‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 34 sur 326 · TOTAUX · texte numérisé non relu

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■^g6. — Vaidy, dans son article du Dictionnaire des sciences médicales^ sur l'hygiène militaire (1818), fait lobservation suivante : « Dans la campagne d'hiver de 1805, l'armée, partie des côtes de l'Océan, avait fait une marche continue d'environ 400 lieues pour arriver sur les champs d'Austerlitz et elle n'avait presque pas laissé de malades sur la route; c'est que les plus jeunes soldats étaient âgés de 22 ans et avaient 2 ans de service. Dans la campagne d'été de 1809, l'armée cantonnée dans les diverses provinces du nord et de l'ouest de l'Allemagne avait une distance beaucoup moins grande à parcourir et cependant, avant d'arriver à Vienne, elle avait rempli tous les hôpitaux de ses malades, indépendamment des blessés de Ratisbonne et de Landshutt; c'est que plus de la moitié des soldats étaient des jeunes gens ayant à peine 20 ans, levés prématurément. »

On se rappelle Napoléon écrivant à l'archichanceUer Gambacérès en 1813 : « Je demande une levée de 300 000 hommes, mais je veux des hommes faits ; les enfants que l'on m'envoie ne servent qu'à encombrer les hôpitaux. » Lord Raglan exprimait la même idée (guerre de Grimée), lorsqu'il écrivait au duc de Newcastle qui l'informait qu'il avait 2 000 recrues à lui envoyer : «Je préfère attendre. Geux que j'ai reçus étaient si jeunes et si peu développés qu'ils ont été saisis par les maladies ; ils ont été fauchés comme des épis. »

Nous sommes loin, comme on le voit, des conseils de Végèce à l'empereur Valentinien lorsqu'il conseillait de lever les jeunes gens dès qu'ils ont atteint l'âge de la puberté. Les événements de ces dernières années ne sont guère favorables aux préceptes de Végèce.

En remarquant, en effet, que la croissance de beaucoup de nos jeunes hommes se prolonge de plusieurs années au delà de 20 ans accomplis, il est nécessaire de fixer à un âge supérieur l'appel des hommes qui vont entrer en campagne. Le médecin

et l'hygiéniste doivent proclamer que pour avoir des soldats présentant le maximum d'aptitude à supporter les fatigues de la guerre, il faut attendre l'âge auquel ils ont acquis leur plus complet développement ptiysique. Les lois sur le recrutement de l'armée française qui se sont succédé depuis 4832 ont nécessairement introduit dans la composition de cette armée, au point de vue de l'âge moyen des soldats, des modifications dont il faut tenir compte quand il s'agit d'examiner pendant cette période les variations présentées par la morbidité et la mortalité militaires. (A. Marvaud, Maladies du soldat.)

De 1832 à 1868 la majeure partie des soldats avait de 21 à 27 ans, mais il y avait un assez grand nombre de remplaçants âgés de plus de 30 ans; en 1865 même, plus du tiers des hommes avait dépassé 27 ans, et en 1866 le recensement montre que l'âge moyen des sous-officiers était supérieur à 31 ans et celui des soldats supérieur à 26 ans.

De 1872 à 1889 l'âge moyen était de 20 à 25 ans. Il s'est encore abaissé par suite de la loi de 1889. Cette loi fait commencer le service militaire à 20 ans, c'est-àdire à un âge où les jeunes gens n'ont pas encore atteint tout leur développement, mais sont cependant assez forts pour supporter les fatigues du régiment ; d'ailleurs les plus jeunes d'entre eux ont près de 21 ans quand ils sont incorporés, la loi de 1872 et celle de 1889 permettant au surplus de les ajourner pendant un ou deux ans lorsqu'ils sont trop faibles au moment du conseil de revision.

La loi de 1889 permet aussi des engagements volontaires au-dessous de 20 ans. A ce moment, en effet, le jeune homme est naturellement actif; il est dans le rapide accroissement de ses facultés physiques; il est donc très apte alors aux exercices militaires. L'appel à cette époque l'éloigné encore du mariage; or nous avons déjà vu que le mariage, loin d'avoir l'influence heureuse qu'il aura plus tard, augmente d'une façon désastreuse la mortalité, lorsqu'il est conclu au-dessous de 20 ans. Toutefois, pour les engagements volontaires au-dessous de 20 ans, « les médecins militaires doivent se montrer particulièrement sévères et ne déclarer aptes au service que ceux qui sont développés d'une manière exceptionnelle pour leur âge ». (A. Laveran, Hygiène militaire.)

Taille. — Des diverses conditions de l'aptitude physique au service militaire, la taille est celle qui a peut-être le plus occupé les législateurs. Après Sadowa, le gouvernement français, voulant augmenter le nombre de ses soldats, présenta au Corps législatif la loi de 1867. A ce moment, la question du minimum de la taille exigée pour chaque soldat fut discutée. L'influence de Quételet et de Yillermé prévalait encore; la force, la puissance, l'aptitude militaires d'une nation étaient considérées comme étant en rapport avec la taille de ses soldats. On se rappelle les discussions qui eurent lieu dans les sociétés savantes, à l'Académie de médecine, à la Société d'anthropologie, et les travaux de Boudin et de Broca montrèrent que la taille est surtout une question de race et qu'on ne doit établir aucun rapport entre les exemptions pour défaut de taille et les exemptions pour infirmités.

Les départements de l'Ardèche, du Tarn, des Côtes-du-Nord, du Lot, du Finistère, qui offrent le plus de petites tailles, ont au contraire les numéros les plus faibles dans l'échelle de proportion des exemptions pour infirmités; le Jura, la Côte-d'Or, les Ardennes, l'Aube, la Somme, l'Oise, départements à hommes de haute stature,

présentent des conditions inverses. Broca a' même montré que, si Ton divise la France en deux parties par une ligne oblique du N.-O. au S.-E., parlant du département de la Manche et passant au nord de la Sarthe, du Loir-et-Cher, du Loiret et de la Nièvre, pour se terminer au département de l'Ain, l'ensemble des départements où la taille est moins élevée est au sud de cette ligne, tandis que la taille est supérieure dans les départements placés au nord. Or, l'étude ethnogénique de la France nous a montré que les premiers départements sont ceux où la race celtique est en grande majorité, tandis que les autres départements sont, au contraire, ceux où s'est fixée la race kimrique fortement germanisée qui envahit la Gaule à l'époque des grandes migi^ations. Au voisinage de la ligne de démarcation existent des départements intermédiaires; ce sont les départements kimro-celtiques où les deux races se sont plus ou moins mélangées.

La taille est donc d'abord une question de race ; mais si nous avons affaire à des individus de même race, la différence de taille devra alors être prise en considération. Lorsque, par exemple, dans un même département, deux cantons voisins composés d'une race commune présentent une grande porportion d'exemptions chez l'un, un nombre très faible chez l'autre, il faut bien admettre l'influence, sur la taille, du sol et du milieu. Bertrand, dans le département de l'Indre, a signalé le canton de Levroux, fertile, salubre, aisé, ayant donné 50 exemptions pour défaut de taille sur 1 000 examinés, tandis que celui de Mézières, situé au milieu des marais, à sol improductif, à population misérable, a donné 145 défauts de taille sur 1 000; des faits analogues ont été cités dans l'Aude, la Vendée et la Haute-Loire.

Cependant, si les législateurs du 27 juillet 1872 et du 16 juillet 1889 ont été obligés d'abaisser le minimum de la taille à 1°',54, lorsqu'en 1691 ce minimum était à 1°',70, cela ne veut pas dire que la France ait perdu son aptitude au service mihtaire. La fixation d'une taille minima pour le service mihtaire a au contraire le grand inconvénient d'amener inévitablement une répartition inégale des exemptés et l'on sait que partout où se trouvent les races germaniques on peut exiger du soldat un minimum de taille élevée.

Il n'en est pas de même dans les pays à races mixtes ou dans les pays à race latine; mais si, dans ces dernières races, la taille est moins élevée, la proportion des exemptions pour infirmités est moins considérable que dans les races germaniques. 11 résulte, en effet, de divers documents, que le nombre des exemptions pour infirmités est, en France, de 28,80; en Autriche, de 36,20; en Prusse, 38; dans le Wurtemberg, 41,50.

Il n'y a pas de chiffre maximum pour la taille du soldat. On réservait autrefois les hommes de haute stature non seulement aux régiments de cuirassiers, mais encore à ceux de dragons. A ce moment, on donnait à la cavalerie un rôle presque exclusif; on voulait la faire agir par le choc et le désordre qu'elle pouvait porter dans des masses d'infanterie ; l'introduction des armes à longue portée et à tir rapide rendant à peu près impossible l'abord de toute infanterie encore intacte, modifie complètement le rôle de la cavalerie dans les opérations de guerre ; elle devra servir presque exclusivement à éclairer au loin la marche de l'armée; comme sa qualité principale sera la vitesse, la rapidité à se transporter d'un point à un autre, il sera peu important que le cavalier soit grand; il suffira qu'il soit agile et un cavalier de petite taille aura même, à cet égard, l'avantage de moins fatiguer sa monture.

ARMÉE, RECRUTEMENT, DURÉE DU SERVICE 73 Voici d'ailleurs les tailles qui sonl exigées en France pour les différentes armes :

Minimum. Maximum.

Infanterie 1,54 pas de maximum

Cuirassiers 4,10 4,75

Dragons 1,64 1,70

Spahis (français) 1,59 1,67

Chasseurs d'Afrique 1,59 1,67

Chasseurs et hussards 1,59 1,64

Artillerie \ P^"^' moitié du contingent 1,66 pas de maximum

( pour l'autre moitié 1,60 1,64

Bataillons d'artillerie de forteresse 1,66 pas de maximum

Compagnies d'ouvriers , 1,54 —

Génie 1,66 —

Train des équipages 1,62 —

Ajoutons que, pour la France, la loi de 1889 dit que les jeunes gens qui, au moment de la revision, n'ont pas la taille de 1°,54 oa n'ont pas un développement général suffisant, pourront être ajournés à un deuxième, puis à un troisième ajournement annuel, et que c'est après le troisième examen qu'on décidera définitivement sur leur sort. C'est l'article le plus important de la loi au point de vue hygiénique.

Les tableaux suivants nous indiquent le minimum de la taille exigée dans les armées romaines et dans les principales armées.

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