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TROISIÈME PARTIE

En dehors des trois grandes maladies contagieuses : le choléra, la fièvre jaune et la peste, dont nous parlerons plus loin, il est d'autres affections de même nature, quoique relativement moins redoutables, qui reconnaissent en partie les mêmes indications prophylactiques et qui, à ce titre, intéressent directement l'hygiéniste; c'est d'elles que nous allons nous occuper.

S'il est, en effet, une classe de maladies où la prophylaxie, quand elle est bien entendue, peut surtout devenir efficace, c'est assurément celle des affections contagieuses-, aussi leur étude est-elle proprement du ressort de l'hygiène. Mais avant de l'aborder, pour l'intelligence de ce qui va suivre et pour éviter des confusions de mots qui trop souvent entraînent des erreurs de faits, nous croyons utile de bien définir la valeur des termes contage, contagion, etc. Ces notions de pathologie générale bien posées, l'exposé des faits particuliers gagnera en netteté et en précision.

Le mot contagion, dont la définition paraît, au premier abord, extrêmement simple, a donné lieu cependant à des confusions regrettables. Nous n'en citerons qu'un exemple.

La Commission de la peste nommée par l'Académie royale de médecine (27 août 1844) arriva à cette conclusion singulière que la peste n'était pas contagieuse et que cependant elle était transmissible, n'appliquant le mot contagieuses qu'aux maladies communicables par contact. Ce sont là des subtilités scolastiques qui sont surtout dangereuses dans le sujet qui nous occupe.

Précisons donc le sens qui doit être accordé au mot contagion. Fracastor est le premier auteur qui ait posé la question d'une façon réellement scientifique, et les distinctions adoptées par le célèbre professeur de Padoue sont encore acceptées aujourd'hui. Il existe plusieurs modes de contagion. Quelquefois un simple contact suffit pour que les téguments soient atteints (so/o contacta afficiuntur) . Tantôt V inoculation est nécessaire, la peau doit être entamée [dilaceratur cutis).

PROUST, TRAITÉ d'hYGIÈNE.

D'autres fois la maladie se communique à distance [contagionem transferunt). Tantôt enfin il suffit de faire usage de hardes et de vêtements {quœ apta sunt conservare seminaria prima contagionis) ^ Dans ce dernier cas, le principe contagieux s'attache à certains corps appelés contumaces, lesquels sont susceptibles de le conserver intact pendant des années, et, par suite, permettent son transport à des distances illimitées.

Sans doute les idées émises par Fracastor ne sont pas toutes également justes, et il sacrifiait évidemment à la poésie, lorsqu'il disait que certaines ophthalmies sont susceptibles de se communiquer par le simple regard des malades ^. Mais on ne peut nier que Fracastor n'ait posé avec une précision remarquable les conditions de la contagion.

Il avait été précédé dans cette saine interprétation par d'autres auteurs également célèbres. Thucydide disait au sujet de la peste d'Athènes : « Le mal avait cela d'affreux qu'il se transmettait des malades à ceux qui les soignaient. » Il plaçait la seule preuve déterminante de la contagioiréans le danger attaché à l'approche des malades.

Lancisi étudia le mode de pénétration du principe contagieux. Ces voies étaient pour lui au nombre de trois : l'absorption pulmonaire, à ses yeux la plus importante de beaucoup, l'absorption par la muqueuse de l'appareil digestif, et enfin l'absorption par la peau ^.

Nous remplacerions volontiers, avec Fauvel, le mot contagion par celui de transmission, qui, lui, ne prête à aucune ambiguïté. Mais si le premier terme doit être maintenu, il faut du moins lui conserver le sens général que nous avons adopté, et, sous le bénéfice de ces réserves, nous définirons, avec Bouillaud, la contagion : « un acte par lequel une maladie déterminée se communique d'un individu qui en est affecté à un individu sain, au moyen d'un contact soit immédiat, soit médiat. »

On dit qu'il y a épidémie quand une maladie attaque un très grand nombre d'individus, et on donne le nom endémique aux maladies qui régnent habituellement dans un Ueu déterminé. Enfin, on dit qu'une maladie est sporadique (cTTEtpstv, disperser) lorsqu'elle n'attaque que quelques individus.

Nous puiserons maintenant des exemples dans l'histoire de quelques maladies dont nous devons nous occuper plus loin.

La peste, pendant de longues années, sévissait presque constamment en Orient, En Egypte, en Syrie, en Turquie même, il existait des causes locales qui entretenaient la peste d'une façon à peu près permanente ; on disait alors qu'elle y était endémique. L'Egypte était, pour la peste, le principal foyer d'origine; d'après Pariset, elle en avait même été le foyer exclusif. Mais le mal n'avait pas constamment la même intensité; par moment il ne s'attaquait qu'à quelques individus isolés, il existait à l'état sporadique; d'autres fois les causes de contagion étaient plus actives ; la maladie faisait de nombreuses victimes, elle devenait épidémique. Je ne prendrai qu'un exemple, celui de la grande peste de Moscou.

La peste vient d'Orient, le mal s'insinue furtivement ; fait-il d'abord de grands

1. Fracastorii, De Contag., lib. I, p. 220 et 221, Lugd., 1550.

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