acquis une résistance suffisante pour résister aux effets des efforts prolongés d'accommodation, la myopie n'en continuera pas moins à se développer sous l'influence des causes qui l'ont produite. Il faudra donc continuer à prendre, hors de l'école, les mesures protectrices que nous avons signalées. Les ateliers, en particulier, dans lesquels les ouvriers ont à se livrer à des travaux minutieux et assidus, devront être aussi bien éclairés et aussi bien disposés que possible pour éviter une fatigue exagérée de la vue.

Quoi qu'il en soit, les précautions les plus rigoureuses n'empêcheront jamais tout à fait la production de la myopie, et celle-ci existant, qu'elle soit d'ailleurs congénitale ou acquise, une question importante autant que délicate s'impose : celle de la prescription et du choix des verres correcteurs.

Erisman remarque que, parmi les myopes examinés par lui, ceux qui portaient des lunettes depuis plus ou moins longtemps avaient, en général, une acuité visuelle moindre, un degré de myopie plus élevé et des lésions plus marquées des membranes profondes. Il en conclut que l'usage des verres correcteurs est pernicieux chez les myopes. C'est beaucoup dire : doit-on sur un simple renseignement statistique porter une condamnation aussi générale? Nous ne le croyons pas. N'est-il pas évident qu'on pourrait aussi bien retourner la proposition et dire que les personnes dont la myopie est la plus forte sont celles qui portent des lunettes, puisqu'étant les plus gênées par leur infirmité, elles doivent ainsi recourir plutôt que les autres aux palliatifs. Du reste, suivant la remarque de Cohn, pour que l'expérience fût démonstrative, il faudrait prendre une série de malades dans des conditions à peu près identiques, donner des lunettes à un certain nombre, en priver les autres : l'examen des deux genres de malades au bout d'un certain temps permettrait de formuler une conclusion plus positive. Aussi la question nous semble-t-elle devoir être posée autrement.

Si l'on veut déterminer exactement les cas dans lesquels l'usage des verres est indiqué ou contre-indiqué chez les myopes, il faut tenir compte des divers éléments qui influent sur leur vision : la puissance d'accommodation, l'état des muscles droits internes, la présence ou l'absence de lésions choroïdiennes.

Ceux qui n'ont pas de lésions notables du fond de l'œil, dont le muscle ciliaire et, par suite, l'accommodation, fonctionne bien, qui, enfin, ont un bon système musculaire extrinsèque, n'ont rien à craindre. Les verres concaves les ramènent aux conditions dioptriqucs où se trouvent les emmétropes, et si on les leur prescrit dès un âge peu avancé, ils resteront toujours dans cette situation.

Il n'en est plus de même quand on a attendu un certain nombre d'années. L'œil a pris l'habitude de voir de près sans le secours de l'accommodation, le muscle ciliaire n'a pas fonctionné régulièrement et s'est atrophié en partie. Si on prescrit alors des verres neutralisant complètement la myopie, le sujet sera tout à coup obligé, pour voir de près, à faire des efforts considérables d'accommodation; il ne pourra soutenir cette fatigue inusitée et éprouvera les symptômes de l'asthénopie accommodative. Dans ce cas, on prescrira, pour voir de loin, un pince-nez corrigeant totalement la myopie, ce qui n'a jamais aucun inconvénient. Pour voir de près, on donnera un numéro beaucoup plus faible ; on se contentera des verres qui permettent la lecture, sans fatigue, à la distance ordinaire. Si le muscle ciliaire est encore beaucoup plus faible, les autres conditions restant les mêmes, on prescrira des

verres d'un numéro encore plus éloigné du degré de la myopie et on devra les supprimer complètement, si la moindre sensation de gêne apparaît.

Si le muscle ciliaire est bien constitué et Taccommodation puissante, mais que les muscles droits internes soient insuffisants pour maintenir longtemps le degré de convergence nécessaire des axes optiques, il faudra encore prescrire des verres correcteurs. Ceux-ci, en permettant d'éloigner de l'œil les objets à examiner, diminueront le degré de convergence nécessaire et par suite soulageront les droits internes.

Enfin, si l'on a affaire à des yeux atteints de stapbylôme postérieur étendu, de scléro-choroïdite, etc., il faudra redoubler de prudence. Quand les altérations seront assez légères, on pourra permettre la lecture et les travaux assidus; mais on exigera que le malade prenne de temps en temps quelques minutes de repos ; qu'il travaille toujours sur un pupitre élevé et sans incliner la tète ; qu'il évite de lire le soir à la lumière. Si l'étal du muscle ciliaire et des droits internes l'exige, on prescrira par lâlonnemenl des verres correcteurs qui permettront la lecture à la distance ordinaire de 30 à 35 centimètres, mais ne devront jamais causer aucune fatigue.

Si les lésions sont très accusées, s'il existe une atro|)hie })rogressive de la choroïde, le seul moyen d'éviter la perle totale de l'œil, amenée d'ordinaire par la }»roduction d'un décollement rétinien, sera de le placer dans un repos absolu.

Telles sont les conditions qui régleront l'emploi des verres correcteurs chez les myo])es. Elles sont complexes, et l'on sera toujours ol)ligé de laisser une certaine latitude au malade, seul juge de la fatigue (ju'il éj)rouve.

Ge|)endant, de ce qui précède nous retiendrons un point important : l'influence heureuse exercée par les verres lorsqu'ils sont employés de bonne heure. Dès qu'on aura reconnu la myopie, même d'un faible degré, on devra prescrire des verres appropriés. L'utile gymnastique, à laquelle se trouve ainsi soumis le muscle ciliaire, conserve toute son étendue à l'accommodation et maintient l'œil dans le meilleur état anatomiiiue.

Les efforts longtemps prolongés d'accommodation n'amènent d'autres lésions graves de l'd'il (jue celles de la myopie, mais dans certaines circonstances ils peuvent produire différents troubles fonctionnels que nous devons signaler.

Il arrive quelquefois de voir apparaître, à la suite de travaux depuis longtemps soutenus ou de journées passées à lire et à écrire, un véritable spasme du muscle ciliaire. Ce muscle, surexcité pour ainsi dire par l'effort continu qu'on lui impose, se contracte tétaniquement, détend la zonule et imprime au cristallin une courbure exagérée. Le malade éprouve une douleur sourde, un sentiment de tension très douloureux du globe oculaire. Il ne voit les objets éloignés que d'une façon brouillée et confuse, et ne distingue nettement que ceux qui sont très rapprochés de l'œil. Cette crampe accommodative, qui disparaît au bout de quelques heures de repos, pour reparaître bientôt, si l'on se remet au travail, est immédiatement dissipée par l'usage des verres concaves. Elle offre donc tous les caractères d'une myopie passagère, mais il est rare de la voir survenir chez les hypermétropes ou les emmétropes; elle est surtout fréquente chez les myopes. Le S})asme du muscle ciliaire vient alors surajouter ses effets à ceux de la conformation vicieuse de l'œil et la myopie se| trouve ainsi augmentée dans une forte proportion.

C'est ce qui explique comment on a cru guérir cette affection par des instillations systématiques de sulfate d'atropine. On sait que cette substance paralyse non seule-

ment les fibres circulaires de Tiris, mais encore le muscle ciliaire. Elle en fait donc cesser la contracture et peut ainsi diminuer d'autant la myopie chez certains individus ; mais elle ne change rien à la structure défectueuse de l'œil, ni aux lésions acquises. Un pareil traitement pouvait être essayé quand des observateurs distingués, comme Ja3ger, voyaient, dans le spasme du muscle ciliaire et Fexcès de courbure du cristallin qu'il entraîne, la cause essentielle de la myopie, mais les travaux de Donders et de Helmholtz ont démontré que cette théorie n'est pas admissible.

Ce trouble fonctionnel tout passager n'a réellement aucune gravité; quelques ménagements suffisent pour l'empêcher de reparaître; néanmoins on comprend qu'il puisse rendre très pénible et même très difficile l'exercice de certaines professions.

Les effets des efforts prolongés d'accommodation sont loin d'être toujours les mêmes. Les ouvriers que leur état oblige à fixer continuellement des objets très petits; les personnes qui abusent de la lecture, surtout la nuit; les malades obligés, pour se distraire, de passer leurs journées à lire au lit, dans une position défavorable, éprouvent souvent des troubles tout différents de ceux que nous venons de décrire.

Le musle ciliaire surchargé de travail ne se contracte plus que d'une façon imparfaite, il devient douloureux et finit par cesser d'agir. Les malades éprouvent alors tous les symptômes de Vasténopie accommodative. Ils continuent à distinguer nettement les objets éloignés et pendant les premières heures de leur travail ils n'éprouvent aucune gêne; mais bientôt la fixation des objets rapprochés devient douloureuse, la tête est pesante, la vue se brouille et tout travail minutieux devient impossible. Ces accidents se renouvelant tous les jours dans les mêmes circonstances inspirent la plus vive inquiétude au malade, obligé de suspendre ses occupations habituelles.

Heureusement il est facile de les combattre. On prescrira l'usage de verres convexes pendant le travail; ils suppléront au défaut d'action du muscle ciliaire en augmentant la convergence des rayons lumineux et rendront à la vision de près toute son acuité. On écartera toute cause de fatigue en évitant, autant que possible, toutes les occupations qui mettent l'accommodation en jeu; enfin, des apphcations de courants électriques continus, le pôle positif étant placé sur la tempe et le pôle négatif promené sur les paupières fermées, pourront contribuer à rendre au muscle ciliaire son énergie primitive.

L'asthénopie accommodative uniquement causée par une fatigue exagérée ne doit pas être confondue avec celle qui est symptomatique de l'hypermétropie. Celle-ci apparaît soit chez les enfants lorsqu'ils commencent à aller à l'école, soit chez les personnes, ayant jusque-là joui d'une vue excellente, qui arrivent à l'âge de quarante ou quarante-cinq ans. Dans le premier cas, elle indique simplement un état pathologique de l'œil qui jusque-là n'avait causé aucune gêne parce que le sujet n'avait pa^s eu occasion de se livrer à des travaux assidus. Dans le second, elle est causée par la presbytie, seule ou surajoutée à l'hypermétropie déjà existante. Il est du reste facile de la distinguer du trouble fonctionnel qui nous occupe; la gêne de la vue existe en tout temps, et non pas seulement après plusieurs heures de travail; de plus, l'examen direct des" milieux de l'œil révèle d'une façon certaine l'existence de l'hypermétropie.

En indiquant les diverses conditions sous l'influence desquelles se développent des troubles de l'accommodation, nous avons signalé, sans les énumérer, toutes les professions exigeant des travaux minutieux et assidus. Une importante restriction

doit cependant être faite à ce point de vue. Les horlogers, les bijoutiers, les graveurs, etc., se livrent à des travaux extrêmement minutieux, mais ils le font avec le secours de la loupe et ne se servent que d'un seul œil, qu'ils placent de façon que l'image agrandie du point à examiner se peigne exactement sur la rétine ; ils n'ont donc nullement à se servir de l'accommodation, ni de la vision binoculaire : aussi ne sont-ils exposés ni au spasme du muscle ciliaire, ni à la parésie, ni à la myopie.

IL — Les professions ou les habitudes qui, en modifiant l'état général de l'organisme, entraînent l'apparition de troubles oculaires, ne sont susceptibles d'aucune classification rationnelle : aussi nous bornerons-nous à étudier ces troubles successivement, sans adopter aucun ordre particulier.

Nystagmus des mineurs. — On désigne sous le nom de nystagmus une oscillation rythmique iuvolonlairo des globes oculaires. Ce symptôme singulier, qui donne à la })liysionomie un caractère tout spécial, se rencontre dans des conditions très diverses. On l'a rattaclié à des altérations pathologiques du globe oculaire, des muscles extrinsèques de l'o'il, du système nerveux central, mais rien ne semblait indiquer qu'il i)rit se déveloi)per sous une inlluence professionnelle lorsqu'il fut signalé chez les ouvriers des mines de houille K

Le nystagmus des mineurs n'apjjaraît qu'à un âge avancé après de longues années de travail dans l'obscurité; h; i)lus souvent il est précédé et accompagné de troubles variés dus à une détérioration profonde de l'organisme. Certains malades souffrent d'hypereslhésie des membres supérieurs, de cé[)]ialalgie, de crampes dans les jumeaux, les autres de catarrhe bronchique, de nausées, de vomissements.

Les oscillations ne sont pas continuelles, elles apparaissent par accès sous l'influence de causes variables suivant les cas. Quelquefois c'est au moment où le mineur passe de la nuit des galeries à la lumière extérieure, mais presque toujours c'est quand il se livre dans l'obscurité à son dur labeur. La direction du regard n'est pas non plus indifférente, généralement l'élévation avec rotation d'un côté est la position des globes oculaires la j)lus favorable à l'apparition de ce symptôme. C'est du reste celle que doivent prendre les mineurs forcés le plus souvent d'attaquer la partie supérieure des galeries basses où ils travaillent. Nous avons déjà montré à propos de la lecture combien la fixation en haut est défavorable à l'exercice de la vision. C'est peut-être à celle cause spéciale de fatigue des muscles extrinsèques de l'œil, jointe à l'irritabilité générale résultant d'une anémie profonde, qu'il faut attribuer rai)i)arilion du nystagmus chez les mineurs.

Les mouvements d'oscillation ont en général lieu autour de l'axe horizontal antéropostérieur de l'œil, le nystagmus est rotatoire; quelquefois il est alternativement rotatoire et oscillatoire dans le plan horizontal, suivant la situation du regard, les mouvements sont extrêmement rapides et peuvent s'accompagner de tremblement des paupières.

Tandis que dans les autres variétés de nystagmus, le malade n'a presque jamais la notion du tremblement de ses yeux et n'éprouve à peu près aucune gêne de la vision,

1. P. Schroter, Zehender Klin. Monasthlatt Jahr 1871. — Mooren, Ophlhalm. Milheil., Berlin, 1874. — Nieden, Veher Nystagmus als FoUjersstand von Uemeralopie, 1874.

dans celui-ci l'oscillation ou la rotation est consciente. Le patient voit les objets animés de mouvements correspondants à ceux de ses yeux. Tout s'agite, toute tremble autour de lui et il est pris à l'instant d'un sentiment de malaise ou d'étourdissement plus ou moins marqué; il s'appuie sur les objets voisins et ces sensations vertigineuses deviennent souvent assez fortes pour qu'il soit obligé de fermer les yeux pour ne pas tomber.

Les mouvements des globes oculaires ne sont pas toujours aussi bien coordonnés que dans les autres espèces de nystagmus. Il est dit dans plusieurs observations qu'ils n'obéissaient pas à la loi des mouvements associés.

Les accès durent une, deux, trois minutes ou même plus longtemps. Ils peuvent se produire douze, quinze, vingt fois par jour. Rares au début, ils se rapprochent graduellement et en arrivent quelquefois à éclater chaque fois que le malade essaye de reprendre son travail interrompu par une première crise. Pendant les rémissions tout rentre dans l'ordre.

Il est inutile d'insister sur la gravité d'une semblable affection; la longueur et la fréquence croissante des crises rendent bientôt l'exercice de leur profession impossible aux malades qui en sont atteints. Ce qui augmente encore la sévérité du pronostic, c'est la ténacité de cette affection. La cessation du travail des mines n'amène pas une guérison complète, mais une amélioration plus ou moins marquée et en somme les accès oscillatoires persistent indéfiniment.

Cependant une fois qu'on aura soustrait le malade à la cause de l'affection, il faudra recourir au traitement général tonique qui relèvera ses forces épuisées et à l'application des courants galvaniques qui dans certains cas a paru produire un amendement durable des crises.

Cette singulière affection n'est peut-être pas exclusivement propre aux mineurs ; elle a été signalée chez un puisatier^.

Cataractes des verriers^ des ouvriers des forges^ etc. — On a remarqué depuis longtemps que la cataracte est fréquente chez les ouvriers obligés de rester près des fours où le verre est en fusion, chez les ouvriers qui travaillent le fer incandescent, et généralement chez tous ceux qui sont exposés à l'action des foyers ardents. Meyhoeffer a trouvé des opacités cristaUiniennes chez 11,6 p. 100 des souffleurs de verre (54 sur 506). La proportion est de 26,5 p. 100 chez les souffleurs âgés de plus de quarante ans. On pourrait être tenté d'expliquer cette prédisposition par l'influence directe de la lumière vive qui frappe leurs yeux, mais cette interprétation serait insuffisante. Si on comprend, en effet, que les rayons émanés d'un feu ardent puissent agir sur la sensibilité spéciale de la rétine, on ne voit pas comment ils modifieraient la nutrition du cristallin. Il faut, croyons-nous, chercher une explication dans une voie toute différente.

La cataracte est une lésion de tissu à laquelle contribuent le plus souvent les altérations séniles des fibres cristaUiniennes, mais qui est loin d'en dépendre uniquement. Elle se développe souvent sous l'influence de lésions intra-oculaires préexistantes, ce qui n'a rien d'étonnant, si l'on songe que le cristaUin, dépourvu de vaisseaux, ne se nourrit qu'à l'aide des milieux qui l'entourent et l'imbibent.

1. Gom. orale du D' Abadie, qui a observé le malade dans le service du Prof. Lépine en 1877.

HYGIÈNE PROF^BSSIONNELLE

Souvent aussi la cataracte dépend d'un état général pathologique de l'organisme. Les modifications morbides du sérum sanguin entraînent des modifications parallèles dans la composition des milieux de l'œil, et par suite dans celle du cristallin. Bowmann a montré que du carbonate de litliine ingéré par un malade, peu de jours avant l'opération de la cataracte, se retrouve dans le cristallin extrait. De même, si })our une raison quelconque la densité du sérum sanguin s'élève, celle de l'humeur aqueuse et du corps vitré s'élèvera aussi, et en vertu d'une loi physique bien connue, le mouvement endosmotique, à la faveur duquel se nourrit le cristalHn, se ralentira, tandis que le mouvement exosmotique correspondant deviendra plus actif. Cet organe perdra ainsi une certaine quantité de son eau au profit des milieux environnants, et il en résultera l'apparition d'opacités.

L'expérience démontre que les choses se passent réellement ainsi. Kunde a produit la cataracte chez les animaux dans les veines desquels il injectait des solutions sahncs de manière à élever la densité du sang ; il est arrivé au môme résultat en plaçant des grenouilles dans une étuve. Quand elles avaient perdu par évaporalion une grande quantité d'eau, les opacités apparaissaient; elles disparaissaient bientôt (juand l'animal était replongé dans l'eau.

Les mêmes causes, introduction de substances étrangères dans le sérum sanguin, grandes déperditions «l'eau, ne se retrouvent-elles pas dans le diabète sucré, le diabète insipide et la polyurie, affections souvent compliquées de cataracte? Ne faut-il pas leur attribuer aussi les cataractes dont nous avons à nous occuper? Tous les ouvriers qui travaillent devant un feu très vif sont constamment couverts de sueur; ils évaporent par la surface cutanée des quantités considérables de liquide, qu'ils ne remplacent qu'imparfaitement par les boissons : d'où l'élévation de la densité du sang et une prédisposition marquée aux opacités cristalliniennes.

Peut-être pourrait-on expliquer par la même raison la fréquence relative de la cataracte à la campagne. Les travaux agricoles, et en particulier la moisson, se font pendant les plus chaudes journées; rien ne protège le paysan contre les rayons d'un soleil ardent; il est donc soumis à des sueurs profuses et à des causes d'évaporation cutanée à l'abri desquelles se trouve l'ouvrier des villes. Il y aurait Heu de rechercher si la fréquence de la cataracte dans certains pays ne peut être rattachée à une cause analogue.

Les opacités développées dans ces conditions ne présentent du reste rien de particulier; leurs caractères sont ceux de la cataracte sénile ordinaire : aussi leur étude rentre-t-elle dans le domaine de la pathologie. Il en est de même du traitement curatif, qui ne peut être que chirurgical. Quant au traitement préventif, il relève sans doute de l'hygiène, et l'on voit bien ce qu'il pourrait être, mais il est bien difficile de le formuler. Écarter la cause possible delà cataracte, c'est exiger que les ouvriers soient soustraits à une chaleur trop élevée, ce qui est malheureusement impossible, à moins de rendre l'exercice de leur profession impraticable.

Amblyopie par abus de V alcool et du tabac. — Nous venons de voir que certaines modifications des humeurs entraînaient souvent des altérations du cristallin; de même l'introduction dans le sang de certaines substances toxiques peut provoquer du côté de l'œil des troubles fonctionnels graves. Ces troubles ne s'accompagnent de

lésions matérielles sérieuses qu'au bout d'un certain temps ; ils sont désignés sous le nom assez vague d'amblyopie.

Au premier rang des substances qui les provoquent se placent Talcool et le tabac.

Les malades éprouvent tous les symptômes d'une atrophie commençante des nerfs optiques. Peu à peu la vision des objets de faible volume perd de sa netteté; leurs contours semblent confus et indistincts; bientôt ils ne distinguent plus qu'avec peine les gros caractères; la lecture et Fécriture deviennent rapidement impossibles. Cependant l'ophtalmoscope ne montre rien ou presque rien d'anormal au fond de l'œil; tout au plus y a-t-il un degré de vascularisation un peu exagéré de la papille, rarement une congestion véritable.

Dans ces conditions, il faut s'enquérir avec soin des habitudes du malade. En général, la recherche est faciUtée par le faciès particulier, l'aspect général et surtout l'odeur alcoolique qu'exhale le sujet. Il est à remarquer, en effet, que ces accidents ne surviennent guère que chez les individus qui ont subi une véritable imprégnation alcoolique. On découvrira ainsi que le malade se livre depuis longtemps à l'abus du vin ou des liqueurs; de plus, qu'il est grand fumeur et se sert d'une pipe à tuyau très court, de sorte que le jus de tabac mélangé à la salive arrive facilement dans la bouche. Une fois qu'on aura obtenu ces aveux, la question sera jugée. Il faudra avertir le malade que, s'il ne change pas ses habitudes, il perdra la vue, et, en effet, à l'amblyopie succède souvent une atrophie véritable et progressive des nerfs optiques. Au contraire, s'il s'abstient complètement de fumer, s'il ne boit de vin que modérément et pendant les repas seuls, on verra l'amblyopie disparaître rapidement. L'acuité visuelle remontera de jour en jour et sera en peu de temps revenue au chiffre normal. On aura ainsi la preuve directe de l'influence des causes que nous avons invoquées.

L'introduction dans l'économie de diverses autres substances, telles que Yopium^ la belladone, la quinine^ Vurée^ a quelquefois amené des troubles visuels analogues à ceux que provoquent l'alcool et le tabac; toutefois ces manifestations sont trop rares et encore trop imparfaitement étudiées pour que nous puissions y insister.

On a également accusé le plomh : il est certain que dans l'intoxication saturnine il y a quelquefois des lésions oculaires appréciables à l'ophtalmoscope ; on a signalé notamment, dans un certain nombre de cas, l'existence de la névrite optique. Il est probable qu'il y avait là plus qu'une simple coïncidence; mais, en tout cas, cette affection est bien rare eu égard au grand nombre des saturnins.

Héméralopie essentielle. — Sous l'influence de travaux excessifs, d'une nourritures insuffisante, de la misère, de l'encombrement, de toutes les causes, en un mot, qui amènent l'affaiblissement général des forces, et produisent les maladies de surmenage, on voit apparaître une affection singulière. Sans qu'il existe au fond de l'œil aucune lésion appréciable à l'ophtalmoscope, la vision, normale tant qu'il fait grand jour, baisse brusquement au crépuscule au point que les malades peuvent à peine se conduire. L'héméralopie, tel est le nom qu'on donne à ce trouble particulier, se produit quelquefois isolément; le plus souvent elle affecte la forme épidémique et frappe des individus réunis en grand nombre et soumis aux mêmes conditions hygiéniques défavorables. On l'a signalée surtout dans les casernes^ les navires de VEtat^ les prisons., les orphelinats^ les pensions. D'après quelques auteurs,

elle serait plus commune dans les pays froids ; Grosz la dit fréquente en Hongrie et en Roumanie, ce qui tient peut-être à la pauvreté des populations. Suivant de Wecker, elle ne se produit jamais chez les peuples à teint basané, ce qui ferait croire que la pré-ence d'un pigment abondant exerce sur elle une certaine influence. En tout cas, sa coïncidence avec le scorbut, signalée plusieurs fois, indique d'une façon suffisamment significative Timportance des conditions hygiéniques générales sur son développement.

La vision des individus atteints d'héméralopie baisse subitement, non seulement au crépuscule, mais encore dès que, pour une cause quelconque, ils se trouvent dans un lieu faiblement éclairé. Elle reprend toute sa netteté aussitôt qu'ils passent au grand jour. Il est facile de le constater en ouvrant et en fermant alternativement les volets d'une chambre; on peut se convaincre ainsi que ce trouble ne doit pas être considéré comme périodique et rattaché à l'influence paludéenne, comme l'ont voulu quelques auteurs.

Les pupilles sont plus dilatées que d'habitude, surtout au crépuscule; jamais pourtant leur élargissement n'atteint celui que produisent des instillations d'atropine. L'amplitude de l'accommodation est diminuée, les malades ont peine à voir de près, leur vue est brouillée comme s'ils étaient devenus hypermétropes.

Les mêmes troubles se produisent dans la paralysie de l'accommodation ; mais la perte presque complète de la vision aussitôt que le jour baisse distinguera toujours facilement l'héméralopie de cette dernière affection.

Il est vrai que ce dernier phénomène se produit dans quelques affections oculaires de nature toute différente, telle que la rétinite pigmentaire et certaines formes d'atrophie simple des nerfs optiques. Mais alors la marche particulière de la maladie, el surtout l'examen ophtalmoscopique, établiront nettement la valeur toute symptomatique de l'héméralopie et empêcheront une erreur de diagnostic.

Quant à la simulation, dont il faudra toujours se méfier quand on sera en présence d'une épidémie, elle ne pourra produire la dilatation de la pupille qu'en jecourant à l'atropine; mais alors elle dépassera le but, en produisant une dilatation exagérée; de plus, en employant le stéréoscope, dont on ouvrira plus ou moins la fenêtre de façon à donner un éclairage variable, on finira toujours par obtenir des réponses contradictoires qui dévoileront la fraude.

L'héméralopie essentielle est donc facile à reconnaître, mais elle peut se développer sous l'influence de causes bien différentes de celles que nous avons signalées au début. L'action prolongée d'une vive lumière réfléchie par une surface brillante peut en amener la production. C'est ainsi qu'elle a été observée chez les voyageurs qui avaient parcouru de vastes étendues couvertes de neiges d'une blancheur éclatante et chez certains ouvriers obligés, comme les maçons^ les plâtriers^ les peintres en bâtiment, à regarder presque continuellement des surfaces blanches.

Dans ce cas, l'héméralopie ne peut être attribuée à une dépression générale des forces; elle est toute locale et pourrait, à ce titre, se ranger dans les maladies professionnelles primitives des yeux. On doit rattacher son apparition à l'excitation exagérée subie par la rétine. Cette excitation peut produire d'abord l'hyperesthésie, signalée quelquefois dans les mêmes circonstances, et l'on a alors une pholophobie plus ou moins intense; mais bientôt, l'excitabihté nerveuse s'épuisant, survient une torpeur tout à fait comparable aux paralysies passagères qui suivent les irritations

nerveuses trop fortes. Chacun sait qu'en électrisant modérément un nerf moteur on obtient des mouvements, tandis que rien ne se produit plus si l'excitation dépasse une certaine mesure; c'est là une notion physiologique acceptée de tout le monde. L'épuisement nerveux dépend ici d'une cause toute locale, au lieu d'être une conséquence de l'affaiblissement général, comme dans la première série de causes ; mais en somme on peut supposer qu'il est de même nature dans les deux cas.

Le traitement de cette dernière variété d'héméralopie essentielle découle naturellement de ce que nous venons de dire de ses causes. Le malade devra, au moins momentanément, quitter sa profession ; on le placera à l'abri de toute excitation rétinienne exagérée, en lui prescrivant le séjour dans une chambre obscure. Ces moyens, recommandés par Warton, Bouilhon, Netter, réussissent le plus souvent à faire disparaître l'héméralopie de cause optique. Ils sont employés également contre celle qui résulte de mauvaises conditions hygiéniques et du surmenage ; mais alors les toniques, un régime réparateur, le fer, le vin de quinquina, les amers, l'huile de foie de morue, doivent avoir le premier rang; l'air vif et l'exercice étant des adjuvants utiles de ce traitement, on laissera sortir les malades, mais à la condition que leurs yeux soient protégés par de larges lunettes à verres fumés. Gardner a eu des succès par la strychnine et l'opium à faibles doses; Galezowski a pubhé un cas de guérison par les instillations d'un collyre à l'ésérine. Si efficaces que soient ces moyens, ils ne dispenseront jamais du traitement général.

L'héméralopie est, du reste, une maladie bénigne. Elle n'entraîne aucune altération sérieuse et définitive de l'œil, mais elle est quelquefois d'une durée fort longue et les sujets qui en ont été une fois atteints sont très exposés aux récidives.

L'un des effets les plus singuliers que produit sur la vision la fatigue cérébrale est Vamaurose passagère, qu'a signalée Dianoux ^ Le sujet, presque sans prodromes, éprouve un affaibUssemenl, puis une suppression complète de la vue. Cette amaurose passagère n'est jamais de longue durée. Cet accident, arrivé en chemin de fer, il y a quelques années, à un homme politique célèbre, a fait courir le bruit mensonger qu'il avait été frappé d'une attaque d'apoplexie. Un de nos amis, quelques instants après avoir terminé une leçon pubhque, éprouva le même accident. Il eut quelque difficulté à se rendre chez lui et l'altération de la vue persista pendant quelques jours.

Nous citerons seulement les professions à poussière, qui peuvent causer et entretenir des conjonctivites chroniques, chez les individus prédisposés, mais ne paraissent pas les produire de toutes pièces.

Enfin, c'est probablement dans l'alimentation qu'il faudrait rechercher la cause de la fréquence relative du cysticerque de Vœil. En Allemagne, 1 sur 1 000 des malades qui se présentaient à la clinique de Graefe étaient affectés de ce parasite, qu'il est tout à fait exceptionnel de rencontrer en France.

Telles sont les affections oculaires qui se développent sous l'influence des conditions particulières d'existence où se trouvent placées certaines classes d'individus. Les autres ne sont plus de notre domaine. Cependant nous devons dire au moins un mot d'une question intéressante qui se rattache directeujent à l'hygiène professionnelle des yeux.

1; DianOux, Du scotome scintillant. Tli. Paris^ 1874;

f'MOtiST, TRAITK d'hYOIkNE.

On désigne, sous le nom de daltonisme^ Timpossibilité où sont certains individus de distinguer le rouge et la confusion qu'ils font de cette couleur avec le vert. D'une manière générale l'impossibilité de distinguer une ou plusieurs couleurs quelconques se nomme chromatopseudopsie ou dyscJiromatopsie. Cette lacune, plus commune qu'on ne le croit, n'a pas dans la vie ordinaire une grande importance et peut passer longtemps inaperçue; mais, dans certaines circonstances particulières, elle prend tout à coup une importance exceptionnelle.

On comprend aisément qu'un daltonien ne puisse être ni peintre, ni tapissier, ni exercer aucune profession qui exige la connaissance des couleurs, sans s'exposer à de ridicules méprises; mais ce n'est là, en somme, qu'un inconvénient accessoire, si on le compare aux dangers que nous allons signaler.

Les employés de chemins de fer se servent jour et nuit de signaux rouges et verls dont la signification est fort différente : car les })remiers indiquent l'arrêt immédiat et les autres le ralenlissement de la marche des trains. Il est donc essentiel (pie ces deux couleurs soient toujours reconnues facilement par tous les employés et il est impossible, sans encourir la plus grave responsabilité, de })ermettre à un individu qui ne les distingue })as Tune de l'autre, de garder un enqjloi sur la voie.

Les médecins des compagnies doivent i)orter sur ce i)oint toute leur attention et il serait même à désirer que l'examen pour les couleurs fût prescrit pour les candidats aux emplois actifs dans les chemins de fer. En Angleterre, il se pratique depuis longtenq)s. Le docteur Favre l'a institué depuis plusieurs années en France, sur la ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranée, et l'administration des chemins de fer belge l'a décrété à son tour

C'est au même point de vue que l'on a critiqué avec raison les couleurs choisies pour les signaux; les couleurs rouge et verte sont de beaucoup celles qui sont le plus souvent confondues par les daltoniens et, de plus, ce sont des couleurs complémentaires, ce qui fait (pie, dans certaines conditions, leur réunion peut donner la sensation de la lumière blanche. L'expérience suivante le démontre ^. Tyndall ayant placé au bout d'un tunnel d'une certaine longueur deux lanternes ordinaires, l'une rouge et l'autre verte, presque constamment un employé placé à l'autre extrémité du tunnel a dit apercevoir une lumière blanche signifiant que la voie est libre.

Ne vaudrait-il \ms mieux adopter, par exemple, le jaune et le bleu, dont la réunion ne donnera jamais la sensation d'une lumière blanche et qui, de plus, sont presque toujours distingués par les personnes chez lesquelles la perception des cou-

1. Sur une série de 1 OoO candidats à des emplois dans les chemins de fer, le docteur Favre a ti'ouvé 28 daltoniens qui se sont trompés sur une ou plusieurs couleurs; 37 ont rectifié leur erreur après hésitation; il restait donc encore 61 daltoniens, c'est-à-dire 1 sur 17,2 incapables de reconnaître certaines couleurs; sur ce nombre, H ne pouvaient reconnaître le rouge.

L. Krohn a passé dernièrement une inspection du personnel du chemin de fer de Finlande, à ce même point de vue. Il a constaté que 43 individus n'étaient pas en état de distinguer le rouge du vert, et parmi eux un inspecteur de slation, et un aiguilleur employé depuis huit ans à la gare de Saint-Pétersbourg.

Des inspections de ce genre ont été passées en Suéde et en Hongrie. Sur une des lignes de Suède, on a constaté que 10 p. 100 des eiiipl(jyés étaient atteints de cette infirmité au point de ne pouvoir distinguer entre eux le rouge, le blanc et le vert. Kn Hongrie, sur 400 employés visités, un seul individu était atteint d'incapacité totale, et 3 p. 100 d incapacité partielle.

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