EN ALGÉRIE-TUNISIE
A l'intérieur
POUR iOOO
Quoi qu'il en soit, la mortalité de l'armée française, malgré l'incessant roulement des contingents appelés par la dernière loi de recrutement (15 juillet 1889), a diminué dans des proportions inespérées.
Certes, cette diminution est en très grande partie due au progrès de l'hygiène militaire, mais peut-être n'est-il pas excessif de penser qu'elle est aussi le résultat de la nouvelle organisation du service de santé d'après les règlements du 27 septembre 1883 et du 23 novembre 1889, qui ont assuré définitivement son autonomie en l'affranchissant de l'Intendance et qui lui ont donné la direction du personnel et la gestion administrative des étabhssements et du matériel sanitaires sous l'autorité du commandement.
Grâce aux efforts des hygiénistes la mortalité a diminué aussi d'une façon très notable dans les armées étrangères.
Dans Vannée anglaise, la mortalité à l'intérieur était de 17,60 p. 1000 jusqu'en 1853. Mais après la réforme du casernement, en 1855, elle diminue pour tomber à 4,7.
De 1875 à 1884, elle a été de 7,20 à l'intérieur et de 11,84 pour l'ensemble de
l'armée (colonies comprises); En 1885, de 6,68 à l'intérieur et 11,12 (comme mortalité totale);
En 1889, de 4,57 à l'intérieur;
En 1890, de 5,53 —
En 1894, de 3,70 — et 8,75 (mortalité totale) ;
En 1895, de 4,32 — et 8,16 —
En 1896, de 3,58 — et 8,14 —
En 1897, de 3,42 — et 9,35 —
En 1898, de 3,59 — et 10,82 -
Dans ïa?''mée allemande^ la mortalité est encore plus, faible, ainsi qu'il résulte des chiffres suivants :
De 1873 à 1882, la mortalité moyenne a été de 5,7 p. 1000
En 1882 — — 5,2 —
En 1883 — — 4,10 —
En 1884 — — 3,97 —
En 1888 — — 2,7 -
En 1889 — — 3,2 —
En 1895 — — 2,5 -
En 1896 — — 2,0 —
De 1897 à 1898 — — 1,7 —
Mais il convient de remarquer que, dans Tarmée allemande, le nombre des retraites et des réformes est beaucoup plus considérable qu'en France. Ainsi, en 1883, il a été de 29 hommes p. 1000, soit 11 p. 100 de plus que dans l'armée française.
Dans Varmée autrichienne, la mortalité aurait été de 10,57 en moyenne p. 1000 de 1870 à 1882; elle se serait abaissée :
En 1887 à 5,1
En 1896 à 4,7
En 1898 à 3,6
Toutefois, il faut ajouter à ces chiffres les suicides et les accidents mortels qui ne figurent pas dans les tableaux officiels de la mortalité générale; or, les suicides sont, en Autriche, quatre fois plus nombreux que dans les autres armées.
Dans Varmée italienne, la mortalité s'abaisse aussi graduellement :
En 1887 elle était de 8,74 p. 1000
En 1890 — 7,01 —
En 1891 — 9,00 —
En 1892 — 7,10 —
En 1893 - 6,6 —
En 1894 — 0,2 —
En 1895 — 7 —
En 1898 — 4,3 —
Dans Varmée russe, la mortahté moyenne, de 1875 à 1885, a été de 8,80 p. 1000 ; mais les retraites ou réformes sont beaucoup plus considérables qu'en France. En 1886, elle n'était que de 5,50 p. 1000 aux États-Unis. En 1891, en Belgique, elle était de 6,35.
En résumé, la régression de la mortalité est des plus manifestes dans toutes les armées européennes, et si ce mouvement a été plus précoce et se fait plus vivement sentir que dans la population civile, cela tient très certainement à ce que les mesures sanitaires et les règles de Thygiène sont plus facilement et plus strictement observées dans la population militaire que dans la population civile.
Les différentes lois militaires qui se sont succédé en France au xix^ siècle ont progressivement augmenté l'effectif de l'armée tout en diminuant la durée du service militaire.
Dans la loi du 10 mars 1818 (loi Gouvion Saint-Gyr), l'effectif de l'armée avait été fixé à 340 000 hommes recrutés par des appels annuels de 40 000 servant pendant 6 années.
La loi du 21 mars 1832, basée sur les mêmes principes, exigeait 7 années de services, admettait le remplacement, la substitution, l'exemption, les dispenses en déduction du contingent. Les appels, déterminés par une loi ont été d'abord de 80 000 hommes, puis de 100 000 et 140 000 en 1854, 1855 et 1858 (guerres de Grimée et d'Italie). Mais la loi du 26 avril 1855, qui créa la dotation de l'armée et le remplacement par la voie administrative, modifia les règlements en vigueur; les rengagements se produisirent en nombre si considérable que, sur les 32 000 sousofficiers, 23 000 étaient rengagés avec prime, tandis qu'avant 1855, le nombre des sous-officiers rengagés ne dépassait pas 4 000.
En 1865-1866 l'effectif monta à 283 000 hommes dont 164 000 provenaient des remplacements et réengagements avec prime.
En 1868, une nouvelle loi réduisit le service actif à 5 ans.
La loi du 27 juillet 1872, qui maintenait le service de 5 ans, fut en vigueur jusqu'en 1889; de 1872 à 1879 l'effectif total a été d'environ 500 000 hommes et la moyenne de l'effectif présent 450 000 hommes.
La loi du 16 juillet 1889, sous le régime de laquelle nous vivons, a adopté le service de 3 ans; sous l'influence de cette loi, les effectifs se sont encore accrus, ainsi que le montre le tableau ci-après.
Aujourd'hui que les conditions sont rendues toutes différentes par le fait de la diminution de la durée du service, que le nombre des individus devant passer sous les drapeaux est beaucoup plus considérable, il est plus important que jamais de rechercher quelles doivent être^ au point de vue de l'anthropologie, les bases d'une armée nationale; nous examinerons successivement les questions d'âge, de taille, d'infirmité, ainsi que la durée du service pour le jeune soldat. Ces recherches nous amèneront à déterminer d'une façon scientifique l'aptitude mihtaire de la France.
EFFECTIFS DE l'ARMÉE FRANÇAISE DE 1890 A 1898