‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 307 sur 326 · I. — Mines DE PLOMB · texte numérisé non relu

I. — Mines DE PLOMB

Le docteur Francisco José Bages a habité pendant de longues années au voisinage de la Sierra de Gador, où se trouve, entre autres produits minéraux, la galène ou sulfure de plomb ^ exploitée par une population de 12 000 individus environ. On y compte chaque année 400 à 500 coliques de plomb (emplomados), Bages remarque que le plus grand nombre d'accidents s'observe l'été; ce qui s'explique par ce fait que, tandis que l'hiver est employé à l'extraction du minerai, les hnois de juillet, d'août et de septembre sont réservés pour le bocardage de la mine^ qui se fait à sec; c'est donc à cette époque que les ouvriers sont exposés à un nuage de poussière continu ^ Les ouvriers employés au triage du minerai souffrent de deux causes d'insalubrité : le mauvais air des fosses et la privation de la lumière. Ceux qui opèrent le grillage sont surtout exposés aux inhalations des molécules de plomb. Hirt remarque qu'en Saxe sur 1 000 individus travaillant à l'extraction du plomb, il y en a 870 atteints d'affections saturnines. L'âge moyen de ces ouvriers est de quarante-deux ans ; leur mortahté est de 18 p. 100 par an.

Ces accidents paraissent moins communs en France : sur 85 ouvriers employés aux fonderies de Poullaouen (Bretagne), Testard, en 1836, en notait seulement 10 atteints en deux ans. Je n'en ai moi-même constaté qu'un très petit nombre dans

\. De V intoxication saturnine observée chez tes mineurs de la Sierra de Gador comparée à celle qu'on observe chez les fabricants des diverses préparations de plomb, par le docteur D. Francisco José Bages. Gaceia méd. de Madrid, 1861.

Fusine de plomb argentifère de Pont-Gibaud (Auvergne) . On sait que les ouvriers qui extraient l'argent des différents minerais riches en plomb sont soumis également à rinfluence du saturnisme.

Les ouvriers employés dans les usines de zinc sont très souvent atteints d'accidents saturnins en raison de la préseii(^(^ conslanlc de jdomb dans la blende de 1 à 4 p. 100 environ. Une usine de Silésic a cdiuplé en sept ans 4i27 cas de coliques de plomb, 169 cas de douleurs, 109 cas de paralysie saturnine; une autre, 118 cas d'intoxication saturnine traités à l'hôpital en trois ans.

Dans les usines de Westphalie et de la province Rhénane les cas d'intoxication sont plus rares.

II. — Ouvriers fabriquant les diverses préparations de plomb.

Nous rangeons parmi ces ouvriers ceux qui l"abri([nent le blanc de céruse^ le rtiinium^ la DÙne (iviingr.^ la l'illKirije, le cliromate de plomb.

La fabrication de la cériise a été considérée comnn; la piiiicipale cause de l'inlu.xication saturnine. Aussi a-t-elle été l'objet de toutes les i)laintes et de tous les essais de perfectionnement. Une Commission, composée de membres des Comités des arts et manufactures crinjfjiêne publique, fut chargée d'étudier la question de la suppression de la fabrication et de l'emploi du blanc de plomb. Celle Commission, dont Tardieu était le rap])orteur, conclut qu'il n'y avait pas lieu d'interdire la fabrication de la céruse, ni son emploi dans les travaux de la peinture; mais qu'il importait d'assurer, à tous les ouvriers que la fabrication em])loie, les bienfaits des perfectionnements déjà réalisés; et, dans ce but, le ministre prescrivit de préparer un règlement général applicable à toutes les fabriques, ainsi (pi'une instruction sur l'emploi de cette substance. Il est à regretter que cette étude ait été abandonnée.

Dans un rapport lu à l'Académie des sciences le 19 décembre 1849, une Commission composée de Pelouze, Rayer et Combes, rapporteur, a conseillé les précautions suivantes :

« La substitulion des procédés mécani(jues au Iravail manuel dans les opérations où les hommes sont obligés de toucher ou de manier la céruse;

« L'intervention de l'eau dans la séi)aration des écailles et résidus de plomb, la pulvérisation de ces écailles et le criblage (jui le suit;

tt La substitution du moulage en prismes ou en briques à l'empolage de la céruse broyée à l'eau ;

a Le broyage à l'huile dans la fabritpie même, à l'aide d'appareils convenables, de la céruse qui subit cette manipulation avant d'être mise en œuvre ;

« La clôture, dans des chambres isolées des ateliers, de tous les mécanismes servant à la pulvérisation, au tamisage, au blutage à sec de la céruse, lorsque ces opérations sont indispensables.

« On préviendrait l'issue de la poussière parles ouvertures nécessaires à l'introduction des matières et au passage des arbres de transmission du mouvement, par des courants d'air dirigés vers l'intérieur des chambres, qui seraient, à cet effet, surmontées d'un tuyau, en forme de cheminée, s'élevant au-dessus du toit, en faisant tourner les arbres de transmission dans des anneaux de matière élastique ou des

bourrelets constamment humectés et fixés aux parois. Enfin, on complétera ces mesures par une ventilation très active des ateliers et des précautions hygiéniques d'une observation facile aux ouvriers.

« Ceux-ci doivent avoir des vêtements spécialement consacrés aux heures de travail, restant à Fatelier, ainsi que des gants qu'ils mettront toutes les fois que cela sera possible.

« Il faut défendre à l'ouvrier de quitter l'atelier sans s'être livré à des ablutions dans lesquelles il entrera une solution d'acide sulfurique, et sans avoir fait usage d'une brosse à dents. Enfin on a conseillé que ceux qui manient le blanc de plomb desséché fussent munis d'un respirateur.

« L'ahmentation ainsi que le séjour des aliments dans l'atelier doivent être interdits. »

De grands progrès ont été réalisés dans la fabrication de la céruse, notamment à Paris et sur l'initiative de M. Expert Besançon.

L'usine de Clichy. où la proportion de saturnins était sensiblement plus considérable qu'à Paris, employait pour une large part le procédé de Clichy. La litharge était transformée en acétate de plomb au moyen de vinaigre de bois rectifié, puis en carbonate au moyen d'un courant d'acide carbonique.

A l'usine de Paris qui fonctionne toujours on employait seulement le procédé hollandais, qui consiste à faire agir sur le plomb métallique l'oxygène de l'air et le vinaigre de manière a obtenir de l'acétate de plomb qui se convertit en carbonate sous l'action d'acide carbonique dégagé du fumier de cheval.

Les opérations successives sont :

1° Le fusin, ou plomb qui est coulé dans des formes [grilles) ;

2° Le montage des fosses : rangement par alternance des couches de pots à vinaigre, de grilles de plomb, de fumiers, de madriers;

3° Le démontage suivi do l'épluchage et du décapage des grilles partiellement transformées en carbonate;

4*' Le broyage des écailles.

5° La confection de céruse à l'huile ou de trochisques.

Chacune des opérations expose à l'intoxication. La plus dangereuse est le broyage des écailles, qui ne va pas sans éclaboussures de bouillie de céruse, bien que l'opération soit faite en mouille.

Le décapage est également très dangereux en raison du détachement de poussières.

Dans l'usine Expert-Besançon toutes les opérations se font à peu près automatiquement, sans ])roduction de poussière : lavage de la céruse dans l'eau, passage dans l'huile ([ui se substitue peu à peu à l'eau, dessiccation. Grâce à ces mesures l'intoxication saturnine a presque complètement disparu do l'usine.

Il faudra s'attacher à faire disparaître l'usage de la céruse en poudre non moins dangereuse pour le fabricant que pour l'ouvrier qui l'emploie.

On s'efforcera de ne livrer la céruse que mélangée à l'iiuile dans la }»roporlion de 10 d'huile ]). 100.

A riieure présente, les nenf dixièmes de la céruse qui sort des usines de Paris sont livrés sous forme de- céruse broyée à l'huile.

hiirniniuni est du plombate de protoxyde de plomb.

La fabrication com|iorle en premier lien l'oxydation du plomb, sa transformatioil en

massicot ou oxyde jaune. Elle s'obtient en chauffant le métal au contact de Pair dans des fours à réverbères.

La masse en fusion est brassée au moyen d'un long ringard et Foxyde formé est repoussé sur un plan incliné. On s'efforce de protéger l'ouvrier contre le dégagement de vapeurs qui sont attirées par une hotte aspiratrice. On a étabU tout le long du bord de la hotte un tuyau percé de nombreux orifices, qui donnent lieu à un écoulement d'eau continu que l'ouvrier peut à volonté arrêter ou mettre en mouvement. Ce dispositif ménage ainsi entre l'ouvrier et la porte du four une nappe d'eau préservatrice qui diminue l'intensité de la chaleur rayonnante et qui entraîne vers le sol toutes les poussières qui tendent à franchir la limite d'aspiration de la hotte (Layet). On i)eut du reste substituer l'action mécani(|ue à l'action manuelle de l'ouvrier.

Le massicot est détaché, broyé. On le transforme en minium en lui mélangeant une petite quantité de salpêtre et en chauffant le mélange.

Le broyage du minium, son tamisage son embarillage, sont des opérations fort dangereuses.

Sans nous arrêter aux autres préparations, nous nous occuperons delà fabrication du chromate de plomb. Thibaud, qui a observé un cas de mort à l'hôpital Saint- Louis, chez un de ces ouvriers, nous donne les l'enseignements suivants sur les procédés de travail usités.

l'' La céruse est mise en proportion convenable avec la solution de chromate de potasse, puis tamisée.

2° Il se répand dans l'atmosphère une plus ou moins grande quantité de poussière de céruse.

3" L'ouvrier délaye la céruse avec les mains de manière à la réduire en bouilhe très claire. Les mains baignent ainsi durant une demi-heure dans ce liquide dont l'absorption ]»arla peau devient alors facile.

4" Cette l)uuillie est versée dans une chaudière contenant une solution de chromate de potasse. On fait bouillir le mélange pendant une heure environ, en ayant soin d'agiter avec un bâton.

5" La double décom})Osilion opérée, on décante le chromate de plomb qui s'est l)récipité, on l'étend sur des planches de plâtre destinées à lui enlever une grande partie de l'eau qu'il retient; i)uis on le met à l'étuve, étendu sur des feuilles de papier, pour achever la dessiccation.

Les fabricants croient nécessaire, en outre, de tamiser le chromate i)Our fournir un plus beau produit. Ce travail, qui se fait dans un tamis ouvert au milieu d'un cabinet attenant à l'étuve, donne lieu à une volatilisation très abondante du chromate. C'est là une nouvelle source d'absorption dépoussière nuisible.

m. — Travaux professionnels dans lesquels le plomb est

EMPLOYÉ en nature OU SOUS FORME DE PRÉPARATIONS DIVERSES.

Ouvriers îles faljriques de plomb de chasse. Étameiirs.

Fondeurs de cirnclci rs.

Imprimeurs.

Lapidaires.

Tailleurs et polisseurs de cristaux.

Ouvriers des manufactures déglaces.

Vol icrs de terre.

l'.nriiciers.

l'orcclainiers.

Verriers.

Vitriers.

Fabricants de potées d'étain.

— d'émaux de toute nature.

Ouvriers travaillant à la contre-oxydation

du fer.

Fabricants de verre mousseline.

Doreurs sur bois et sur laque.

Teinturiers employant le sucre de plomb. Ouvriers préparant certains vernis (noir

d'imprimerie).

Peintres en bâtiments.

— en voitures.

— de décors, lettres et attributs.

— sur porcelaine.

Peintres et vernisseurs sur métaux.

Broyeurs de couleurs.

Fabricants de papiers peints.

— de cartes d'Allemagne.

— de cartes glacées.

— d'accumulateurs.

Dessinateurs en broderie.

Ouvrières en dentelles.

— en soie.

Couturières.

Ouvriers travaillant l'alpaga anglais.

Ouvriers travaillant aux boîtes de conserves

de la marine.

Chauffeurs et mécaniciens.

Ouvriers travaillant aux métiers à laJacquart. Fabricants de bâches.

Cardeurs de crins.

Tisseuses de coton.

Dévideuses de laine colorée en orange.

Pharmaciens.

Gantiers.

Parfumeurs.

Fabricants de cosmétiques.

Ceinturonniers.

Affineurs.

Marteleurs de plomb.

Fondeurs de plomb.

Fabricants de soldats de plomb.

Fondeurs de cuivre.

Fondeurs de bronze.

Ferblantiers.

Bijoutiers, joailliers, orfèvres.

Polisseurs de camées.

Polisseurs de caractères d'imprimerie.

Bronzeurs pour étiquettes.

Quelques-unes seulement de ces professions nous arrêteront.

Pour la fabrication du plomb de chasse^ on allie de 0,3 à 0,8 p. 100 d'arsenic; cette addition donne au plomb la propriété de former des gouttelettes parfaitement sphériques. L'alliage fondu est versé dans une sorte de cuiller percée de trous et tapissée de crasse de plomb. Il filtre à travers la crasse et tombe par gouttes, d'une très grande hauteur. Ces gouttes se solidifient dans leur chute.

Le fourneau de la chaudière destinée à la formation de l'alliage doit être établi sous une voûte de maçonnerie, de façon que les vapeurs arsenicales ne puissent se répandre dans le local.

Il faut aussi garnir d'une porte de tôle la bouche de la partie du fourneau où a posé la chaudière, de façon à pouvoir la fermer aussitôt après la projection de la matière servant d'alliage au plomb.

h'étamage a pour objet de recouvrir un métal facilement oxydable, comme le fer, d'une couche d'un autre métal non oxydable, plomb, zinc et étain, et de préserver ainsi le premier métal de l'oxydation qu'il éprouverait à l'air humide.

L'élamage proprement dit, ou le trempage du fer dans le bain de plomb destiné à le recouvrir, peut donner lieu à des phénomènes d'intoxication saturnine. Quant au trempage dans un bain de zinc, nous verrons plus lard comment il faut en interpréter les accidents. Préalablement les ouvriers ont été exposés aux inconvénients du décapage ou nettoyage du fer, (jui se fait dans des bains d'acide sulfurique ou chlorhydrique plus ou moins étendu d'eau. 11 en résulte, comme nous l'avons déjà vu, d'une pai l, l'influence des vapeurs acides sur les voies respiratoires, et de l'autre^ l'action des liquides sur les mains et les bras des ouvriers qui donnent et mesurent le degré d'acidité du bain.

Les fondeurs de caractères se tiennent debout autour des creusets, leur moule d'une luain, nue petite cuiller de fer del'autie; ils prennent le uiélal eu fusion daus leur cuiller, le jettent dans le moule, donnent une petite secousse, jettent la lettre formée, referment le moule, le remplissent, le vident de nouveau. Ces mouvements

se succèdent, avec une rapidité telle, qu'un bon ouvrier peut faire 18000 lettres dans une semaine, ce qui implique, 3 000 fois par jour, les mouvements que nous venons de décrire. Des ouvriers habiles et très laborieux arrivent même à 5 000 lettres par dix heures. L'exagération du mouvement professionnel vient donc s'ajouter à l'influence nuisible des émanations.

Fromm a trouvé 1,61 à 1,95 p. 100 de plomb dans les poussières déposées dans les locaux des fabriques de caractères et 0,54 à 1,55 p. 100 dans les poussières en suspension.

L'habitude qu'ont les imprimeurs de mettre dans leur bouche ces caractères, composés de 67 parties de plomb sur 100 (antimoine 25, étain 5 et cuivre 3), ainsi que l'absorption de la poussière métallique qui se trouve dans la division des cases et qui s'attache souvent aux lettres qui y ont séjourné, explique suffisamment les accidents d'intoxication qu'on observe quelquefois chez ces ouvriers. Il faut remarquer que les imprimeurs sont beaucoup moins exposés que les compositeurs.

La cause des accidents saturnins que l'on observe chez les lapidaires^ dit Requin, réside dans la roue de plomb recouverte d'émeri dont on se sert pour la taille de certaines pierres précieuses. Cette roue, s'usant rapidement, est remplacée à peu près tous les mois. Il se fait là ainsi, sans cesse, une imperceptible mais réelle dissémination du plomb en une infinité de subtiles particules qui s'attachent aux mains et s'introduisent dans les poumons et les voies digestives.

La meule est souvent en cuivre ou en fer, mais dans ce cas les dangers d'intoxications ne sont pas supprimés. En effet la pierre est sertie^ c'est-à-dire enchâssée dans une petite coquille de cuivre, en forme de coupe de gland, à l'aide d'un alliage de plomb et d'étain qui enveloppe la pierre dont la partie à polir émerge seule. Des parlies d'alliage sont donc attaquées par la meule au cours du poUssage. Ajoutons que l'ouvrier doit fondre l'alliage clia(iue fois qu'il doit changer la face à pohr.

L(îs fabricants de vieux meubles, pour donner la teinte au bois, se servent d'enduits plombiques (contenant, en proportion moyenne, 45 p. 100 de plomb); et c'est à cet enduit, dont la ])oussière de bois est imprégnée, que sont dus les accidents qui se développent chez les ouvriers polisseurs ei ponceurs de meubles.

Le polissage des glaces ei h taille des verres et des cristaux provoquent également des dégagements de poussière toxique. Le cristal est ainsi composé :

Sable très fin 300 parties.

Minium 200 —

Potasse 100 —

Groisil ou débris de cristal 300 à 500.

La pièce est dégrossie avec du sable, sur la meule ou roue de fer, qui reçoit d'un vase supérieur un léger filet d'eau. Elle est ensuite doucie sur une meule en bois, d'abord avec les boues de sable ayant déjà servi, ensuite avec de l'émeri. Enfin on la polit avec une roue en bois et de la potée (rétaiii ; on termine le travail sur uuc roue en liège ou garnie de laine, et avec du colcotar (peroxyde de fer) très finement pulvérisé.

Le polissage des glaces se fait au moyen d'iine glace plus petite, servant de molette, et de sable quartzeux grenu ; l'on emploie ensuite du sable très fin ; la pièce étan t ainsi dégrossie, on donne le douci avec de l'émeri déplus en plus fin. Ce travail, long

et pénible, nommé savonnage, a surtout pour objet cFenlever les piqûres, les aspérités laissées par le sable. Il ne peut être fait qu'à la main. Dans une journée de onze heures Touvrier fait à peine 1 m. 50 de chaque côté. Enfin, le polissage parfait s'opère avec du colcotar aussi ténu que possible et des brosses garnies de feutre. Cette dernière opération s'exécute à l'aide de machines, dans de grands établissements.

Garrod a constaté, chez les pohsseurs de glaces anglais, des accidents goutteux qu'il attribue à l'intoxication saturnine.

Les ouvriers qui, dans les cristalleries de Saint-Louis et de Baccarat, préparent le minium, sont des hommes venant de la campagne, et qui après leur travail ont à faire un trajet de quelques kilomètres. Ils alternent chaque semaine et travaillent en plein air durant cet intervalle. Grâce à ces mesures prophylactiques, les coliques saturnimes ont été évitées parmi eux.

Il existe chez les polisseuses de camées une cause d'intoxication saturnine que j'ai signalée à l'Académie de médecine K Voici le travail auquel se livrent les ouvrières, travail que j'ai suivi sur place dans l'ateher même.

Une tige ayant la forme d'un cylindre, d'une longueur de 5 ou 6 centimètres environ, d'un diamètre de 1 centimètre, est fixée horizontalement sur l'axe d'un volant, auquel une pédale imprime un mouvement de rotation très rapide.

L'ouvrière présente de la main gauche, à l'extrémité de la tige, le camée dont elle veut augmenter ou diminuer les saiUies ou les dépressions. On comprend sans peine quel dégagement presque incessant de poussières est provoqué par le frottement rapide et énergique du camée sur la tige. Or, cette tige est en plomb et les poussières qui se dégagent ne sont autres que des poussières plombiques.

La situation de l'ouvrière qui est penchée sur son travail aide à l'absorption; en outre, le cylindre est, à son extrémité libre, taillé à l'aide d'un burin qui a pour objet de former sur cette extrémité une sorte de bouton, porté sur un col rétréci, que les ouvrières nomment scarre. Il en résulte la projection dans l'air d'une foule de petits éclats métalliques. Mais, chez une malade que nous avons longtemps suivie, la cause d'intoxication était rendue plus puissante par le procédé suivant qu'elle avait imaginé. Tandis que sa main gauche [)résente le camée, de la main droite, à l'aide d'un pinceau, elle humecte souvent l'extrémité du cylindre plombique avec un mélange de vinaigre et de tripoh (ce procédé a l'avantage d'accélérer considérablement le travail et de le rendre beaucoup plus lucratif) ; de sorte que ce ne sont plus seulement des poussières de plomb métallique qui vont être absorbées, mais des molécules d'acétate acide de plomb, c'est-à-dire d'un sel extrêmemenl toxique, et le plus soluble des sels de plomb. Je n'insisterai pas sur l'aération et la ventilation insuffisantes d'une petite pièce dans laquelle fonctionnent quatre machines semblables, et où se pratiquent les manipulations nécessaires pour la fusion et le coulage des cylindres de plomb. En effet, toutes les rognures sont réunies, fondues dans une casserole et coulées dans un moule.

Il nous reste maintenant à entrer dans quelques détails relativement à la fabrication.

Le camée, comme on le sait, est un silex à couches variées, que l'on sculpte en relief, plus rarement une coquille ou un coquillage.

i. A. Proust, Nouvelle maladie professionnelle chez les polisseuses de camées, Paris, 1878.

PROUST, TUAITÉ d'iiYGIKNE. 73

Le camée pierre, ou camée dm\ est le j)Iiis généralement taillé dans des i)ierres que Ton nomme omjx^ et qui en réalité sont des agates composées de couches alternatives de cornaline et de sardoine. La différence des teintes se distingue parfaitement à la coupe; la partie superficielle blanche repose sur un fond ardoisé; durant les opérations que subit la pierre, on voit la teinte ardoisée du fond se modifier et passer à un rouge grenadine ou groseille, tandis que la partie superficielle, demeurée blanche, augmente d'épaisseur ; c'est cette parlie blanche qui, sculptée, formera la figure ou partie en rehef du camée.

Ces agates se rencontrent surtout au Brésil. Quelques-unes proviennent du Jura. D'autres silex sont aussi, mais plus rarement, employés : tels que les métis extraits du Jura, les grenats du Tyrol, les topazes d'Allemagne. C'est surtout en France et en Italie que sont gravées et polies ces pierres, qui, le plus souvent, nous arrivent taillées d'Allemagne.

Le lapidaire^ c'est-à-dire celui qui taille la pierre et la façonne au gré d'un fabricant, appuie d'une main la pierre contre une meule en plomb, à laquelle il imprime avec l'autre main un mouvement rapide de rotation.

La pierre étant taillée, un ouvrier la plonge dans un bain d'acides, destiné à changer ou à accentuer sa coloration naturelle. Il y a là des mélanges d'acide (eauforte, acide sulfurique, etc.) à des sels do fer, combinaisons multiples dont quelques-unes sont le secret de l'opérateur.

Enliiila pierre desséchée est livrée au graveur, qui dessine au crayon le sujet qu'il va buriner plus tard en promenant sur la pierre une longue tige de fer.

De même que le cylindre de plomb du polisseur, la tige de fer du graveur est mise en mouvement par un volant et une pédale. Elle est, à son extrémité élargie, aplatie et munie de petites dents. A diverses reprises, le graveur frotte sur cette extrémité un morceau de diamant humecté d'huile. Le diamant abandonne au fer les particules plus dures qui lui })ermettent de mordre plus facilement sur la pierre.

Ainsi donc, en résumé, la transformation de la pierre en camée se fait par quatre opérations successives.

4" La taille de la pierre, qui, pratiquée sur une meule en plomb, expose le lapidaire à l'intoxication saturnine.

2° Le traitement de la pierre par le bain d'acides qui doit modifier sa coloration. Un peu d'inflammation du côté des voies aériennes, due à l'absorption de gaz acides irritants, quelques brûlures aux doigts, un peu d'épaississement de l'épideme, sont les seuls inconvénients qui puissent être signalés.

3° La gravure^ qui ne donne lieu à aucune affection professionnelle.

4^ Enfin, le polissage du camée. C'est ici que se place la cause de l'intoxication saturnine que nous avons signalée.

Nous ne ferons guère que mentionner le camée coquillage et le faux camée.

Le camée coquillage est gravé à la main et poh sans intervention du cyhndre de plomb. L'emploi du vitriol pour humecter l'extrémité du fusain donnerait, au dire d'un fabricant, une certaine raucité à la voix de l'ouvrier.

Quant au produit connu dans l'industrie sous le nom de faux camée, il s'agit simplement d'une substance solide, liquéfiée à la chaleur, puis coulée dans un moule où elle prend par le refroidissement sa forme définitive.

Ces deux industries sont aujourd'hui à peu près abandonnées.

Les polisseurs de camée, étant ainsi exposés à une cause constante d'intoxication saturnine, il serait nécessaire d'éclairer ces ouvriers sur la nature de leurs accidents qu'ils méconnaissent, et d'arriver à faire substituer au plomb un corps qui, comme le cuivre et surtout l'étain \ possédant ses qualités physiques, n'en aurait pas les propriétés toxiques.

Vémaillage a pour but de recouvrir la surface d'un corps quelconque d'une couche vitreuse qui le rend inaltérable. Tous les émaux contiennent du plomb. Dans l'émail blanc, il entre 50 parties d'oxyde de plomb pour 40 de silice ; dans l'émail jaune, 59 de plomb pour 32 de silice; dans l'émail bleu, 46 de plomb, 32 de silice. La poudre de cristal elle-même est un émail constitué par 40 parties de plomb et 60 de silice.

Les ouvriers potiers , faïenciers^ porcelainiers^ sont également exposés à l'intoxication saturnine dans le vernissage et Vémaillage des poteries. En effet, l'émail brun que Ton place à l'extérieur de certaines poteries est ainsi composé :

Minium 52 parties.

Manganèse 7 —

Poudre de brique fusible 41 —

Ces émaux sont broyés, réduits en poudre très line, puis suspendus dans l'eau où l'on trempe les pièces destinées à être émaillées. Souvent, afin de rendre plus épaisse la couche d'émail qui les recouvre, les pièces ayant subi la trempe sont, à l'aide d'un tamis, saupoudrées d'un émail pulvérisé. Quelquefois c'est le minium qui constitue cette sorte de poussière. Enfin l'émail qui se trouve sous le pied des pièces est chassé au moyen d'une brosse.

Pour les trois années précédant 1899 le nombre d'intoxications relevées parmi les ouvriers des poteries et faïenceries anglaises a été de 1 085, soit un pourcentage de 4,9 pour les ouvriers, de 12,4 pour les ouvrières.

Le moyen le plus simple pour reconnaître dans la couverte de ces poteries l'oxyde de ploml) non vitrifié et simplement fondu consiste à les mettre en contact avec l'acide acétique étendu, c'est-à-dire avec le vinaigre qui attaque et dissout l'oxyde de plomb à froid et plus facilement encore à l'ébullition. La présence du plomb dans la solution pourra être reconnue à l'aide des réactifs généralement usités en pareil cas.

Dans un rapport lu au Comité d'hygiène \publique, Wurtz ^ a fait connaître un nouveau procédé de vernissage trouvé par M. Constantin, pharmacien à Brest. Ce procédé consistant dans la vitrification complète de l'oxyde de plomb au moyen du silicate de soude a donné des résultats prophylactiques importants. Le vernis plombifère ainsi obtenu, sorte de cristal étalé en couche mince à la surface des poteries, est inattaquable aux acides faibles et ne cède aucune trace appréciable de plomb aux liquides au milieu desquels on fait digérer ou cuire les aUments.

Enfin, un perfectionnement absolu a été obtenu par la substitution de la chaux à l'oxyde de plomb. Après avoir recouvert les poteries communes d'un vernis sem-

1. La malade qui a été le point de départ de notre travail a, suivant le conseil que nous lui avons donné, renoncé à l'usage du plomb et, après plusieurs essais, emploie l'élain, qui lui donne les meilleurs résultats.

2, Rapport sur les derniers perfectionnements apportés dans le vernissage des poteries communes, 27 juillet 1874.

blable au cristal, M. Constantin les enduit aujourd'hui d'un vernis analogue au verre ordinaire. Voici la formule d'un vernis incolore à base de chaux et de soude :

Un vernis coloré en brun et très brillant a été obtenu par la substitution du peroxyde de manganèse au minium. Le dosage est le suivant :

La contre-oxydation du fer a pour but de recouvrir la surface de ce métal d'une couche vitreuse qui le rend inaltérable et, en raison de sa propriété isolante, permet de fabriquer des crochets suspenseurs des fils télégra})Iiiques, qui s'opposent à la perle du fluide électrique. Le travail s'exécute ainsi. On prépare des blocs d'un cristal particulier constitué par des débris de verre, de sable, de manganèse, quelques fondants et une forte proportion de minium. Ce cristal est réduit en poussière très fine, dans des mortiers dont un cheval fait mouvoir les pilons. C'est la première opération durant laquelle il se produit de la poussière; un seul homme suffit à la conduire.

La poudre ainsi préparée passe aux mains de femmes qui recouvrent sa surface métallique d'une solution de gomme, puis agitent, à 1 ou 2 centimètres au-dessus de la pièce, un tamis chargé de i)oussière, dont la partie la plus ténue tombe sur la gomme qui n'est pas encore sèche et y adhère. Les pièces sont cuites au four; après quoi le cristal, mis en fusion et refroidi, adhère fortement au fer. Pour les crochets télégraphiques, on donne généralement trois couches; toutes sont appliquées par le même procédé.

La quantité de poussière que laissent tamiser constamment dix ou douze ouvrières est énorme. Ces femmes vivent donc dans une atmosphère chargée de poudre de silicate de plomb, qui se dépose en couche très apparente sur toutes les parties du corps, les cheveux, la face, le cou, les avant-bras. La main gauche qui tient l'objet tandis que la droite agite le tamis, est surtout atteinte par la poussière; la déglutition la répand aussi dans les voies digestives. On a essayé de combattre ces causes d'accidents en plaçant les ouvrières en contact avec l'air extérieur. Le mur contre lequel sont installés les établis a été perforé vis-à-vis la place occupée par chaque ouvrière, et dans cette ouverture est fixé un tuyau de fer-blanc dont l'extrémité extérieure communique librement avec l'air venu du dehors. A l'extrémité intérieure est adapté un large tube de caoutchouc qui va se réunir avec l'ouverture buccale d'un masque garni d'une double soupape

Beaugrand a cité des accidents analogues observés chez les ouvriers qui travaillent à la vitrification des étiquettes en émail appliquées sur les flacons, bocaux, etc., usités dans la chimie.

\. Inloxicaiion satur/niie par le poussier de cristnl c/iez des ouvrières travaillant à la contre-oxydation du fer, par Archambault, Paris, 1861. Voir aussi un travail intéressant de Ladreit de la Cliarrièrej sur cette même question.

Silicate de soude alcalin à 50 degrés- Quartz en poudre (silice)

Craie de Meudon

100 parties.

Silicate de .soude alcalin à 50 degrés

Quartz en poudre

Peroxyde de manganèse cristallisé...

100 parties.

La même nature de travail et le même ordre d'accidents par conséquent, se trouvent dans la fabrication du verre mousseline.

Du verre ordinaire, de deuxième ou troisième qualité, est orné de dessins variés qui se détachent sur un fond tantôt mat, tantôt transparent. Un émail renfermant une proportion considérable de plomb, et par conséquent beaucoup plus fusible que le verre, produit ces dessins, qui doivent imiter ceux de la mousseline brodée. Poggiale et Joulie ont trouvé dans l'émail blanc le plomb dans la proportion de o3 p. 100, et de 59 p. 100 dans l'émail jaune-paille et dans l'émail brun; l'émail bleu renfermait 46 p. 100 de plomb.

Deux procédés sont en usage pour la fabrication du verre mousseline. Dans le premier, l'émail est délayé dans l'eau, qui, mêlée à une petite quantité de gomme, forme un liquide épais. Des lames de verre sont soigneusement recouvertes, à l'aide d'une brosse, d'une couche uniforme de vernis blanc. L'enduit étant sec, l'ouvrier place sur la lame de verre une feuille de cuivre découpée à l'emporte-pièce ; puis, avec une brosse très rude, il frotte de manière à enlever l'émail qui correspond aux découpures de la feuille de cuivre, dont le dessin se trouve ainsi reproduit. Il se débarrasse ensuite de l'émail détaché, à l'aide d'une brosse ou simplement en soufflant sur la lame de verre. Durant le travail, l'émail détaché par les frottements de la brosse se répand en poussière très line au-dessus de la table. Les feuilles de verre ainsi préparées sont portées au four, où l'émail se trouve vitrifié.

Dans le second mode de fabrication, l'émail est appliqué sur le verre à l'état pulvérulent, les feuilles ayant été préalablement enduites d'une substance visqueuse qui peut être une solution de gomme ou de dextrine, ou de l'essence de térébenthine. On se borne quelquefois à les passer à l'étuve humide. L'appareil dont on se sert pour laisser pleuvoir la poudre sur le verre se désigne sous les noms de tambour., caisse., chambre ou machine. La poudre d'émail est mise en mouvement et ne tarde pas à former une espèce de nuage qui remplit la machine ; on arrête alors ■ l'action du soufflet. La poussière d'émail tombe peu à peu sur les châssis, traverse les parties du tissu qui ne sont pas ornées de dessin. Les ouvriers sont exposés à l'absorber lorsqu'ils ouvrent la porte et le tiroir de la machine au moment où ils enlèvent les châssis, et lorsqu'ils les brossent. Hillairet a cherché à déterminer la quantité d'émail qu'un ouvrier peut absorber par heure : la proportion en paraît être considérable chez les ouvriers qui brossent le verre, ainsi que chez ceux qui sont employés au travail de la machine, ou qui brossent les châssis de mousseline. Il a vu plusieurs ouvriers atteints d'intoxication saturnine ^

Les doreurs sur bois appliquent, avant la feuille d'or, une couche d'un vernis composé de blanc de céruse et de litharge, détrempé dans l'essence de térébenthine.

De tout temps la profession de peintre a été considérée comme une des plus insalubres et comme exposant le plus à l'intoxication saturnine.

1. Voir, sur cette question : Hillairet, Intoxication saturnine des ouvriers en verre mousseline (communication à FAcadémie de médecine). — Dumesnil, Étude sur Vhygiène des ouvriers employés à la fabrication du verre mousseline. — Gallard, De la fabrication du verre mousseline ; dangers auxquels sont exposés les ouvriers qui y sont employés^ mesures à prendre. — Fabrication du verrre mousseline (rapport fait au Conseil de salubrité par une commission composée de Combes, Bouchardat et Poggiale, rapporteur).

Ud8 hygiène professionnelle

Toutes les couleurs claires sont à base de plomb ou de céruse et sont composées presque exclusivement de ce produit, la teinte étant obtenue par addition d'une quantité minime d'une autre couleur. De plus, pour hâter la dessiccation de l'huile employée dans la préparation des couleurs, on la mélange d'une petite quantité (2 à 3 p. 100) d'un produit appelé siccatif ei qui est le plus souvent de l'huile de lin cuite avec 7 à 8 p. 100 de son poids de litharge.

Tous les peintres, à moins d'une propreté extrême dans leur travail, sont exposés à absorber le poison en portant à leur bouche leurs doigts maculés de peinture, soit pour manger, soit pour fumer la cigarette. Les spécialistes les plus menacés sont les enduiseurs, gratteurs et ponceurs.

Les enduiseurs appliquent sur les murs un enduit à base de céruse avec un couteau spécial, couteau à enduire. Beaucoup tiennent leur enduit dans la paume de la main et l'absorption du poison est facilitée par les érosions de la peau que produit le contact incessant du couteau à enduire.

Le ponçage à sec détache des poussières plombiques dont Tabsorption est très active. Le ponçage peut se faire par voie humide après lessivage. L'insalubrité est moindre, mais ne disparaît pas. On emploie en effet une solution faible de potasse qui dissout les oxydes de plomb et corrode la peau, favorisant ainsi l'imprégnation.

Il est hors de doute que les dangers d'intoxication sont moindres chez les ouvriers attentifs, qu'un certain nombre de précautions plus ou moins faciles à suivre diminuent les chances de maladie (costumes rigoureusement enlevés après le travail, soins de propreté, etc.). Mais on ne saurait se flatter de voir les ouvriers s'y conformer toujours et, en pareil cas même, tout danger n'est pas supprimé.

Aussi l'hygiéniste doit-il favoriser le remplacement de la céruse par un composé inoffensif. Le composé existe et est connu depuis cent vingt ans. C'est le blanc de zinc ou oxyde de zinc présenté d'abord à l'Académie de Dijon par Courtois, préconisé en 1783 par Guy ton de Morveau vulgarisé surtout depuis 1849 par Leclaire. Il ne coûte pas plus cher que la céruse, donne une couleur aussi belle qui ne noircit pas sous l'influence des vapeurs sulfhydriques. L'expérience de plus de cinquante ans a montré que le blanc de zinc peut être substitué avantageusement à la céruse, qu'il est inutile d'employer des siccatifs à base de plomb, que l'on remplace par des siccatifs à base d'oxyde de manganèse (Livache).

Une circulaire ministérielle en 1849 prescrivait de n'employer que le blanc de zinc dans les travaux de peinture et bâtiments de l'État et, en 1850, l'emploi de la céruse était interdit à bord des bâtiments de l'État. En 1901, après des avis du comité consultatif d'hygiène, du conseil général des bâtiments civils, une série de mesures ont été prises pour hâter cette substitution par les ministères du commerce, de l'industrie et des postes (25 mars 1901) ; des travaux pubhcs (1'^'' juin), de la guerre, de l'instruction publique, etc. Un grand nombre de municipahtés ont également interdit l'emploi de la céruse dans les bâtiments publics.

La fabrication des papiers peints à fond blanc, rouge ou jaune, peut engendrer des accidents saturnins. Le fond blanc, en effet, est obtenu à l'aide du blanc de plomb ou céruse; dans les couleurs rouges, on ajoute souvent à la laque et au carmin du minium. Enfin les couleurs jaunes sont presque toutes dues à l'oxyde, à l'oxydilorure, à l'iodure et au chromate de plomb. Celle fabrication comporte des opérations successives : préparation de la cou-

leur\ fonçage du papier \ étendage^ satinage et découpage qui, toutes, exposent 'ouvrier à Fabsorption des couleurs; mais le satinage des rouleaux, alors qu'ils sont très secs, est le plus dangereux de ces travaux; il se détache, grâce au frottement de la brosse, un grand nombre de molécules pulvérulentes plombiques. Le veloutage est aussi particulièrement redoutable. L'ouvrier, en effet, doit tamiser du drap, réduit en poudre fine colorée par du minium, sur des surfaces enduites d'une colle d'empois ou de gomme.

Les procédés sont les mêmes chez les fabricants de cartes, dites de porcelaine^ préparées au blanc de plomb, etc. ; il y a le fonçage, le satinage; et le polissage au laminoir oblige souvent l'ouvrier à rester penché sur son établi, absorbant ainsi la poussière toxique qui se dégage.

Pour obtenir sur les tissus des dessins de broderies, l'on procède par le décalquage :

l'^ Le dessin est tracé sur une feuille de papier, puis piqué ;

S'^ Il est appliqué, poncé sur l'étoffe; puis on les maintient l'un et l'autre au contact, à l'aide de poids placés sur différents points de leur surface ;

3" On fait ensuite pénétrer avec une ponce, à travers tous les trous du papier, une poudre résineuse de couleur différente de celle de l'étoffe ; on obtient ainsi la reproduction exacte des contours du dessin piqué;

4° On fixe la poudre en appliquant ou passant un fer chaud sur le tissu.

Lorsqu'il s'agit de reproduire le dessin sur une étoffe noire, soie, drap ou velours, on emploie une poudre blanche, mêlée dans des proportions à peu près égales à une matière résineuse; cette poudre est la céruse ou blanc de plomb. Pour poncer convenablement un dessin, on est forcé d'avoir recours à une grande quantité de poudre, qui, sans cesse agitée par la ponce, se dissémine incessamment dans l'atmosphère.

Le dessinateur est en outre presque toujours courbé sur son travail, de telle sorte que chaque inspiration iatroduit une grande quantité de poussière dans la poitrine. La nature de l'étoffe joue également un rôle dans le développement des accidents, suivant qu'elle exige une quantité de poudre plus ou moins grande ou un temps plus ou moins long. Le tulle qui doit être brodé jardinière, dont les mailles sont larges, demande beaucoup plus de blanc et un temps quelquefois énorme pour que ce blanc se fixe sur le fil si mince qui en forme le réseau ; il en est de même de certains cachemires imitation de l'Inde, sur lesquels il faut tracer des dessins extrêmement riches ^

Les fleurs, qui constituent plus particuHèrement ce qu'on appelle les applications de Bruxelles^, exigent un travail long et minutieux, pendant lequel le fil employé à les fabriquer perd une partie de sa blancheur. Il en résulte que ces fleurs sortant de l'atelier présentent une couleur jaunâtre et doivent être blanchies avant d'être appUquées sur le fond blanc auquel on les destine. Cette opération de blan-

1. Ttiibault, Note sur le développement des affections satuniines cfiez les dessiîiateurs en broderie sur étoffes, les ouvrières en dentelles, etc., Paris, 1856.

2. Sur remploi du cai^bonate de plomb dans la préparation des dentelles dites de Bruxelles et sur les incoîivénients de ce procédé, par M. Chevallier (Ann. d'/njg., 1847). — Maladies des ouvriers employés au blancJiiment des dentelles, communication de Dlanchet à l'Académie des sciences (6 déc. 1847). — Notes sur quelques accidents éprouvés par les clentelières en application {Gaz. des liôpilaux, 7 oct. 1852).

chiment se fait de la façon suivante. On place entre deux feuilles de papier de grande dimension plusieurs couches d'application de Bruxelles et de blanc de céruse, que Ton superpose régulièrement; puis on réunit les bords des feuilles de papier, de manière à empêcher autant que possible toute issue au blanc de plomb. Après quoi, le lout est placé sur un plan résistant pour être soumis à l'action d'un rouleau de bois, à l'aide duquel on frappe sur le papier. Cette opération, dont la durée varie suivant la quantité de fleurs que l'on veut blanchir, force la poudre à s'incruster dans l'émail du réseau et à se lixer sur chacun des fils qui le forment.

La céruse préparée à Bruxelles est employée de préférence, ayant sur celle de Paris l'avantage d'être plus grasse au toucher, d'un blanc éclatant, et d'adhérer plus facilement à la dentelle.

Les jeunes ouvrières chargées de ce travail observent rarement les précautions nécessaires pour empêcher la dissémination de la céruse. Quelques fabricants font opérer dans une cave, l'humidité donnant plus de poids à la poudre et diminuant ainsi sa tendance à se répandre dans ratmos})hère. D'autres ont recours à l'usage d'une espèce de boîte fermant hermétiquement. Toutefois les ouvrières absorbent de la poussière. Le danger s'accroît lorsque l'on fixe les applications sur le fond de la dentelle. L'ouvrière, courbée sur le carreau, aspire une grande quantité de céruse, avec laquelle, en outre, ses doigts sont continuellement en contact.

Plusieurs couturières, après s'être servi de soie, ont présenté des accidents d'intoxication saturnine; Tune d'elles ayant remarqué que chaque fois qu'elle mouillait ses doigts ou qu'elle passait le fils de soie dans sa bouche pour resserrer les brins, elle éprouvait une saveur légèrement sucrée, GhevaUier fit acheter de la soie dans un grand nombre de fabriques; cinquante échantillons, tous trempés séparément dans une petite quantité d'eau, abandonnèrent une forte partie de leur poids. La matière pesante fut reconnue pour de l'acélate de plomb; 20 p. 100 de ce poison étaient mêlés à la soie. On avait pris un brevet d'invention pour ce mélange. Eulenberg, ayant fait l'analyse d'une soie noire ainsi chargée, a trouvé 17 gr. 71 de plomb dans 100 grammes de soie.

Les accidents saturnins, résultant de l'usage de telles soies, sont rendus plus fréquents encore chez les couturières, par l'habitude qu'elles ont d'amincir l'extrémité du fil en le passant dans leur bouche. En outre, elles cassent la plupart du temps ce fil avec leurs dents et gardent quelquefois la partie rompue dans leur bouche.

Réveil a cité un cas d'intoxication saturnine chez un tailleur occupé depuis plusieurs jours à tailler des alpagas anglais. Ces étoffes, en effet, peuvent contenir du sulfure de plomb ou de cuivre, ayant été trempées dans un bain renfermant un sel de plomb ou de cuivre ; on les place ensuite dans une solution d'hydrogène sulfuré.

Certains cordiers, en faisant des câbles avec du fil de fer galvanisé, c'est-à-dire revêtu d'une couche de zinc, dans laquelle il entre une certaine quantité de plomb, destiné à le rendre plus liant, plus adhérent au fer, sont exposés à l'intoxication saturnine

Quesnel a signalé un cas de saturnisme chez un ouvrier employé à la fabrication des boîtes de conserves de la marine ^

1, Voir une observation du docteur Rouxeau {Journal de médecine de l'Ouest, 1876, l*"" trimestre).

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